Segment sol

Principe de l’expérience

L'expérience T2L2 était basée sur la propagation d'impulsions lumineuses de courte durée entre les horloges à synchroniser.

L'horloge au sol et l'horloge embarquée à synchroniser étaient reliées respectivement à une station laser et à l'instrument embarqué T2L2 (Figure ci-dessous). L'instrument embarqué était constitué d'un système de photo détection, d'un dateur et d'un dispositif de rétro-réflexion. La station laser émettait des impulsions laser vers le satellite où le dispositif de rétro-réflexion renvoyait une partie des photons reçus vers la station. La station enregistrait les dates de départ et de retour des impulsions, l'instrument T2L2 datait leur instant d'arrivée à bord du satellite.

Pour une série d'impulsions émises depuis une station A, on pouvait alors calculer le décalage XA entre l'horloge A et celle du satellite. On pouvait de même calculer le décalage XB entre l'horloge d'une station B et celle du satellite. Le transfert de temps entre les stations A et B était alors déduit de la différence entre XA et XB. Ce transfert pouvait être réalisé en vue commune, les deux stations tirant alors dans le même intervalle de temps, ou en vues non communes. Dans ce dernier cas, le bruit de l'horloge bord sur l'intervalle de temps séparant les observations de A et B entrait en compte dans le bilan de performance.

Le système T2L2 devait permettre un transfert de temps au niveau de la picoseconde.

Schéma montrant le principe de l’expérience T2L2
Schéma montrant le principe de l’expérience T2L2 © OCA

Dans le cas de l'emport de T2L2 sur Jason-2, l'horloge bord et le dispositif de rĂ©tro-rĂ©flexion ne faisaient pas partie de l'instrument T2L2 mais Ă©taient dĂ©jĂ  disponibles sur le satellite. L'horloge bord Ă©tait rĂ©alisĂ©e par l'oscillateur local de l'instrument DORIS et la rĂ©tro-rĂ©flexion Ă©tait assurĂ©e par le LRA, pyramide de 9 coins de cube utilisĂ©e pour la tĂ©lĂ©mĂ©trie laser.

 

Système

Le système T2L2 avait pour vocation d'interconnecter un instrument en orbite et un rĂ©seau mondial de station laser afin de dĂ©livrer Ă  la communautĂ© scientifique des donnĂ©es Ă  mĂŞme de faire progresser la science dans les domaines du temps frĂ©quence, de la tĂ©lĂ©mĂ©trie laser et de la physique fondamentale. Pour ce faire, le système T2L2 Ă©tait composĂ© de 4 entitĂ©s :

  • Le segment bord, constituĂ© de l'instrument, de l'OUS DORIS et du rĂ©tro rĂ©flecteur LRA.
    C'est lui qui assurait la datation des instants d'arrivée à bord des impulsions lumineuses et la réflexion de ces impulsions vers les stations lasers.
  • Le segment sol opĂ©rations, qui assurait le contrĂ´le de l'instrument (envoi des tĂ©lĂ©commandes, surveillance des tĂ©lĂ©mesures opĂ©rationnelles) la rĂ©ception et le traitement de premier niveau de la tĂ©lĂ©mesure scientifique (mise en forme des donnĂ©es).
  • Le segment sol scientifique, qui sollicitait et collectait les donnĂ©es des stations lasers et oĂą Ă©taient rĂ©alisĂ©s les traitements plus Ă©laborĂ©s, reconstitution des triplets en particulier.
  • Le bilan de liaison optique, objet informel qui assurait le lien entre les stations laser et le segment bord.

 

Segment sol

Le Segment Sol T2L2 était responsable de l'exploitation de l'instrument embarqué, du traitement des données recueillies et assurait la diffusion des données scientifiques.

Il Ă©tait organisĂ© en deux entitĂ©s :

  • Le Centre de Mission Instrument (CMI), hĂ©bergĂ© et opĂ©rĂ© par le CNES, qui assurait l'exploitation de l'instrument au travers d'activitĂ©s de routine, la gestion des interfaces avec le segment sol Jason-2 (fourniture des TC et rĂ©cupĂ©ration des TM) et le traitement des donnĂ©es de niveau 0.
  • Le Centre de Mission Scientifique (CMS), organisĂ© par l'OCA, qui assurait l'exploitation scientifique des donnĂ©es avec la mise en place de traitements spĂ©cifiques non automatisables et l'Ă©laboration des produits scientifiques.


Le segment sol T2L2 s'interfaçait avec :

  • Le segment sol Jason-2 : T2L2 reprenait la politique mise en place pour les expĂ©riences passagers : Le segment sol T2L2 s'interfaçait uniquement au niveau de SSALTO, sans contraintes d'interface temps rĂ©el. SSALTO dĂ©livrait Ă  T2L2 les donnĂ©es de tĂ©lĂ©mĂ©trie, de restitution d'attitude et de restitution d'orbite prĂ©cise, le journal des tĂ©lĂ©commandes et les Ă©lĂ©ments opĂ©rationnels. Dans l'autre sens, T2L2 fournissait Ă  SSALTO les fichiers de tĂ©lĂ©commande et les donnĂ©es opĂ©rationnelles.
  • Les stations laser participantes : Les stations laser de tĂ©lĂ©mĂ©trie Ă©taient fĂ©dĂ©rĂ©es au sein de l'ILRS. Elles Ă©taient alertĂ©es et informĂ©es des activitĂ©s autour de T2L2 via ce rĂ©seau. Les stations souhaitant fortement s'impliquer dans la mission T2L2 Ă©taient ensuite mises en relation directe avec le groupe de travail T2L2.
Carte segment sol de la mission T2L2
Le segment sol de la mission T2L2 s’appuyait sur les stations laser du réseau ILRS © NASA-ILRS

L'exploitation scientifique était assurée par la communauté utilisatrice de T2L2, fédérée au sein du groupe de travail T2L2. Celui-ci était présidé par le PI.

 

Exploitation

L'exploitation de l'expérience T2L2 était assurée conjointement du CNES et l'Observatoire de la Côte d'Azur.
 

Deux centres de mission

Deux centres de missions se rĂ©partissaient les activitĂ©s opĂ©rationnelles et scientifiques liĂ©es Ă  l'exploitation du système T2L2 :

PlacĂ© sous la responsabilitĂ© du CNES, le Centre de Mission Instrument (CMI) Ă©tait hĂ©bergĂ© au sein du COMS (Centre d'OpĂ©ration des Missions Scientifique). Le CMI Ă©tait le point d'interface avec le segment sol Jason-2 qui assurait la liaison avec le satellite. Dans le sens montant, le CMI avait la charge de la prĂ©paration des tĂ©lĂ©commandes qui Ă©taient ensuite transmises Ă  l'instrument en orbite. Dans le sens descendant, le CMI recueillait et archivait l'ensemble des donnĂ©es de tĂ©lĂ©mesure produites par l'instrument ainsi que des donnĂ©es annexes issues du satellite ou de la mission Jason-2 et nĂ©cessaire Ă  la bonne exploitation de T2L2. Ces donnĂ©es de tĂ©lĂ©mesure Ă©taient utilisĂ©es en temps quasi rĂ©el (toute les 2 heures, après chaque passage du satellite au-dessus d'une station de tĂ©lĂ©mesure - tĂ©lĂ©commande au sol) pour effectuer la surveillance de l'instrument. Ces donnĂ©es Ă©taient aussi utilisĂ©es en temps diffĂ©rĂ© pour gĂ©nĂ©rer les produits "N0" et "N1" qui Ă©taient transmis au Centre de Mission Scientifique.

Le Centre de Mission Scientifique (CMS) était opéré par l'Observatoire de la Côte d'Azur. Il était chargé de produire et de mettre à disposition de la communauté scientifiques les produits "N2". Pour cela il recevait les produits N0 et N1 du CMI et collectait les données en provenance des stations laser ayant tiré sur T2L2 / Jason-2. La première étape consistait alors à associer à chaque tir laser d'un station sol l'événement correspondant enregistré par l'instrument T2L2. On reconstituait ainsi le triplet {date de départ du tir, date de détection à bord, date de retour au sol}. Ensuite, les modèles numériques développés par l'équipe scientifique autour de T2L2 permettaient de corriger les données des imperfections de l'instrument et des effets relativistes afin d'aboutir finalement à la valeur de l'écart de temps entre l'horloge bord et l'horloge au sol.
 

Les produits délivrés par T2L2

Les produits dĂ©livrĂ©s par T2L2 Ă©taient classĂ©s en 4 catĂ©gories :

  • Mesures brutes : Elles Ă©taient constituĂ©es de donnĂ©es de tĂ©lĂ©mesure non dĂ©commutĂ©es (CodĂ©es en format binaires). Ces donnĂ©es n’étaient pas diffusĂ©es.
  • Produits de niveau 0 (N0) : Ils Ă©taient constituĂ©s de donnĂ©es de tĂ©lĂ©mesure dĂ©commutĂ©es et traduites en valeurs physiques. Ces donnĂ©es n’étaient pas, Ă  ce stade, corrigĂ©es par des donnĂ©es d'Ă©talonnage ou des modèles instrumentaux. Les N0 Ă©taient construits Ă  partir des donnĂ©es brutes par le CMI. Les N0, inutilisables sans les modèles de correction du comportement de l'instrument et les donnĂ©es d'Ă©talonnage, n’étaient pas diffusĂ©es.
  • Produits de niveau 1 (N1) : Ils Ă©taient les premières donnĂ©es exploitables pour des applications scientifiques. Il s'agissait pour T2L2 des triplets constituĂ©s des dates de dĂ©part et de retour des impulsions laser au niveau des stations auxquelles Ă©tait associĂ©e la date enregistrĂ©e Ă  bord par l'instrument. La construction des produits de niveau 1 Ă©tait rĂ©alisĂ©e en 3 temps :
    • Calcul de la date bord "grossière" Ă  partir des donnĂ©es Ă©lĂ©mentaires de l'instrument et des modèles et donnĂ©es d'Ă©talonnage de la chaĂ®ne de datation. C’était la dernière Ă©tape effectuĂ©e au CMI (Ă  partir d'outils logiciels dĂ©veloppĂ© par l'Observatoire de la CĂ´te d'Azur), les donnĂ©es Ă©taient ensuite transfĂ©rĂ©es au CMS.
    • Reconstitution des triplets, en associant Ă  chaque Ă©vĂ©nement bord l'Ă©vĂ©nement sol et la station laser dont il Ă©tait l'origine.
    • Correction de la date bord au sein du triplet Ă  partir des modèles et donnĂ©es d'Ă©talonnage de la chaĂ®ne de dĂ©tection en tenant compte de la gĂ©omĂ©trie du système station laser, point de rĂ©fĂ©rence de rĂ©flexion bord et point de rĂ©fĂ©rence de dĂ©tection bord.

Les produits N1 étaient diffusés à la communauté utilisatrice (après une période de rétention destinée à une exploitation prioritaire par les partenaires privilégiés du projet T2L2).

  • Produits de niveau 2 (N2) : Ils constituaient le premier niveau de produits "scientifiques". Dans le cadre de T2L2, les produits N2 Ă©taient reprĂ©sentĂ©s par les transferts de temps Ă©lĂ©mentaires (pour chaque impulsion laser) entre l'horloge sol et l'horloge bord. C'Ă©tait Ă  partir de ces transferts de temps Ă©lĂ©mentaires qu'il Ă©tait possible de restituer le comportement de l'horloge bord, de comparer des horloges sols entre elles et de rĂ©aliser l'ensemble des objectifs assignĂ©s Ă  la mission T2L2. Les produits N2 Ă©taient diffusĂ©s Ă  la communautĂ© utilisatrice (après une pĂ©riode de rĂ©tention destinĂ©e Ă  une exploitation prioritaire par les partenaires privilĂ©giĂ©s du projet T2L2).

Les produits délivrés par T2L2 étaient disponibles sur le site du Centre de Mission Scientifique.