« Ariane 6 a été pensée dès le début en deux versions complémentaires, une version moyenne appelée A62 et une version lourde appelée A64, rappelle Christian Dubois, ingénieur système de lancement à la direction du transport spatial du CNES. L’enjeu était d’apporter de la modularité. Nous voulions que le lanceur soit flexible, polyvalent et puisse ainsi réaliser des missions variées pour des clients institutionnels et privés. »
Ariane 64 possède quatre boosters, soit deux de plus que qu’Ariane 62, et une coiffe de 20 m (14 m pour A62). « Cela lui donne davantage de puissance et lui permet d’emporter des charges utiles plus lourdes et de plus grande taille », souligne Christian Dubois.
Lors de son premier vol, le 12 février dernier, Ariane 64 a ainsi démontré toute l’ampleur de ses capacités en mettant en orbite les 32 premiers satellites de la constellation internet à haut débit Amazon LEO. Et une mission similaire l'attend ce jeudi 30 avril.
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Des aménagements nécessaires
Par rapport à A62, la version A64 impose des contraintes nettement accrues : acoustique au décollage plus prononcée, effet de la pression et de la température des jets (les gaz chauds éjectés des propulseurs par les tuyères) plus important sur les installations au sol, opérations plus longues sous portique mobile. En vol, les boosters augmentent également la perturbation des liaisons radio avec le sol.
Le CNES, en synergie avec l’ESA, ArianeGroup et Arianespace, a ainsi joué un rôle clé dans la préparation d'Ariane 64. L’agence spatiale française a mené des activités de vérification et de qualification liées, d’une part aux spécificités de cette nouvelle version, mais aussi à cette charge utile particulière composée de 32 satellites. Plus lourde, la partie haute a en effet nécessité de nouvelles opérations d’assemblage avant d’être définitivement assemblée dans le hall d'encapsulation.
Nous n’avons pas été en relation directe avec le client, mais nous nous sommes mobilisés pour répondre à ses attentes et, au-delà, pour accompagner les optimisations du lanceur en adaptant la base de lancement.
- Ingénieur système de lancement à la Direction du transport spatial du CNES
Gagner en compétitivité
Désormais exploitable en deux configurations, Ariane 6 a ainsi franchi un cap, accroissant le nombre de ses clients potentiels et gagnant en compétitivité. Un atout essentiel pour augmenter la cadence des vols dans un contexte international et industriel complexe. « L’objectif est de passer de quatre vols en 2025 à sept ou huit dès 2026, puis à une dizaine par an », précise Christian Dubois.
A64, les caractéristiques techniques
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1500
tonnes de poussée au décollage, contre 800 t pour A62
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21,6
tonnes de masse transportable en orbite terrestre basse, contre 10,3 t pour A62
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62
mètres de haut avec une coiffe de 20 m