Rosetta / Philae en détails

Contexte

En 1986, la mission Giotto avait placĂ© l'Europe au premier plan mondial en science comĂ©taire. En rĂ©alisant deux premières mondiales (mise en orbite autour d'une comète et atterrissage sur son noyau), la mission Rosetta a redonnĂ© cette place Ă  notre communautĂ© scientifique.

Fin 1993, l'Agence spatiale européenne a retenu la mission Rosetta comme troisième "pierre angulaire" de son programme scientifique "Horizon 2000".

Cette mission visait Ă  rĂ©aliser un rendez-vous et une exploration in situ de la comète Churyumov-Gerasimenko.

La sonde Rosetta a accompagnĂ© la comète durant une partie de son orbite, de 3,5 UnitĂ©s Astronomiques (UA), soit 525 millions de km du Soleil, Ă  1 UA, soit 150 millions de km. 

Photographie de la comète Churyumov-Gerasimenko
Photographie de la comète Churyumov-Gerasimenko par la caméra NAVCAM de la sonde Rosetta © ESA/Rosetta/NAVCAM, 2015

La composante spatiale de cette mission Ă©tait constituĂ©e de :

  • Un orbiteur, dĂ©veloppĂ© par Airbus Defence & Space (initialement Matra Marconi Space) avec la participation de Thales Alenia Space (initialement Alenia Spazio) pour l'intĂ©gration et les essais, pour le compte de l'Agence spatiale europĂ©enne.
  • Un atterrisseur, dĂ©veloppĂ© par un consortium de huit pays europĂ©ens (Allemagne, France, Italie, Angleterre, Hongrie, Autriche, Irlande, Finlande).

Chacun de ces deux engins spatiaux embarquait une charge utile scientifique composĂ©e d'instruments dĂ©veloppĂ©s par des laboratoires scientifiques europĂ©ens ou amĂ©ricains : 11 instruments pour l'orbiteur, et 10 instruments pour l'atterrisseur.

Avant la réalisation de la mission on estimait qu'environ 50% du retour scientifique seraient acquis par l'atterrisseur. Cependant, en raison des difficultés rencontrées lors de l’atterrissage, notamment le rebond de Philae et son positionnement dans une zone peu éclairée, la durée de fonctionnement de l’atterrisseur a été beaucoup plus courte que prévu. Cela a limité la quantité de données recueillies, et finalement, Philae n’a fourni qu’environ 20 à 30 % des résultats scientifiques, contre les 50 % initialement estimés. Malgré cela, les données collectées ont été essentielles pour compléter et calibrer celles de l’orbiteur, confirmant ainsi le caractère complémentaire des deux instruments dans la réussite globale de la mission.

Objectifs

  • Mieux connaĂ®tre la structure des noyaux comĂ©taires

  • DĂ©terminer la composition des noyaux comĂ©taires

  • Comprendre les interactions entre le vent solaire et les noyaux comĂ©taires

  • Mener Ă  bien un atterrissage sur un noyau comĂ©taire

La mission Rosetta a permis d'Ă©tudier Ă  la fois le noyau lui-mĂŞme mais aussi son environnement de gaz et de poussière au cours de son approche du Soleil, tant par techniques de tĂ©lĂ©dĂ©tection que d'analyse au sol mĂŞme.

Les mesures qui ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es permettent de mieux connaĂ®tre :

  • La structure interne du noyau
  • La nature et la composition minĂ©ralogique, chimique et isotopique, notamment de sa composante organique
  • L’interaction du noyau avec le vent et la pression de radiation solaire

Après analyse par la communauté scientifique, ces données ont pu être utilisées pour progresser dans la compréhension générale des noyaux cométaires et du phénomène comète.

Les conditions d'observation idéales du noyau (à faible distance, à faible vitesse et durant une longue durée), ainsi que les analyses faites au sol sur le matériau cométaire même, ont permis de faire évoluer les modèles et théories concernant la formation du système solaire, les comètes et leur lien éventuel avec l'apparition de la vie sur Terre.

Infographie donnant les chiffres clés de la mission Rosetta-Philae
Infographie donnant les chiffres clés de la mission Rosetta-Philae © CNES

Déroulé du projet

Du fait des performances requises (en masse lancĂ©e et vitesse fournie), un lanceur de type Ariane 5 a Ă©tĂ© utilisĂ© (configuration tir simple).

Le lancement, qui a eu lieu le 2 mars 2004 par un lanceur Ariane-5, a conduit à une mise en orbite autour de la comète en septembre 2014 et une fin de mission le 30 septembre 2016.

Décollage d’Ariane 5, vol 158
Décollage d’Ariane 5, vol 158, avec la sonde Rosetta et l’atterrisseur Philae à son bord © CNES/ESA/Arianespace/CSG Service Optique

Afin de rejoindre sa cible, la sonde Rosetta a été placée sur une trajectoire faisant appel à quatre assistances gravitationnelles (Terre, Mars, Terre, Terre) permettant de modifier sa trajectoire initiale sans dépense excessive d'ergols.

Cette stratĂ©gie imposait cependant une durĂ©e de croisière longue (10 ans) qui a Ă©tĂ© mise Ă  profit pour survoler deux astĂ©roĂŻdes : Stein et Lutetia. Le reste du temps, tant pour des raisons de fiabilitĂ© que de diminution des coĂ»ts opĂ©rationnels, la sonde Ă©tait en mode croisière, les Ă©changes d'information Ă©tant minimaux avec la Terre.

Quand la sonde était au plus loin du Soleil de mi-2011 à fin 2013, elle a été mise en mode hibernation, avec un simple contrôle de la température de ses compartiments internes, sans aucune communication avec la Terre.

DĂ©but 2014, la sonde s’est rapprochĂ©e de la comète et Ă  nouveau du Soleil : elle a Ă©tĂ© rĂ©veillĂ©e le 20 janvier pour vĂ©rifier que tous ses sous-systèmes et tous ses instruments fonctionnent normalement.

De mai à juillet, elle a réalisé plusieurs freinages qui l’ont amenée à se rapprocher petit à petit du noyau cométaire.

Schéma montrant la trajectoire de la sonde, depuis son départ de la Terre
Schéma montrant la trajectoire de la sonde, depuis son départ de la Terre le 2 mars 2004 jusqu’à sa mise en orbite de la comète Churyumov-Gerasimenko le 6 août 2014 © CNES/M. Regy, 2009

En septembre 2014 elle était enfin à proximité de Churyumov-Gerasimenko pour une étude très rapprochée de sa forme, sa masse, son dégazage. Cette étape était essentielle pour une première cartographie globale de la surface. Celle-ci a permis de localiser les sites d'atterrissage les plus intéressants.

Les sites d’atterrissage envisagés sur la comète Churyumov-Gerasimenko
Les sites d’atterrissage envisagés sur la comète Churyumov-Gerasimenko sur des images acquises par la caméra NAVCAM de la sonde © ESA/Rosetta/NAVCAM, 2014

En octobre, la distance a été à nouveau diminuée pour réaliser une observation des 2 sites sélectionnés par la communauté Philae avec une résolution de moins d'1 m. Les études de choix de site et de trajectoires d'atterrissage se sont déroulées pendant les 4 mois qui ont précédé l'atterrissage.

Le 12 novembre 2014, l'orbiteur a amené l'atterrisseur à son point de séparation. Quelques heures plus tard Philae s’est posé sur la comète et a réalisé ses 3 jours de la première séquence scientifique sur pile.

Cependant, l’atterrissage a Ă©tĂ© mouvementĂ© : la faible masse de la comète impliquait un faible poids pour Philae. C’est pourquoi des dispositifs anti-rebonds devaient ĂŞtre automatiquement activĂ©s une fois le contact Ă©tabli avec la surface pour ancrer l’atterrisseur sur la comète. Mais les Ă©vĂ©nements ne se sont pas dĂ©roulĂ©s comme prĂ©vu : l’engin est arrivĂ© Ă  destination avec une grande prĂ©cision (Ă  quelques dizaines de mètres du point prĂ©vu de l’atterrissage), mais le dispositif de propulsion Ă  gaz froid sensĂ© empĂŞcher le rebond n’a pas fonctionnĂ©. Philae a alors rebondi une première fois Ă  environ 1 km d’altitude, puis une seconde fois lors d’un vol de plusieurs minutes. La petite sonde de surface a fini sa course posĂ©e de façon inclinĂ©e contre une paroi Ă  moitiĂ© Ă  l’ombre, Ă  plus d’1 km du site d’atterrissage prĂ©vu. Les panneaux solaires et les instruments Ă©tant par consĂ©quent mal orientĂ©s, seule une partie des mesures prĂ©vues a pu ĂŞtre effectuĂ©e, faute d’énergie suffisante et d’une position adĂ©quate de la sonde par rapport Ă  la surface de la comète.

Vidéo de l’ESA de la trajectoire de Rosetta

 

Organisation

Contributions françaises

La France a participĂ© Ă  la mission Rosetta Ă  trois niveaux :

  • Participation au programme obligatoire de l'ESA : de ce fait, l'industrie française est intervenue dans la rĂ©alisation du satellite principal (en particulier Airbus Defence & Space ex-ASTRIUM).
  • Participations instrumentales aux charges utiles, tant de l'orbiteur que de l'atterrisseur.
  • Participation Ă  l'ingĂ©nierie, au dĂ©veloppement, aux tests et aux opĂ©rations de l'atterrisseur.

En parallèle à l'industrie nationale développant une partie du satellite principal sous contrat ESA, les autres activités françaises ont été gérées par l'établissement toulousain du Centre national d'études spatiales.

Le budget global de la mission, tout compris, était d'environ 1,3 milliard d'euros courants, dont près de 20 % fourni par la France.

 

Contributions des laboratoires français

Pour simplifier la lecture, dans le paragraphe qui suit, (O) signifie « orbiteur Â» et (A) signifie « atterrisseur Â». Pour les participations instrumentales, l’équipe projet a pu s’appuyer notamment sur des laboratoires français :

  • CSNSM (Centre de SpectromĂ©trie NuclĂ©aire et de SpectromĂ©trie de Masse), CNRS/UniversitĂ© Paris-Sud, Orsay
  • GRGS (Groupe de Recherche en GĂ©odĂ©sie Spatiale), Toulouse
  • IAS (Institut d'Astrophysique Spatiale), CNRS/UniversitĂ© Paris-Sud, Orsay
    • Participations aux instruments : COSIMA (O), VIRTIS (O), CIVA (A)
  • IPAG (Institut de PlanĂ©tologie et d'Astrophysique de Grenoble), CNRS/UniversitĂ© Joseph Fourier Grenoble I, Grenoble
    • Participations aux instruments : CONSERT (O), CONSERT (A)
  • IPG (Institut de Physique du Globe), IPGP/CNRS/UniversitĂ© Paris Diderot/UniversitĂ© de la RĂ©union, Paris
  • IRAP (Institut de Recherche en Astrophysique et PlanĂ©tologie, ex-CESR), CNRS/UniversitĂ© Paul Sabatier Toulouse III, Toulouse
    • Participations aux instruments : ROSINA (O), APXS (A)
  • LAM (Laboratoire d'Astrophysique de Marseille), CNRS/UniversitĂ© Aix-Marseille, Marseille
    • Participations aux instruments : OSIRIS (O), CIVA (A)
  • LATMOS (Laboratoire Atmosphères, Milieux, Observation Spatiales), CNRS/UPMC/UVSQ, Guyancourt, Saint-Maur
    • Participations aux instruments : ALICE (O), CONSERT (O), CONSERT (A), COSAC (A)
  • LIRA (Laboratoire d’Instrumentation et de Recherche en Astrophysique, ex-LESIA), Observatoire de Paris/CNRS/UniversitĂ© Paris Diderot/UPMC (Meudon)
    • Participations aux instruments : VIRTIS (O), MIRO (O)
  • LISA (Laboratoire Interuniversitaire des Systèmes AtmosphĂ©riques), CNRS/UniversitĂ© Paris Diderot/UniversitĂ© Paris Est CrĂ©teil Val de Marne, CrĂ©teil
    • Participations aux instruments : COSAC (A)
  • LPC2E (Laboratoire de Physique et de Chimie de l'Environnement et de l'Espace), CNRS/UniversitĂ© d'OrlĂ©ans, OrlĂ©an
    • Participations aux instruments : COSIMA (O), RCP-MIP (O)
  • LPP (Laboratoire de Physique des Plasmas), École Polytechnique/CNRS, Palaiseau
    • Participations aux instruments : ROSINA (O)
  • OMP (Observatoire de Midi-PyrĂ©nĂ©es), CNRS/IRD/CNES/MĂ©tĂ©o France/UniversitĂ© Paul Sabatier Toulouse III, Toulouse

 

Contributions techniques françaises

Pour les participations techniques, l’équipe projet a pu s’appuyer notamment sur les services techniques du CNES et sur l'industrie (SOREP, SAFT, STEEL, CS, REALIX, GFI, ATOS, CAP GEMINI, THALES...).

Au travers de la contribution nationale au budget de l'Agence spatiale européenne, l'industrie française a participé à la réalisation de l'orbiteur Rosetta (EADS Astrium, Thomson tubes...) et du lanceur (Arianespace, EADS Launcher, SNECMA...).

De plus, le CNRS et le CNES ont coopéré pour fournir des instruments de la charge utile scientifique.
Enfin, avec 9 autres partenaires, le CNES a conçu, développé et testé l'atterrisseur Philae dont la planification des activités scientifiques et le suivi en vol ont été assurés depuis le centre spatial de Toulouse.

La France a contribuĂ© d’un point de vue technique Ă  l’atterrisseur de la façon suivante :

  • Management : codirection du projet avec DLR (Allemagne) et ASI (Italie)
  • Analyses de missions : responsabilitĂ© de l'analyse de la phase de sĂ©paration/descente/atterrissage
  • IngĂ©nierie atterrisseur : co-ingĂ©nierie avec DLR (Allemagne)
  • Radiocommunications : responsabilitĂ© du sous-système assurant les communications entre l'orbiteur et l'atterrisseur
  • Sources d’énergie : responsabilitĂ© du sous-système piles et batteries
  • Segment sol : responsabilitĂ© des Ă©tudes d'architecture globale du segment sol de l'atterrisseur, responsabilitĂ© du Centre des OpĂ©rations Scientifiques et de Navigation (SONC)
  • OpĂ©rations : responsabilitĂ© des opĂ©rations du SONC