Myriade en détails

Contexte

Un satellite est constitué d’instruments d’observation, de télécommunication, scientifiques ou autres, qui constituent ce qu’on appelle la charge utile de la mission. Pour opérer de manière autonome dans l’espace, ils nécessitent des infrastructures assurant leur approvisionnement en énergie, leur contrôle thermique, ainsi que tous les dispositifs permettant leur communication avec le sol. Cela inclut le transfert des commandes à distance, des mesures télémétriques, et la collecte de leurs données.

Toutes ces fonctions de servitude sont les services apportĂ©s par ce qui est appelĂ© une plateforme de satellite. Les sous-systèmes de contrĂ´le de l’attitude et de l’orbite via la propulsion sont Ă©galement deux Ă©lĂ©ments cruciaux qui font partie de la plateforme. Tandis qu’un instrument est conçu pour une mission spĂ©cifique, l’objectif est de rationaliser les plateformes en les regroupant par familles ou filières afin de rĂ©duire les coĂ»ts de dĂ©veloppement. Toutefois, il est possible de les adapter localement Ă  chaque mission si nĂ©cessaire, pour en optimiser les performances. C’est ce que vise Ă  faire la filière Myriade de microsatellites : gamme 130-200 kg dont jusqu’à 100 kg de charge utile.

Le dĂ©veloppement de Myriade a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© par le CNES en 1998, dans la continuitĂ© du programme PROTEUS qui adressait le segment des minisatellites : 400-600 kg dont 300 kg de charge utile.

Il s'agissait de permettre à la communauté spatiale de disposer d'un moyen d'accès à l'espace dans des délais et à des coûts réduits, pour des applications prioritairement scientifiques mais aussi technologiques ou démonstratives de services futurs.

Les avancées technologiques et notamment la miniaturisation de l'électronique ont rendu en effet possible la réalisation de missions disposant d'un haut degré de performances dans des volumes réduits et à des coûts plus bas que ceux des missions satellitaires traditionnelles. Myriade a ainsi largement recouru aux composants commerciaux.

Le gain de masse permet alors de disposer de solutions de lancement Ă  des coĂ»ts faibles, soit en tant que passager principal sur un petit lanceur, soit en tant que passager auxiliaire sur un plus gros lanceur. Ajouter des microsatellites, des nanosatellites ou des cubesats dans la coiffe d’un lanceur emportant dĂ©jĂ  un satellite classique et plus volumineux, afin de bĂ©nĂ©ficier d’un « covoiturage Â» orbital, est en effet une pratique de plus en plus courante.

Objectifs

  • Proposer une plateforme miniaturisĂ©e et standardisĂ©e

  • Proposer une solution peu onĂ©reuse

  • DĂ©lĂ©guer une partie de l’intĂ©gration des microsatellites

  • Favoriser la coopĂ©ration internationale

Myriade met ainsi Ă  la disposition des utilisateurs et partenaires :

  • Un ensemble de chaĂ®nes fonctionnelles permettant de constituer une plateforme dotĂ©e d'options, et qui, complĂ©tĂ©e d'une charge utile formeront des satellites pour une masse typique de 130 Ă  200 kg.
  • Un segment sol pour l'acquisition des donnĂ©es scientifiques, la commande et le contrĂ´le des satellites.
  • Des outils pour l'analyse des missions, la conception des satellites, la validation.

L’objectif était de pouvoir proposer des missions satellitaires avec des coûts de l’ordre de 15 millions d’euros (lancement compris mais hors instruments), à un rythme de 2 missions par an, dans la gamme de masse 100 à 200 kg.

L’intérêt de développer une telle plateforme de satellite était de pouvoir proposer aux entreprises et institutions désireuses de lancer un petit satellite, une solution de plateforme standardisée, sûre, miniaturisée et facile à produire pour le CNES, sur laquelle ces clients peuvent ensuite intégrer eux-mêmes leur matériel scientifique et technologique. Les systèmes standardisés de la plateforme Myriade ont conçus pour permettre d’adresser une large gamme de missions orbitales.

Cette architecture permet également de favoriser la coopération internationale, car la plateforme Myriade peut accueillir toutes sortes de charges utiles développées par toutes sortes d’entreprises et d’institutions françaises, européennes et internationales.

 

Déroulé du projet

La première mission, DEMETER pour l'Ă©tude de l'environnement Ă©lectro-magnĂ©tique de la terre et la prĂ©vision des sĂ©ismes, a Ă©tĂ© lancĂ©e le 29 juin 2004 de BaĂŻkonour. Le satellite a Ă©tĂ© retirĂ© du service en 2011.

Vue d’artiste du satellite DEMETER
Vue d’artiste du satellite DEMETER © CNES/D. Ducros

La mission Parasol a Ă©tĂ© lancĂ©e le 18 dĂ©cembre 2004 de Kourou et elle a Ă©tudiĂ© les propriĂ©tĂ©s des aĂ©rosols et des nuages de l'atmosphère terrestre.

Vue d’artiste du satellite Parasol
Vue d’artiste du satellite Parasol © CNES, D. Ducros

La mission Picard a Ă©tĂ© lancĂ©e le 15 juin 2010 de BaĂŻkonour par un lanceur DNEPR. Son but Ă©tait l'Ă©tude du soleil et de ses impacts sur le climat de la Terre.

Vue d’artiste du satellite Picard
Vue d’artiste du satellite Picard © CNES/D. Ducros, 2008

La mission Microscope a Ă©tĂ© lancĂ©e le 25 avril 2016 pour tester le Principe d'Équivalence.

Vue d’artiste du satellite MICROSCOPE
Vue d’artiste du satellite Microscope

De plus 3 missions ont Ă©tĂ© financĂ©es par la Direction GĂ©nĂ©rale de l'Armement :

  • La constellation Essaim, 4 satellites, a Ă©tĂ© lancĂ©e avec succès le 18 dĂ©cembre 2004 de Kourou avec Parasol. MaĂ®trise d'Ĺ“uvre Astrium.
  • Le dĂ©monstrateur Spirale, 2 satellites. MaĂ®trise d'Ĺ“uvre Astrium/Alcatel.
  • La mission Elisa, 4 satellites. MaĂ®trise d'Ĺ“uvre Astrium.


Enfin 4 missions ont Ă©tĂ© le fruit de contrats industriels directs entre Astrium et des pays Ă  l’export :

  • ALSAT-2A pour l'AlgĂ©rie
  • SSOT pour le Chili
  • ALSAT-2B pour l'AlgĂ©rie
  • Vn RedSat pour le Vietnam


Deux dernières missions utilisent le standard Myriade :

  • TARANIS, lancĂ© en 2020 pour l’étude Ă©lectromagnĂ©tique de la haute atmosphère (Ă©chec au lancement du lanceur VEGA).
  • MicroCarb, en cours de dĂ©veloppement pour l’étude des flux de CO2 Ă  la surface de la terre, lancement prĂ©vu en juillet 2025. Ce sera le dernier utilisateur de la filière.

Une version plus rĂ©cente de la plateforme Myriade, appelĂ©e Myriade-Evolutions, est en cours de dĂ©veloppement. Elle inclut les avancĂ©es technologiques accumulĂ©es depuis le projet Myriade, et vise Ă  proposer une nouvelle solution d’architecture de microsatellites pour la pĂ©riode 2015-2030, dans la gamme de masse 350 Ă  400 kg. Le satellite MERLIN l’utilisera (lancement prĂ©vu en 2029). Deux satellites Ă  l’export ont eu recours chez Airbus Ă  cette plateforme : Perusat et Theos2.

 

Organisation

Le CNES pilote le référentiel Myriade, notamment en gérant les contrats long terme d’approvisionnement des équipements constituant la plateforme et aide les entreprises et institutions clientes à concevoir leurs microsatellites et leurs missions satellitaires. Le CNES met également à leur disposition un segment sol dédié. Pour le développement de ce référentiel, le CNES s’était appuyé sur les 2 partenaires Airbus (Astrium à l’époque) et Thalès Alenia Space (Alcatel à l’époque) sous forme de partenariat. Ces maîtres d’œuvre ont ensuite pu utiliser le référentiel pour leurs propres missions.

Pour ses propres missions, le CNES avait la maîtrise d’œuvre des satellites utilisant la filière et s’est appuyé sur des PME pour en faire réaliser l’assemblage, intégration et tests AIT dans ses murs.