Image satellite de Varadero

Varadero-Santa Marta : tourisme de masse, conflits et gestion environnementale

Ce territoire littoral, d'abord tourné vers l'exploitation sucrière, connait un développement touristique ancien remontant à la 1ère moitié du XXème siècle. Si Varadero est aujourd'hui une station balnéaire de plus en plus ouverte au tourisme international, elle présente également d'autres atouts, en particulier l'exploitation pétrolière. Conflits d'usage entre activités, nécessaire protection d'un milieu fragile constituent des enjeux majeurs de développement sur ce territoire.

Image satellite de Varadero
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Légende de l'image

Cette image a été prise par le satellite Pléiades-1A le 13/12/ 2012. Il s’agit d’une image en couleur naturelle, de résolution native à 0,70m, ré-échantillonnée à 0,5m.

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Santa Marta est une localitĂ© littorale de la province cubaine de Matanzas situĂ©e au centre ouest du pays Ă  quelques 150 km Ă  l’Est de La Havane . Cette province a la particularitĂ© d’être ouverte sur le DĂ©troit de Floride ainsi que sur la Mer des CaraĂŻbes. Dans sa partie Sud, cette rĂ©gion comprend la fameuse plage de Playa Giron (une des plages de la Baie des Cochons) et dans sa partie Nord, la presqu’île de Varadero. Cette dernière constitue la plus grande plage cubaine (23 km de long), elle est  l’espace balnĂ©aire le plus frĂ©quentĂ© de l’île (41% des touristes Ă  Cuba sĂ©journent dans la presqu’île). L’impact environnemental de ce  dĂ©veloppement touristique y est considĂ©rable.

Pour autant d’autres activitĂ©s occupent cette rĂ©gion puisque depuis les dĂ©buts de la colonisation espagnole, elle reprĂ©sente une rĂ©gion d’exploitation de la canne Ă  sucre. C’est d’ailleurs dans la ville de Cardeñas (au sud de l’image) que la rhumerie Arechabala a donnĂ© naissance au fameux Havana Club. A cette activitĂ© agricole traditionnelle d’une Ă®le tropicale des CaraĂŻbes est venue se greffer une exploitation pĂ©trolière de première importance puisque la zone au large de Varadero-Santa Marta contiendrait une rĂ©serve de quelques 11 milliards de barils. 

Ainsi, cette région présente une occupation variée, dans laquelle la mise en valeur touristique côtoie l’activité agricole et pétrolière. Le partage de l’espace et les conflits d’usage inhérents à cette pluriactivité constituent un exemple d’aménagement d’un territoire convoité et essentiel pour l’éventuelle insertion de Cuba dans la mondialisation.

Zooms d'étude

Zoom 1. Varadero, développement touristique et gestion environnementale

La station de Varadero se compose d’une succession de plages qui longent la pĂ©ninsule de Hicacos. Il s’agit de l’une des plus longues concentrations  balnĂ©aires de l’Arc CaribĂ©en. Son dĂ©veloppement date de la 2ème moitiĂ© du XIXème siècle (1883) et a Ă©tĂ© très prĂ©cocement marquĂ© par une frĂ©quentation d’origine Ă©trangère. La RĂ©volution cubaine et l'isolement qui s’en est suivi ont freinĂ© la croissance de cette activitĂ©. 

Lors de la progressive rĂ©ouverture touristique de l’île dĂ©cidĂ©e par le pouvoir castriste dans les annĂ©es 1990, la rĂ©gion de Varadero a repris sa croissance  et les amĂ©nagements touristiques se sont multipliĂ©s. Les sols artificialisĂ©s Ă  des fins touristiques  reprĂ©sentent 46% de la surface de la presqu’île, dont 26% pour les complexes hĂ´teliers. Sur la pointe Nord de la presqu’île, la plus rĂ©cemment amĂ©nagĂ©e par des complexes touristiques de grande taille, cette proportion se monte Ă  39% de la superficie totale.

En 1997, l’Etat cubain a adoptĂ© la Ley de Gestion de la Zona Costera afin de protĂ©ger de l’artificialisation la zone littorale. Pour autant, sur la presqu’île, soit en raison de constructions antĂ©rieures, soit en raison de contournement de la loi,  24,49% du territoire cĂ´tier protĂ©gĂ© est artificialisĂ©. Cela entraine une quasi disparition des structures vĂ©gĂ©tales naturelles, la disparition de la biodiversitĂ© leur Ă©tant liĂ©e et une augmentation de  l’érosion littorale, contribuant Ă  la rĂ©duction des plages (Ricardo Remond-Roa, JesĂşs M. González-PĂ©rez, Enrique Navarro-Jurado , 2015).

Zoom 2. Varadero, tourisme et activité d’extraction pétrolière

Cuba consomme environ 130000 barils de pétrole par jour et n’en produit que 50000. Depuis l’affirmation du pouvoir chaviste, le Venezuela était un pourvoyeur essentiel « d’or noir » pour La Havane. Cependant, depuis 2014 et la désorganisation du pouvoir à Caracas, les exportations vers Cuba ont chuté de plus de 40%. La production interne à Cuba s’avère donc décisive pour l’approvisionnement de l’île dans la mesure où 95% de la production électrique de l’île s’appuie sur les hydrocarbures.

La société monopolistique d’Etat CUPET a décidé de développer dans la région de Santa Marta des forages nombreux vers le large. Cette technique du forage directionnel horizontal s’étend pour le moment à 1.5 km des côtes et doit se poursuivre jusqu’à plus de 8 km par le puit le plus important de l’île, le Pozo Varadero 1008. Ce puit est le dixième sur le gisement et va contribuer à encore augmenter la part de gisements du Nord dans la production cubaine (98% du total de l’extraction).

L’image montre la proximité des puits de forage pétrolier avec les hôtels touristiques de luxe, en particulier ceux du secteur de Kawama (extrémité sud de la presqu’île de Varadero). Des études ont montré qu’au début des années 2000 que les taux de sulfure d’hydrogène relevé dans l’air de la presqu’île de Varadero pouvaient être de 6 à 12 fois supérieurs à ceux définis comme acceptables par la norme environnementale cubaine de 1987 (Osvaldo Cuesta, Arnaldo Collazo, María González, Pedro Sánchez y Antonio Wallo). Le conflit entre tourisme de masse et exploitation des hydrocarbures est donc patent.

Sur l’image ci-contre, 2 zones d’extraction pĂ©trolière sont indiquĂ©es par les puces (1) et (2) : après tĂ©lĂ©chargement de l’image, il est possible de faire un zoom sur ces zones d’exploitation d’hydrocarbures.

Zoom 3. Santa-Marta : l’usine Schlumberger de, une FTN en territoire cubain

L’entreprise Schlumberger est une Firme Transnationale spécialisée dans la fourniture de services pétroliers. Elle a été fondée en 1926 par deux frères alsaciens dont les recherches portaient sur l’exploration des sous-sols par l’utilisation de la conductivité électrique. Cette entreprise s’est spécialisée progressivement dans l’activité pétrolière et gazière. Dans ce secteur d’activité, cette FTN cotée à la Bourse de New-York et dont les principaux bureaux se trouvent à Houston, Paris et la Haye est un leader mondial (avec l’Américain Halliburton Energie Services). Le chiffre d’affaire de la société se situait autour de 35 milliards de dollars en 2015.

Cette firme est présente dans plus de 85 pays sur la planète où elle emploie plus de 100000 personnes originaires de plus de 140 pays.

A Cuba, la firme Schlumberger participe à l’exploitation du gisement pétrolier de Varadero. Elle est réellement présente sur l’île depuis 1992 et son arrivée a correspondu avec les débuts de l’ouverture du pays aux capitaux étrangers décidée par le pouvoir castriste.

L’exploitation des réserves pétrolières de la côte Nord de Cuba, en particulier le développement de la technique du forage directionnel horizontal, explique la présence d’une entreprise spécialisée dans ce type de services.

 

Zoom 4. Varadero, un arrière-pays agricole fragilisé

Sur l’image, l’usine Schlumberger est indiquée par la puce (1).

Zoom 5. L'activité sucrière, un marqueur de la région

Outre la concurrence de l’activité touristique et de l’extraction d’hydrocarbures, l’agriculture cubaine, en particulier le secteur sucrier, connait une situation structurellement difficile.

La rĂ©gion de Cardenas a constituĂ© une zone de dĂ©veloppement pour la culture de la canne : ainsi, sous l’action d’hommes tels que JosĂ© Arechavala, un immigrant basque arrivĂ© Ă  la Havane en 1862, l’orientation sucrière de la rĂ©gion s’affirme. La distillerie, « La Viscaya » qu’il crĂ©e en 1878 sera Ă  l’origine d’une multiple production de biens dĂ©rivĂ©s de la canne comme le rhum Havana Club dont la 1ère vente remonte Ă  l’annĂ©e1934. L’usine initiale créée par Arechavala est marquĂ©e sur le zoom par la puce (1).

Zoom 6. Une activité en recul

Une fois la RĂ©volution castriste effectuĂ©e, la culture de la canne sera encouragĂ©e et constituera un des piliers du rĂ©gime en raison du nĂ©cessaire approvisionnement  en sucre du monde sous influence soviĂ©tique. Ainsi, en 1970, F. Castro avait lancĂ© dans un programme « d’offensive rĂ©volutionnaire », la grande « Zafra » (rĂ©colte de canne Ă  sucre) et avait fixĂ© un objectif de 10 millions de tonnes de canne rĂ©coltĂ©es. Avec seulement 8.5 millions de tonnes, cette campagne se solda par un demi-Ă©chec. 

Depuis cette date, les chiffres de production ont largement diminué pour avoisiner les 1.5 million de tonnes annuel dans la décennie 2010. Une grande réforme du secteur sucrier a vu le jour en 2002, occasionnant la fermeture de 100 unités de production sur les 156 que comptait l’île. Dans le même temps, 60% des terres consacrées au sucre ont changé de destination et ont été affectés à d’autres cultures végétales ou aux pâturages. Symbolique certes mais représentatif d’un changement dans la structure économique de l’île, le Ministère du Sucre crée en 1964 a été supprimé sur décision de Raul Castro en 2011. Face à cette fragilisation, la priorité donnée à l’activité touristique ainsi qu’à l’exploitation pétrolière est une évidence économique.

Sur cette image, les champs de canne à sucre ne sont que faiblement représentés.

 

Traduction

Traduction de ce dossier en espagnol

 

Une autre fiche sur Varadero

Varadero, tourisme de masse sur une presqu'île cubaine

Auteur

Vincent Doumerc, professeur agrégé de géographie, Lycées Saint-Sernin et Fermat (Toulouse)

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