Espace et art

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Modifié le 08 décembre 2025

Mosaïque de l'artiste de street art français Invader tenue devant un hublot de l'ISS
Mosaïque de l'artiste français Invader devant un hublot de l'ISS © ESA/NASA

Dessinateurs et couturiers, concepteurs de jeux vidĂ©o et plasticiens
 L’espace n’a dĂ©cidĂ©ment pas de limite quand il s‘agit d’inspirer les artistes.

Dessiner au lieu de voir 

Si nos connaissances sur l’espace ont toujours Ă©tĂ© liĂ©es Ă  nos capacitĂ©s Ă  voir de plus en plus loin, il y a souvent un fossĂ© entre ce que l’on comprend et ce que l’on arrive rĂ©ellement Ă  observer. ReprĂ©senter des lieux ou phĂ©nomĂšnes lointains rĂ©clame donc un savant mĂ©lange d’imagination et de connaissances scientifiques. Comme tous les livres de Jules Verne, son rĂ©cit lunaire en 2 tomes (De la Terre Ă  la Lune en 1865 et Autour de la Lune en 1869) bĂ©nĂ©ficie de nombreuses et magnifiques illustrations, issues du travail de dessinateurs et de graveurs sur bois. Ainsi dans les dessins de Émile-Antoine Bayard et Alphonse de Neuville, on dĂ©couvre la fusĂ©e, l’équipage en apesanteur et bien entendu le sol lunaire avec reliefs et cratĂšres. 

Par la suite, au cours du 20e siĂšcle, de nombreux dessinateurs vont produire des reprĂ©sentations de la Lune, des planĂštes du systĂšme solaire, des Ă©toiles dans un courant que certains appellent le Space art. Lucien Rudaux, par exemple, produit de magnifiques dessins, Ă  la fois de sĂ©rieuses reprĂ©sentations de vulgarisation mais aussi des images qui relĂšvent plus de la science-fiction comme d’étonnants extraterrestres Ă  4 pattes vĂȘtus d’un chapeau.

Mars vu de sa lune Deimos
Mars vu de sa lune Deimos © Lucien Rudaux

À partir des annĂ©es 40, c’est un autre grand nom de ce mouvement qui se fait connaĂźtre : Chesley Bonestell. Il rĂ©alise de trĂšs nombreuses illustrations pour des magazines amĂ©ricains comme Life. Avec ses vues de planĂštes, ses fusĂ©es et astronautes, les Ɠuvres de Chesley Bonestell invitent Ă  la contemplation et au voyage. Son travail attirera l’attention des studios hollywoodiens oĂč il travaillera pour les effets visuels de plusieurs films.

Haute couture spatiale

Symbole de modernitĂ©, la conquĂȘte spatiale a beaucoup et souvent inspirĂ© le milieu de la mode. De nombreux couturiers se sont inspirĂ©s des tenues rĂ©elles des astronautes ou de tenues fantasmĂ©es des extraterrestres. C’est logiquement dans les annĂ©es 60 que cette tendance est la plus forte, aboutissant mĂȘme Ă  un courant baptisĂ© le Space age. AndrĂ© CourrĂšges en 1964 prĂ©sente sa collection Moon girls dominĂ©e par la couleur blanche avec des robes rythmĂ©es par des formes gĂ©omĂ©triques et des lunettes Ă  franges. Le couturier impose cette idĂ©e que le blanc sera la couleur du futur, prĂ©diction souvent reprise dans la science-fiction dans les dĂ©cennies suivantes. Autre grand nom du Space age, Pierre Cardin avait dĂ©jĂ  marquĂ© les esprits dĂšs les annĂ©es 50 avec une cĂ©lĂšbre robe bulle avant de plonger complĂštement dans l’espace avec sa collection Cosmos en 1965. De nouvelles matiĂšres font leur apparition comme le vinyle ou le caoutchouc et la forme des chapeaux Ă©voque des casques ou des scaphandres. 

Créations de Cosmocorps par Pierre Cardin en 1968
Les créations de Cosmocorps par Pierre Cardin en 1968 © Keystone-France/Gamma-Keystone/Getty Images

À la toute fin des annĂ©es 60, quelques mois aprĂšs l’alunissage d'Apollo 11, c’est un autre objet de mode d’inspiration spatiale qui voit le jour : la Moon Boot. On la doit Ă  Giancarlo Zanatta qui s’inspire grandement des chaussures de Neil Armstrong et de leurs empreintes laissĂ©es dans la poussiĂšre lunaire pour dessiner des bottes de neige. Elles connaissent un Ă©norme succĂšs dans les annĂ©es 80 et sont toujours commercialisĂ©es.

Si dans les annĂ©es 60, les activitĂ©s spatiales ont beaucoup influencĂ© les formes des crĂ©ateurs, aujourd’hui elles leur fournissent de nouveaux textiles. En 2020, la maison Balenciaga a prĂ©sentĂ© une collection en collaboration avec la NASA dont l'une des piĂšces remarquĂ©es est un manteau reprenant la forme, la couleur et les Ă©cussons des combinaisons des astronautes. Bien entendu, le logo de l’agence spatiale amĂ©ricaine figure sur toutes les tenues de cette collection, comme il figure d’ailleurs sur des millions de tee-shirts, sweats, blousons, chaussettes et sacs Ă  dos partout dans le monde. 

Vue depuis un cockpit dans le jeu No Man's Sky
Jeu vidĂ©o No man’s sky © Hello Games/2016

Des pixels et des étoiles

Space war, Spacerace, Space Invaders
 un rapide survol de la liste des premiers jeux vidĂ©o suffit Ă  comprendre que l’espace est partout. Pas Ă©tonnant puisque l’histoire du jeu vidĂ©o commence alors que la course Ă  l’espace bat son plein dans les annĂ©es 60 et 70. Les 2 sont rendus possibles grĂące au dĂ©veloppement de l’informatique et les 2 sont stimulĂ©s par l’envie d’explorer. Les jeux vidĂ©o qui se dĂ©roulent dans l’espace permettent d'offrir aux joueurs de vastes mondes Ă  dĂ©couvrir comme dans la saga Mass Effect. Le jeu No man's sky est allĂ© trĂšs loin dans cette logique en promettant au joueur de pouvoir visiter plusieurs milliards de planĂštes diffĂ©rentes.

Exposer dans l’espace 

DĂšs que l’humain arrive sur nouveau territoire dans l’espace, des projets artistiques y voient le jour. Sur la Lune, sur Mars, dans les stations spatiales, partout d’incroyables et improbables Ɠuvres ont Ă©tĂ© créées ou exposĂ©es. En 1969, alors que les astronautes prĂ©parent leur voyage Ă  destination de la Lune, Forrest Myers ambitionne de crĂ©er le premier musĂ©e sur la Lune. Son projet Moon museum prend la forme d’une petite plaque sur laquelle figurent des dessins de plusieurs artistes dont Andy Warhol. Faute d’accord avec la NASA, ce mini musĂ©e n'est pas embarquĂ© Ă  bord d'Apollo 11 mais depuis des rumeurs circulent sur son dĂ©pĂŽt clandestin sur le sol lunaire. Officiellement, c’est en 1971 qu’est importĂ©e sur la Lune la premiĂšre Ɠuvre humaine. Il s’agit d’une petite sculpture en aluminium de 8 cm signĂ©e Paul Van Hoeydonck. BaptisĂ©e Fallen astronaute (L’astronaute tombĂ©), cette Ɠuvre rend hommage aux astronautes morts pour la conquĂȘte spatiale.

Plaque et sculpture Fallen Astronaut sur la Lune, Apollo 15
Fallen Astronaut statue © NASA/1971

En 2000, c’est sur Mars qu’est envoyĂ©e une Ɠuvre d’art. À bord de l'atterrisseur Beagle 2, se trouve en effet une palette colorĂ©e de Damien Hirst. Beagle 2 a malheureusement eu un problĂšme lors de son amarsissage et n’a jamais depuis donnĂ© signĂ© de vie, mais l'Ɠuvre est bien arrivĂ©e Ă  destination. Autre grande premiĂšre, en 1995, la premiĂšre exposition hors de la Terre est organisĂ©e Ă  bord de la station MIR. Elle est composĂ©e de 20 Ɠuvres de 21 x 30 cm signĂ©es par 20 artistes diffĂ©rents. Depuis de nombreux projets ont vu le jour Ă  bord de la Station Spatiale Internationale. En 2015, par exemple, une petite mosaĂŻque colorĂ©e flotte Ă  bord de la station. C’est une rĂ©alisation du street artiste Invader, connu pour ses Ɠuvres urbaines, notamment ces Space Invaders en pixel (des carreaux de faĂŻence en gĂ©nĂ©ral) que l’on retrouve dans de trĂšs nombreuses villes partout sur Terre.

Nous inventons en permanence avec les artistes de nouveaux protocoles de crĂ©ation afin d’éviter que la production artistique dans l’espace ne se calque sur les procĂ©dures habituelles de la Terre. Il est indispensable de proposer des chemins de traverse aux artistes qui cherchent Ă  travailler de maniĂšre respectueuse avec l’espace.

Gérard Azoulay

  • Responsable de l’Observatoire de l’Espace au CNES

Un observatoire unique en son genre

GrĂące aux travaux des acteurs du spatial, les artistes ont accĂšs Ă  de nouveaux imaginaires, de nouvelles images, de nouvelles questions. GrĂące aux artistes, la recherche spatiale s’enrichit de nouveaux rĂ©cits, diffuse ses rĂ©sultats et sa dĂ©marche dans la sociĂ©tĂ©. C’est pour stimuler le travail entre ces deux mondes que l’Observatoire de l’Espace a Ă©tĂ© créé chez nous, au CNES.

Structure unique, l’Observatoire de l’espace organise des rĂ©sidences d'artistes en donnant accĂšs aux laboratoires, installations et archives du CNES. Ainsi chaque annĂ©e, plusieurs projets ou expositions voient le jour. Souvent dans des musĂ©es bien terrestres mais parfois aussi dans l’espace. En 2017, par exemple, l'artiste Eduardo Kac a pu rĂ©aliser l’Ɠuvre TĂ©lescope intĂ©rieur Ă  bord du module europĂ©en de la station spatiale internationale. L'artiste a imaginĂ© un pliage de papier effectuĂ© par Thomas Pesquet Ă  bord de la station avant de flotter en apesanteur dans l’habitacle. Un film a Ă©tĂ© produit pour retracer toutes les Ă©tapes de ce projet artistique.

TĂ©lĂ©scope intĂ©rieur, une Ɠuvre spatiale d'Eduardo Kac
TĂ©lĂ©scope intĂ©rieur, une Ɠuvre spatiale d'Eduardo Kac © Observatoire de l'Espace du CNES/ESA/2017

Lors de rĂ©sidences organisĂ©es sur Terre, des artistes comme Sylvie Bonnot ou Justine Emard, ont travaillĂ© avec des archives photographiques ou audiovisuelles pour rĂ©aliser leurs piĂšces ; la premiĂšre sur le centre spatial guyanais avec GĂ©ographie d’une fusĂ©e et la deuxiĂšme sur les non-humains dans l’Espace avec le film In praesentia.

Au-delĂ  de ces crĂ©ations, l’Observatoire de l’Espace Ă©dite des publications et organise des Ă©vĂ©nements pour rĂ©flĂ©chir aux rĂ©cits que la recherche spatiale inspire et analyser comment les artistes s'approprient cette matiĂšre inĂ©puisable.

Quizz

Dans le jeu Space Invaders, quel est l’objectif principal du joueur ?

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