C'est quoi l'espace ?

  • Dossier

  • Univers

Publié le 27 novembre 2025

Amas d’étoiles trĂšs dense appelĂ© Terzan 5, situĂ© dans notre galaxie, et capturĂ© par le tĂ©lescope spatial Hubble
© ESO/F. Ferraro

Quelles sont les frontiĂšres de l'Univers ?

On le voit chaque nuit, en levant les yeux au ciel : l’espace, que l’on dirait presque Ă  portĂ©e de main. Mais de quoi parle-t-on exactement ? Par quelles lois physiques est-il rĂ©gi ? OĂč commence et oĂč finit l’espace ?

L’espace Ă  portĂ©e de main

OĂč commence l’espace, pour nous, Terriens ? L’espace commence lĂ  oĂč finit notre atmosphĂšre, Ă  environ 100 km. Mais cette frontiĂšre est floue, l’atmosphĂšre disparaissant trĂšs progressivement sur des centaines de km. Ce qui est sĂ»r, c’est que l’espace, finalement, commence Ă  portĂ©e de main de la Terre. 100 km : c’est moins que la distance entre Paris et Rouen. 

Univers ou espace ?

L’Univers correspond Ă  tout ce qui existe (galaxies, Ă©toiles, planĂštes
) et l’espace est le « territoire Â» oĂč s’étend cet Univers.

Espaces proche et lointain

Dans l’espace proche (sous-entendu de la Terre), la force d’attraction de la Terre agit encore. On y trouve tous les satellites en orbite terrestre, entre environ 400 km (comme la Station spatiale internationale, ISS) et jusqu’à 36 000 km d’altitude. Certaines sondes scientifiques sont aussi envoyĂ©es plus loin, lĂ  oĂč la force d’attraction de la Terre et du Soleil s’équilibrent (on appelle cela les points de Lagrange Terre/Soleil). Le plus Ă©loignĂ© se situe Ă  1,5 million de km de la Terre. Il « hĂ©berge Â» des satellites comme Gaia, Webb ou Euclid.

L’espace profond correspond aux contours de notre SystĂšme solaire, qui s’étend lui sur 15 milliards de km. C’est immense, pourtant l’espace profond reste lui aussi accessible aux humains. Ou plus exactement aux sondes qu’ils construisent, comme JUICE (satellite d’exploration de Jupiter) ou Cassini-Huygens (Saturne
). 

Au-delĂ  de notre SystĂšme solaire, on parle donc d’espace interstellaire ou lointain. Cela concerne ce qui se trouve dans notre galaxie, la Voie LactĂ©e. Mais Ă©galement le reste de l’Univers, qui comprend des centaines de milliards de galaxies.

L'Univers est-il fini ou infini ?

Les scientifiques n’ont pas de rĂ©ponse Ă  cette grande question. Ce que l’on sait, c’est que l’Univers est en expansion. Les galaxies qui le composent s’éloignent les unes des autres. Cette expansion, de plus, s’accĂ©lĂšre, mais l’on ne connaĂźt pas la cause de cette accĂ©lĂ©ration. Encore un grand mystĂšre


Image d’une partie de l’Univers, combinaison de 2 images prises par les tĂ©lescopes spatiaux Hubble et Webb
Cette image d’une partie de l’Univers est la combinaison de 2 images prises par les tĂ©lescopes spatiaux Hubble et Webb. On y voit notamment de nombreuses galaxies, diffĂ©rentes par leur forme, leur couleur
 © NASA, ESA, CSA, STScI, J. Diego (Instituto de FĂ­sica de Cantabria, Spain), J. D’Silva (U. Western Australia), A. Koekemoer (STScI), J. Summers & R. Windhorst (ASU), and H. Yan (U. Missouri)

L’espace : des mathĂ©matiques et des hommes

L’espace est rĂ©gi par des lois physiques, des principes fondamentaux Ă©tablis par de grands savants au 16e et 17e siĂšcles, et sur lesquels se basent les ingĂ©nieurs aujourd’hui pour envoyer des fusĂ©es et calculer les trajectoires des satellites dans l’espace.

Kepler et les ellipses

L’astronome et mathĂ©maticien allemand Johannes Kepler (1571-1630) a Ă©tabli, thĂ©oriquement, 3 lois qui dĂ©crivent le fonctionnement d’un astre qui tourne autour d’un corps dans l’espace : la Terre autour du Soleil ou la Lune autour de la Terre par exemple. Ces lois dĂ©montrent notamment que les astres suivent des trajectoires dites en ellipse autour du corps central. Des ellipses plus ou moins Ă©crasĂ©es. Elles peuvent ĂȘtre quasiment rondes (comme la Terre autour du Soleil), mais aussi trĂšs allongĂ©es, Ă©tirĂ©es (comme la trajectoire des comĂštes autour du Soleil).

Newton, Einstein et la gravitation

La gravitation est la force qui fait que, dans l’espace, tous les corps s’attirent entre eux. C’est pourquoi, quand vous lĂąchez une pomme, elle tombe au sol. La Terre exerce une attraction (la gravitation) sur la pomme. L’inverse est aussi vrai, mais sans effet car la masse de la pomme est ridicule comparĂ©e Ă  celle de la Terre.  

La gravitation a Ă©tĂ© mise en Ă©quation par le mathĂ©maticien britannique Isaac Newton (1642-1727), qui en a eu l’intuition en voyant une pomme tomber au sol ! 

Puis en 1905, un certain Albert Einstein propose une autre description de la gravitation. Pour le physicien, la pomme est attirĂ©e car la Terre dĂ©forme l’espace-temps autour d’elle
 Pas simple Ă  comprendre. Imaginez que l’espace-temps soit un tissu tendu, sur lequel se trouve une bille. On y met alors une boule de bowling, qui dĂ©forme le tissu, attirant vers elle la bille
 Les masses s’attirent par la dĂ©formation de l’espace-temps qu’elles provoquent !

Tsiolkovski et la propulsion des fusées

Constantin Tsiolkovski est considĂ©rĂ© comme le pĂšre des voyages dans l’espace. Cet instituteur russe (1857-1935) a thĂ©orisĂ©, par des formules mathĂ©matiques, comment pourraient se dĂ©placer des fusĂ©es dans l’espace. L’équation dite de Tsiolkovski dĂ©crit le principe de la propulsion des fusĂ©es (ou autre vaisseau) par un moteur.

La Terre est le berceau de l’humanitĂ©, mais on ne passe pas sa vie entiĂšre dans un berceau !

Constantin Tsiolkovski

Portrait de Constantin Tsiolkovski
Constantin Tsiolkovski, ici en 1924. Le scientifique russe a posĂ© les bases thĂ©oriques de l’astronautique. © ĐšĐŸĐœŃŃ‚Đ°ĐœŃ‚ĐžĐœ ĐŠĐžĐŸĐ»ĐșĐŸĐČсĐșĐžĐč, 1924

Einstein avait-il tort ?

Impossible de nommer tous les scientifiques qui, au travers des siĂšcles, ont fait progresser nos connaissances sur l’espace... Celles-ci Ă©voluent, au grĂ© des dĂ©couvertes et des explorations, permises par des technologies toujours plus performantes. Et qui sait, ces principes fondamentaux seront peut-ĂȘtre un jour dĂ©mentis !

L’espace, un monde hostile

L’espace contient si peu de matiĂšre qu’il peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme vide. Sans matiĂšre, sans molĂ©cule, sans atome (ou presque, il reste en moyenne 1 atome/m3)
 C’est pourquoi l’espace est silencieux. Le son se propage en effet en utilisant l’air ou l’eau comme support. Pas d’air, pas de son.

Du vide et des rayons

L’espace, nĂ©anmoins, est parcouru de rayonnements dits Ă©lectromagnĂ©tiques (dont font partie la lumiĂšre ou les ondes radio par exemple) et qui, contrairement au son, peuvent se dĂ©placer dans le vide. Ces rayons sont Ă©mis par les phĂ©nomĂšnes spectaculaires qui secouent l’Univers. Comme les supernovae, qui sont les explosions de trĂšs grosses Ă©toiles en fin de vie. Ces phĂ©nomĂšnes Ă©mettent des rayons X trĂšs puissants, voire des rayons gamma, encore plus Ă©nergĂ©tiques. 

Plus proche de nous, le Soleil, lui aussi, dĂ©verse continuellement des particules et des rayons mortels. Parfois, des Ă©ruptions solaires expulsent dans l’espace des gigantesques quantitĂ©s d’énergie. La vitesse des particules alors Ă©jectĂ©es peut atteindre 50 000 km/h. Les humeurs du Soleil sont toutefois sous haute surveillance, notamment via des sondes scientifiques comme Solar Orbiter (Europe) ou Parker Solar Probe (USA).

Sur Terre, nous sommes protĂ©gĂ©s contre tous ces rayonnements qui parcourent l’espace car ils sont bloquĂ©s par l’atmosphĂšre et le champ magnĂ©tique, qui agissent comme des boucliers. Mais dans l’espace, ils peuvent ĂȘtre dangereux. Pour les vaisseaux ou les satellites, qui doivent ĂȘtre protĂ©gĂ©s par des blindages par exemple. Mais surtout pour les astronautes, chez qui ils peuvent provoquer des maladies. Dans l’ISS, Ă  400 km d’altitude, ils sont encore un peu protĂ©gĂ©s. Mais pas au-delà
 Ce problĂšme est pris trĂšs au sĂ©rieux par les agences spatiales, qui savent que ce sera l’un des principaux dĂ©fis Ă  surmonter avant de faire voyager des humains dans l’espace en direction de Mars.

Une équipe de scientifiques vérifie le parasol du télescope spatial James Webb
Ce « parasol » Ă©quipe aujourd’hui le tĂ©lescope spatial James Webb, lui permettant de rĂ©sister aux rayonnements du Soleil. © NASA/Chris Gunn

Coup de chaud, coup de froid

Dans l’espace, les tempĂ©ratures des corps ou des Ă©vĂ©nements sont extrĂȘmes. La tempĂ©rature mesurĂ©e la plus froide est de -272°C (dans la nĂ©buleuse du Boomerang). Quant aux Ă©toiles les plus chaudes, elles peuvent atteindre plus de 50 000 °C.  

Et mĂȘme dans l’espace proche, les Ă©carts de tempĂ©rature sont importants. A 400 km d’altitude, la tempĂ©rature peut passer en quelques minutes de +120°C Ă  -150 °C, selon l’exposition Ă  notre Soleil, qui transmet son Ă©nergie, donc sa chaleur, par rayonnement. C’est pourquoi les satellites ou les scaphandres des astronautes sont Ă©quipĂ©s de systĂšmes pour lutter contre le chaud et le froid (chauffage, couverture isolante, parasol
).

L’astronaute R. Stewart en impesanteur dans l'espace, avec la Terre en arriùre-plan
Lors des sorties dans l’espace, les astronautes portent des scaphandres, des mini vaisseaux qui les protĂšgent des Ă©carts de tempĂ©rature, des micromĂ©tĂ©orites
 Ici, l’AmĂ©ricain R. Stewart teste un nouveau dispositif de propulsion individuel en 1984. © NASA

Le corps humain dans l’espace

Un ĂȘtre humain ne peut pas vivre dans l’espace, pas sans Ă©quipement de protection, scaphandre ou vaisseau. Notamment car dans le vide spatial, il n’y a pas d’oxygĂšne, nous ne pouvons donc pas respirer. De plus, nos corps sont faits pour fonctionner avec la gravitĂ©, cette force qui nous tire vers le centre de la Terre. Donc quand les astronautes ne sont plus soumis Ă  cette gravitĂ©, leur corps subit des effets comme la perte de muscles ou la fragilisation des os. C’est pour cela que dans l’ISS, pour lutter contre ces effets, ils sont obligĂ©s de faire du sport tous les jours. 2 heures minimum !

À qui appartient l’espace ?

En 1967, alors que la conquĂȘte spatiale en est Ă  ses dĂ©buts, une centaine de pays (États-Unis, URSS, Chine, France, Japon
) signent le TraitĂ© de l’espace, qui affirme que l’espace n’appartient Ă  personne. Que chacun peu l’explorer, voire l’utiliser, mais pas se l’approprier. Du coup, les satellites y Ă©voluent librement, sans avoir Ă  tamponner leur passeport toutes les 3 min ! Il en va de mĂȘme pour les planĂštes, les lunes, les mĂ©tĂ©orites
. : aucun pays n’a le droit d’en revendiquer la propriĂ©tĂ©. La Lune, par exemple, fait partie du « patrimoine commun de l’humanitĂ© Â». Le TraitĂ© de l’espace interdit aussi la militarisation de l’espace, en interdisant par exemple les installations militaires sur la Lune.

Mais dans les faits, les choses ne sont pas aussi simples. Car chaque pays est libre de dĂ©cider ce qu’il autorise - ou non - Ă  faire dans l’espace. Plusieurs pays, États-Unis, Luxembourg, ou Émirats Arabes Unis par exemple, autorisent l’exploitation des ressources que l’on peut trouver dans l’espace. Tous les pays ne sont pas d’accord sur cette question des ressources et de leur appropriation. Plusieurs pays, dont la France, pensent que cela devrait se gĂ©rer non pas au niveau des États, mais au niveau international, via l’ONU par exemple.

Les Accords Artemis

Plusieurs autres accords et traitĂ©s ont Ă©tĂ© signĂ©s depuis celui de 1967. Le plus rĂ©cent : les accords Artemis, Ă©laborĂ©s dans le cadre de la « nouvelle Â» exploration de notre Lune. ProposĂ©s par les amĂ©ricains, ils posent de nouvelles rĂšgles encadrant les activitĂ©s lunaires, comme l’exploitation du sol.

Quizz

Les humains sont aujourd’hui capables d’envoyer des sondes dans l’espace lointain, aux confins de notre SystĂšme solaire. Quel est, Ă  ce jour, l’objet construit par les humains le plus Ă©loignĂ© de la Terre ?

Vous aimez les contenus du CNES ? Suivez-nous sur Instagram

Continuez votre exploration