La biodiversité

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Modifié le 04 décembre 2025

© linephoto/Getty Images

Plantes, animaux, champignons… AffectĂ©s par les activitĂ©s humaines, les ĂŞtres vivants dĂ©clinent très rapidement. Les satellites sont les seuls capables de fournir des mesures rĂ©gulières, vastes et en temps rĂ©el de diffĂ©rentes dimensions de la biodiversitĂ© : suivi de la dĂ©forestation, santĂ© des vĂ©gĂ©taux ou encore migration de la faune sauvage.

  • 30%

    de surface terrestre mondiale recouverte de forĂŞts

  • 4 milliards

    d’hectares de forêts dans le monde

Les satellites au chevet des forêts…

Depuis 1990, en moyenne 178 millions d’hectares de forĂŞt – soit 3 fois la France – sont perdus chaque annĂ©e dans le monde en raison de la dĂ©forestation. Les forĂŞts sont pourtant un immense rĂ©servoir de biodiversitĂ© : elles accueillent 80% des espèces d’animaux, plantes et insectes que compte la planète. Elles fournissent aussi de nombreuses ressources (bois de construction, cellulose pour le papier, bois de chauffage) dont dĂ©pendent 1,6 milliards de personnes dans le monde. Ajoutons Ă  cela leur rĂ´le majeur dans la rĂ©gulation du climat et de l’eau… Il est de notre devoir de mieux les connaitre pour les protĂ©ger.

Les satellites sont pour cela d’une aide prĂ©cieuse. Quelle est la surface de la forĂŞt ? Quelles zones sont affectĂ©es par les incendies ou la dĂ©forestation ? Quel est l’état de santĂ© des vĂ©gĂ©taux ? Mesurer ces paramètres sur le terrain est un vĂ©ritable travail de fourmi… Grâce aux donnĂ©es spatiales, il est possible de rĂ©aliser des cartes des forĂŞts du monde entier depuis les annĂ©es 90. Les diffĂ©rents satellites d’observation europĂ©ens (Sentinel-1A, Sentinel-2A et 2B, la sĂ©rie SPOT et PlĂ©iades Neo) fournissent les images radars et optiques utilisĂ©es pour rĂ©aliser ces cartographies forestières et suivre l’état des forĂŞts au fil des ans. Quant au microsatellite Venµs, Ă©quipĂ© d’une camĂ©ra fournie par le CNES, il suit les variations quotidiennes du dĂ©veloppement et de l’état du feuillage des arbres. 

Vue d’artiste d'un satellite Pléiades
Illustration de l'un de nos deux satellites Pléiades en orbite © Airbus DS/Master Image Films

La biodiversité, quézako ?

Ce terme dĂ©signe l’ensemble des organismes vivants de notre planète, leurs interactions et leurs milieux de vie. Trois notions, toutes liĂ©es entre elles, sont regroupĂ©es au sein du mot « biodiversitĂ© Â»  :

  • La diversitĂ© des espèces : plantes, animaux, champignons, bactĂ©ries, insectes, humains, etc…
  • La diversitĂ© de leurs milieux de vie : forĂŞts, prairies, rivières, ocĂ©ans, etc…
  • La diversitĂ© gĂ©nĂ©tique : au sein de chaque espèce, chaque individu est diffĂ©rent.


Menacée par les activités humaines, la biodiversité est indispensable à la vie sur Terre. Elle fournit l’oxygène, la nourriture, les médicaments, la pollinisation ou encore une eau pure à l’humanité. En 2002 lors du sommet de Johannesbourg, les États se sont engagés à préserver la biodiversité.

…et des animaux sauvages

Impossible d’évoquer la prĂ©servation de la biodiversitĂ© sans penser Ă  eux : les animaux. Comme les forĂŞts, la faune sauvage est en danger. Selon le WWF, les populations d’espèces sauvages (mammifères, oiseaux, poissons, reptiles et amphibiens) ont diminuĂ© de 69% entre 1970 et 2020. En cause ?

  • Les changements d’usage des terres (perte d’habitats par dĂ©forestation, artificialisation des sols…)
  • Les pratiques agricoles intensives (dĂ©sherbants, produits phytosanitaires…)
  • Les effets du changement climatique
  • Les pollutions
  • Les espèces exotiques envahissantes
Caribou sauvage portant une balise Argos
Caribou sauvage portant une balise Argos © CLS 2011

Le programme satellite phare des animaux sauvages est Argos. Créé en 1978 à l’initiative du CNES, la NASA et l’agence américaine d’observation océanique et atmosphérique, le programme a déjà permis de suivre plus de 300 000 animaux sauvages – oiseaux, mammifères terrestres et marins et poissons.

Les petites balises Argos (pesant 2 g pour les plus petites) sont fixĂ©es Ă  l’aide d’un collier ou d’une bague sur les animaux. Elles communiquent par liaison radio avec 9 satellites en orbite entre 650 et 850 km au-dessus de nous. Grâce au système, il est possible de suivre les dĂ©placements, la tempĂ©rature corporelle ou encore le rythme cardiaque des animaux. Combien de km parcourent les animaux chaque jour ? Quelle direction prennent-ils ? S’arrĂŞtent-ils pendant leur migration ? CombinĂ©es aux cartes forestières ou aux donnĂ©es mĂ©tĂ©orologiques, les donnĂ©es Argos permettent d’évaluer l’impact de la dĂ©forestation et/ou du changement climatique sur la migration par exemple.

Les données spatiales au service de la société

Pour documenter de façon harmonisée l’état et l’évolution de la biodiversité, 21 indicateurs internationaux ont été fixés. On les appelle les variables essentielles de biodiversité. Et 9 d’entre-elles reposent sur des données spatiales, comme la distribution des espèces, leurs mouvements ou encore la répartition du couvert végétal.

Les satellites offrent une vision imprenable de la planète, ils sont devenus de prĂ©cieux alliĂ©s de la biodiversitĂ© grâce Ă  leurs capacitĂ©s Ă  :

  • Fournir des observations rĂ©gulières et continues pendant plusieurs annĂ©es
  • Analyser des Ă©tendues très vastes, parfois inaccessibles
  • Observer Ă  diffĂ©rentes Ă©chelles : de moins d’1 m jusqu’à des milliers d’hectares
  • Observer en temps rĂ©el et de façon quasi permanente


La plupart des données récoltées par les satellites du CNES ou l’ESA sont en accès libre et utilisées par les scientifiques, pouvoirs publics, entreprises et citoyens.

Animation de la forĂŞt en Guyane
Le programme TropiSCO cartographie la déforestation à l’aide des images Sentinel-1. Ici, on observe la déforestation en Guyane au cours du temps entre 2016 et 2019 © CNES / CESBIO / TROPISCO

Concernant les forêts, l’enjeu est de trouver un équilibre entre économie et écologie. Il est inimaginable de stopper l’exploitation forestière ou l’agriculture, mais les niveaux actuels de déforestation des forêts tropicales – l’équivalent d’un stade de football toutes les 2 secondes – menacent gravement la biodiversité.

Grâce aux donnĂ©es des satellites Sentinel, le programme TropiSCO, co-financĂ© par le ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères et le CNES, fournit un système de dĂ©tection en temps quasi rĂ©el de la dĂ©forestation en zone tropicale. Il permet aux acteurs locaux d’intervenir, alerter l’opinion publique et lutter contre la dĂ©forestation. Ce que le programme a rĂ©vĂ©lĂ© ? La dĂ©gradation de la forĂŞt amazonienne liĂ©e Ă  l’orpaillage au Suriname et Guyane française, les coupes illĂ©gales de bois Ă  la frontière entre le Laos et le Vietnam ou encore les exploitations illĂ©gales de bois dans les parcs nationaux du Gabon.

En France, le CNES et l’Office national des forêts (ONF) ont signé un accord-cadre en 2018 qui met la science spatiale au service des forêts. Grâce aux plans de gestion forestière, un juste équilibre est maintenu entre les services rendus par les forêts et la préservation de la biodiversité.

Anticiper les effets du changement climatique

PrĂ©dire la rĂ©action des Ă©cosystèmes au changement climatique est crucial pour les protĂ©ger. Grâce au satellite europĂ©en SMOS, des chercheurs vĂ©rifient Ă  l’échelle rĂ©gionale un phĂ©nomène surprenant : le verdissement de forĂŞts tropicales avant le dĂ©but de la saison des pluies. Grâce au radiomètre Ă  micro-ondes qu’il embarque, SMOS mesure l’humiditĂ© des sols de 2,7 millions de km2 de la forĂŞt africaine du Miombo (de l’Angola Ă  la Tanzanie). Les donnĂ©es spatiales confirment que cette forĂŞt stocke et conserve l’eau durant toute la saison sèche pour rĂ©activer la production de feuilles juste avant la saison des pluies. Un phĂ©nomène qui risque probablement d’être affectĂ© par l’allongement des saisons sèches provoquĂ© par le changement climatique.

Enfin, le programme d'accompagnement Connect by CNES met à disposition des entrepreneurs les données spatiales. La start-up Wildsense s’appuie ainsi sur le traitement d’images satellites pour vérifier et surveiller les projets de reforestation à distance. La société Kanop aide, elle, les acteurs forestiers à évaluer la capacité de leurs parcelles à stocker du carbone.

Et le CNES prépare déjà l’avenir. Grâce aux satellites Argos-Néo et Kinéis, le nombre d’animaux suivis simultanément va être multiplié par 100, et la fréquence des mesures va s’accélérer. Dès 2027, les images infrarouge thermique acquises par le capteur franco-indien TRISHNA permettront également d’observer la qualité des eaux continentales et côtières, berceaux d’une proportion considérable de la biodiversité mondiale.

Quizz

Comment un satellite d’observation de la Terre peut-il « voir » à travers les feuilles d’une forêt ?

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