Cluster en détails

Contexte

La Terre baigne en permanence dans un flux de particules venant du Soleil : le vent solaire. Il s’agit d’un courant de protons et d’électrons lancĂ© Ă  très grande vitesse (environ 400 km/s). Quand ce vent rencontre la Terre, il se heurte Ă  un obstacle : notre champ magnĂ©tique.

Ce champ agit comme une bulle protectrice, appelée magnétosphère. Elle est aplatie du côté du Soleil et étirée du côté opposé, un peu comme la traîne d’une comète. La frontière entre la magnétosphère et le vent solaire est appelée magnétopause.

MĂŞme si cette bulle agit comme un bouclier, elle n’est pas complètement Ă©tanche : une partie du vent solaire parvient Ă  pĂ©nĂ©trer, entraĂ®nant des Ă©changes d’énergie et de matière avec la Terre. Ces phĂ©nomènes sont complexes, car ils impliquent des plasma (gaz chargĂ©s Ă©lectriquement) qui interagissent surtout par des ondes et de la turbulence, et non par des collisions comme dans l’air que nous respirons.

Vent solaire et la magnétosphère
Vent solaire et la magnétosphère

Jusqu’ici, les satellites utilisĂ©s pour Ă©tudier ces phĂ©nomènes n’étaient envoyĂ©s qu’un par un. Cela permettait de « cartographier Â» l’espace, mais pas de suivre les phĂ©nomènes rapides et turbulents. Pour aller plus loin, l’agence spatiale europĂ©enne (ESA) a lancĂ© en 2000 le projet Cluster : quatre satellites identiques volant en formation tĂ©traĂ©drique.

Grâce à cette configuration unique, les scientifiques peuvent enfin observer en trois dimensions comment le vent solaire interagit avec la magnétosphère. Cela leur permet de distinguer ce qui change dans le temps et dans l’espace, et d’étudier plus finement les échanges d’énergie et de particules qui régissent cette frontière invisible, mais vitale pour la protection de notre planète.

Magnétosphère terrestre
Magnétosphère terrestre © ESA

Objectifs

  • Etudier les frontières entre deux environnements spatiaux

  • Etudier les processus d’accĂ©lĂ©ration du plasma

  • Etudier la diffusion des vents solaires

  • Mieux comprendre les accĂ©lĂ©rations de particules et les mĂ©canismes de gĂ©nĂ©ration d’ondes associĂ©s

Grâce à ces quatre satellites en formation, les scientifiques peuvent mieux comprendre les phénomènes complexes qui se produisent là où le vent solaire rencontre le champ magnétique terrestre.

Vue d’artiste des satellites Cluster
Vue d’artiste des satellites Cluster © ESA - J.Huart

Les principaux objectifs de Cluster sont :

  • Étudier les frontières entre deux environnements spatiaux, par exemple lĂ  oĂą le vent solaire pĂ©nètre partiellement la bulle magnĂ©tique de la Terre, et comprendre les mĂ©canismes comme la reconnexion magnĂ©tique, qui permet aux particules de franchir ces frontières.
  • Observer comment des particules sont accĂ©lĂ©rĂ©es lorsque le champ magnĂ©tique de la Terre se dĂ©forme, notamment dans sa longue queue du cĂ´tĂ© opposĂ© au Soleil.
  • Mieux comprendre la turbulence et les tourbillons qui se forment dans le plasma, et qui jouent un rĂ´le important dans le transfert d’énergie.
  • Analyser la façon dont des ondes et des particules sont créées lors de chocs sans collision (comme celui entre le vent solaire et le champ magnĂ©tique terrestre), et comment elles accĂ©lèrent des particules Ă  très grande vitesse.
  • Étudier en dĂ©tail le vent solaire lui-mĂŞme, qui peut servir de modèle pour d’autres vents stellaires dans l’Univers.


Cluster II, qui a Ă©tĂ© envoyĂ© dans l’espace, a bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une meilleure capacitĂ© d’enregistrement que la mission initiale (avortĂ©e du fait d’un Ă©chec lanceur, lire ci-dessous « DĂ©roulĂ© du projet Â»). Cela a permis de couvrir une orbite entière et donc de rĂ©colter plus de donnĂ©es, notamment sur l’origine de certaines ondes Ă©lectromagnĂ©tiques dans la magnĂ©tosphère, du rĂ´le du vent solaire dans les transferts de matière vers la Terre, ou encore sur les phĂ©nomènes liĂ©s aux aurores polaires.

Exemple d’une étude par les quatre sondes Cluster
Exemple d’une étude par les quatre sondes Cluster, à une altitude de plus de 21 600 km, des conditions associées à une aurore boréale située loin au-dessous © ESA/Medialab, 2001

La distance entre les quatre satellites a été régulièrement ajustée pour s’adapter aux différentes régions traversées et pour optimiser la configuration tétraédrique, afin d’obtenir les mesures les plus utiles possibles.

 

Déroulé du projet

Le projet Cluster est officiellement né en février 1983 à l’ESA lors d'une réunion de démarrage d’une phase d’étude regroupant des scientifiques et ingénieurs européens (dont une forte composante scientifique française et allemande). Cette phase avait été précédée par de nombreuses études menées principalement en France depuis la fin des années 1970.

Le projet a ensuite franchi avec succès toutes les Ă©tapes de dĂ©cision pour finalement devenir conjointement avec le projet solaire SOHO la première « pierre angulaire Â» du programme Horizon 2000 de l’ESA.

La sélection de la charge utile a été entérinée par le Comité des programmes scientifiques de l’ESA en 1988.

Le lancement du 4 juin 1996 s’est malheureusement soldé par un échec dû à un mauvais fonctionnement du lanceur (premier vol de qualification d’Ariane 5).

À la suite de la résolution adoptée par son Comité des programmes scientifiques du 3 avril 1997, l’ESA a décidé, en accord avec la communauté scientifique internationale, de relancer une mission Cluster appelée Cluster II, avec quatre satellites et des instruments identiques à ceux de la mission initiale, dans le but de remplir les objectifs scientifiques prévus dans la première pierre angulaire du programme Horizon 2000.

La mission Cluster II a été lancée en juillet et août 2000, depuis la base de Baïkonour (Kazakhstan), à l’aide de deux fusées Soyouz. La mission s’est terminée en 2024.

La première des deux paires de satellites Cluster sous la coiffe d’une fusée Soyouz
La première des deux paires de satellites Cluster sous la coiffe d’une fusée Soyouz, sur la rampe de lancement à Baïkonour, le 12 juillet 2000 © ESA

Organisation

L’ESA Ă©tait en charge de l’organisation du projet puis, durant la phase opĂ©rationnelle, de la coordination des opĂ©rations scientifiques sur les satellites, en lien avec le centre JSOC (Joint Scientific Operation Center) localisĂ© au RAL en Grande-Bretagne.

Parmi les membres du groupe projet, il faut également noter la présence d’un responsable du segment sol localisé à l’ESOC, responsable de l'envoi des télécommandes, du recueil de la télémesure, du stockage et de la mise à disposition des données en ligne à l’ESOC et sur CDROM expédiées aux investigateurs principaux et aux centres nationaux.

Pour le CSDS (CLUSTER Science Data System), deux niveaux de coordination sont assurĂ©s par l’ESA :

  • Le niveau technique est dĂ©volu Ă  l'Implementation Working Group (IWG). Il est animĂ© par le scientifique de projet de l’ESA et comporte des responsables scientifiques et techniques des expĂ©riences, chargĂ©s de rĂ©aliser le système de traitement des donnĂ©es. La France y dĂ©lègue le chef de projet CNES, le responsable scientifique du CFC et les trois scientifiques reprĂ©sentant chacune des expĂ©riences CIS, STAFF et WHISPER.
  • Le niveau dĂ©cisionnel est dĂ©volu au Steering Commitee (SC). Il comporte notamment les responsables des centres ayant le pouvoir dĂ©cisionnel, en particulier budgĂ©taire, et des reprĂ©sentants des PI. La France est reprĂ©sentĂ©e par le chef de projet CNES. Le responsable scientifique du CFC ainsi que le responsable de programme CNES sont invitĂ©s Ă  y participer.


Le CNES Ă©tait responsable de la gestion des dĂ©veloppements au niveau maĂ®trise d’ouvrage : il a Ă©tabli et gĂ©rĂ© les conventions passĂ©es avec les laboratoires français qui assuraient la reconstruction des instruments, le dĂ©veloppement des logiciels de traitement des donnĂ©es (dĂ©commutation des tĂ©lĂ©mesures et exploitation scientifique) et la dĂ©finition des opĂ©rations. Le CNES a assurĂ© le dĂ©veloppement, la mise en place et l’exploitation du CFC pendant la durĂ©e de la mission.

Liste des laboratoires impliquĂ©s :

  • Instrument CIS, sous responsabilitĂ© de l’IRAP, en collaboration avec le CODIF et le HIA
  • Instrument STAFF, sous responsabilitĂ© du Centre d'Etude des Environnements Terrestre et PlanĂ©taires (CETP), en collaboration avec le DESPA, le LCPE et le CEPHAG et l’IRAP
  • Instrument WHISPER, responsabilitĂ© du LPC2E, en collaboration avec le CETP
  • Instrument WEC, responsabilitĂ© du CETP
  • Instrument PEACE, sous responsabilitĂ© du CETP