Des données spatiales pour mieux comprendre la Terre

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Modifié le 04 décembre 2025

Affirmer que la Terre est plate est un temps révolu depuis Galilée. Les satellites d’observation de la Terre fournissent depuis les années 70 des données inédites sur notre planète.
Les satellites d’observation de la Terre fournissent des données inédites sur notre planète © CNES/PHOTON/REGY Michel, 2011

Depuis l’espace, les satellites d’observation fournissent des donnĂ©es homogènes et continues de l’ensemble du globe. Grâce Ă  des programmes de recherche internationaux, les scientifiques tirent parti de ces informations pour rĂ©vĂ©ler le fonctionnement de la Terre, son climat et sa biodiversitĂ©. Ces connaissances cruciales permettent de mieux protĂ©ger notre planète. 

Des données venues d’en haut

Dès l’Antiquité, les savants et savantes du monde entier cherchent à déterminer la forme de notre planète, sa place dans l’Univers, son âge… Mais récolter des données est un véritable travail de fourmi. Imaginez, sa superficie est de 510 millions de km2. L’idée d’observer la Terre d’en haut émerge à la fin du 20e siècle avec l’envoi de ballons-sondes à des fins météorologiques.

Dès la mise en orbite du satellite amĂ©ricain Landsat 1 en 1972, les satellites deviennent une source d’information indispensable : l’observation de la Terre est l’une de leurs applications principales. La France lance son premier satellite, SPOT-1, en 1986. Cartographie des territoires, dĂ©tection de la fonte des glaciers, mesure des gaz Ă  effet de serre : une plĂ©thore de donnĂ©es spatiales sont collectĂ©es et utilisĂ©es par les scientifiques du monde entier. Ces avancĂ©es sont cruciales pour comprendre le fonctionnement de la Terre et son climat et ainsi mieux protĂ©ger ses ressources naturelles, sa biodiversitĂ© et ses habitants. Penchons-nous sur les avancĂ©es offertes par les donnĂ©es spatiales.

En fĂ©vrier 2023, un sĂ©isme important (de magnitude 7,5 sur l’échelle de Richter) touche la Turquie et la Syrie. Grâce aux satellites du programme Copernicus (voir ci-dessous) comme Sentinel 2 ou encore aux missions commerciales comme PlĂ©iades, des images de la zone sinistrĂ©e sont rapidement obtenues et compilĂ©es par les services du pĂ´le ForM@Ter de Data Terra. Le dĂ©placement du sol engendrĂ© par le sĂ©isme est calculĂ© très rapidement sur une longueur de plus de 300 km. Cette information est cruciale :

  • Pour les scientifiques : elle permet de mieux comprendre les caractĂ©ristiques du sĂ©isme survenu et d’en analyser l’impact pour mieux prĂ©venir les risques futurs sur la mĂŞme zone et aux alentours.
  • Pour les secouristes : grâce Ă  la Charte Internationale « Espace et Catastrophes Majeures » et au service Copernicus sur la gestion des urgences, les services de secours utilisent des donnĂ©es satellites pour Ă©valuer l’étendue des dĂ©gâts et l’état des rĂ©seaux de communication (comme les routes) pour dĂ©ployer au plus vite leurs Ă©quipes sur le terrain. 


Grâce Ă  l’œil aiguisĂ© des satellites, de nombreux phĂ©nomènes propres Ă  notre planète sont mieux compris par les scientifiques : tectonique des plaques, Ă©ruptions volcaniques, courants ocĂ©aniques, mĂ©tĂ©o... et bien sĂ»r le changement climatique.

Le satellite franco-allemand MERLIN mesurera avec précision les concentrations de méthane, un gaz à effet de serre, dans l’atmosphère.  Avant l’utilisation des premières données satellites dont celles de Sentinel-5P, les sources de méthane (fuites, élevages intensifs, etc.) étaient mal connues faute de mesures à l’échelle du globe.
Le satellite franco-allemand MERLIN mesurera avec précision les concentrations de méthane, un gaz à effet de serre, dans l’atmosphère. Avant l’utilisation des premières données satellites, les sources de méthane étaient très mal connues © CNES/ill./DUCROS David, 2016

Le don d’ubiquité des satellites

Savez-vous pourquoi nous envoyons des satellites dans l’espace pour surveiller notre planète ? Ils sont les seuls instruments Ă  dĂ©tenir le don d’ubiquitĂ©. Ils ne sont pas Ă  proprement parler partout au mĂŞme moment, mais chaque satellite survole la planète très rĂ©gulièrement, parfois plusieurs fois par jour. Ils sont de plus très nombreux, et certains d’entre eux – dit gĂ©ostationnaires – scrutent en permanence la mĂŞme zone gĂ©ographique. Ils sont donc un outil de mesure incroyable :

  • Ils fournissent des donnĂ©es homogènes, effectuĂ©es par le mĂŞme instrument partout sur le globe, et qui se rĂ©pètent dans le temps
  • Ils couvrent des zones très difficilement accessibles, comme les montagnes ou les ocĂ©ans
  • Ils emportent de nombreux instruments diffĂ©rents et complĂ©mentaires qui fournissent une large gamme d’informations
  • Ils mesurent certaines informations uniquement accessibles depuis l’espace, comme le rayonnement solaire rĂ©flĂ©chi

Les satellites d’observation de la Terre

L’observation de la Terre consiste à détecter les caractéristiques physique et chimique de la Terre en mesurant les ondes électromagnétiques. Les satellites qui font de l’observation de la Terre embarquent un grand nombre d’instruments différents.

  • Les instruments passifs. Ces capteurs mesurent les rayonnements reçus par le satellite, comme les rayons du Soleil rĂ©flĂ©chi par la surface de la Terre. De nombreux rayonnements visibles ou invisibles sont captĂ©s par les instruments passifs. Parmi ces instruments, on trouve les radiomètres, les spectromètres et les interfĂ©romètres. Chacun d’entre eux dĂ©duit des informations sur la composition de l’atmosphère : MicroCarb, MERLIN, IASI, IASI-NG.
  • Les instruments optiques. Ils sont une catĂ©gorie particulière d’instrument passif. Les capteurs optiques sont les appareils photo de l’espace : ils rĂ©alisent des clichĂ©s qui permettent de distinguer des dĂ©tails jusqu’à 30 cm au sol ! Ă€ la diffĂ©rence de nos appareils photo, ils sont aussi capables de dĂ©tecter certaines sources de rayonnements la nuit, Ă  la manière de lunettes infrarouges. Satellites concernĂ©s : PlĂ©iades, SPOT, Sentinels, et Ă  l’avenir PlĂ©iades NĂ©o.
  • Les instruments actifs. Ces instruments Ă©mettent des ondes visibles ou invisibles – totalement inoffensives – en direction de la Terre. Leur Ă©cho est captĂ© par les satellites, qui en dĂ©duisent le relief des terres, des ocĂ©ans, la forme des banquise et calottes glaciaires, l’altitude et la forme des nuages, les courants de surface, la vitesse des vents ou les aĂ©rosols. Satellites concernĂ©s : JASON, CFOSAT, SWOT, Aeolus, Calipso.

Les apports du spatial dans l’étude de notre planète et de notre climat sont au cĹ“ur de la politique spatiale que nous menons, au CNES, aux niveaux europĂ©en et international, et de nombreux programmes fĂ©dèrent ces activitĂ©s. Par exemple, depuis 1993, les agences spatiales française, amĂ©ricaine, chinoise et indienne coordonnent leurs satellites pour s’assurer d’avoir toujours 4 satellites de mesure de la hauteur des ocĂ©ans en fonctionnement. Face Ă  l’ampleur de la tâche, la coopĂ©ration internationale est en effet indispensable. Toutes les agences spatiales d’observation de la Terre sont fĂ©dĂ©rĂ©es au sein du ComitĂ© sur les satellites d’observation de la Terre (CEOS) créé en 1984. Au total, 34 agences – dont le CNES – en sont membres. 

Son but ? Echanger, mieux se coordonner et coopĂ©rer pour optimiser les moyens d’observation, et Ă©galement mettre gratuitement Ă  la disposition des experts les donnĂ©es de tous les satellites. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat (GIEC), une rĂ©fĂ©rence sur le changement climatique, en bĂ©nĂ©ficie. En 2019, agences spatiales, organismes internationaux et reprĂ©sentants des communautĂ©s scientifiques vont plus loin : 36 membres s’engagent Ă  coopĂ©rer pour dĂ©velopper des outils opĂ©rationnels destinĂ©s Ă  favoriser la rĂ©silience des territoires aux impacts du changement climatique grâce aux donnĂ©es spatiales. Sous l’impulsion du CNES, le Space for climate observatory (SCO) nait.

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Préserver la biodiversité et la santé des citoyens

Les satellites d’observation rendent bien d’autres services Ă  notre planète. Prenons l’exemple des forĂŞts, le plus gros rĂ©servoir de biodiversitĂ©. Leur Ă©tat de santĂ©, leur surface et leur dĂ©veloppement sont scrutĂ©s au fil des ans par les satellites Sentinel, PlĂ©iades, Venµs ou encore SMOS. L’objectif ? Suivre l’impact des activitĂ©s humaines et du changement climatique sur ces Ă©cosystèmes.

L’Observatoire des zones humides mĂ©diterranĂ©ennes (OZHM) dĂ©veloppe lui, depuis 2012, un programme de suivi des zones humides mĂ©diterranĂ©ennes, très riches en biodiversitĂ©. Ă€ partir des donnĂ©es spatiales (Landsat et Sentinel-2), l’organisme extrait des indicateurs d’état des zones humides et des pressions qu’elles subissent. Le but : identifier les zones les plus menacĂ©es et/ou les plus vulnĂ©rables et fournir un outil d’aide Ă  la dĂ©cision aux autoritĂ©s pour mieux prĂ©server et restaurer les zones humides mĂ©diterranĂ©ennes.

Grâce au satellite européen SMOS, des scientifiques ont mis en évidence un phénomène de stockage et conservation d’eau dans les forêts tropicales durant la saison sèche.
Grâce au satellite européen SMOS, des scientifiques ont mis en évidence un phénomène de stockage et conservation d’eau dans les forêts tropicales durant la saison sèche © CNES/ESA/BAUDON Philippe, 2008

Autre exemple : la santĂ© des citoyens. Observer notre planète, c’est aussi prĂ©server l’humanitĂ©. En analysant les tempĂ©ratures et les prĂ©cipitations depuis l’espace, les scientifiques identifient les pĂ©riodes propices Ă  la prolifĂ©ration des moustiques. Or ces derniers vĂ©hiculent de nombreuses maladies : il est possible de cibler des zones oĂą la vaccination s’impose de toute urgence. Quant aux rejets polluants et irritants – gaz, aĂ©rosols et particules fines – Ă©mis dans l’atmosphère, aussi petits ou invisibles soient-ils, ils sont aussi dĂ©tectables par satellite. Une aubaine pour identifier les sources de cette pollution et la limiter. Sentinel-5P a notamment mesurĂ© une baisse importante de la pollution de l’air en mars 2020 (-30%) en raison du ralentissement des activitĂ©s humaines lors du Covid-19. 

Une indispensable coopération internationale

  • 1972 : lancement par les États-Unis du premier satellite d’observation de la Terre, Landsat-1
  • 1984 : crĂ©ation du ComitĂ© sur les satellites d’observation de la Terre (CEOS), regroupant toutes les agences spatiales d’observation de la Terre
  • 1986 : mise en orbite du premier satellite français d’observation de la Terre, SPOT-1
  • 1998 : genèse du programme europĂ©en de surveillance mondiale pour l’environnement et la sĂ©curitĂ© (GMES), rebaptisĂ© Copernicus en dĂ©cembre 2012
  • 2019 : sous l’impulsion du CNES, crĂ©ation du Space for climate observatory (SCO) destinĂ© Ă  favoriser la rĂ©silience des territoires aux retombĂ©es du changement climatique
L’Agence spatiale européenne s’attache à observer la Terre par satellite depuis le lancement de son premier satellite météo en 1977. Le programme Copernicus s’appuie sur une flotte de satellites en orbite autour de la Terre.
L’Agence spatiale européenne s’attache à observer la Terre par satellite depuis le lancement de son premier satellite météo en 1977. Le programme Copernicus s’appuie sur une flotte de satellites en orbite autour de la Terre. © ESA

Toutes ces avancĂ©es doivent beaucoup Ă  la coopĂ©ration internationale mais aussi rĂ©gionale. C’est grâce notamment au programme Copernicus que les effets du Covid-19 ont pu ĂŞtre observĂ©s depuis l’espace par Sentinel-5P. Copernicus est un ambitieux programme de surveillance de l’environnement mis en place par l’Union europĂ©enne. Son but ? Doter l’Europe d’une capacitĂ© autonome de surveillance de la Terre. Le programme rassemble toutes les donnĂ©es relatives Ă  l’environnement : mesures au sol, en avion, marines et spatiales. Il dispose d’une impressionnante flotte de satellites spĂ©cifiques pour assurer sa mission : des « sentinelles Â», chargĂ©es d’observer de façon continue et pĂ©renne notre planète.

Chaque famille de satellites Sentinel utilise une technologie particulière pour récupérer diverses informations. Copernicus permet de rationaliser les activités et moyens européens et de fournir des données libres, gratuites, fiables et indépendantes aux pouvoirs publics, scientifiques, entreprises et citoyens. Au CNES, nous contribuons au programme à travers les services, les technologies spatiales et la valorisation des données.

Des données facilement accessibles grâce aux pôles de données

Les donnĂ©es issues des missions spatiales financĂ©es par le CNES sont mises Ă  la disposition de la communautĂ© scientifique au travers de l’infrastructure de recherche Data Terra. Elle coordonne, fĂ©dère et optimise les donnĂ©es au sein ded pĂ´les de donnĂ©es spĂ©cialisĂ©s dans une ou plusieurs thĂ©matiques :

  • AERIS  pour l’atmosphère
  • FORM@TER pour la Terre solide
  • ODATIS pour l’ocĂ©an
  • THEIA pour les surfaces des continents
  • PNDB pour la biodiversitĂ©
  • DINAMIS pour les besoins institutionnels en images satellitaires haute rĂ©solution


En parallèle, nous avons dĂ©veloppĂ© le portail d’information et d’accès aux donnĂ©es spatiales GEODES.  Il propose un ensemble de services variĂ©s afin de favoriser la diffusion, l’exploration et l’accompagnement des utilisateurs de donnĂ©es, mais aussi l’incubation et la gestion des donnĂ©es d’observation de la Terre du CNES et du programme Copernicus.

Enfin, notre programme Spot World Heritage rend accessible au public l’ensemble des images utiles acquises par les satellites européens SPOT.

Quizz

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