Publié le 01 avril 2026

Artemis II : un nouveau départ vers la Lune

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Ce mercredi 1er avril 2026 marque un jalon d’exception dans l’exploration spatiale : le départ d’Artemis II. On fait le point sur le programme, les missions de demain et les contributions françaises.

La fusée SLS sur son pas de tir avant le lancement d'artemis I.
© NASA/Joel Kowsky, 2022

Avec Artemis II, l’objectif est clair : pour la première fois depuis plus de 50 ans, des astronautes vont s’aventurer en direction de la Lune. S’ils n’y poseront pas le pied cette fois-ci, cette mission préfigure un programme sur 10 ans qui vise à installer une base permanente sur notre satellite naturel.

Pour ne rien manquer du décollage...

Le décollage, prévu à 0h24 (heure française) dans la nuit du 1er au 2 avril, est à vivre en direct sur la chaîne YouTube de la NASA (en anglais, player vidéo ci-dessous).

Pour un décryptage en français en direct, rendez-vous sur le site web du Monde, lemonde.fr : un fil de discussion sera ouvert à partir de 21h30 avec Francis Rocard, expert thématique Système solaire au CNES.

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Le retour des humains aux abords de la Lune

Quatre astronautes embarqueront dans la capsule Orion, propulsée par la fusée SLS, pour un voyage d’une dizaine de jours. Contrairement aux futures missions, il ne s’agit pas encore de se poser sur la Lune, mais de valider l’ensemble des systèmes en conditions réelles avec un équipage. Jusqu’ici, Orion n’a en effet volé qu’en mode automatique. Artemis II permettra de tester l’interaction entre les astronautes et leur environnement, la gestion des manœuvres, ou encore la capacité à réagir à des situations imprévues.

Les astronautes testeront notamment les systèmes de survie de la capsule : production d’oxygène, gestion du dioxyde de carbone, température à bord, approvisionnement en eau. Autant d’éléments essentiels pour garantir la sécurité de l’équipage lors de missions de plusieurs jours loin de la Terre.

La mission permettra également de valider les communications à grande distance. À près de 400 000 kilomètres de notre planète, maintenir un lien stable entre les astronautes et les équipes au sol représente un défi technique majeur. Qualité des échanges, délais de transmission, robustesse des systèmes : tout sera scruté avec attention. 

L'astronaute de l'ASC (Agence spatiale canadienne) Jeremy Hansen, à gauche, et les astronautes de la NASA Reid Wiseman, Victor Glover et Christina Hammock Koch.
L'astronaute de l'ASC (Agence spatiale canadienne) Jeremy Hansen, à gauche, et les astronautes de la NASA Reid Wiseman, Victor Glover et Christina Hammock Koch, qui constituent l'équipage d'Artemis II. © NASA/Joel Kowsky

Le profil de mission suit par ailleurs une trajectoire dite de « retour libre ». Cela signifie que, même en cas de problème, la gravité de la Lune permettrait au vaisseau de revenir naturellement vers la Terre.

Enfin, le retour sur Terre constituera un moment particulièrement critique. En rentrant dans l’atmosphère à très haute vitesse après un passage au voisinage de la Lune, la capsule sera soumise à des températures extrêmes. Le bouclier thermique devra démontrer sa capacité à protéger l’équipage dans ces conditions, un point déterminant pour la suite du programme.

Les étapes du vol d'Artemis II (numérotées de 1 à 15). © NASA

Chaque donnée collectée, chaque comportement observé permettra de réduire les incertitudes. Sans cette étape, impossible d’envisager des missions habitées vers la surface lunaire dans des conditions de sécurité optimales.

Mais derrière ce lancement très attendu, c’est tout le programme Artemis qui évolue. Organisation des missions, priorités, architecture globale : la NASA a récemment annoncé plusieurs ajustements pour accélérer le retour de l’humanité sur la Lune… et y rester durablement.

Le programme lunaire repensé pour aller plus vite (et plus loin)

La NASA a en effet engagé une réorganisation de son programme lunaire il y a une semaine. L’objectif : augmenter le rythme des missions tout en limitant les risques.

Plutôt que de multiplier les configurations techniques, l’agence américaine a fait un choix stratégique : standardiser ses systèmes. En clair, utiliser autant que possible les mêmes architectures de fusée et de vaisseau d’une mission à l’autre, afin de capitaliser sur l’expérience acquise.

Le lanceur SLS (Space Launch System) du programme Artemis. © NASA/Joel Kowsky, 2022

Autre évolution majeure, une mission supplémentaire est désormais prévue à partir de 2027. À terme, l’ambition est de réaliser au moins un alunissage par an.

Dans ce nouveau scénario, les étapes sont progressives :

  • Artemis II : premier vol habité autour de la Lune
  • Artemis III (2027) : mission de test en orbite terrestre pour valider les systèmes et le rendez vous avec l’atterrisseur lunaire
  • Artemis IV (2028) : premier alunissage de cette nouvelle phase d’exploration.

Et la France dans tout ça ?

La contribution française à Artemis s’inscrit dans plusieurs domaines clés : la science, la préparation des missions et la compréhension de l’environnement lunaire.

Le CNES contribue à plusieurs instruments scientifiques destinés à être déployés à la surface de la Lune. Parmi eux, SPSS, un sismomètre de très haute précision, permettra d’étudier l’activité interne de notre satellite. Héritier des technologies développées pour la mission martienne InSight, il sera capable de détecter des vibrations extrêmement faibles, bien inférieures à celles perceptibles sur Terre. Des données essentielles : elles permettront de mieux comprendre la structure interne de la Lune, mais aussi d’évaluer les risques pour les futures installations humaines. Cet instrument serait embarqué sur une future mission Artemis.

Vue d'artiste de l'instrument SPSS qui sera déployé par des astronautes sur la surface lunaire. © NASA/JPL-Caltech

En attendant, la mission Artemis II embarque déjà une application européenne pour monitorer la santé des astronautes. Il s’agit d’EveryWear, un outil logiciel développé conjointement par le CNES et l’ESA et testé lors de la première mission de Thomas Pesquet en 2016 : il permet de collecter, synchroniser et redescendre au sol des données récoltées à bord grâce à des capteurs physiologiques, de remplir des questionnaires, et de fournir une messagerie sécurisée pour échanger avec les médecins au sol. Le succès de cette expérience a propulsé EveryWear comme un outil opérationnel indispensable, utilisé par la plupart des astronautes de l’ISS aujourd’hui et qui accompagnera également l’équipe embarquée à bord d’Artemis II. 

Thomas Pesquet utilise EveyWear, connecté à un tonomètre, pour mesurer son pouls
L'astronaute Thomas Pesquet utilise EveyWear, connecté à un tonomètre, pour mesurer son pouls dans l'ISS. © ESA/NASA 2016

Dans le cadre de sa participation au programme Artemis, l’Europe fournit également un élément indispensable au vaisseau Orion : son module de service, véritable « cœur technique » de la mission. Placé juste derrière la capsule où prennent place les astronautes, ce module assure toutes les fonctions vitales du voyage : production d’énergie grâce à de larges panneaux solaires, propulsion pour les manœuvres en espace lointain, mais aussi gestion de l’eau, de l’air et de la température à bord. 

La France y contribue de manière concrète à travers plusieurs industriels clés : des équipements critiques, comme les systèmes de filtration des gaz du circuit de propulsion, sont produits par Safran, tandis qu’ArianeGroup fournit notamment des réservoirs essentiels au stockage des ergols et de l’hélium. L’avionique, qui pilote l’ensemble du module, est en partie développée en France, tout comme le réseau de câbles qui relie ses différents systèmes. Une contribution discrète, mais déterminante : sans ce module de service européen et donc sans l’expertise industrielle française qu’il embarque, Orion ne pourrait pas accomplir sa mission vers la Lune.

Enfin, même après le décollage, la France continuera de jouer un rôle essentiel à travers l’Observatoire radio de Pleumeur-Bodou, en Côtes-d’Armor, l'une des 34 stations réparties dans le monde sélectionnées par la NASA pour suivre la trajectoire du vaisseau. Seule station retenue sur le territoire français, ce site historique des télécommunications spatiales agit comme une véritable « oreille » capable de capter les signaux émis par la capsule Orion. Grâce à l’analyse de ces signaux, notamment via l’effet Doppler,  les équipes pourront déterminer avec une grande précision la vitesse et la position du vaisseau tout au long de son voyage. Cette contribution s’inscrit dans un réseau international permettant de reconstituer en temps réel la trajectoire en trois dimensions, un élément crucial pour la sécurité de la mission.

Préparer les missions lunaires… depuis la Terre

Et pour la suite ? À Toulouse, le CNES développe un écosystème unique dédié à la préparation de missions lunaires. Le projet Spaceship FR rassemble chercheurs, industriels et acteurs issus de différents secteurs pour imaginer les technologies nécessaires aux futures bases lunaires. Gestion de l’eau, production d’énergie, recyclage, santé des astronautes : autant de défis qui doivent être résolus bien avant le départ ! Cette approche collaborative avec notre filiale du Medes, permet d’explorer des solutions innovantes, parfois issues de domaines éloignés du spatial, mais essentielles pour une présence humaine durable hors de la Terre.

Vue d’artiste d’une base spatiale spatiale sur la Lune
Vue d'artiste d'une base spatiale sur la Lune. © CNES/SpaceshipFR

Autre atout français : la capacité à simuler certaines conditions lunaires. Grâce aux vols paraboliques opérés par la filiale du CNES, Novespace, il est possible de recréer temporairement la gravité de la Lune (six fois moindre que sur Terre !). Ces campagnes permettent de tester des équipements, des gestes techniques ou encore des expériences scientifiques dans un environnement proche de celui que rencontreront les astronautes. Manipulation d’outils, comportement des poussières lunaires, ergonomie : ces essais sont indispensables pour réduire les risques une fois sur place.

Le logiciel PhysioTool testé en situation de micropesanteur à bord de l’avion Air Zero G.
L'instrumentation de physiologie ambulatoire PhysioTool, qui permettra d’assurer un suivi médical continu et de qualité des astronautes, testée en micropesanteur à bord de l'avion zéro g de Novespace. © Medes/Cécile Thévenot

Avec Artemis, l’objectif n’est donc plus seulement de « retourner » sur la Lune, mais bien d’y construire une présence durable. Une ère dans laquelle la France joue déjà un rôle essentiel.