Les cargos

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Modifié le 08 décembre 2025

Le cargo européen quitte l’ISS après sa livraison
Le cargo européen se sépare de l’ISS après avoir « livré sa cargaison » © NASA

Vous ĂŞtes-vous dĂ©jĂ  demandĂ© comment la Station spatiale internationale Ă©tait ravitaillĂ©e en eau, en air, en nourriture ou en carburant ? Et bien tout simplement avec des cargos spatiaux, qui font la navette depuis la Terre vers l’espace. Enfin, tout simplement…

Les ravitailleurs de l’espace

Les vaisseaux-cargos sont des vĂ©hicules, sans Ă©quipage, qui transportent des marchandises, dans l’espace. Leur mission est de ravitailler les stations spatiales (ou orbitales), comme la Station spatiale internationale (ISS) qui tourne autour de la Terre, qui est ainsi « livrĂ©e Â» 7 Ă  8 fois par an. Les cargos livrent de l’eau et de la nourriture pour les astronautes qui sĂ©journent dans les stations, mais Ă©galement de l’air, du carburant, des pièces dĂ©tachĂ©es, des outils, du matĂ©riel scientifique... Parfois mĂŞme des nouveaux scaphandres pour les astronautes.

Les cargos ne transportent pas de passagers. Les astronautes rejoignent les stations à bord d’autres types de véhicules, des capsules ou vaisseaux habités, comme le Soyouz russe, le Crew Dragon de SpaceX ou dans un futur proche, le vaisseau Starliner CST100 développé par Boeing.

Les cargos dĂ©barrassent aussi les stations de leurs dĂ©chets (Ă©quipements tombĂ©s en panne, emballages vides…). Ils sont dĂ©truits en mĂŞme temps que le cargo lorsque celui-ci quitte la station et se consume dans l’atmosphère. Et oui, exceptĂ© le Dragon de SpaceX dont une partie est rĂ©utilisĂ©e, chaque cargo ne sert qu’une seule fois. 

Amarrage de l'ATV-5 (Georges Lemaître) à la Station Spatiale Internationale, le 12 août 2014
Arrivée de l'ATV-5 (Georges Lemaître) à la Station Spatiale Internationale, le 12 août 2014 © Roscosmos/O. Artemiev/, 2014

Aujourd’hui, 4 cargos sont en activitĂ© : 

  • Le vaisseau Tianzhou qui dessert la station orbitale chinoise Tiangong.
  • Le russe Progress, Ă  destination de l'ISS.
  • Les amĂ©ricains Cygnus et Dragon, qui desservent Ă©galement l'ISS.
     

La Station spatiale internationale a également été desservie par le passé par l’HTV japonais et les ATV européens (pour Automated Transfer Vehicule, véhicules de transfert automatisés).

Et l’avenir des cargos va aussi se jouer beaucoup plus loin, avec le regain d’intĂ©rĂŞt pour la Lune. Une station en orbite autour de notre satellite est prĂ©vue dans le cadre du programme Artemis. Elle sera ravitaillĂ©e depuis la Terre avec des cargos. Mais on ne pourra pas emporter des Ĺ“ufs frais dans les bagages : le voyage pour la Lune est près de 1 000 fois plus long que pour l’ISS. 

Thomas Pesquet Ă  bord de l'ISS
Surprise culinaire pour Thomas Pesquet. En plus des fruits et des légumes, le dernier cargo lui a ramené un menu spécial avec bouchées au chocolat et flans aux châtaignes © ESA /NASA, 2021

Space trucking !

Vu de l’extĂ©rieur, la plupart des vaisseaux-cargos ressemblent Ă  des gros cylindres. L’ATV par exemple, 10 m de long, faisait la taille d’un bus londonien ! Il pouvait embarquer plus de 7,5 tonnes de fret (contre 2,3 tonnes pour le Progress ou 3,3 tonnes pour le Dragon de SpaceX). Un cargo est composĂ© de plusieurs parties ou modules : 

  • Un module pressurisĂ© oĂą sont rangĂ©es (et solidement attachĂ©es) toutes les marchandises. Cette partie pressurisĂ©e est accessible aux astronautes une fois le cargo arrimĂ©, pour pouvoir le dĂ©charger. L’ATV a mĂŞme Ă©tĂ© utilisĂ© comme chambre Ă  coucher !
  • Des rĂ©servoirs, pour l’eau, l’air et le carburant.
  • Un module dit de service oĂą se trouvent l’énergie du cargo et son système de propulsion.
Illustration du déchargement de l’ATV-5, amarré à l’ISS
Illustration montrant le déchargement de l’ATV 5, amarré à l’ISS. Le module pressurisé permet aux astronautes de s’y rendre facilement pour le décharger © CNES/DUCROS David, 2014

Rendez-vous sous tension

Les cargos sont envoyĂ©s dans l’espace par des fusĂ©es. Ils utilisent ensuite leur propre moteur pour rattraper la station sur son orbite. L’arrimage du cargo Ă  la station (le rendez-vous) est une Ă©tape dĂ©licate. Car la station est en mouvement, Ă  environ 28 000 km/h ! Il existe deux mĂ©thodes d’arrimage : le « docking » ou le « berthing Â». 

  • Le docking : arrimage automatique

Le cargo, lancĂ© Ă  28 000 km/h, vient s’accrocher automatique Ă  la station en pointant une cible d’à peine 60 cm de diamètre grâce Ă  un ensemble d’équipements, GPS, camĂ©ras et mĂŞme radars lasers… tous contrĂ´lĂ©s par des ordinateurs de bord. C’est le cas des cargos Progress et Tianzhou, ainsi que des anciens vaisseaux europĂ©ennes, prĂ©curseurs dans le domaine. Pour l’ATV, cette phase critique Ă©tait suivie depuis le CNES de Toulouse, par une cinquantaine de personnes. 

  • Le berthing : arrimage manuel (on parle d’accostage !).

C’est la technique utilisĂ©e par les vaisseaux Dragon, Cygnus et HTV. La manĹ“uvre est, lĂ , rĂ©alisĂ©e par les astronautes dans la station : Ă  l’aide d’un bras tĂ©lĂ©commandĂ© accrochĂ© Ă  l’extĂ©rieur de l’ISS, ils capturent le cargo et le ramènent tout doucement Ă  l’endroit dĂ©sirĂ© pour assembler les 2 engins. Mieux qu’un jeu vidĂ©o ! 

Le cargo Dragon est accosté via un bras télécommandé
Le cargo Dragon est manipulé via un long bras télécommandé par l’équipage de l’ISS pour son accostage © Scott Kelly/NASA

Terminus, la Station spatiale internationale

Le dĂ©veloppement de ces vĂ©hicules est très logiquement liĂ© Ă  celui des stations orbitales. Le premier du genre est le cargo Progress, mis au service de la station soviĂ©tique Saliout en 1978. Les Russes utilisent toujours le Progress (dans une version plus moderne) pour se ravitailler dans l’ISS. Celle-ci a par ailleurs Ă©tĂ© desservie par d’autres cargos, appartenant aux diffĂ©rentes puissances spatiales impliquĂ©es dans l’ISS. Elle est aussi dĂ©sormais approvisionnĂ©e par des cargos privĂ©s. 

Cupola de l’ISS en nuit orbitale
Depuis la Cupola de l’ISS, on devine dans la fenêtre de droite l’un des panneaux solaires du cargo privé Cygnus © NASA/MOGHBELI Jasmin, 2023

Les cargos privés à la manœuvre

Jusqu’en 2011, la NASA utilisait la navette spatiale (qui transportait aussi des astronautes) pour desservir la Station. A sa mise en retraite, la NASA confie le ravitaillement de la station Ă  des sociĂ©tĂ©s privĂ©es : SpaceX (cargo Dragon) et Orbital Sciences (Cygnus).

Le cargo Dream Chaser, de la sociĂ©tĂ© amĂ©ricaine Sierra Space, devrait bientĂ´t les rejoindre. Comme l’ex-navette amĂ©ricaine (dont il reprend le look !), il sera capable de revenir sur Terre en se posant « comme un avion Â». Il deviendra alors, après le Dragon, le deuxième cargo rĂ©utilisable, capable de ramener des Ă©quipements ou des expĂ©riences scientifiques sur Terre.

Vaisseau spatial cargo Cygnus en orbite
Le cargo privé Cygnus © ESA/NASA-M.Maurer; CC BY-NC-SA 2.0

L’Europe dans la course

L’accès aux stations orbitales représente aujourd’hui 70% de leur coût d’utilisation. C’est pourquoi l’Europe souhaite développer son propre cargo, en faisant appel à des entreprises, comme la franco-allemande The Exploration Company ou la française ArianeGroup. Tout l’enjeu pour ce futur cargo, qui va desservir l’orbite basse va être sa réutilisation, partielle voire totale.

Les Progress, champions de la longévité

Ce sont les pionniers, desservant successivement les stations soviétiques/russes Saliout et MIR, puis l’ISS. Le plus gros mesure 7,5 m, il transporte jusqu’à 2,3 tonnes de fret. Ils desservent toujours la partie russe de la Station.

Le cargo Progress quitte l’ISS
Un cargo Progress quitte l’ISS © ESA / NASA

Les ATV et HTV, symboles historiques de coopĂ©ration

Dès 1995, alors que s’engagent les discussions autour de la future ISS entre la NASA et les agences spatiales russe, europĂ©enne, canadienne et japonaise, il est dĂ©cidĂ© que la participation de l’Europe sera de construire et d’envoyer 5 cargos ravitailleurs : les ATV. Au total, 5 ATV ont ravitaillĂ© l’ISS entre 2008 et 2014. Pays impliquĂ© dans le programme ISS, le Japon a lui aussi apportĂ© sa contribution avec le dĂ©veloppement du cargo HTV (ou Kounotori – cigogne en japonais). 9 HTV ont Ă©tĂ© utilisĂ©s entre 2009 et 2020.

Les ravitaillements de l'ISS en 2024

  • 2

    Cargos Cygnus

  • 3

    Cargos Dragon

  • 4

    Cargos Progress

Quizz

Le premier ATV a été baptisé Jules Verne, en hommage à l’écrivain français de science-fiction. Mais comment ont été nommés les 4 suivants ?

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