Comment fabrique-t-on une fusée ?

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Modifié le 08 décembre 2025

Transfert du corps central d’Ariane 6 au Centre Spatial Guyanais
La fusée Ariane 6 et son énorme portique en Guyane © CNES/ESA/Arianespace-ArianeGroup/Optique Vidéo CSG/ P.Baudon - E.Prigent, 2022

Une fusée se compose de plusieurs parties distinctes, chacune remplissant une fonction précise. Elles sont construites dans différentes usines, avant d’être assemblées à proximité du lieu du lancement. Revue de détails de la fabrication d’une fusée, avec comme modèle, le lanceur européen Ariane 6

Composition d’une fusĂ©e 

Une fusĂ©e est un assemblage, un lego de 3 ou 4 grosses pièces principales (et de milliards d’autres petites pièces !) Un gros lego : Ariane 6, par exemple, mesure 62 mètres de haut (la taille d’un immeuble de 20 Ă©tages) et pèse 800 tonnes dans sa version la plus lourde. 

Ariane 6 peut se « dĂ©couper Â» en 4 parties principales : 

  • L’étage infĂ©rieur (ou LLPM pour Lower Liquid Propulsion Module – ça fait toujours bien !) Il hĂ©berge le moteur Vulcain 2.1 qui propulse tout l’ensemble lors des 10 premières minutes de vol. Au-dessus du moteur se trouvent les Ă©normes rĂ©servoirs des carburants (ou ergols) alimentant le moteur. Ils sont protĂ©gĂ©s par des matĂ©riaux isolants, car les ergols, hydrogène et oxygène,  sont conditionnĂ©s Ă  très basse tempĂ©rature pour ĂŞtre liquides.
  • AccolĂ©s Ă  l’étage infĂ©rieur, les propulseurs. 2 ou 4 selon la mission. Ils assurent 90 % de la poussĂ©e au dĂ©collage, pendant la première minute. Il faut imaginer de gros pĂ©tards de 22 m de haut, fonctionnant avec des ergols solides.
  • L’étage supĂ©rieur (Upper Liquide Propulsion Module) contient lui aussi un moteur, Vinci, ainsi que des rĂ©servoirs d’oxygène et d’hydrogène liquides. AllumĂ© en dehors de l’atmosphère, Vinci apporte le complĂ©ment de vitesse pour placer le satellite sur sa bonne trajectoire, et avec la bonne vitesse.
  • Enfin, tout en haut, la coiffe, 20 mètres de haut, renferme et protège le (ou les) satellite(s). La coiffe reprĂ©sente moins de 1% de la masse totale de la fusĂ©e. C’est la cerise sur le gâteau ! Elle est larguĂ©e quand la fusĂ©e quitte l’atmosphère Ă  plus de 100 km d’altitude. C’est aussi dans la coiffe qu’embarquent les astronautes dans le cadre des vols habitĂ©s, dans la fusĂ©e russe Soyouz ou dans le Falcon 9 de Space X par exemple. Ariane 6, elle, n’est pas conçue pour cela. 
Infographie d'Ariane 6, les chiffres clés © CNES

Une construction européenne

Toutes les fusĂ©es dans le monde sont constituĂ©es de ces diffĂ©rents morceaux (ou presque, tous les lanceurs ne sont pas Ă©quipĂ©s de propulseurs par exemple). Cependant, la logistique de construction et d’assemblage peut varier. L’Europe a misĂ© sur la coopĂ©ration. Les Ă©lĂ©ments d’Ariane 6 sont construits dans diffĂ©rentes usines : la coiffe en Suisse, les parties supĂ©rieures des propulseurs en Espagne, les moteurs Vulcain et Vinci (ainsi que les Ă©tages infĂ©rieur et supĂ©rieur) sont assemblĂ©s en France et en Allemagne, mais les pièces qui les composent sont fabriquĂ©es en Suède, en Italie, en Autriche, en Belgique ou encore aux Pays-Bas… 22 pays contribuent Ă  sa construction, ce qui permet de partager les coĂ»ts. Et de faire travailler les habitants de ces diffĂ©rents Etats. Puis toutes les parties du lanceur sont acheminĂ©es sur le site de lancement situĂ© au Centre Spatial Guyanais, Ă  Kourou.

Ariane 6 à bord de Canopée
Ariane 6 à bord de Canopée © ArianeGroup-Tom van Oossanen

A l’horizontal

Toutes les parties du lanceur sont dĂ©sormais rĂ©unies sur un mĂŞme site. Encore faut-il les assembler ! On parle d’intĂ©gration. L’assemblage des Ă©tages infĂ©rieurs et supĂ©rieurs d’Ariane 6 se fait dans un Ă©norme bâtiment appelĂ© BAL (Bâtiment Assemblage Lanceur). Il se fait en position horizontale, ce qui est une petite rĂ©volution dans la famille Ariane. Quels intĂ©rĂŞts ? Le BAL, construit en longueur et non plus en hauteur, est moins gourmand en climatisation. Et le travail d’assemblage se fait plus simplement et plus rapidement, en seulement quelques jours. 

Puis l’ensemble est transfĂ©rĂ© – toujours Ă  l’horizontal -, vers le pas de tir, sous une Ă©norme structure de mĂ©tal, le portique. C’est lĂ  que sont ajoutĂ©s les propulseurs, ainsi que la coiffe renfermant le satellite. Quelques heures avant le dĂ©compte final, le portique mobile, 8 000 tonnes sur la balance (quasiment la masse de la Tour Eiffel), recule d’une centaine de mètres pour laisser Ariane 6 libre de s’envoler. 

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Fusées à usage unique

ExceptĂ©es Falcon 9 de Space X, toutes les fusĂ©es aujourd’hui ne servent qu’une seule fois. A chaque lancement, il faut en reconstruire une. C’est pourquoi Ariane 6 a Ă©tĂ© conçue de manière Ă  ce que sa fabrication et son assemblage soient moins coĂ»teux en temps et en argent. 

Les diffĂ©rentes agences spatiales Ă©tudient Ă©galement l’intĂ©rĂŞt de faire des fusĂ©es utilisables plusieurs fois. Au CNES nous travaillons avec l’ESA, l’agence spatiale europĂ©enne, sur le projet Themis, un dĂ©monstrateur d’étage de fusĂ©e bas coĂ»t et rĂ©utilisable. 

Quizz

Fabriqués respectivement aux Mureaux (région parisienne) et à Brême (Allemagne), les étages inférieur et supérieur sont ensuite assemblés au Centre Spatial Guyanais, dans un bâtiment dédié. Le corps central ainsi assemblé est ensuite conduit sur la zone de lancement. Mais par quel moyen ?

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