Le 6e vol d’Ariane 6, et pas des moindres. Ce jeudi 12 février, le lanceur européen décolle pour la première fois dans sa configuration la plus puissante, l’A64. Après cinq lancements réussis pour sa version plus modeste, A62, depuis le Centre spatial guyanais, ce lancement marque la montée en puissance (et en cadence) du lanceur européen, un an et demi après son vol inaugural. Mais pourquoi deux modèles, et qu’est-ce qui fait leurs différences ?
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Un maître mot, la modularité
C’est pour répondre à une grande variété de missions, qu’elles soient institutionnelles ou commerciales, que l’Europe a conçu Ariane 6. Sa solution ? Deux versions modulaires, partageant une architecture commune, mais optimisées pour des besoins différents.
- Ariane 62 (A62), la version qui a volé jusque-là, est équipée de deux boosters, les propulseurs latéraux de la fusée qui fournissent l’essentiel de la poussée au décollage, à propergol solide (P120C). Elle est principalement destinée aux missions gouvernementales et scientifiques, avec une capacité d’emport de 4,5 tonnes en orbite géostationnaire (GTO) et jusqu’à 10,3 tonnes en orbite basse (LEO). En 2025, elle a réussi ses quatre premières missions commerciales après le succès de son vol inaugural le 9 juillet 2024.
- Ariane 64 (A64), la version qui vole pour la première fois ce jeudi, est quant à elle dotée de quatre boosters P120C. Elle est conçue pour les lancements commerciaux lourds, comme les satellites de télécommunications ou les grandes constellations, avec une capacité de 11,5 tonnes en GTO et jusqu’à 21,6 tonnes en LEO — soit plus du double de l’A62.
| Caractéristique | Ariane 62 (A62) | Ariane 64 (A64) |
| Nombre de boosters | 2 | 4 |
| Masse au décollage | 540 tonnes | 870 tonnes |
| Poussée au décollage | 8400 kilonewtons (kN)* | 15 400 kilonewtons (kN) |
| Capacité en orbite basse | 10,3 tonnes | 21,6 tonnes |
| Capacité en orbite GTO | 4,5 tonnes | 11,5 tonnes |
| Utilisation principale | Missions institutionnelles, scientifiques | Lancements commerciaux lourds, constellations |
* Unité de mesure utilisée en physique pour quantifier la force. Un Newton représente la force nécessaire pour accélérer un objet de 1 kg à une vitesse de 1 mètre par seconde au carré. Un kilo-newton équivaut à la force capable d'accélérer un objet de 1000 kg à cette même vitesse.
Grâce à ces deux configurations, Ariane 6 peut s’adapter à la diversité des demandes du marché spatial, tout en optimisant les coûts. L’A62 est idéale pour les missions nécessitant moins de puissance. L’A64, elle, permet de répondre aux besoins croissants des opérateurs de satellites lourds ou de constellations. La première A64 emporte ainsi sous sa coiffe 32 satellites Amazon LEO.
Par ailleurs, en fonction des satellites emportés, chacune des versions peut être dotées d’une coiffe courte (14 m) ou d’une coiffe longue (20 m). En plus d’être la première Ariane 6 à quatre boosters à rejoindre l’espace, la fusée lancée ce 12 février depuis Kourou est également la première Ariane 6 à coiffe longue. Ce lancement, baptisé VA267 (pour « 267e vol Ariane »), est ainsi le plus haut jamais réalisé par le lanceur européen : la fusée assemblée atteint 62 mètres de haut (soit, à peu près, la hauteur d’un immeuble de 20 étages !).
Les deux versions partagent néanmoins de nombreux éléments communs (étage principal avec le moteur Vulcain 2.1, étage supérieur avec le moteur Vinci rallumable).
Montée en puissance… et en cadence
Avec VA267, 2026 augure une année de transformations pour Ariane 6. Après cette double première (quatre boosters et coiffe longue), le lanceur européen connaîtra dans les mois qui viennent un nouveau changement : les boosters évolueront vers le moteur P160C, remplaçant le P120C pour améliorer les performances de la fusée et permettre d’embarquer des satellites plus nombreux et plus lourds.
Ariane 6 prépare enfin sa montée en cadence. Après 4 lancements réussis en 2025, l’opérateur Arianespace vise 7 à 8 lancements cette année au Centre spatial guyanais, panachant les vols A62 et A64, pour atteindre 10 lancements en 2027.
Le rôle du CNES dans le projet Ariane 6
Maître d’ouvrage du programme, l’ESA, l’Agence spatiale européenne, a confié la conception et l’intégration du lanceur à la société ArianeGroup, et sa commercialisation à sa filiale Arianespace. Elle a confié au CNES la maîtrise d’œuvre du développement des moyens sol en Guyane : la construction d’un nouveau pas de tir et l’aménagement de la base existante.
Pour ce vol VA267, le CNES a mené des activités de vérification et de qualification de ce pas de tir à Kourou, liées à la fois aux spécificités de la configuration à quatre boosters et à coiffe longue, ainsi qu’aux particularités de préparation, d’assemblage et de transport de la partie haute.
Au sein du Centre spatial guyanais, le CNES coordonne également chaque lancement et est responsable de la sauvegarde, c’est-à-dire la protection des personnes, des biens, de la santé publique et de l’environnement, en amont, pendant et en aval du décollage.