Le Centre Spatial Guyanais, une porte vers l'espace

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Modifié le 08 décembre 2025

Vue aérienne du Centre spatial guyanais
Vue aérienne du Centre spatial guyanais © CNES/ESA/Arianespace/Optique Vidéo CSG/P Baudon, 2020

Pour envoyer des satellites ou des vaisseaux dans l’espace, il faut une fusĂ©e, mais aussi une base de lancement. Une infrastructure organisĂ©e sans laquelle la fusĂ©e resterait au sol ! A l’image du Centre spatial guyanais d’oĂą dĂ©collent les lanceurs europĂ©ens. Visite guidĂ©e du port spatial de l’Europe.
 

Kourou, the place to be

Le Centre spatial guyanais (CSG), situĂ© en Guyane française, sur les villes de Kourou et Sinnamary, est le port spatial de l’Europe. C’est depuis cette base que dĂ©collent toutes les fusĂ©es europĂ©ennes, depuis Ariane 1 en 1979 jusqu’à Ariane 6 et Vega C aujourd’hui. Le CSG a Ă©galement Ă©tĂ© la base de lancement de la fusĂ©e Soyouz, commercialisĂ© par l’Europe de 2012 Ă  2022 dans le cadre d'un partenariat franco-russe. Fin 2023, on y comptabilisait 260 lancements de fusĂ©es Ariane, 22 lancements de Vega et 27 lancements de Soyouz. Depuis Kourou sont lancĂ©s des satellites de toutes tailles, qu’ils partent explorer l’Univers ou observer la Terre, rejoindre la constellation europĂ©enne de satellites de positionnement Galileo ou servir aux tĂ©lĂ©communications. 

Vue aérienne du Centre spatial guyanais
Vue aérienne du Centre spatial guyanais © CNES/ESA/Arianespace/Optique Vidéo CSG/P Baudon, 2020

Il faut dire que le CSG prĂ©sente de gros avantages : 

  • Il se situe quasiment sur l’équateur faisant profiter au maximum les fusĂ©es de l’effet de fronde, liĂ© Ă  la rotation de la Terre sur elle-mĂŞme. En effet, plus on s’éloigne du point autour duquel on tourne, plus la vitesse augmente. On tourne plus vite Ă  Kourou, qu’à Oslo en Norvège. Cette vitesse naturelle permet d’économiser du carburant au dĂ©collage.   
  • De plus, ĂŞtre sur l’équateur permet aux satellites d’accĂ©der directement au plan Ă©quatorial. L’intĂ©rĂŞt ? Imaginez une feuille rigide qui traverse la Terre au niveau de l’équateur et se prolonge ainsi dans l’espace : c’est le plan Ă©quatorial dans lequel doivent orbiter les satellites de tĂ©lĂ©communication, Ă  36 000 km de haut, pour faire une rĂ©volution autour de la Terre en 24h. Oui, comme la Terre ! Ils restent donc toujours au-dessus du mĂŞme endroit : pas besoin de faire tourner la parabole pour capter la radio ! Ces satellites dits gĂ©ostationnaire sont les plus nombreux.
  • La Guyane a une longue façade sur l’OcĂ©an Atlantique. Les fusĂ©es peuvent dĂ©coller vers le Nord et vers l’Est sans survoler la terre et donc de potentielles habitations.
  • Enfin, Ă  Kourou, on se trouve Ă  l’abri des cyclones.
  • 1964

    date de crĂ©ation du Centre spatial guyanais

  • 5° (500 km)

    latitude au nord de l’équateur

  • 140°

    d’ouverture sur l’océan

  • 660 km²

    superficie

De la France à l’Europe, un peu d’histoire

Depuis les annĂ©es 1950, la France dĂ©veloppe son propre programme spatial. Ses premières fusĂ©es sont lancĂ©es depuis la base d’Hammaguir, situĂ©e dans le dĂ©sert en AlgĂ©rie, alors française. Mais en 1962, l’AlgĂ©rie devient indĂ©pendante, la France doit se trouver un autre site de lancement. Ce sera donc Kourou, dans le dĂ©partement français de la Guyane. Les travaux commencent dès 1964. La première fusĂ©e, VĂ©ronique, y dĂ©colle en 1968, puis le lanceur Diamant en 1970. 

A cette Ă©poque, la course Ă  l’espace est toutefois largement dominĂ©e par les 2 grandes puissances que sont l’URSS et les Etats-Unis. C’est dans ce contexte que naĂ®t l’agence spatiale europĂ©enne (1975) et le programme de fusĂ©es Ariane. L’Europe, en effet, est bien dĂ©cidĂ©e Ă  ne plus dĂ©pendre des autres : elle veut sa fusĂ©e ET les infrastructures pour la lancer. La dĂ©cision est alors prise d’installer ces dernières au CSG, alors propriĂ©tĂ© de la France. En contrepartie l’ESA finance la base (Ă  hauteur de 70% aujourd’hui). Ainsi, le 24 dĂ©cembre 1979, Ariane 1 dĂ©colle avec succès du Centre spatial guyanais. 

Le CSG Ă©volue ensuite pour accueillir les successeurs d’Ariane 1, puis la « petite Â» fusĂ©e Vega. A partir de 2012, c’est aussi depuis le CSG que dĂ©colle le lanceur russe Soyouz. Ce partenariat a pris fin en 2022, suite Ă  la dĂ©cision de la Russie de suspendre la coopĂ©ration avec l’Europe, consĂ©quence de la guerre en Ukraine. 

Lancer, mais pas que…

Vue aérienne du CSG
Le CSG, une vaste étendue, savamment organisée © Handout

Le CSG recouvre une surface de 660 km2, 6 fois la surface de Paris. Et mĂŞme si, vu du ciel, on dirait plutĂ´t un immense parc, on y trouve de multiples bâtiments et Ă©quipements.  Chaque fusĂ©e possède sa propre aire ou ensemble de lancement (ou pas de tir), adaptĂ©e Ă  ses spĂ©cificitĂ©s. L’ensemble de lancement d’Ariane 6, opĂ©rationnel depuis 2023, est ainsi le neuvième du CSG, le deuxième en activitĂ© – jusqu’à l’arrivĂ©e de nouveaux vĂ©hicules… Il comprend toutes les infrastructures nĂ©cessaires au bon dĂ©roulement d’une campagne de tir.
 

PrĂ©parer 

Les lanceurs, arrivĂ©s « en morceaux Â» au CSG, sont assemblĂ©s dans des bâtiments spĂ©cifiques. D’autres bâtiments sont eux dĂ©diĂ©s Ă  la prĂ©paration et aux derniers tests des satellites qui seront installĂ©s ensuite dans la coiffe de la fusĂ©e, l'ogive au sommet. On y trouve notamment des salles « propres Â», dans lesquelles l’humiditĂ©, la tempĂ©rature, la pression de l’air sont contrĂ´lĂ©es, ainsi que le nombre de particules contenues dans l’air. Tout est fait pour Ă©viter de « salir Â» ou de contaminer le satellite avant son grand voyage. Les propulseurs d’appoint des fusĂ©es Ariane 6 et Vega C sont eux aussi assemblĂ©s et stockĂ©s dans une zone spĂ©cifique du CSG, avant d’être installĂ©s autour du corps principal des lanceurs. Ces boosters sont les mĂŞmes pour les 2 fusĂ©es, ce qui permet de mutualiser leur prĂ©paration. Sur le site, on compte Ă©galement 5 usines qui produisent les gaz et les fluides, « les carburants Â», (oxygène et hydrogène liquides) qui alimenteront les fusĂ©es. De très grosses stations-services !  Elles sont reliĂ©es entre elles par plus de 60 km de canalisations.

Carneaux évacuant les gaz brûlants d'Ariane 6
Les carneaux, caractéristiques des aires de lancement, sont chargés d’évacuer les gaz brûlants. Ici lors des essais sur Ariane 6 fin 2023 © CNES/ESA/Arianespace-ArianeGroup/Optique Vidéo CSG/S Martin, 2023

Faire dĂ©coller 

C’est depuis l’aire de lancement à proprement parler que décollent les fusées. Ce sont de vastes zones dégagées, caractéristiques notamment par leur grandes tours ou leurs portiques qui maintiennent la fusée verticale et qui permettent de l’alimenter avant son départ.
 

ContrĂ´ler

« A tous de DDO, attention pour le dĂ©compte final… Â» C’est depuis la salle de contrĂ´le baptisĂ©e Jupiter que sont orchestrĂ©s les lancements, sous le commandement du Directeur des OpĂ©rations (DDO). Il donne le « go Â», quand tous les voyants sont au vert (Ă©tat de santĂ© de la fusĂ©e, de son passager, conditions mĂ©tĂ©o…). Pendant un tir, le DDO est en lien permanent avec le centre de lancement, vĂ©ritable cockpit, au sol : c’est de lĂ  que sont commandĂ©es les actions sur la fusĂ©e.

Centre de contrĂ´le Jupiter II
Le centre de contrôle Jupiter II lors des essais du moteur Vulcain 2.1 d'Ariane 6 (fin 2023in 2.1 d'Ariane 6 (fin 2023) © CNES/OLLIER Alexandre, 2023

Station-météo à domicile

Dès 1968, le CSG s’est dotĂ© d’une station-mĂ©tĂ©o. En effet, 2 risques, majeurs, pèsent sur les lancements : le foudroiement de la fusĂ©e en vol et les vents en altitude.  En cas de neutralisation (destruction) de la fusĂ©e, ceux-ci risqueraient en effet de pousser des dĂ©bris ou des vapeurs vers le littoral. Les donnĂ©es fournies servent Ă©galement au quotidien, pour les diffĂ©rentes opĂ©rations liĂ©es aux lancements. Mieux vaut en effet dĂ©placer des propulseurs ou une fusĂ©e en entier dans les meilleures conditions mĂ©tĂ©o ! 

L’avenir du CSG

Les bases de lancement se multiplient, et des attentes lĂ©gitimes en matière de respect de l’environnement Ă©mergent : le site de Kourou doit s’adapter Ă  ces nouveaux enjeux. La compĂ©tition est fĂ©roce dans le monde des lanceurs. Des ports spatiaux poussent aujourd’hui un peu partout sur la planète. Il ne s’agit pas de bases aussi importantes que celle de Kourou, mais d'installations adaptĂ©es au lancement de mini voire de micro-lanceurs, en plein boom. Une tendance Ă  laquelle rĂ©pond le CSG qui transforme le pas de tir historique de la fusĂ©e Diamant pour qu’il puisse accueillir ces petites fusĂ©es. Cet ensemble de lancement sert aussi aux dĂ©monstrations de vĂ©hicules expĂ©rimentaux comme Callisto

Un site vert

La France et l’Europe se sont engagĂ©es Ă  rendre le CSG plus responsable. Objectif : 90% de l’électricitĂ© produite au CSG sera verte d’ici Ă  2030, grâce au dĂ©veloppement de panneaux solaires et de centrales biomasse. Un effort est fait Ă©galement pour dĂ©carboner la production de l’hydrogène, utilisĂ©e notamment comme carburant pour les lanceurs. L’énergie nĂ©cessaire Ă  l’électrolyse de l’eau (rĂ©action chimique qui sĂ©pare l’eau en hydrogène et en oxygène) sera fournie par des panneaux photovoltaĂŻques. Des usines expĂ©rimentales fonctionnent actuellement sur le site guyanais. Cet hydrogène propre sera utilisĂ© pour remplir les rĂ©servoirs d’Ariane 6 mais aussi au quotidien, en dehors du CSG, pour faire rouler les bus et autres engins.

Quizz

La ville de Kourou s’est fortement développée avec le Centre spatial guyanais, qui emploie 1 500 personnes. Elle compte aujourd’hui 25 000 habitants. Mais combien était-il en 1964, avant l’installation de la base ?

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