Les drones spatiaux

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Modifié le 08 décembre 2025

Vue d’artiste du drone Dragonfly.
Vue d’artiste du drone Dragonfly © NASA/Johns Hopkins APL/Steve Gribben

Dans la panoplie de l’explorateur spatial, il existe diffĂ©rents engins : les sondes, les rovers, les atterrisseurs. Et depuis peu : les drones spatiaux, des objets volants motorisĂ©s et sans Ă©quipage.

Robots volants

Les drones sont des engins volants, sans équipage, et motorisés. Ils peuvent avoir des ailes comme un avion ou des hélices (ou pales) qui tournent horizontalement, comme un hélicoptère.

Quel que soit son look, un drone vole toujours en se basant sur le principe physique appelĂ© portance, qui permet de « porter Â», de soulever l’engin en « s’appuyant Â» sur l’atmosphère (voir encadrĂ© ci-dessous). Sans atmosphère, pas de portance. Et sans portance, pas de drone : c'est pourquoi un drone ne pourra jamais survoler sur la Lune ou sur Mercure !

A l’inverse, un drone pourra très bien explorer des astres dont l’atmosphère est très dense. C'est par exemple le cas de Titan, la plus grande des lunes de Saturne. L’agence spatiale amĂ©ricaine, la NASA, travaille ainsi sur un drone de 800 kg (l’équivalent d’une voiture de type Twingo) que pourra « porter Â» l'atmosphère de Titan.

La portance, kezako ?

La portance est la force gĂ©nĂ©rĂ©e par les dĂ©placements des molĂ©cules d’atmosphère sur les pales du drone. Leur forme bombĂ©e entraine une accĂ©lĂ©ration des molĂ©cules au-dessus de l’hĂ©lice. Or, quand l’air (ou autre type d’atmosphère) accĂ©lère, sa pression diminue. Par consĂ©quent, la pression de l’atmosphère au-dessus des pales est moins importante que celle en dessous : c’est ce qui gĂ©nère la portance. Les pales sont « poussĂ©es Â» vers le haut. Et avec elles, tout le drone.

Test d'activation des pales du drone Ingenuity sur Mars en 2021
Test d'activation des pales du drone Ingenuity sur Mars en 2021 © NASA/JPL-Caltech/ASU

Ingenuity : le premier drone spatial

Le premier drone spatial s’appelle Ingenuity. Il volĂ© au-dessus de Mars entre 2021 et 2023… sans contrĂ´le direct de l’humain. L’humain sait faire voler des engins depuis longtemps. Mais les piloter Ă  des millions de km de distance est beaucoup plus complexe ! Car les opĂ©rations ne peuvent pas se faire en direct.

Par exemple, le dĂ©lai moyen de transmission entre Mars et la Terre est de 40 minutes aller-retour. Imaginez : le pilote verrait une falaise… 20 minutes après son drone (qui a donc largement eu le temps de s’y encastrer !). Il fallait donc les progrès de l’informatique et de la robotique pour que les drones puissent s’auto-diriger un minimum. Ainsi, les « pilotes Â» d’Ingenuity programmaient un trajet, que le drone suivait ensuite de manière automatique grâce Ă  un logiciel de navigation.

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C'est pour quand les drones intelligents dans l'espace ?

Les drones sont partout aujourd'hui sur Terre.
Dans l'espace, ils commencent à conquérir la planète Mars, mais le problème c'est qu'on doit leur envoyer des ordres très précis pour qu'ils puissent se déplacer.
Ils ne savent rien faire par eux-mĂŞmes.
Alors seront-ils un jour capables de prendre leurs propres dĂ©cisions ?
Vous l'avez compris, c'est notre question du jour.
C'est pour quand les drones intelligents dans l'espace ?

Salut les impatients !
En fait si on y réfléchit bien, les drones autonomes offrent pour certaines tâches des possibilités d'exploration vachement plus efficaces que l'Homme.
Un drone, ça peut presque tout faire, ça vole dans tous les sens, ça peut se faufiler dans des lieux hyper étroits et plein d'autres choses encore.

L'intérêt du drone, c'est aussi qu'il peut être envoyé dans des endroits difficiles d'accès ou dangereux pour l'homme.
Pratique, non ?
On peut aussi collecter des données sur de longues distances ou cartographier facilement de grandes étendues ou une zone à explorer.
Peut-être même que les drones les plus perfectionnés pourront aussi collecter les échantillons à ramener sur Terre.
OĂą les faire analyser directement dans une station en surface ou en orbite.

Bref, les drones peuvent être un sacré avantage pour l'exploration spatiale.
L'un des plus célèbres est Ingenuity.
Vous vous souvenez ? Le petit hĂ©licoptère du rover martien Perseverance.
Le drone est piloté à distance depuis la Terre et les millions de kilomètres qui séparent les deux planètes rendent impossible le pilotage en temps réel.
Il faut en effet plusieurs minutes pour pouvoir communiquer avec lui.
On se contente donc de lui envoyer son plan de vol à l'avance et il l'exécute à la lettre.
Mais pourquoi ces drones ne seraient-ils pas pilotĂ©s par une intelligence artificielle ?

Pour nous aider Ă  comprendre, retrouvons notre expert Charles Yana, chef de projet InSight et Microlibs.
Salut Charles, alors aujourd'hui, c'est quoi un drone dans l'espace ?
« Salut Sylvain ! Nous, ce que l'on appelle "un drone" au CNES, c'est un engin spatial capable de voler Ă  la surface d'une autre planète.
Ce n'est pas un vaisseau spatial qui est capable de se déplacer, par exemple d'une planète à une autre, c'est vraiment à la surface d'une autre planète, un appareil capable de s'élever dans les airs avec ses pales, sur un design un peu similaire à un hélicoptère sur Terre, et qui est capable avec un minimum d'intelligence, et un minimum d'autonomie, de se déplacer à la surface de notre planète.

Aujourd'hui le drone le plus récent, et en fait le seul qui n'ait jamais volé à la surface d'une autre planète, c'est Ingenuity, qui est parti avec le rover Perseverance et qui vole depuis le printemps 2021 à la surface de Mars.
Il a quand même une autonomie très rudimentaire, c'est à dire uniquement pour assurer sa sécurité au moment de la phase d'atterrissage pour éviter une pierre, un caillou, un fossé mais il est grandement contrôlé depuis la Terre, pas en direct, mais on va dire que son plan de vol est prédéfini à l'avance. »

Alors c'est quoi la difficultĂ© principale pour faire voler un drone dans l'espace ?
« La problématique principale pour faire voler un drone sur une autre planète, c'est son environnement, donc l'atmosphère de la planète sur laquelle on lui demande de voler.
Si on prend l'exemple d'Ingenuity sur Mars, l'atmosphère de Mars n'est pas vraiment favorable à un vol d'hélicoptère parce que la pression est très faible. Certes la gravité est plus faible que sur Terre mais la pression est tellement faible qu'il est plus difficile d'obtenir de la portance sur les pales.
Donc par exemple, dans le design d'Ingenuity, on a des pales qui tournent beaucoup plus vite qu'un hélicoptère classique sur Terre pour permettre d'augmenter la portance et de voler à la surface de Mars.

Malgré cela, il est quand même très limité, c'est un hélicoptère rudimentaire par rapport à ce qu'on est capable de faire sur Terre ou plus tard, ailleurs, il est quand même rudimentaire parce qu'il n'est pas bardé d'instruments scientifiques.
Il est très léger.
"Très léger" peut se comprendre comme très fragile aussi et donc sur une mission vers Mars, on n'a pas cette capacité aujourd'hui d'envoyer plein d'instruments pour aller étudier des zones, des canyons, des cailloux beaucoup plus loin que ce qu'on est capable de faire actuellement.
Il faudra faire des drones plus gros.
C'est ce qu'on prépare avec la mission Dragonfly qui va aller vers Titan, partir en 2026 ou 2027 et arriver sur Titan quelques années plus tard.

La mission Dragonfly va être une mission fabuleuse parce que sur Titan la pression est plus importante et la gravité est plus faible.
Du coup ça donne des bonnes conditions pour faire voler un drone et donc on a cette capacité de fabriquer un drone plus gros, avec plus d'instruments scientifiques.
C'est donc une mission de la NASA pour laquelle la France (le CNES et son partenaire le CNRS) fournit des instruments scientifiques. »

Alors ça serait quoi pour toi un drone intelligent, un drone totalement autonome ?
« Pour moi, un drone complètement et totalement intelligent, ça serait un drone capable de définir son plan de vol tout seul.
D'aller déterminer, peut-être même pendant son vol, les cibles qu'il souhaite aller observer...
Les roches qu'il souhaite approcher...
Et puis, vraiment de manière très pragmatique, l'endroit précis où il souhaite atterrir.
Être capable de se décaler.
Ingenuity est dĂ©jĂ  capable de le faire, mais ĂŞtre capable de dire : "moi je vais aller me poser lĂ  bas, parce que Ă  la fois scientifiquement, c'est lĂ  que c'est plus intĂ©ressant, Ă  la fois pour les objectifs d'exploration de la mission c'est lĂ  bas qu'il faut aller et puis c'est aussi l'endroit oĂą je serai capable d'aller me poser en sĂ©curitĂ© et de renvoyer mes donnĂ©es vers la Terre et dire Ă  la Terre 'VoilĂ , tout s'est bien passĂ©... VoilĂ  mes donnĂ©es, on dĂ©cide ensemble ce qu'on fait plus tard'. »

Finalement Charles, c'est pour quand les drones intelligents dans l'espace ?
« Les prochaines missions avec drones partiront dans une petite dizaine d'années et ce ne sont pas encore des drones complètement autonomes et vraiment intelligents.
C'est moins rudimentaire qu'Ingenuity.
C'est la 2e génération. Pour la 3e génération de drones qui seront complètement intelligents et complètement autonomes sur une autre planète, on peut tabler sur 15 à 20 ans, plus, probablement, 20 ans. »

Merci Charles pour ces explications passionnantes.
Merci Sylvain !

Le vrai défi n'est donc pas de remplacer l'Homme par la machine mais bien d'apporter toujours plus d'autonomie à ces appareils qui deviennent de plus en plus indispensables à l'exploration spatiale.
L'intelligence artificielle est donc une étape de plus dans cette recherche d'autonomie et deviendra probablement incontournable dans les missions martiennes futures et celles qui exploreront les lunes de Saturne et Jupiter.

VoilĂ , vous savez tout !
Si cet épisode vous a plu, likez, partagez et laissez-nous vos idées de sujets en commentaires.
Allez, Ă  bientĂ´t les impatients !

Drone ou rover ? Telle est la question

Un drone peut se dĂ©placer rapidement, en survolant sans risque les crevasses, les rochers coupants, les cailloux… et parcourir plus de distance qu’un rover. Sur Mars par exemple, le rover Curiosity a parcouru 31 km en un peu plus de 11 ans. Ingenuity a, lui, parcouru 17 km en moins de 3 ans ! Un drone peut ainsi servir d’éclaireur Ă  des rovers, mais Ă©galement faire de la science, en Ă©tudiant par exemple l’atmosphère de la zone dans laquelle il vole.

Ingenuity, « Ginny Â» pour les intimes, a Ă©tĂ© le premier drone Ă  survoler un sol extraterrestre, entre 2021 et 2024. Il faisait partie de la mission amĂ©ricaine Perseverance, dont le rover poursuit aujourd’hui sa route sur Mars. Deux pales, un moteur alimentĂ© par des panneaux solaires, et moins de 2 kg sur la balance : Ingenuity concourrait dans la catĂ©gorie poids plume. Il n’embarquait qu’un seul instrument, une camĂ©ra. Car son objectif Ă©tait de dĂ©montrer la possibilitĂ© de faire voler un engin dans une atmosphère non terrestre. Et sans contrĂ´le direct par un humain. Objectif atteint !

Drone piloté dans une grotte italienne
Le drone, piloté dans le cadre du programme CAVE de l'ESA, a permis en 2017 de cartographier des zones trop dangereuses pour les humains dans des grottes en Sicile © ESA, Natalino Russo

Le petit hĂ©licoptère a rĂ©alisĂ© 72 vols (contre 5 prĂ©vus au dĂ©part). Il a aussi pris de nombreuses photos aĂ©riennes du sol qui ont Ă©tĂ© utilisĂ©es par les « pilotes Â» du rover Perserverance pour Ă©viter les obstacles. C’est finalement la casse de 2 de ses pales qui a mis fin Ă  sa mission en janvier 2024. Ingenuity a ouvert la voie Ă  l’exploration spatiale – notamment de Mars – via des drones. Ainsi, pour la mission Mars Sample Return, qui vise Ă  ramener sur Terre des Ă©chantillons martiens, la NASA pense envoyer, en 2028, 2 petits drones semblables Ă  Ingenuity. Ils centraliseront les tubes d’échantillons que Perseverance est en train de prĂ©lever.

Sol de mars en noir et blanc prise par Ingenuity
Ingenuity prend en photo son ombre portée sur le sol martien ! © NASA / JPL-Caltech
  • 72

    Nombre de vols d'Ingenuity

  • 17 km

    Distance parcourue

  • 2 h 9 min

    Durée de vol totale

  • 24 m

    Altitude maximale

Dragonfly, grosse libellule extraterrestre

En 2034, un drone amĂ©ricain baptisĂ© Dragonfly (libellule en anglais) survolera Titan, l’un des satellites naturels de Saturne. Pourquoi un drone ? Car les conditions de vols sur Titan sont idĂ©ales : la gravitĂ© est faible (7 fois plus rĂ©duite que sur Terre, comprenez qu’un objet y pèse 7 fois moins lourd), la mĂ©tĂ©o locale plutĂ´t calme et l’atmosphère Ă©paisse et dense : un rĂ©cipient d’atmosphère de Titan contient 4 fois plus de molĂ©cules que le mĂŞme rĂ©cipient rempli d’air terrestre. La portance en est facilitĂ©e ! 

Dragonfly est une grosse libellule de 800 kg (l’équivalent d’une petite voiture ou du rover Perseverance) et pourvue de 4 hĂ©lices (ou plutĂ´t 8 hĂ©lices, chacune ayant Ă©tĂ© doublĂ©e au cas oĂą la première tombe en panne). Son Ă©nergie ne viendra pas du soleil, dont les rayons ne traversent que très peu l’atmosphère de Titan, mais d’un petit rĂ©acteur nuclĂ©aire. Dragonfly parcourra ainsi d’abord des petites distances, puis des distances de plus en plus grandes (jusqu’à 100 km). Evidemment, pas question de le piloter en direct depuis la Terre, qui se trouve Ă  1,3 milliard de km de Saturne ! Il sera programmĂ© en amont par des personnes, et Ă  l’aide de sa camĂ©ra et de son logiciel de navigation, il pourra « juger Â» de la dangerositĂ© – ou pas – des sites d’atterrissages. 

Illustration de l’atterrissage du drone Dragonfly sur Titan
Dragonfly sera lâché dans l’atmosphère de Titan dans une capsule, puis effectuera le début de sa descente sous parachute, avant de mettre en route ses hélices et se poser… tout en douceur © NASA/JOHNS HOPKINS APL/STEVE GRIBBEN

Dragonfly va réaliser des analyses, en vol, de l’atmosphère de Titan et prendre des photos aériennes de sa surface. Mais son travail scientifique se fera principalement lorsqu’il sera au sol. Grâce à plusieurs instruments, il pourra analyser la composition chimique de son environnement, identifier les molécules organiques qui s’y trouvent, et peut-être déceler des traces de vie. Dragonfly sera également équipé de capteurs météorologiques et sismiques afin de mieux connaitre la planète et son atmosphère.

Quizz

Au CNES, nous sommes partenaire de la NASA dans la mission Dragonfly. La France participe à l’élaboration d’un instrument appelé DraMS (pour Dragonfly Mass Spectrometer ou spectromètre de masse de Dragonfly). Mais à quoi sert un tel instrument ?

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