Satellite et instruments

Roman est ce que l’on appelle un « observatoire spatial » car, grĂące Ă  ses multiples instruments, il observe dans diffĂ©rentes longueurs d’onde et rĂ©pond ainsi Ă  de multiples objectifs scientifiques. 

Sa masse d’environ 10 150 kilos est propulsĂ©e jusqu’au point de Lagrange L2, Ă  1,5 million de kilomĂštres de la Terre, une orbite thermiquement stable et offrant une vue dĂ©gagĂ©e sur l’Univers. 

Instruments

L’imageur grand angle (Wild Field Instrument – WFI)

L’instrument WFI dispose Ă  la fois de capacitĂ©s d'imagerie et de spectroscopie dans le visible et le proche infrarouge, ainsi que d'un large champ de vision. Le WFI est Ă©quipĂ© de 18 dĂ©tecteurs offrant plus de 300 millions de pixels actifs, sensible aux longueurs d'onde comprises entre 0,48 et 2,3 microns. Les dĂ©tecteurs convertissent la lumiĂšre collectĂ©e par le miroir du tĂ©lescope en signaux Ă©lectriques transformĂ©s en image spectrale Ă  haute rĂ©solution de vastes pans de ciel.

Durant ses cinq premiĂšres annĂ©es d’opĂ©ration, Roman couvrira 50 fois plus de ciel que ne l’a rĂ©alisĂ© Hubble en 30 ans. Le WFI produira des images avec un champ de vision 200 fois plus large que celui d’Hubble avec une stabilitĂ© et une rĂ©solution identique dans le proche infrarouge.

La masse de donnĂ©es transmises par le WFI nĂ©cessite la mise en place d’une chaĂźne de traitement adaptĂ©e. GrĂące Ă  son expertise Ă©prouvĂ©e sur le tĂ©lescope europĂ©en Euclid, le laboratoire d’astrophysique de Marseille (LAM) a participĂ© Ă  la conception et Ă  l’optimisation des algorithmes et des pipelines pour traiter en ligne les flux importants de donnĂ©es et les diffuser sous un format optimal.

Un partenariat international avec des stations-relais réparties autour du globe assure leur réception et leur diffusion.

Caractéristiques techniques

Large champ de vue du ciel (0,281 degÂČ ; env. 0,8° x 0,4°) avec :

  • 18 dĂ©tecteurs de 4096 x 4096 pixels
  • Longueurs d’onde dans le visible et le proche infrarouge (de 0,48 Ă  2,3 ÎŒm)
L’instrument grand angle WFI

Le coronographe Ă  haut contraste (CGI)

Roman  embarque un dĂ©monstrateur technique, qui sera le premier coronographe « actif Â». Il servira Ă  tester une nouvelle technologie de contrĂŽle actif du front d’onde pour Ă©liminer la lumiĂšre stellaire parasite avec une prĂ©cision bien supĂ©rieure Ă  celle des instruments actuels. Il combine imagerie directe, polarimĂ©trie et spectroscopie grĂące Ă  une association de masques, de prismes, de dĂ©tecteurs et de miroirs dĂ©formants. Les masques bloquent la lumiĂšre de l’étoile pour filtrer uniquement celle des planĂštes tandis que deux miroirs dĂ©formants sont pilotĂ©s par des algorithmes ultra prĂ©cis mesurant et corrigeant en temps rĂ©el les distorsions de lumiĂšre. Les modifications Ă  la surface des miroirs sont si prĂ©cises qu’elles peuvent compenser des erreurs plus petites que la largeur d’un brin d’ADN. Des dĂ©tecteurs ultrasensibles, des capteurs Ă  comptage de photons, repĂšrent les rares particules de lumiĂšre renvoyĂ©es par les planĂštes.

C’est la premiĂšre fois que de tels miroirs dĂ©formables sont expĂ©rimentĂ©s dans l’espace.

Leur validation Ă  bord de Roman est une premiĂšre Ă©tape avant la future mission d’envergure de la NASA, le projet de tĂ©lescope Habitable Worlds Observatory (HWO), destinĂ© Ă  photographier et caractĂ©riser des planĂštes telluriques habitables en y recherchant des biosignatures, c’est-Ă -dire des substances chimiques tĂ©moignant de la prĂ©sence du vivant. 

Le polissage des huit « miroirs annexes » (OAP - Off-Axis Parabola), des optiques qui guident, filtrent et focalisent la lumiĂšre vers les miroirs principaux, a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© par les Ă©quipes du LAM, experts mondialement reconnus en « polissage sous contraintes ». Elles assurent un polissage parfait au nanomĂštre prĂšs.

CaractĂ©ristiques techniques 

  • Deux miroirs dĂ©formables
  • Taux de contraste Ă©levĂ© (conçu pour dĂ©tecter des objets jusqu’à 100 millions de fois plus faibles que leur Ă©toile hĂŽte (contraste de ∌10-7 Ă  10-8), soit une amĂ©lioration d’un facteur 100 Ă  1000 par rapport aux tĂ©lescopes spatiaux actuels
  • 8 OAP (miroirs paraboliques hors axe)
Les 8 petites optiques de haute précision guidant la lumiÚre vers les deux miroirs du CGI ont été livrées par la France (LAM-CNRS) © Chris Gunn/NASA JPL

Déroulé du projet

Le tĂ©lescope Nancy Grace Roman a dĂ©collĂ© le 30 aoĂ»t 2026 Ă  bord d’un lanceur Falcon Heavy. Il devrait atteindre son orbite finale au point de Lagrange 2 aprĂšs trois mois de recette en vol durant laquelle des tests sont effectuĂ©s pour vĂ©rifier le bon fonctionnement du tĂ©lescope et de ses instruments.

Sa mission primaire est prĂ©vue pour durer 5 ans.

Le coronographe sera testĂ© durant 18 mois avant de dĂ©livrer des donnĂ©es Ă  la communautĂ© scientifique.

Organisation

Le tĂ©lescope Nancy Space Roman est une mission NASA, opĂ©rĂ©e par le Goddard Space Flight Center en coopĂ©ration avec le Jet Propulsion Laboratory and Caltech/IPAC et une coopĂ©ration internationale intĂ©grant en particulier l’Agence spatiale europĂ©enne (ESA), le CNES en France, le Max Planck Institute For Astronomy en Allemagne et l’Agence spatiale japonaise (JAXA).
 

RÎle du CNES et participation française

Le CNES est responsable des fournitures françaises. Il finance et coordonne les activités de laboratoire, apporte son expertise si nécessaire.

La principale participation française se fait Ă  travers celle du Laboratoire d’Astrophysique de Marseille (LAM), qui a contribuĂ© Ă  la fabrication des optiques du coronographe et Ă  la conception des algorithmes assurant le traitement et l’analyse des donnĂ©es issues du WFI, ainsi que leur stockage.

Le LAM a Ă©tĂ© sollicitĂ© pour son expertise mondiale en matiĂšre de polissage sous contrainte, une technique permettant de dĂ©former le verre pendant le polissage de façon Ă  obtenir la surface la plus lisse possible. Il a livrĂ© les 8 miroirs OAP actifs de 6 cm de diamĂštre environ (ainsi que 8 OAP spare) Ă©quipant le banc optique du coronographe.

Le tĂ©lescope Nancy Grace Roman transmettra un volume de donnĂ©es jamais atteint pour des tĂ©lescopes en orbite. Avec 1 375 To de donnĂ©es quotidiennes, les pipelines Roman WFI se doivent d’ĂȘtre performants pour traiter les donnĂ©es ! C’est 20 fois plus que les donnĂ©es transmises par le tĂ©lescope James Webb (58 Go/jour) et 80 fois plus que les donnĂ©es transmises par le tĂ©lescope Hubble (17 Go/jour). Le Centre de donnĂ©es Astrophysiques de Marseille (CeSAM) du LAM a la co-responsabilitĂ© de la chaĂźne de traitement de donnĂ©es spectroscopiques 1D en collaboration Ă©troite avec l’IPAC (Caltech). Les pipelines dĂ©veloppĂ©s pour Euclid ont ainsi pu ĂȘtre adaptĂ©s aux spĂ©cificitĂ©s de Roman.

Les laboratoires du CNRS (LAM, LIRA, Observatoire CĂŽte d’Azur) travaillent Ă©galement Ă  la mise au point des algorithmes de contrĂŽle du front d’onde de l’instrument CGI. En tant que dĂ©monstrateurs, ces algorithmes sont la pierre angulaire du pilotage du coronographe et doivent dĂ©montrer qu’il est possible d’atteindre des contrastes sans prĂ©cĂ©dent. L’enjeu est de taille : ouvrir la porte Ă  l’observation de nouvelles exoplanĂštes, dont le signal est tĂ©nu (type Jupiter froid), pour Ă  terme, augmenter ce contraste afin de dĂ©tecter des exoplanĂštes rocheuses habitables avec le futur grand tĂ©lescope spatial HWO de la NASA Ă  l’horizon 2040.

Actualités du projet