Publié le 05 mars 2026

Solar Orbiter : des avalanches magnétiques pour expliquer les éruptions solaires

  • Actualité

  • Système solaire

  • Univers

  • Données spatiales

Des observations inédites du Soleil ont permis de déceler des avalanches magnétiques, un phénomène encore peu connu qui jouerait un rôle majeur dans l’apparition d’éruptions solaires.

© ESA & NASA/Solar Orbiter/EUI Team

Et si les éruptions solaires ne résultaient pas d’un seul événement brutal, mais plutôt d’une succession rapide de micro-déséquilibres du champ magnétique, comparables à une avalanche ? C’est précisément ce que vient de montrer la mission Solar Orbiter, en observant pour la première fois ce phénomène en action dans l’atmosphère solaire.

Cette découverte, publiée en janvier 2026 dans la revue Astronomy & Astrophysics, apporte un éclairage inédit sur un processus central mais encore mal compris de l’activité solaire.

Les éruptions solaires : puissantes, rapides… et difficiles à anticiper

Les éruptions solaires comptent parmi les événements les plus énergétiques du Système solaire. En quelques minutes, de colossales quantités d’énergie magnétique accumulée sont libérées dans l’atmosphère du Soleil, chauffant le plasma — état de la matière constitué d’atomes ionisés —  à plusieurs millions de degrés, avec pour conséquence l'éjection de particules solaires à très haute vitesse (entre 250 km/s et 400 km/s).

Bien qu’émises par notre étoile à environ 150 millions de kilomètres de la Terre, les tempêtes solaires sont loin d’être anodines : les plus intenses peuvent déclencher des orages magnétiques avec un risque d’irradiation pour les satellites,  les systèmes de navigation, les astronautes, les radiocommunications voire certains réseaux électriques terrestres. Comprendre comment une éruption se déclenche est donc un enjeu scientifique et opérationnel majeur pour la prévision de la météorologie spatiale.

Mission : scruter le Soleil

Le Soleil pris par Solar Orbiter
Le Soleil capturé par Solar Orbiter. © ESA & NASA/Solar Orbiter/EUI Team

Lancée en 2020, la mission Solar Orbiter a été conçue pour s’approcher du Soleil bien plus près que les missions précédentes, tout en l’observant avec une résolution spatiale et temporelle inédite.

Le 30 septembre 2024, lors d’un passage rapproché, la sonde a observé pendant près de 40 minutes l’ensemble des événements précédant et accompagnant une éruption solaire. Quatre instruments, auxquels le CNES a contribué, ont joué un rôle clé dans les observations menées :

  • EUI (Extreme Ultraviolet Imager), pour l’imagerie haute résolution de la couronne solaire
  • SPICE, STIX et PHI, qui sondent différentes couches du Soleil et différents régimes de température, de la photosphère à la couronne

Cette observation simultanée a permis de suivre, étape par étape, la montée en puissance de l’éruption.

Le rôle du CNES dans la mission Solar Orbiter

Mission de l’Agence spatiale européenne (ESA), Solar Orbiter s’inscrit dans le programme Cosmic Vision 2015-2025. Le satellite a été lancé par la NASA depuis Cap Canaveral.

Le CNES a contribué à la mission en participant à la réalisation de six des dix instruments embarqués. Il est notamment responsable de l’instrument RPW, développé en partenariat avec le laboratoire LIRA de l’Observatoire de Paris, et impliqué dans l’instrument SPICE, essentiel à l’étude fine de l’atmosphère solaire.

Une avalanche magnétique en temps réel

Au début des observations, un filament sombre en forme d’arc est déjà visible dans la couronne solaire, la couche la plus externe de l'atmosphère du Soleil qui s'étend sur près de dix millions de kilomètres. Mais c’est en analysant finement l’ensemble des images prises à des intervalles de deux secondes que les scientifiques constatent l’apparition continue de nouveaux filaments magnétiques.

YouTube Lien vers la page YouTube

Ce qu’ils observent sur les clichés ? Une région qui, peu à peu, devient instable. Des lignes de champ magnétique se rompent, puis se reconnectent. Chaque reconnexion libère de l’énergie, qui en déclenche d’autres à proximité. Le processus s’emballe : c’est une avalanche magnétique.

Sur les images, cette cascade d’événements se manifeste par une augmentation rapide et localisée de la luminosité. À 23h29 (temps universel, TU), un épisode particulièrement intense est observé, immédiatement suivi par le détachement violent d’un filament sombre projeté dans l’espace. À 23h47 TU, l’éruption atteint son maximum.

Ces observations inédites montrent ainsi qu’une éruption solaire peut être alimentée par une succession rapide de reconnexions magnétiques, et non par un seul événement isolé, comme l’explique Pradeep Chitta, chercheur à l’Institut Max Planck et auteur principal de l’étude, à l'Agence spatiale européenne (lien en anglais) : « Des observations aussi détaillées et à haute cadence d'une éruption solaire ne sont pas toujours possibles en raison des fenêtres d'observation limitées et de l'espace mémoire considérable que ces données occupent sur l'ordinateur de bord du vaisseau spatial. Nous étions vraiment au bon endroit au bon moment pour saisir les moindres détails de cette éruption. »

Une pluie de gouttes de plasma

Pour la première fois, les instruments SPICE et STIX ont permis d’observer en détail comment l’énergie libérée par cette avalanche est déposée dans l’atmosphère solaire.

Les scientifiques ont détecté des structures en forme de rubans et de « gouttes de plasma » se déplaçant très rapidement dans la couronne, avant même le début de l’éruption principale. Ces flux traduisent le transfert d’énergie vers les couches supérieures de l’atmosphère solaire — un mécanisme clé pour comprendre l’accélération des particules.

Comme le résume Pradeep Chitta, ces pluies de plasma persistent même après la phase la plus intense de l’éruption, signe que le processus de dissipation de l’énergie se prolonge dans le temps.

Mieux comprendre ces mécanismes est essentiel pour améliorer les modèles de prévision de la météo spatiale. Les particules accélérées lors des éruptions peuvent en effet s’échapper dans l’espace interplanétaire et présenter des risques pour les satellites, les astronautes et certaines technologies terrestres.

Pourquoi cette découverte est décisive

Cette observation directe d’avalanches magnétiques constitue une avancée majeure pour la physique solaire. Elle fournit un cadre cohérent reliant :

  • l’accumulation progressive d’énergie magnétique,
  • une cascade de reconnexions rapides,
  • et la libération finale d’énergie lors de l’éruption.
YouTube Lien vers la page YouTube

Pour aller plus loin