Adapté du roman d’Andy Weir, déjà à l’origine de Seul sur Mars, Projet Dernière Chance suit un professeur de collège ordinaire propulsé malgré lui au cœur d’une mission spatiale cruciale pour l’avenir de l’humanité. Entre énigmes scientifiques, survie en milieu hostile et rencontres inattendues, le film est une aventure humaine-alien qui propose une vision de la quête spatiale à la fois accessible et drôle.
Nous sommes allés voir le film avec Christian Mustin, responsable thématique exobiologie, exoplanètes et protection planétaire au CNES. Habitué à réfléchir aux conditions d’apparition de la vie dans l’Univers, il s’est prêté au jeu avec enthousiasme. Son regard permet de distinguer ce qui relève de l’intuition scientifique solide… et ce qui reste encore du domaine de la fiction.
Des microorganismes « mangeurs d’étoiles »
Le film se distingue tout d’abord par son traitement des formes de vie microscopiques. En effet, on y fait la connaissance des “astrophages”, des micro-organismes qui se nourrissent d’étoiles - et notamment de notre étoile, le Soleil.
« Il est intéressant de voir que le premier “alien” de ce film est un micro-organisme unicellulaire, pacifique ! explique Christian Mustin. Car aujourd’hui, bien loin des clichés de créatures envahissantes ou de petits hommes verts, les scientifiques qui s’intéressent à la recherche de vie ailleurs cherchent bien des formes microscopiques. C’est le cas pour l’exploration de Mars, où le robot Perseverance recherche des traces de vie microbienne passée en analysant les roches de surface. »
Dans le film, cette forme de vie extraterrestre, qui circule entre notre Soleil et Venus possède un cycle de vie tout à fait étonnant : les astrophages se nourrissent de la lumière des étoiles et viennent se reproduire dans un environnement saturé en dioxyde de carbone - ce qui, réduit la luminosité du Soleil et condamne les terriens à une extinction progressive !
« Ces organismes capables de capter directement l’énergie d’une étoile est un concept séduisant, mais il repose sur des mécanismes qui restent difficiles à envisager scientifiquement aujourd’hui ».
Le comportement des populations d’astrophages est en revanche traité de façon beaucoup plus scientifique. « Ces microorganismes ne sont pas isolés, mais appartiennent à une communauté. C’est une société microbienne, où chacun contribue à l’équilibre global de l’écosystème, ajoute Christian Mustin. Cette idée n’a rien d’anodin : sur Terre, les écosystèmes microbiens sont toujours diversifiés et avec des interactions complexes, fondées sur la coopération et la concurrence entre différentes espèces. Ce fonctionnement collectif est une condition essentielle de robustesse et de résilience. » Sur cet aspect, la fiction rejoint de manière assez fidèle les connaissances actuelles en écologie microbienne.
Rencontre d’un nouveau type
Le film continue avec une rencontre inattendue entre le personnage principal et un extraterrestre, “Rocky”, confronté lui aussi à la mort programmée de son étoile à cause des astrophages. Les deux vont unir leurs forces pour tenter de trouver une solution. Et évidemment, la question de la communication donne lieu à des scènes comiques mais dont le fond est particulièrement bien traité pour Christian Mustin. L’un des premiers points qui l’a marqué concerne la rencontre entre l’humain et l’extraterrestre.
« Le film ne repose pas sur les codes habituels d’opposition ou de domination, mais sur une intention communicative positive avec une tentative progressive de dialogue et de compréhension mutuelle. La communication ne va pas de soi, elle se construit étape par étape, avec des éléments simples, en fonction des capacités physiques et technologiques de chacun ».
- Responsable thématique Exobiologie et Exoplanète au CNES
Christian Mustin souligne : « Cette approche est particulièrement intéressante, car elle propose un mode d’apprentissage simple et rejoint certaines réflexions scientifiques sur la manière dont deux formes de vie radicalement différentes pourraient entrer en contact et dialoguer. »
Autre réussite notable, la représentation de l’extraterrestre lui-même. Le personnage de Rocky ne ressemble en rien à un humain. « Il est asymétrique, évolue dans une atmosphère incompatible avec la nôtre et perçoit le monde selon des modalités qui nous échappent. Pour lui, par exemple, tout est aligné, droit, très anguleux… et de ce fait, il ne comprend pas le “bazar tout en rondeur” et très humain de son acolyte ! » Ce choix s’éloigne des figures humanoïdes classiques du cinéma - ET, Alien, Yoda - et pose une des questions que les scientifiques se posent sur la vie ailleurs : à quoi pourrait-elle ressembler ? Pour Christian Mustin, cette altérité radicale est justement ce qui rend le personnage crédible. Elle rappelle que la vie, si elle existe ailleurs, pourrait être très différente de ce que nous connaissons sur Terre.
La protection planétaire au cœur du dénouement
Un point plus discret, mais particulièrement apprécié par Christian, concerne la protection planétaire. Cette démarche vise à éviter toute contamination entre la Terre et les environnements extraterrestres, afin de préserver à la fois la biosphère terrestre et l’intégrité des recherches scientifiques menées sur d’autres corps célestes. Le film intègre cette dimension de manière cohérente, notamment dans son dénouement…... que nous ne dévoilerons pas ! Notre expert souligne que les principes fondamentaux de la protection planétaire y sont respectés, ce qui est suffisamment rare pour être salué.
Carbone et eau : nécessaires à la vie ?
A plusieurs reprises le film nous interpelle sur la composition de ces formes de vie extraterrestres celles des astrophages et de Rocky. Sont-ils constitués comme nous, majoritairement de carbone et d’eau ? Ceci fait écho à des hypothèses alternatives sur la possibilité de vie sans carbone et sans eau, par exemple avec du silicium ou de l’ammoniaque. Or, la chimie du silicium n’est pas assez « souple » pour former des molécules compliquées et variées, comme celles produites avec du carbone et qui constitue un socle privilégié pour l’évolution du vivant terrestre. De même l’eau est une molécule simple et omniprésente l’Univers et ses propriétés uniques en font un solvant idéal pour de nombreuses réactions chimiques nécessaires à la vie.
« Cette hypothèse d’autres chimie pour le vivant dans l’Univers est intéressante, mais reste peu probable au regard des connaissances actuelles et inconsistante sans la découverte d’une seconde genèse dans notre système solaire », conclut Christian Mustin.
Au final, Projet Dernière Chance propose une vision de la science-fiction qui ne cherche pas seulement à impressionner, mais aussi à interroger. En s’appuyant sur des questions réelles que se posent les scientifiques, tout en assumant certaines libertés, le film parvient à trouver un équilibre convaincant. Pour Christian Mustin, c’est précisément ce mélange qui en fait une expérience intéressante : un récit capable de faire rêver, tout en donnant matière à réfléchir sur ce que pourrait être une vie intelligente ailleurs.