DORN en détails

Contexte

La Lune possède une « atmosphère » extrĂŞmement tĂ©nue que l’on appelle exosphère. Elle a une durĂ©e de vie courte, Ă  cause de son exposition aux rayonnements ultraviolets du Soleil et au vent solaire, qui l’expulsent rapidement dans l’espace. Cependant, elle existe toujours, ce qui signifie qu’elle se rĂ©gĂ©nère en permanence.  Mais par quel processus ?

3 explications sont possibles :

1) Le vent solaire (qui apporte hydrogène, hélium, argon, carbone, azote, etc.) et les interactions entre ce rayonnement solaire et la surface lunaire (sodium, potassium, eau, méthane, CO2, etc.).

2) Les impacts de météorites qui apportent des espèces volatiles (telles que H2O), qui, comme celles générées par le vent solaire, peuvent migrer à la surface de la Lune et éventuellement être piégées au niveau des pôles.

3) Enfin, certains gaz peuvent provenir du dégazage de la Lune elle-même, comme le radon, qui est produit par la radioactivité de la croûte, voire du manteau lunaire.

C’est cette dernière composante que l’instrument DORN étudie, en mesurant le flux de radon qui s’échappe du sol lunaire pouvant être comparé au flux s’échappant d’autres planètes.

Du haut de leur orbite, les vaisseaux et sondes américains Apollo 15 et 16 (1971-1972), Lunar Prospector (1998-1999) et la sonde japonaise Kaguya (2007-2009) ont révélé d’énigmatiques variations spatiales et temporelles du radon qui pourraient être liées à l’activité sismique de la Lune.

Mais aucune mesure de ce gaz n’avait encore été réalisée in situ.

Objectifs

  • Approfondir l’étude du pĂ´le sud lunaire

  • DĂ©terminer les caractĂ©ristiques du radon lunaire

  • Étudier les propriĂ©tĂ©s du rĂ©golithe lunaire

  • Pour Chang’e 6, rapporter des Ă©chantillons lunaires

Les objectifs scientifiques de DORN sont : 

  • Étudier le dĂ©gazage lunaire et le transport des gaz dans le rĂ©golithe (dont est constituĂ© le sol lunaire).
  • DĂ©terminer le flux de radon s’échappant de la Lune et le comparer Ă  celui sur Terre, Mars et Mercure.
  • Étudier les propriĂ©tĂ©s thermo-physiques du rĂ©golithe lunaire.
  • Étudier le transport des gaz dans l’exosphère lunaire.
  • Étudier le transport de la poussière recouvrant le rĂ©golithe par la mesure du polonium.
  • AmĂ©liorer les estimations de la teneur en uranium du rĂ©golithe.
  • Établir pour la première fois une mesure de rĂ©fĂ©rence depuis le sol, en vue d’étalonner les mesures orbitales passĂ©es, moins prĂ©cises, d’Apollo 15 et 16 (NASA 1971 et 1972) et des sondes Lunar Prospector (NASA 1998) et Kaguya (JAXA 2007).

 

Déroulé du projet

Après son lancement Ă  bord d’une fusĂ©e Longue Marche 5 depuis le centre spatial de Wenchang, sur l’île de Hainan en Chine, la sonde Chang’e 6 a entamĂ© un voyage de quelques semaines vers la Lune. S’en est suivi un sĂ©jour en orbite autour de la Lune de quelques jours, puis l’atterrisseur de la sonde a rejoint la surface lunaire, au niveau du PĂ´le Sud-Aitken, sur la face cachĂ©e de la Lune. A commencĂ© alors une mission scientifique de 48 heures, durant laquelle l’instrument DORN, installĂ© Ă  bord de l’atterrisseur, a effectuĂ© des mesures du radon. 

Pendant ce temps, d’autres instruments (une camĂ©ra panoramique, un spectromètre minĂ©ralogique, un radar d'exploration lunaire et un dispositif de prĂ©lèvement) se sont activĂ©s. Notamment, l’un deux a rĂ©cupĂ©rĂ© des Ă©chantillons lunaires en prĂ©vision de leur retour vers la Terre. Un module de remontĂ©e les a ramenĂ©s Ă  bord du module de service, restĂ© en orbite, en charge du trajet retour des prĂ©cieux matĂ©riaux.

Le saviez-vous ?

Le nom de l’instrument DORN est un clin d’œil à la première mise en évidence en 1900 du radon-222 (gaz radioactif produit par le radium) par le physicien allemand Friedrich Ernst Dorn (27 juillet 1848 – 16 décembre 1916). Même si la véritable compréhension de la nature de cette nouvelle substance n’a émergé qu’un peu plus tard, le physicien a par la suite réalisé plusieurs travaux sur la diffusion de ce gaz dans différents matériaux.

Organisation

DORN a Ă©tĂ© conçu et rĂ©alisĂ© Ă  l’Institut de Recherche en Astrophysique et PlanĂ©tologie (IRAP) sous maĂ®trise d’ouvrage du CNES. 

L’IRAP a collaborĂ© avec le CEA dont le LNE-Laboratoire National Henri Becquerel pour la production des sources d’étalonnage de Polonium-209 embarquĂ©es, ainsi qu’avec Albedo Technologies, une TPE spĂ©cialisĂ©e dans le dĂ©veloppement d’instrumentation de mesure de la radioactivitĂ© et le CNRS Ă  travers plusieurs laboratoires dont il est cotutelle, notamment :

  • l’Observatoire Midi-PyrĂ©nĂ©es (OMP – CNES/CNRS/IRD/MĂ©tĂ©o France/UT3) qui a mobilisĂ© son Groupe d’Instrumentation Scientifique (GIS), un service technique mutualisĂ©, pour l’architecture thermique et l’usinage de pièces mĂ©caniques ;
  • le Laboratoire de physique subatomique et des technologies associĂ©es (SUBATECH - CNRS, IMT Atlantique, UniversitĂ© de Nantes) et le GIP Arronax qui ont participĂ© Ă  la caractĂ©risation de l'instrument lors de tests de calibration utilisant les faisceaux protons et alpha de haute Ă©nergie du cyclotron Arronax ;

Le développement de l’instrument s’est fait en partenariat avec l’Institut de Géologie et Géophysique de l’Académie des sciences chinoise (IGG-CAS), auquel appartient la co-responsable scientifique du projet DORN (Prof. He Huaiyu).

L’équipe scientifique inclut également des collaborateurs de l’Institut de Physique du Globe de Paris (IPGP - CNRS, Université Paris Cité), de la China University of Geosciences Beijing (CUGB), du National Space Science Center (NSSC) chinois, de l’Université Christian-Albrechts de Kiel, du Centre de recherches pétrographiques et géochimiques (CRPG - CNRS, Université de Lorraine) et du Planetary Science Institute aux États-Unis.

Le saviez-vous ?

Des échantillons prélevés par la sonde Chang’e-5 ont été offerts à la France en 2023 en vue de leurs analyses par la communauté scientifique française.

Actualités du projet