Publié le 17 mars 2025

Une alliance spatiale mondiale au chevet des océans

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À l’initiative du CNES, la Space4Ocean Alliance verra le jour dans le cadre de la conférence des Nations unies sur les océans (UNOC). Explications de Selma Cherchali, responsable du projet au CNES.

© Copernicus Sentinel Data, 2021

 

Selma Cherchali est sous-directrice Étude et observation de la Terre au CNES.

Portrait de Selma Cherchali.

Qu’apportent les outils spatiaux à la préservation des océans ?

Selma Cherchali : Les données d’observation spatiale jouent un rôle central dans la compréhension des milieux océaniques et le développement de l’océanographie opérationnelle. Le CNES fait partie des acteurs qui ont contribué historiquement au développement de moyens spatiaux pour l’étude des océans, en particulier dans la filière altimétrique qui mesure l’élévation du niveau de la mer. 

  • Dans le domaine de l'altimétrie, il y a eu Topex Poseidon en 1992, puis les programmes Jason et Sentinel. Le satellite SWOT, lancé en 2022, constitue une rupture, avec une moisson de données qui s’annonce prometteuse. Il connaîtra un prolongement dans le cadre de l’ESA et de l’Union européenne avec le futur satellite Sentinel 3-NG-Topo dans la prochaine décennie.
  • Une autre filière satellitaire étudie le vent et les vagues océaniques. C’est le cas par exemple de la mission franco-chinoise CFOSAT, et une nouvelle génération est en préparation avec l’objectif de mesurer le courant.
  • Enfin, d’autres programmes ont trait à la géochimie et à la biologie de l’océan : la mission SMOS de l’ESA mesure ainsi la salinité des océans, et plusieurs satellites permettent aussi de suivre les variations de la couleur de l’eau, qui donnent des informations sur la biodiversité et la qualité des eaux. 

Au-delà de l’observation, les données spatiales ont une utilité concrète dans l’adaptation au changement climatique, ainsi que sur les impacts des activités humaines…

S. C. : C’est certain, et c’est l’un des sujets de la Space4Ocean Alliance, dont les contours seront dévoilés lors de la 3e conférence des Nations unies sur l’océan (UNOC), au mois de juin. La question est de capitaliser sur ces données spatiales en les combinant avec d’autres données in situ et des modèles, pour développer des services. Cela concerne les impacts du changement climatique sur le côtier (qui seront implémentées dans le cadre du Space for Climate Observatory), le suivi de la pollution marine par les plastiques, la protection des aires marines et le suivi de leur état de santé, ou encore le contrôle des activités de pêche illégale. 

Sur tous ces sujets, les outils spatiaux, avec l’apport des données in situ, permettent déjà beaucoup de choses, et nous espérons amplifier les solutions de manière opérationnelle et transposable à tous les pays maritimes et insulaires qui ont des défis importants à relever et qui, pour certains, ne possèdent pas de capacités et d’expertise spatiales. 

Quels sont le principe et les objectifs de l’UNOC ?

S. C. : Cette conférence réunit l’ensemble des États-membres de l’ONU. Elle vise à renforcer l’action internationale autour de la réalisation du 14e objectif de développement durable (ODD) de l’ONU à horizon 2030 sur la conservation des océans et des ressources marines. L’initiative a été lancée par le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres et son envoyé spécial pour les océans, Peter Thomson, afin de mieux coordonner l’ensemble des acteurs concernés : États, société civile, organisations scientifiques, acteurs privés et institutionnels, et l’ensemble du secteur marin et maritime. La première conférence de l’UNOC a eu lieu en 2017 à New York.

Le spatial au service des océans, enjeu clef de l'UNOC

La troisième Conférence des Nations Unies sur l’Océan (UNOC) se tiendra à Nice du 9 au 13 juin. Conjointement organisée par les gouvernements de la France et du Costa Rica, elle vise à soutenir la mise en œuvre de l’Objectif de Développement Durable n°14 : « Conserver et exploiter de manière durable les océans, les mers et les ressources marines aux fins du développement durable ». À cette occasion, le gouvernement français a souhaité, par la voix du CNES, un engagement fort du monde du spatial dans la protection de l’Océan.

Le secteur spatial a-t-il été intégré à cette initiative dès l’origine ?

S. C. : La 2e conférence de l’UNOC, en 2022, a rappelé que la communauté spatiale était un acteur clé pour répondre aux enjeux de préservation des océans et qu’il fallait l’intégrer davantage à la recherche de solutions concrètes avec les autres parties prenantes. C’est dans ce contexte que se déroulera la 3e conférence, organisée conjointement à Nice par la France et le Costa Rica, dont l’objectif est d’aboutir à un consensus intergouvernemental sur des engagements et un plan d’action. L’un des temps forts de ce rendez-vous international sera l’officialisation de la Space4Ocean Alliance, le 9 juin.

Quels sont les membres de cette alliance du spatial pour l’océan ?

S. C. : La Space4Ocean Alliance est créée dans le cadre de l’UNOC, mais elle fonctionnera de manière autonome. À l’initiative du CNES, elle réunit plusieurs membres fondateurs : l’agence spatiale norvégienne (NOSA), le bureau des affaires spatiales de Monaco, l’UNOOSA, entité des Nations unies en charge des affaires spatiales, et la commission océanographique de l’UNESCO (UNESCO IOC). Ces membres fondateurs sont déjà rejoints par d’autres acteurs comme Mercator Ocean, et plusieurs partenaires ont déjà exprimé leur intérêt comme l’ESA, l’ASI, le DLR, le CRTS, CRERS… [Agences spatiales européenne, italienne, allemande et marocaine, n. d. l. r.] Notre ambition est que de nombreux autres membres de tous horizons intègrent rapidement l’alliance. 

Nous souhaitons en particulier soutenir les pays en développement et les États insulaires qui affrontent les défis liés au côtier océanographique : pollution, menaces sur la biodiversité, hausse du niveau des mers liées au réchauffement climatique. Cette dimension est très importante, car de nombreux pays ne disposent pas de compétences spatiales.

Selma Cherchali

Que fera concrètement l’alliance ?

S. C. : Elle vise à renforcer la collaboration internationale en connectant le secteur spatial aux communautés marines, maritimes et océanographiques, au service de la préservation et de la conservation des océans. 

Parmi les multiples actions envisagées figurent la mise en place d’outils spatiaux, de produits et services opérationnels à l’échelle des territoires. Nous souhaitons en particulier soutenir les pays en développement et les États insulaires qui affrontent les défis liés au côtier océanographique : pollution, menaces sur la biodiversité, hausse du niveau des mers liées au réchauffement climatique. 

Cette dimension est très importante, car de nombreux pays ne disposent pas de compétences spatiales ; dans le cadre de l’alliance, avec l’appui des partenaires, nous pourrons construire avec eux cette capacité pour les aider à utiliser des outils et services adaptés à leur territoire. 

L’alliance agira aussi pour développer des indicateurs locaux et globaux de la santé des océans s’appuyant sur la donnée spatiale et pour promouvoir de futures missions spatiales. 

Quelles seront les premières actions engagées ?

S. C. : Les grands principes de la gouvernance sont arrêtés, et le comité de pilotage de l’alliance se réunira une fois par an. Dans l’immédiat, nous travaillons à la définition des besoins concrets des États membres de l’ONU, que nous souhaitons réactualiser de manière régulière. Ces éléments alimenteront une feuille de route sur les observations spatiales, observations in situ avec un appel à l’international pour mettre en œuvre des missions en océanographie qui n’existent pas aujourd’hui, sur les enjeux applicatifs et les services opérationnels, ainsi que sur le renforcement des capacités des membres. 

Consulter la note de concept (en anglais) et un résumé (en français)

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