Odin en détails

Contexte

Le satellite Odin a été conçu pour étudier à la fois les objets astronomiques et l'atmosphère terrestre.

Satellite Odin en cours de préparation
Le satellite Odin en cours de préparation © CNES

Contexte aéronomique

Depuis la découverte, en 1985, du trou dans la couche d'ozone au-dessus de l'Antarctique, de nombreuses campagnes de mesures ont été menées pour comprendre son origine. L'appauvrissement en ozone est causé par des réactions chimiques catalytiques dues aux atomes d'halogènes tel que le chlore, libérés par les chlorofluorocarbones (CFC) produits par l'homme. La grande augmentation de la concentration en chlore actif (ClO et Cl) est due aux réactions chimiques hétérogènes dans les nuages de particules stratosphériques au niveau des pôles. Des perturbations similaires, mais plus petites, peuvent aussi être observées au-dessus de l'Arctique ainsi qu'à des latitudes plus basses.

À une échelle globale, le processus d'appauvrissement est assez complexe, impliquant le phénomène de transport atmosphérique, les variations de la chimie de l'ozone à différentes altitudes, ainsi que de grandes variations naturelles.

 

Contexte astronomique

Les étoiles se forment, à partir de nuages de molécules interstellaires froids et extrêmement clairsemés, lorsque le gaz est comprimé par les forces de gravité. Pour pouvoir continuer à se contracter, les nuages doivent se débarrasser de l'énergie produite par la compression, sinon la pression thermique va arrêter la contraction et stopper le processus. On pense que les étoiles en formation dégagent cette énergie en produisant de la vapeur d'eau, des molécules d'oxygène, du monoxyde de carbone et du carbone.

L'image de ces processus chimiques complexes conduisant à la formation de molécules dans ces nuages n'est pas encore très claire. Aujourd'hui nous connaissons plus d'une centaine de sortes de molécules présentes dans ces nuages, mais nous ne connaissons toujours pas l'abondance des espèces clés telles que l'eau (H2O) et l'oxygène (O2). Pour résoudre cette inconnue, des observations depuis l'espace sont nécessaires, car l'atmosphère terrestre absorbe les raies d'émission des molécules H2O (eau), O2 (oxygène), C (carbone) et - dans une certaine mesure – CO (monoxyde de carbone).

Objectifs

  • Étudier l’ozone atmosphĂ©rique

  • Étudier les interactions entre les rĂ©gions atmosphĂ©riques

  • Étudier la formation stellaire

  • Étudier les atmosphères planĂ©taires

Objectifs aéronomiques

En aĂ©ronomie, Odin Ă©tudie l'atmosphère, plus particulièrement ce qui concerne la formation et la dĂ©tĂ©rioration de l'ozone, et comment ceci affecte le trou dans la couche d'ozone. Avec de nouvelles connaissances, nous nous rapprochons des rĂ©ponses aux questions primordiales telles que : comment la pollution affecte-t-elle l'atmosphère ?

De meilleurs modèles peuvent être construits grâce à la détermination de l'altitude et la cartographie de la répartition géographique des composants clés, paramètres fournis par la mission Odin.

Les Ă©tudes scientifiques rĂ©alisĂ©es grâce Ă  des mesures des diffĂ©rents Ă©lĂ©ments trace, concernent principalement la stratosphère et la mĂ©sosphère. Plus prĂ©cisĂ©ment, les objectifs scientifiques sont :

  • L'Ă©tude de l'ozone stratosphĂ©rique : pour connaĂ®tre, dans la rĂ©gion du "trou d'ozone", l'extension gĂ©ographique des mĂ©canismes responsables de l'appauvrissement en ozone ainsi que pour Ă©tudier les effets de dilution et la possible chimie hĂ©tĂ©rogène y compris en dehors des rĂ©gions polaires dus aux aĂ©rosols contenants des sulfates.
  • L'Ă©tude de l'ozone mĂ©sosphĂ©rique : pour Ă©tablir le rĂ´le relatif de la chimie des isotopes rares de l'hydrogène et les effets du transport ordonnĂ© et turbulent ainsi que le rayonnement corpusculaire.
  • L'Ă©tude de la mĂ©sosphère pendant les pĂ©riodes d'Ă©tĂ© : pour Ă©tablir la variabilitĂ© de la vapeur d'eau mĂ©sosphĂ©rique incluant une estimation des flux requis pour la formation des aĂ©rosols dans la mĂ©sosphère polaire.
  • L'Ă©tude des interactions entre les rĂ©gions atmosphĂ©riques : pour Ă©tudier quelques-uns des mĂ©canismes qui provoquent le couplage entre la basse et haute atmosphère, Ă  titre d'exemple le transport descendant du NO (monoxyde d’azote) avec ses effets sur la photochimie de l'ozone et les Ă©changes verticaux des espèces minoritaires telles que les isotopes rares de l'oxygène, CO et H2O.


Objectifs astronomiques

En astronomie, le satellite apporte aussi un éclairage nouveau sur les processus chimiques qui contrôlent l'enchaînement des événements impliqués dans la formation de nouvelles étoiles. Odin étudie aussi les comètes qui sont un sous-produit de la formation des nouvelles étoiles, et qui peuvent nous donner de nouveaux indices sur la façon dont notre système solaire s’est formé.

Odin est spécifiquement conçu pour détecter les molécules H2O et O2, en plus des autres molécules, et peut observer individuellement des centaines de nuages de notre galaxie ainsi que des groupes de nuages géants dans d'autres galaxies.

Les objets astronomiques Ă©tudiĂ©s grâce Ă  la mission Odin sont :

  • Les nuages de molĂ©cules gĂ©ants et les nuages sombres proches : le but est d'amĂ©liorer notre comprĂ©hension de la chimie et des processus de refroidissement du milieu interstellaire et par voie de consĂ©quence, les conditions de formation des Ă©toiles.
  • La dĂ©tection des protoĂ©toiles.
  • Les comètes : Ă©tudes de la physique du dĂ©gazage de l'eau, la taille des rĂ©gions actives et l'estimation de la densitĂ© des comètes Ă  longue et Ă  courte pĂ©riode.
  • Les planètes : la distribution verticale des Ă©lĂ©ments en trace dans les atmosphères de Jupiter et Saturne. La dĂ©tection des constituants minoritaires remontĂ©s par la convexion fournit des informations non seulement sur la dynamique mais aussi sur la physique et la chimie des basses atmosphères.
  • Les enveloppes circumstellaires : Ă©tudes des dynamiques et compositions chimiques des Ă©coulements.
  • Les galaxies proches : estimations du taux de formation d'Ă©toiles Ă  partir des observations de CO et H2O.


Odin est conçu pour travailler dans les bandes inexplorées du spectre électromagnétique, pour des longueurs d'ondes d'environ 0.5 mm et 3 mm. Celles-ci contiennent les raies d'émission de molécules importantes telles que la vapeur d'eau, les molécules d'oxygène, l'ozone et le monoxyde de carbone. Ces raies sont utilisées pour étudier les processus se produisant dans l'atmosphère terrestre et dans les objets astronomiques. Des informations complémentaires sur l'atmosphère viennent de raies spectrales dans les longueurs d'ondes ultraviolettes et optiques. Beaucoup de données scientifiques majeures relient les processus de formation des étoiles, la chimie interstellaire et l'équilibre de l'ozone atmosphérique.

 

Déroulé du projet

Le satellite Odin a été lancé le 20 février 2001 par un lanceur Start-1 depuis le cosmodrome de Svobodny en Russie. La mission initiale était de 2 ans et a été prolongée plusieurs fois.

Pour l'aéronomie, le satellite suit le limbe terrestre - balayant l'atmosphère à des altitudes comprises entre 15 km et 120 km en 2 minutes. Il peut y avoir jusqu'à 40 balayages par orbite.

Pour les observations de sources astronomiques, Odin pointe en continu en direction de l'objet observé pendant une durée pouvant aller jusqu'à 60 minutes.

Exemplaire du lanceur Start-1 qui a lancé ODIN
Exemplaire du lanceur Start-1 qui a lancé ODIN, sur son véhicule de transport et de lancement. Les lanceurs Start-1 sont dérivés de missiles balistiques intercontinentaux © TASS/V. Sayapin

En 2025, le satellite ODIN était toujours opérationnel, après 24 ans en orbite, mais son altitude décroît rapidement. Elle est passée de 600 km à 450 km d’altitude. Sa rentrée atmosphérique est considérée comme proche dans le temps et devrait survenir au printemps 2026.

Récapitulatif de la mission ODIN
Récapitulatif de la mission ODIN © CSA-ASC

Organisation

Odin est le produit de la collaboration entre un grand nombre d'institutions de quatre pays :

Suède

  • Onsala Rymdobservatorium
  • MikrovĂĄgselektronik, Chalmers
  • Radio-och rymdvetenskap, Chalmers
  • Meteorologiska Institutionen, Stockholms Universitet
  • Stockholms Observatorium, Stockholms Universitet
  • Astronomiska Observatoriet, Uppsala Universitet

 

France

  • Laboratoire de Physique de l'ENS, PARIS
  • Service d'AĂ©ronomie du CNRS/IPSL
  • Observatoire de Bordeaux, CNRS/INSU, Floirac
  • Laboratoire d'Astronomie Spatiale, Marseille
  • Observatoire de Paris-Meudon
  • Centre d'Etude Spatiale des Rayonnements, Toulouse

 

Finlande

  • Finnish Meteorological Institute
  • Radio Laboratory, Helsinki University of Technology
  • Arctic Research Center, Sodankylä

 

Canada

  • Inst. of Space and Atmospheric Studies, University of Saskatchewan
  • Dept. of Earth and Atmospheric Science, York University
  • Dept. of Physics, University of Toronto
  • Dept. of Physics and Astronomy, University of Waterloo
  • Dept. of Physics and Astronomy, University of Calgary
  • Dept. of Astronomy and Physics, St Mary's University, Halifax
  • Dept. of Physics and Astronomy, McMaster University, Hamilton

 

Contributions françaises

Le CNES a contribuĂ© Ă  Odin pour :

  • La fourniture d'un Spectromètre Acousto-Optique dĂ©veloppĂ© sous la maĂ®trise d'Ĺ“uvre du LAM, avec le CESR (aujourd'hui IRAP) et le dĂ©partement de radioastronomie ARPEGES de l'observatoire de Meudon.
  • L’approvisionnement, chez les industriels français, des senseurs solaires et stellaires et des gyroscopes.
  • Le contrĂ´le et la dĂ©termination de l'attitude du satellite, avec en particulier la fourniture d'un catalogue d'Ă©toiles pour le senseur stellaire et le dĂ©tachement d'un ingĂ©nieur du Centre Spatial de Toulouse au sein du groupe projet suĂ©dois.
  • Les essais d'environnement satellite chez INTESPACE, sous responsabilitĂ© suĂ©doise.
  • Des tests d'alignement du tĂ©lescope au CESR (aujourd'hui IRAP) Ă  Toulouse.


Le CNES est aussi impliquĂ© dans la mise en place avec les laboratoires français, d'une composante sol utilisateur qui permet d'assurer la validation scientifique des donnĂ©es. Cette composante sol utilisateur est principalement constituĂ©e :

  • D’une chaĂ®ne de traitement scientifique pour l'aĂ©ronomie (MOLIERE), dont les algorithmes ont Ă©tĂ© conçus par l'Observatoire de Bordeaux et rendue opĂ©rationnelle par la sociĂ©tĂ© SILOGIC. Cette chaĂ®ne permet de restituer les profils des molĂ©cules de l'atmosphère (produits de niveau 2).
  • D’un système de gestion et de traitement des donnĂ©es pour l'astronomie, dĂ©veloppĂ© par la sociĂ©tĂ© SILOGIC, installĂ© sur les moyens informatiques du Centre Spatial de Toulouse.