« Il faut sauver le soldat Hubble ! » Inspirée par l’une des œuvres de Steven Spielberg, la formule est devenue, au milieu des années 2000, l’un des slogans de soutien pour la prolongation de la mission du célèbre télescope spatial. Mis en orbite au printemps 1990, il souffrait alors d’un vieillissement avancé, malgré les soins apportés par la NASA. « Coincée » par la mise à la retraite de ses navettes, indispensables à toute opération de maintenance de Hubble, l’agence spatiale américaine avait donc, non sans raison, envisagé d’engager la fin de la mission du télescope… C’était sans compter sur l’engouement des Terriens pour les images de l’univers fournies par l’incroyable instrument : grâce au soutien du public, la communauté des astronomes a obtenu qu’une des dernières missions de la navette Atlantis soit dédiée à l’ultime réparation du télescope.
Quelles sont les raisons d’une telle passion pour Hubble ? La première relève évidemment de la fascination qu’exerce l’espace sur nous, les humains. Son immensité, son ordre, sa beauté (autant de qualités que résume le terme grec de kosmos) attirent autant qu’ils effraient nos sens et nos esprits. Rien d’étonnant s’il inspire de longue date, pour ne pas dire depuis toujours, les pensées, les cultures, les arts des générations successives de notre espèce. Et, lorsque ce n’est pas directement le cas, l’espace devient l’alibi ou le décor pour nos odyssées, plus ou moins imaginées. Ne possède-t-il pas la singulière propriété de n’opposer aucune frontière à notre curiosité, à notre imagination ?
Les peintres de l’Ouest américain comme référence
Une autre raison à l’engouement suscité par Hubble tient au traitement que les astronomes ont fait subir aux données transmises par le télescope. Nous l’ignorons souvent : la Grande Nébuleuse d’Orion, les Piliers de la Création, les Nébuleuse de l’Aigle et du Crabe, toutes ces images qui ont fait la célébrité du télescope spatial ont été élaborées par le groupe du Hubble Heritage Project en référence à un style pictural bien particulier, celui de la peinture des paysages de l’Ouest américain à la fin du XIXe siècle.
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The Grand Canyon of the Yellowstone de Thomas Moran, peint en 1872. © Domaine public -
In the Sierras d'Albert Biertstadt, peint en 1868. © Domaine public -
Un cliché pris par Hubble : un jet d'étoiles dans la nébuleuse de la Carène. © NASA/ESA/STSCI
Les peintres Thomas Moran et Albert Bierstadt, les photographes William Henry Jackson, Timothy O’Sullivan et d’autres ont mis en scène, ont sublimé les sites comme Yellowstone ou le Grand Canyon afin de raconter ce que nous qualifions de « conquête de l’Ouest ». La ressemblance entre les piliers rocheux, les falaises abruptes et les canyons béants, tous devenus les icônes de l’Ouest américain et les piliers de la nébuleuse de l’Aigle ou les « reliefs » de celle d’Orion n’est donc pas une coïncidence, mais le fruit d’un choix de couleurs devenues conventionnelles, de cadrages particulièrement bien choisis. L’art devient ainsi un support, mieux encore, un mentor pour nous éduquer aux mystères, non plus de l’Ouest… mais de l’univers.
Ce n’est là qu’un exemple de la conspiration entre l’art et l’espace. Une conspiration qui a marqué bien d’autres champs de la création artistique, de la musique (pensons à la musique des Planètes par Gustav Holst, au début du xxe siècle), jusqu’au au prolixe 7e art. Il ne devrait pas manquer de successeurs au valeureux Hubble !
D’autres anecdotes dans la newsletter Artips
Le CNES a noué un partenariat avec Artips, éditeur d’une newsletter gratuite qui propose, chaque semaine, une anecdote autour de l’histoire de l’art, de la musique, des sciences, de l’éco (–nomie et –logie) et des sports. Ainsi, la newsletter Artips « Musique » du 11 février sera consacrée à l’espace. Pour la découvrir, inscrivez-vous vite sur Artips ! Il se murmure qu’Artips organisera aussi, à cette occasion, un grand quiz autour de l’espace et de l’art, avec des lots CNES à gagner !