L'eau douce

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Modifié le 04 décembre 2025

© mel-nik/Getty Images

Sous l’effet du changement climatique et de la densification de population, la ressource en eau se raréfie, particulièrement dans les régions arides. Le spatial est un allié de taille pour mieux gérer cette précieuse ressource. Des missions satellites mesurent le niveau des rivières, lacs et même des nappes souterraines.

L’eau depuis l’espace : l’hydrologie spatiale

Chaque jour, nous utilisons de l’eau douce pour boire, nous laver, arroser les plantes qui nous nourrissent, fabriquer des biens, produire de l’énergie… Bref, elle est indispensable Ă  la vie ! Depuis l’espace, les satellites surveillent ce bien prĂ©cieux. Grâce aux satellites europĂ©ens d’observation de la Terre Sentinel-1, Sentinel-2 et TanDEM-X, il est possible d’accĂ©der en un clic au niveau des lacs de barrage dans diffĂ©rentes rĂ©gions du monde, dont la France. Conçue par nous, au CNES, et plusieurs partenaires, la solution Stock Water permet aux autoritĂ©s publiques de surveiller le volume d’eau douce stockĂ©.

Et les autres rĂ©servoirs continentaux ne sont pas en reste : en 2022, une vĂ©ritable rĂ©volution s’opère en hydrologie (l’étude de l’eau) avec le lancement du satellite franco-amĂ©ricain SWOT. Grâce au radar qu’il embarque, SWOT est le premier satellite Ă  pouvoir mesurer le niveau d’eau des lacs et des fleuves. Cette mission menĂ©e avec la NASA, l’agence spatiale amĂ©ricaine, offre un suivi indispensable de la variation de ces stocks d’eau douce, selon les saisons ou les quantitĂ©s d’eau que nous y puisons.

Illustration du satellite Swot
Le satellite SWOT © CNES/Mira Productions, 2022

La mission SWOT, c’est…

  • 90%

    des eaux de surface de la Terre mesurées

  • 10 cm

    précision des mesures de hauteur d’eau

  • 891 km

    altitude du satellite

  • 30 millions

    de lacs dans le monde surveillés

Le spatial est indispensable pour cartographier les ressources en eau douce partout dans le monde. Qui d’autre qu’un satellite est capable de faire le tour de la Terre en quelques heures ou jours tout en rĂ©coltant un torrent d’informations ? Plusieurs familles de satellites s’y attellent : observation des eaux continentales avec Sentinel-1, Sentinel-2 et SWOT, observation de l’humiditĂ© avec SMOS, des stocks d’eau dont ceux dans les nappes phrĂ©atiques avec GRACE, etc.

Toutes ces missions fournissent des mesures homogènes et régulières sur toute la planète et complètent les données récoltées sur terre à l’aide de sondes dans les cours d’eau ou les forages. Pour ces missions spatiales, nous mobilisons d’importantes ressources techniques et scientifiques, fédère la communauté scientifique et veille à leur bon déroulement. Nous nous impliquons également dans le développement d’outils opérationnels reposant sur ces données spatiales.

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Le cycle de l’eau, quézako ?

Notre planète bleue abrite 1,4 milliards de km3 d’eau. 97% se trouve dans les ocĂ©ans. L’eau douce reprĂ©sente moins de 2% de toute l’eau sur Terre. Elle se situe :

  • Dans les glaciers (70%), mais on ne peut pas la consommer.
  • Dans les aquifères (29%), c’est-Ă -dire sous terre dans des roches contenant de nombreux trous et fissures dans lesquels l’eau circule.
  • Ă€ la surface dans les rivières, lacs et zones humides (1%).


Sur Terre, l’eau voyage. Elle s’évapore des rivières sous les rayons chauds du soleil, retombe des nuages sous forme de pluie, s’infiltre dans le sol pour arriver jusqu’aux nappes souterraines, puis repasse dans l’atmosphère grâce Ă  la transpiration des plantes… Ce voyage se rĂ©pète Ă  l’infini ! L’eau circule au sein d’une boucle fermĂ©e sous forme liquide (dans les rivières), solide (dans les glaciers) ou gazeuse (dans les nuages) au grès des saisons. On parle de cycle de l’eau.

Au cours de ce voyage, elle passe dans diffĂ©rents rĂ©servoirs dans lesquels elle reste plus ou moins longtemps. Une gouttelette d’eau reste ainsi quelques jours dans les rivières et l’atmosphère, 17 ans dans un lac, 2 500 ans dans un ocĂ©an et jusqu’à plusieurs milliers d’annĂ©es dans les nappes souterraines !

Cycle de l'eau isométrique
L’eau circule en boucle fermée sur Terre entre les différents réservoirs : océans, nappes phréatiques, rivières, atmosphère et glaciers © jack0m/Getty Images

Cartographier les nappes phréatiques

Cela peut paraitre fou, mais il est mĂŞme possible de mesurer les quantitĂ©s d’eau des nappes souterraines depuis l’espace. C’est la mission, entre autres, des satellites GRACE (2002) et GRACE Follow-on (2018) de la NASA et du Centre allemand de recherche sur les sciences de la Terre GFZ. MĂŞme Ă  près de 450 km d’altitude, ces satellites sont attirĂ©s par la Terre en raison de sa masse importante : c’est l’effet de gravitĂ©.

Or les masses d’eau, y compris souterraines, font varier la gravité, ce qui entraine une légère modification de la trajectoire des satellites qui composent la mission GRACE. C’est précisément cette déviation – de quelques dizaines de mètres – qui permet d’estimer les variations de volume des nappes souterraines.

Grâce aux donnĂ©es GRACE, une Ă©quipe de recherche amĂ©ricaine a mis le doigt sur un point majeur : le pompage des eaux souterraines pour irriguer les cultures appauvrit fortement les rĂ©serves souterraines dans de nombreuses rĂ©gions du monde (nord de l’Inde, nord et nord-ouest de la Chine, Moyen-Orient, etc.). Le futur des missions gravimĂ©triques est dĂ©jĂ  en marche du cĂ´tĂ© europĂ©en avec la prĂ©paration de la mission NGGM-MAGIC qui apportera une meilleure prĂ©cision dans le suivi des stocks d’eau. 

Carte mondiale du stockage d’eau douce basée sur les données GRACE
Au Groënland, GRACE permet d’observer la diminution des réserves d’eau douce : les glaciers perdent en moyenne 281 milliards de tonnes chaque année depuis 2002. © NASA

Si la quantitĂ© d’eau douce sur Terre est thĂ©oriquement suffisante pour rĂ©pondre aux besoins de l’humanitĂ©, sa rĂ©partition est inĂ©gale : elle varie en fonction des saisons et des rĂ©gions. Et les Ă©carts se creusent avec les activitĂ©s humaines qui perturbent le cycle naturel de l’eau. Les missions GRACE ont montrĂ© que le pompage des eaux souterraines diminue leur niveau. Nous dĂ©forestons des forĂŞts entières, ce qui stoppe la transpiration des plantes. Et nos activitĂ©s gĂ©nèrent des gaz Ă  effet de serre Ă  l’origine d’un changement climatique.

Ce rĂ©chauffement de l’atmosphère a de nombreux impacts sur le cycle de l’eau : les pluies sont plus intenses, des rĂ©gions entières s’assèchent, les glaciers fondent… RĂ©sultat : 4 milliards de personnes subissent chaque annĂ©e une grave pĂ©nurie d’eau durant au moins un mois. 

Carte des variations du champ de gravité en Afrique et en Europe
Le satellite GRACE fournit des mesures de la gravité terrestre, comme le montre ce modèle créé grâce aux données. Comme la gravité varie en fonction des volumes d’eau, il est possible d’en déduire les variations des nappes phréatiques © NASA/JPL/University of Texas Center for Space Research

Une agriculture durable grâce au spatial

Bien gĂ©rer et connaitre la ressource est primordial pour que l’ensemble de l’humanitĂ© puisse accĂ©der Ă  l’eau. Cela passe notamment par le monde agricole. L’eau est en effet indispensable pour nourrir 8 milliards d’êtres humains – 10 milliards en 2050. 70% de l’eau utilisĂ©e dans le monde sert Ă  l’irrigation, 22% aux industries et 8 % aux usages domestiques. Les satellites nous aident Ă  faire face Ă  la rarĂ©faction de l’eau et Ă  mieux maitriser notre consommation. Par exemple, l'application Sat-irr croise les donnĂ©es satellite et mĂ©tĂ©o pour indiquer aux agriculteurs oĂą, quand et combien arroser pour optimiser l’usage de l’eau. 

Système d'irrigation agricole
L’irrigation est indispensable pour produire la nourriture nécessaire à l’humanité. Mais elle est le premier consommateur d’eau au monde, et il est désormais indispensable de raisonner l’usage de l’eau © georgeclerk/Getty Images

Les satellites d’observation sont particulièrement prĂ©cieux au monde agricole. Les donnĂ©es des Sentinel 1 et 2 sont utilisĂ©es au sein du projet Space4Irrig financĂ© par le CNES. L’objectif ? S’appuyer sur les images satellites pour suivre les pratiques agricoles : quel est le type de culture, comment la parcelle est-elle irriguĂ©e, etc. Grâce Ă  ce diagnostic, les agriculteurs peuvent par exemple choisir d’implanter une culture moins consommatrice d’eau, et les gestionnaires d’eau modifier les politiques publiques.

Ă€ partir de 2025, le satellite franco-indien TRISHNA va complĂ©ter ces donnĂ©es : en mesurant la tempĂ©rature de la surface de la Terre Ă  760 km d’altitude, TRISHNA sera en mesure d’évaluer l’état des plantes. Ont-elles soif (la tempĂ©rature est Ă©levĂ©e) ? Vont-elles souffrir du gel ? Les rĂ©ponses Ă  ces questions sont cruciales au monde agricole.

Enfin, la panoplie des satellites au service de la gestion de l’eau douce ne serait pas complète sans SMOS. Ce satellite européen, lancé en 2009 sous la responsabilité de l'Agence spatiale européenne (ESA), du CNES et du Centre pour le développement industriel et technique en Espagne, embarque un radiomètre qui mesure les ondes électromagnétiques émises par la surface de la Terre.

Ces ondes sont très sensibles Ă  l’eau : SMOS mesure ainsi l’humiditĂ© des sols, le contenu en eau des premiers centimètres du sol. Cette mesure est clĂ© dans le cycle de l’eau, car l’humiditĂ© des sols conditionne l’évaporation, l’infiltration et l’écoulement de l’eau. Les donnĂ©es de SMOS sont utilisĂ©es pour amĂ©liorer la prĂ©cision des prĂ©visions mĂ©tĂ©orologiques, et mieux Ă©valuer les risques de sĂ©cheresse contribuant ainsi Ă  une meilleure gestion des ressources en eau.

Quizz

Quel est l’intérêt de surveiller les niveaux d’eau douce par satellite ?

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