Dynamique du vol

Les équipes de dynamique du vol

Une coopĂ©ration entre les Ă©quipes de mĂ©canique du vol de la JAXA (Japan Aerospace Exploration Agency) et du CNES pour la mission MMX a Ă©tĂ© Ă©tablie en 2017. Cette contribution permet Ă  la JAXA de s’appuyer sur le savoir-faire du CNES en tant que centre d’expertise pour les phases de proximitĂ© des missions d’exploration de petits corps, expĂ©rience acquise entre autres lors de la participation aux missions Rosetta/Philae, avec l’ESA, et Hayabusa-2/Mascot, dĂ©jĂ  avec la JAXA. 

Cette implication permet au CNES de continuer d’être prĂ©sent dans le domaine de l’exploration interplanĂ©taire et d’accroĂ®tre ses compĂ©tences en tant que partenaire pour ce type de missions, qui continuera dans les annĂ©es qui viennent sur des projets comme Hera (ESA). 

La participation des Ă©quipes de dynamique du vol du CNES Ă  MMX s’étend dans le temps, depuis les phases prĂ©liminaires de conception jusqu’aux opĂ©rations. Elle est Ă©galement transverse en interne : un support sur la thĂ©matique mĂ©canique spatiale est apportĂ© aux autres Ă©quipes françaises impliquĂ©es sur le projet quand il s’avère nĂ©cessaire (Ă  savoir : le Rover et MIRS). 

Plus en dĂ©tail, la contribution porte sur les sujets suivants : 

  • La conception de trajectoires autour des lunes martiennes, notamment les QSO (quasi-satellite orbits) pour l’observation de Phobos,
  • La restitution de la dynamique de Phobos. En particulier, la dĂ©termination prĂ©cise du champ de gravitĂ© de cette lune, ainsi que l’amĂ©lioration de la connaissance sur ses Ă©phĂ©mĂ©rides,
  • La navigation et restitution d’orbite de la sonde dans l’environnement de la sphère martienne,
  • Le support Ă  l’équipe Rover et la dĂ©finition de la procĂ©dure de choix du site d’atterrissage combinĂ© entre la sonde et le rover,
  • Le support Ă  l’équipe MIRS sur des problĂ©matiques liĂ©es Ă  la mĂ©canique spatiale.

En savoir plus sur l’expertise dynamique de vol au CNES 

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Conception de trajectoires de type QSO autour de Phobos

Il est prĂ©vu que la sonde MMX passe plusieurs annĂ©es dans la sphère martienne, en particulier Ă  proximitĂ© de la lune Phobos. Pourtant, les caractĂ©ristiques physiques du couple Mars-Phobos rendent impossible la mise en orbite kĂ©plĂ©rienne d’un engin autour de cette lune. C’est pourquoi un type de trajectoires, appelĂ© Quasi-Satellite Orbits, inspirĂ© du mouvement relatif entre deux objets autour d’un corps central (i.e. Mars),  a Ă©tĂ© identifiĂ© comme candidat Ă  orbite pour l’observation de Phobos. 

Bien qu’ayant Ă©tĂ© mentionnĂ©es frĂ©quemment dans la littĂ©rature pour rĂ©pondre aux besoins d’exploration de ce corps et Ă©tudiĂ©es d’un point de vue mathĂ©matique, les familles de QSO issues des modèles dynamiques Ă  3 corps n’ont toujours pas Ă©tĂ© utilisĂ©es en vol par des missions d’exploration. Elles soulèvent des problèmes, autant de conception que d’implĂ©mentation opĂ©rationnelle, comme par exemple : 

  • gĂ©nĂ©ration de candidats de trajectoire stables avec les caractĂ©ristiques de distance Ă  la lune et vitesse relative souhaitĂ©es,
  • adaptation Ă  l’environnement dynamique rĂ©aliste et robustesse aux incertitudes des trajectoires choisies,
  • conception de stratĂ©gies de maintien Ă  poste… 

Le CNES a accompagné la JAXA depuis les phases préliminaires de la mission MMX avec un rôle de support expert, de validation croisée et de proposition de solutions alternatives, afin de répondre au mieux à toutes ces problématiques. Une grande partie de ce travail a été faite en interne, mais aussi à travers la mise en place de contrats de recherche avec d’autres institutions européennes (IMCCE, devenu LTE en 2025, Laboratoire Temps Espace, Surrey Space Center, Politecnico di Milano…). Les résultats de ces travaux ont eu un impact direct sur la mission MMX, puisqu’ils ont donné lieu à quelques changements de scénario opérationnel. Ils ont aussi été présentés dans des conférences internationales et publiés dans des journaux spécialisés.

 

Détermination précise du champ de gravité de Phobos

Un des objectifs scientifiques de MMX est d’amĂ©liorer la connaissance actuelle des caractĂ©ristiques de Phobos, notamment sa forme, sa gravitĂ© et sa trajectoire exacte autour de Mars (c’est-Ă -dire ses Ă©phĂ©mĂ©rides). L’équipe de GĂ©odĂ©sie spatiale du CNES est internationalement reconnue pour son excellence dans le domaine de restitution de la gravitĂ© des corps cĂ©lestes, y compris les petits corps. C’est pourquoi la JAXA a sollicitĂ© depuis le dĂ©but de la collaboration le support des experts en gĂ©odĂ©sie du CNES. 

Dans les phases préliminaires de la mission, ce support s’est traduit par une contribution au choix du scénario de trajectoire afin de maximiser le retour scientifique en termes de restitution de la gravité. Les trajectoires QSO avec une composante hors-plan de l’équateur de Phobos ont alors été proposées. Depuis quelques années, deux agents CNES de cette équipe de Géodésie font partie du Geodesy Sub-Science Team MMX (GSST), avec des scientifiques du Japon et d’autres pays. Le GSST s’occupera de la génération de la mise à jour des modèles de forme et gravité de Phobos, en utilisant les données en vol de la mission MMX. Par ailleurs, le logiciel GINS développé et maintenu par cette équipe française, a été choisi par le GSST pour ces activités essentielles à la mission.

Dans un domaine connexe, la participation de l'IMCCE (maintenant LTE), coordonnée par le CNES, à la mise à jour des éphémérides de Phobos avant le lancement de la sonde vient aussi compléter la contribution française à la mission.

 

Un des points communs entre toutes les missions d’exploration visant des petits corps est le haut degrĂ© d’incertitude vis-Ă -vis des conditions d’environnement dynamique que la sonde rencontrera lors de sa mission. Cette incertitude vient des inconnues sur les caractĂ©ristiques physiques dĂ©taillĂ©es du corps cible, comme le champ de gravitĂ©. Dans le meilleur des cas, le corps cible a Ă©tĂ© survolĂ© par d’autres missions (c’est le cas de Phobos) mais dans d’autres cas il a simplement Ă©tĂ© observĂ© depuis des distances très grandes (c’est le cas des comètes ou astĂ©roĂŻdes visitĂ©s par Rosetta et Hayabusa-2). Aussi, il est difficile d’estimer prĂ©cisĂ©ment l’ordre de magnitude des diffĂ©rences entre la position rĂ©elle de la sonde et la position qui est calculĂ©e au sol avec les modĂ©lisations existantes. 

Les analyses de covariance menées par le CNES visent à prédire au mieux ces écarts entre le monde réel et les modèles. Ces études deviennent une des clés de la préparation de la phase en vol, puisqu’elles peuvent avoir un fort impact sur la planification des observations par les instruments ou sur les créneaux de communication entre la sonde et la Terre. Les ingénieurs de la JAXA, bien conscients de cette problématique, échangent régulièrement avec les experts en orbitographie du CNES afin de consolider les résultats de leurs études de navigation.

 

Définition de la procédure de choix du site d’atterrissage

La sonde MMX prĂ©voit de rĂ©aliser plusieurs atterrissages sur Phobos dans le but de rĂ©cupĂ©rer des Ă©chantillons. Lors d’une des rĂ©pĂ©titions pour l’atterrissage de MMX, le Rover franco-allemand IDEFIX® sera sĂ©parĂ© Ă  basse altitude et commencera la descente afin de se poser et dĂ©rouler sa mission Ă  la surface de la lune. L’approche de la surface d’un corps cĂ©leste est toujours une opĂ©ration critique : les consĂ©quences d’une erreur ou d’une mauvaise planification peuvent aller jusqu’à la perte totale de la mission. La sĂ©lection rĂ©flĂ©chie des sites d’atterrissage est donc une des activitĂ©s de prĂ©paration cruciales pour garantir la rĂ©ussite de la mission. 

Une grande quantitĂ© d’équipes diffĂ©rentes, techniques et scientifiques, responsables de chacun des instruments et sous-systèmes et en provenance de nombreux pays, rentrent dans le jeu, avec des critères et objectifs diffĂ©rents les uns des autres et de fortes contraintes de temps. Pour toutes ces raisons, la dĂ©finition de la procĂ©dure de dĂ©cision est une activitĂ© dĂ©licate qui doit ĂŞtre aboutie et rĂ©pĂ©tĂ©e bien avant l’arrivĂ©e de la sonde dans la sphère martienne. 

Le processus devient encore plus complexe quand il s’agit d’un choix combinĂ© d’un site d’atterrissage pour la sonde et pour le Rover. Les Ă©quipes de dynamique du vol du CNES ont Ă©tĂ© impliquĂ©es par le passĂ© dans la sĂ©lection du site d’atterrissage de Philae (Ă  bord de la sonde europĂ©enne Rosetta) et de Mascot (Ă  bord d’Hayabusa-2, sonde japonaise). C’est pourquoi le savoir-faire et l’expĂ©rience du CNES sur ce type d’activitĂ© ont Ă©tĂ© mis Ă  disposition de la JAXA aussi pour MMX. 

 

Support à l’équipe MIRS

L’équipe de l’instrument MIRS, constituée de membres du CNES et du LESIA (devenu LIRA en 2025), compte parmi ses effectifs des experts en programmation mission, un sujet connexe à la mécanique spatiale. Néanmoins, l’équipe de dynamique du vol est présente pour intervenir quand il s’agit d’études qui demandent des connaissances spécifiques en mécanique spatiale. C’était le cas par exemple pour les premières études de couverture et résolution atteignables à partir des scénarios de QSO ou pour l’analyse de scénarios de survol de la lune Deimos alternatifs à l’option JAXA. Ce support s’étendra jusqu’à la phase opérationnelle, où une instance du logiciel opérationnel de dynamique du vol (FDS) installé sur le segment sol MMX du CNES permettra aux équipes de l’instrument d’ingérer les produits de trajectoire et attitude reçus de la sonde, ainsi que les éphémérides et autres informations sur les corps célestes. Avec ces informations, le FDS MIRS permettra de faire des calculs d’évènements orbitaux et géométriques pouvant avoir un impact sur la planification des observations de l’instrument (éclipses, créneaux de communication avec la Terre, position du point sub-solaire…)

 

Implication des équipes CNES aux activités opérationnelles de MMX

La participation des Ă©quipes de mĂ©canique spatiale du CNES Ă  MMX continue après le lancement: implĂ©mentation et exĂ©cution de la procĂ©dure de choix du site d’atterrissage, support aux opĂ©rations de descente et atterrissage, en plus du calcul d’évènements pendant la mission IDEFIX®. Il en sera de mĂŞme pour MIRS, avec une partie du segment sol CNES dĂ©diĂ© au calcul d’évènements orbitaux comme expliquĂ©e dans la rubrique dĂ©diĂ©e. 

Par ailleurs, la participation des experts CNES en gĂ©odĂ©sie spatiale au Geodesy subscience team (GSST) de MMX assure aussi une contribution en termes de dĂ©termination prĂ©cise du champ de gravitĂ© de Phobos, qui va jusqu’à l’exploitation des donnĂ©es en vol. 

Pour la première fois pour une mission de ce type, une participation de la part du CNES aux activitĂ©s opĂ©rationnelles de la sonde elle-mĂŞme a rĂ©cemment Ă©tĂ© acceptĂ©e par la JAXA. Cette contribution portera notamment sur l’analyse des scĂ©narios de trajectoire opĂ©rationnels, autant nominaux que de contingence, ainsi que sur la restitution d’orbite opĂ©rationnelle. Le rĂ´le du CNES reste, bien entendu, un rĂ´le de support et de validation croisĂ©e, sans responsabilitĂ© opĂ©rationnelle sur la sonde. NĂ©anmoins, cette implication reprĂ©sente un Ă©norme dĂ©fi et l’opportunitĂ© de renforcer notablement la visibilitĂ© de nos Ă©quipes de dynamique du vol dans le monde de l’exploration interplanĂ©taire.