A quoi ressembleront les fusées de demain ?

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Modifié le 08 décembre 2025

Vue d'artiste du lanceur Themis
Démonstrateur Thémis © CNES/REAL DREAM, 2021

Certes, on ne peut pas prédire l’avenir. Mais avec au regard des recherches technologiques et scientifiques actuelles, on peut esquisser la fusée de demain, voire celle d’après-demain.

Demain, des fusées réutilisables

Toutes les fusĂ©es opĂ©rationnelles aujourd’hui (exceptĂ© le lanceur Falcon 9 de Space X) sont consommables, c’est-Ă -dire qu’elles ne sont utilisĂ©es qu’une seule fois. Mais les acteurs du secteur, publics et privĂ©s, partout dans le monde, travaillent sur le sujet de la rĂ©utilisation depuis des annĂ©es. C’est en effet une voie possible pour rĂ©duire les coĂ»ts du transport spatial. Notez que les Etats-Unis ont optĂ© pour le rĂ©utilisable dès les annĂ©es 1980 : la navette spatiale (en fonction entre 1981 et 2011) pouvait revenir sur Terre en se posant comme un avion, avant de repartir dans l’espace.
 

Une équation plus complexe qu’il n’y parait

RĂ©cupĂ©rer tout ou partie d’une fusĂ©e… Sur le papier l’idĂ©e est sĂ©duisante. Elle prĂ©sente des avantages environnementaux, comme le fait de gĂ©nĂ©rer moins de dĂ©bris. Mais qui dit rĂ©utilisable, dit certes flexibilitĂ© Ă©conomique, mais pas forcĂ©ment bas coĂ»t. L’équation est complexe, car il faut un nombre de lancements annuel suffisant pour que cela soit rentable. De plus, un lanceur rĂ©utilisable perd en performance, puisqu’il doit embarquer du carburant et les Ă©quipements pour redescendre et se poser. Cela rĂ©duit donc la place disponible pour les satellites. Enfin, le matĂ©riel rĂ©cupĂ©rĂ© doit ĂŞtre remis en Ă©tat avant d’être apte Ă  revoler, ce qui a un coĂ»t.  Le travail aujourd’hui consiste donc Ă  rendre le rĂ©sultat de l’équation positif.

Illustration du démonstrateur de fusée réutilisable Callisto
Callisto est un projet mené par le CNES avec les agences spatiales japonaise et allemande. Cette illustration montre le retour du véhicule sur sa zone d’atterrissage, après son vol © CNES/Orbital Dreams, 2023

En Europe, Callisto et Themis ouvrent la voie

Au CNES, nous travaillons sur la rĂ©utilisation depuis les annĂ©es 1980. Et Callisto en est la première dĂ©monstration concrète. Ce petit vĂ©hicule spatial europĂ©en (15 m de haut) va dĂ©coller jusqu’à 35 km d’altitude, avant de revenir sur Terre, Ă  la verticale. Il est Ă©quipĂ© d’un moteur lui aussi rĂ©utilisable, fonctionnant Ă  l’hydrogène et Ă  l’oxygène liquides. Callisto n’a pas vocation Ă  devenir un lanceur opĂ©rationnel. C’est un « testeur Â», pour apprendre Ă  maĂ®triser les manĹ“uvres complexes de retour sur terre, ainsi que les opĂ©rations de remise en Ă©tat entre 2 vols. Callisto permettra aussi de chiffrer prĂ©cisĂ©ment le coĂ»t d’un lanceur dont le premier Ă©tage serait rĂ©utilisable. Une dizaine de vols d’essai sont au programme au Centre spatial guyanais.

L’expĂ©rience acquise sur Callisto va Ă©galement servir un autre projet europĂ©en : Themis, conçu par ArianeGroup et le CNES. Avec Themis, on change d’échelle : 30 m de haut, 3,5 m de diamètre. Ce vĂ©hicule doit prĂ©figurer ce que sera le premier Ă©tage – rĂ©utilisable - de la future fusĂ©e europĂ©enne, celle qui succĂ©dera Ă  Ariane 6. Comme Callisto, Themis sera lancĂ© depuis le CSG, prĂ©cisĂ©ment depuis l’aire de lancement rĂ©habilitĂ©e de l’ancienne fusĂ©e française Diamant. 

FROG, fusée-école

Au CNES, nous travaillons aussi sur le petit dĂ©monstrateur FROG, en collaboration avec des startups, des associations et des Ă©tudiants. Il vise Ă  tester – Ă  moindres coĂ»ts - les algorithmes commandant au lanceur de revenir se poser en douceur sur la terre ferme. Des tests « en vrai Â», Ă  la suite des simulations sur ordinateur. FROG est petit (3 m de haut) et donc relativement peu coĂ»teux. On peut ainsi tester, et re-tester pour apprendre, et s’amĂ©liorer. Les solutions validĂ©es seront Ă  terme utilisĂ©es par Callisto, Themis… voire d’autres projets futurs. 

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Prometheus, le moteur de demain

Le moteur Prometheus, dĂ©veloppĂ© par le constructeur ArianeGroup, Ă©quipera les futures fusĂ©es europĂ©ennes. Le projet est soutenu par la France, l’Allemagne et l’Italie. Ses atouts ? Prometheus est un moteur Ă  bas coĂ»t et rĂ©utilisable, grâce aux technologies choisies, diffĂ©rentes des moteurs actuels (Vulcain, Vinci...) 

  • Un moteur au mĂ©thane ! Prometheus fonctionne avec du mĂ©thane Ă  la place de l’hydrogène. Le mĂ©thane liquide est moins complexe Ă  utiliser que l’hydrogène liquide qui nĂ©cessite de descendre Ă  des tempĂ©ratures beaucoup plus basse (- 253 °C contre - 161 °C pour le mĂ©thane liquide).
  • Un moteur rĂ©utilisable. Avec Prometheus, on pourra moduler la poussĂ©e du moteur en cours d’utilisation. Un paramètre indispensable quand on veut faire atterrir en douceur une fusĂ©e.
  • Un moteur imprimĂ©. Plus de la moitiĂ© des Ă©lĂ©ments de Prometheus sont construits par impression 3D. Cette mĂ©thode de fabrication additive, oĂą les pièces se « montent Â» couche par couche, permet de simplifier la production et de rĂ©duire les coĂ»ts. 
Essai du moteur Prometheus
Prometheus est 10 fois moins coûteux que le moteur Vulcain d’Ariane 6 ! Il est ici testé sur le site normand d’ArianeGroup © ArianeGroup

Propulsion nucléaire

Aux Etats-Unis et en Russie notamment, les agences spatiales s’intĂ©ressent Ă  la propulsion nuclĂ©aire thermique pour leurs futures fusĂ©es. Des technologies sont Ă  l’étude, faisant intervenir un moteur Ă©quipĂ© d’un rĂ©acteur nuclĂ©aire. SchĂ©matiquement : le rĂ©acteur produit de la chaleur qui est transfĂ©rĂ©e Ă  un combustible, qui se transforme en gaz, qui sont alors expulsĂ©s par un entonnoir (tuyère) pour fournir la poussĂ©e. 

Et après demain ?

A l’horizon 2050, le monde des lanceurs devrait bĂ©nĂ©ficier d’innovations qui donneront une autre allure aux engins. La tendance ? Celle du « single stage to orbite Â», c’est-Ă -dire un lanceur avec un seul Ă©tage, et entièrement rĂ©utilisable. Moins cher, plus simple, plus facile Ă  rĂ©utiliser, ce lanceur pourrait faire des allers-retours frĂ©quents entre la Terre et l’orbite basse, lĂ  oĂą se dĂ©veloppe le marchĂ© des satellites. Des Ă©tudes sont menĂ©es actuellement sur les futures technologies qui pourraient aboutir Ă  une telle fusĂ©e.
 

De nouveaux matériaux

Avec les matĂ©riaux actuels, une fusĂ©e faite d’un seul morceau ne serait pas assez lĂ©gère pour ĂŞtre propulsĂ©e dans l’espace. Des recherches sont donc en cours pour arriver Ă  produire, Ă  grande Ă©chelle et sans que cela soit trop coĂ»teux, de nouveaux matĂ©riaux. Un exemple ? Le graphène ! Il n’est composĂ© que d’une seule couche d’atomes de carbone (100 000 couches de graphène ont la mĂŞme Ă©paisseur qu’une feuille de papier). Il est donc extrĂŞmement fin, donc ultra-lĂ©ger. Mais ses atomes sont agencĂ©s de telle manière que le graphène est aussi 200 fois plus rĂ©sistant que l’acier. 

Échantillon de graphène de 3 mm de diamètre pour test
Le graphène pourrait même servir à fabriquer des voiles solaires. Ici un échantillonnage de test de 3 mm de diamètre. © GraphenSail Team

De nouveaux carburants

ComposĂ©s de nouvelles molĂ©cules synthĂ©tisĂ©es en laboratoire, ces ergols du futur sont Ă  haute densitĂ© Ă©nergĂ©tique, soit plus performants. En clair : plus de puissance avec moins de carburant. De plus, ils peuvent fonctionner seuls (alors qu’aujourd’hui, il faut un mĂ©lange de 2 ergols, comme l’oxygène et l’hydrogène). Ce qui signifie un seul rĂ©servoir. Et donc des fusĂ©es plus lĂ©gères au dĂ©collage ! Des Ă©tudes sont ainsi en cours sur des molĂ©cules composĂ©es uniquement d’atomes d’azote, mais assemblĂ©s d’une façon particulière qui n’existe pas dans la nature. Reste encore Ă  vĂ©rifier qu’elles ne sont pas dangereuses. Puis s’assurer qu’elles peuvent ĂŞtre produites en quantitĂ© industrielle. Et enfin, imaginer les moteurs qui pourront fonctionner avec ces nouveaux carburants…

Quizz

De nombreuses pistes sont à l’étude, notamment sur les carburants, pour trouver des nouveaux modes de propulsion. La startup allemande Hylmpulse Technologie travaille ainsi sur une petite fusée propulsée par un moteur hybride. Mais à quoi fonctionne-t-il ?

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