Cardiomed, en avoir le cœur net !

Le dispositif Cardiomed (2010-2020) visait à suivre la santé des astronautes lors de leur séjour dans l’ISS, notamment ce qui concernait le système-cardiovasculaire. Il a été développé par la France et la Russie. Depuis le début des années 1980 en effet, le CNES s’implique fortement dans l’étude des effets physiologiques de la micropesanteur.

 

Concept

L’expérimentation Cardiomed consistait en dix protocoles cliniques, utilisant cinq instruments surveillant plusieurs paramètres physiologiques. Il permettait ainsi de surveiller l’activité du cœur, les veines, les artères et l’ensemble de la circulation sanguine, du cerveau jusqu’aux membres inférieurs, des astronautes occupant l’ISS.

Objectifs : mieux comprendre les effets de l'absence de pesanteur sur le système cardio-vasculaire (perte calcique, risque de syncope, dĂ©conditionnement cardio-vasculaire…) et ainsi proposer aux astronautes des exercices leur permettant de les limiter.

Cardiomed Ă©tait aussi utilisĂ© de manière routinière par les mĂ©decins russes, pour suivre, au quotidien, la santĂ© des astronautes. Mais aussi plus spĂ©cifiquement lors d’exercices physiques adaptĂ©s : sur un vĂ©lo ergomètre ou avec l’utilisation du Tchibis, un pantalon Ă  dĂ©pression qui attire le sang vers les membres infĂ©rieurs. Cet exercice Ă©tait d’ailleurs suivi en temps rĂ©el depuis le sol par les mĂ©decins du fait des risques de syncope qu’il prĂ©sentait pour le cosmonaute.

L'équipement a été mis en place dans l’ISS en février 2010 et a été utilisé pendant dix ans.

 

Dans le détail

Le système Cardiomed Ă©tait composĂ© de :

  • Un ensemble d’appareils mĂ©dicaux scientifiques
  • Un ordinateur Ă©quipĂ© d’un logiciel pour que les astronautes puissent dĂ©rouler les protocoles mĂ©dicaux et contrĂ´ler les instruments
  • Un boĂ®tier central pour l'alimentation des instruments et le transfert des donnĂ©es


Les instruments mĂ©dicaux du dispositif : 

  • Un plĂ©thysmographe Ă  air pour fournir les variations du volume des membres, en fonction des occlusions veineuses
  • Un instrument autonome pour mesurer la pression sanguine en continu, ainsi que l’activitĂ© du cĹ“ur (ECG)
  • Un boitier mesurant la pression sanguine artĂ©rielle en mode ambulatoire et stationnaire via un capteur de pression
  • Un doppler portable pour mesurer les dĂ©bits sanguins dans les artères principales
  • Un boitier pour mesurer en continu pendant 24h l’activitĂ© Ă©lectrique du cĹ“ur

 

Organisation

Cardiomed a Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ© dans le cadre d'une convention entre le CNES et l'IMBP (Institute for Biomedical Problems) de Moscou.

HĂ©bergĂ© au sein du module russe de l’ISS, il Ă©tait suivi en temps rĂ©el par le TsUP, le centre de contrĂ´le russe pour la Station spatiale, basĂ© Ă  Moscou. Une autre « version Â» Ă©tait aussi prĂ©sente Ă  la CitĂ© des Ă©toiles, le centre d’entraĂ®nement des cosmonautes russes, pour les mesures avant et après les sĂ©jours dans l’espace.

Le CNES avait la responsabilitĂ© du dĂ©veloppement et de la qualification du système (intĂ©gration des instruments, interfaçage pour qu’ils puissent fonctionner en parallèle, synchronisation et gestion des donnĂ©es), en lien avec des Ă©quipes de chercheurs des CHU d'Angers et de Tours. 

Essais médicaux de l'ensemble Cardiomed
Le dispositif a fait l’objet d’essais médicaux au CHU d'Angers par les médecins russes de l'IMBP © CNES/IMBP/CHU d'Angers/, 2006

Résultats

Cardiomed a permis de mettre au point des exercices et des contremesures qui permettent aux astronautes de lutter contre les effets de la micropesanteur.

Globalement, les données fournies ont nourri la recherche médicale sur le contrôle du rythme cardiaque, la circulation sanguine, la régulation du volume des fluides. Des connaissances qui ont servi (et servent encore) la médecine spatiale mais également terrestre. Par exemple, cela a permis de mettre au point des protocoles pour la prévention de troubles cardiovasculaires, comme l’hypotension orthostatique (chute brutale de la pression lorsque l’on se relève), que l’on trouve chez 30 % des personnes âgées.

 

Une longue tradition

Depuis les annĂ©es 1980, le CNES s’intĂ©resse fortement aux effets physiologiques de la micropesanteur, plus particulièrement depuis le premier vol habitĂ© impliquant un EuropĂ©en, le Français Jean-Loup ChrĂ©tien (mission PVH en 1982). Cardiomed s’inscrit dans cette histoire, au mĂŞme titre que les expĂ©riences en physiologie cardio-vasculaires, dĂ©veloppĂ©es et opĂ©rĂ©es par le Cadmos :

  • Cardiolab (2008 –2023) : dispositif dĂ©diĂ© Ă  l’étude du système cardio-vasculaire, dĂ©veloppĂ© par le Cadmos et l’agence spatiale allemande (DLR). Il Ă©tait intĂ©grĂ© dans le module EMP (European Pysiology Module) du laboratoire europĂ©en Columbus, arrimĂ© Ă  l’ISS en 2008. Cardiolab comprenait des senseurs pour mesurer diffĂ©rents paramètres physiologiques des astronautes. Ainsi que des appareils provoquant des stimuli au sujet.
Le canadien Chris Hadfield lors de l’expérience BP Reg pour étudier la réaction des astronautes aux changements de pression artérielle (étourdissements, évanouissements…), une fois de retour sur Terre
Le canadien Chris Hadfield lors de l’expérience BP Reg pour étudier la réaction des astronautes aux changements de pression artérielle (étourdissements, évanouissements…), une fois de retour sur Terre © Chris Cassidy / NASA
  • Cardiospace (2016-2019) : dispositif comparable Ă  Cardiolab, dĂ©veloppĂ© dans le cadre d’une convention franco-chinoise. Il ciblait en particulier l’impact de la micropesanteur sur la micro-circulation et la macro-circulation sanguines. Il a Ă©tĂ© utilisĂ© dans la petite station spatiale chinoise TianGong2.
  • PhysioTool (depuis 2026) : dĂ©veloppĂ© par les Ă©quipes du Cadmos, en partenariat avec Medes, (Institut en mĂ©decine et physiologie spatiales), l’UniversitĂ© et le CHU d’Angers, et l’UniversitĂ© de Lorraine, PhysioTool se compose de plusieurs instruments et capteurs portatifs, que l’astronaute peut accrocher Ă  sa ceinture. Ils mesurent de manière synchronisĂ©e divers paramètres (tension artĂ©rielle, frĂ©quence cardiaque, saturation en oxygène…) Ce dispositif ambulatoire, plus autonome, sert Ă  valider une nouvelle gĂ©nĂ©ration d’outils de suivi mĂ©dical qui pourront ĂŞtre utilisĂ©s lors de sĂ©jours d’exploration vers la Lune ou Mars.

Le système comprend également un stimulateur neurosensoriel (sorte de manette de jeu vidéo), qui permet de mesurer les réponses physiologiques de l’astronaute lorsqu’il est soumis à une charge mentale, un stress.

Contacts

Responsable PhysioTool au Cadmos
Arnaud Laurent
laurent.arnaud at cnes.fr