De l’eau coule sous les ponts et SWOT nous indique combien. Près de trois ans après son lancement depuis les côtes de Californie, cette mission du CNES et du JPL (Jet Propulsion Laboratory) de la NASA livre des informations essentielles sur le débit des fleuves à l’échelle mondiale. Et ce, à chaque passage du satellite.
Loin d’être une goutte d’eau dans l’océan – que la mission observe aussi ! –, ces données hydrologiques globales sont d’une importance capitale. Pour les scientifiques, elles enrichissent la compréhension du cycle de l’eau. Elles permettent aussi aux pouvoirs publics de prévenir inondations et sécheresses et de mieux gérer les ressources en eau pour les besoins de divers usages (agriculture, industries, production hydroélectrique, usage domestique).
Identifier les sites nécessitant des actions de gestion de l’eau
Hind Oubanas, scientifique principale et hydrologue pour la mission SWOT en France et chercheuse au laboratoire G-EAU de l’INRAE, explique ainsi les enjeux de ces données :
« Mieux caractériser les régimes hydrologiques des cours d’eau est essentiel pour améliorer leur gestion et leur protection, afin notamment de préserver une qualité d’eau compatible avec les besoins des écosystèmes. Les mesures de débit permettent en particulier de quantifier les échanges avec les plaines inondables, les flux sédimentaires et les pressions liées aux usages anthropiques de l’eau. »
Les données de la mission SWOT constituent un apport majeur en fournissant des observations qui permettent aux scientifiques et aux gestionnaires d’identifier et de prioriser les sites où des mesures et des actions de gestion sont nécessaires.
- Scientifique principale et hydrologue pour la mission SWOT en France
Mises à disposition sur les plateformes de distribution américaine PO.DAAC et française hydroweb.next (en visualisation dans les prochaines semaines), ces données offrent de nouvelles informations pour la gestion de la ressources en eau à l’échelle mondiale.
Parmi les activités les plus consommatrices en eau, l’agriculture arrive en tête. En France, elle représente en moyenne 58 % de l’eau douce consommée. « Au niveau mondial, ce secteur est soumis à de fortes pressions régionales dues aux périodes de sécheresse, de plus en plus fréquentes et intenses. Cela en fait un enjeu prioritaire pour SWOT : connaître les stocks d’eau des régions qui en ont le plus besoin offre une possibilité de gestion plus durable de cette ressource », développe Hind Oubanas.
D’après une étude de WWF, un quart de la production globale de nourriture dépend des rivières. « Un chiffre qui illustre parfaitement l’intérêt des données de débit des fleuves de la mission pour l’agriculture, commente la chercheuse. Mais optimiser l’irrigation n’est pas la seule application qui découle de ces données satellitaires. La prédiction des inondations en fait aussi partie et ce n’est pas rien. »
Les inondations, des événements que l’on peut anticiper
Les rivières sont sources de vie et d’activités, mais leur rythme naturel entre parfois en conflit avec les activités et les aménagements humains. C’est le cas lors des périodes d’inondations, comme à Saint-Omer en 2024. En France, ce type de catastrophe naturelle engendre chaque année 560 millions d’euros de dégâts et menaçait 1,8 milliard de personnes dans le monde en 2023. En fournissant pour la première fois en une seule mission spatiale les débits des fleuves à chaque passage du satellite, SWOT offre une carte des débits moyens des fleuves dans le monde.
« Cette carte, fournie par les données du satellite SWOT sur une année, marque un contraste frappant entre les flux hydrologiques avant et après la mousson au niveau des fleuves majeurs de l’Asie du Sud et du Sud-Est, décrypte Hind Oubanas. On peut les voir augmenter de volume alors que les pluies s’intensifient sur la région. En août 2024, les données acquises par le satellite permettent de constater un pic du débit du Gange de 10,000 m3/s près de Varanasi en Inde, soit l’équivalent de quatre piscines olympiques par seconde ! »
Grâce aux algorithmes innovants de l’équipe scientifique franco-américaine soutenue par le CNES et la NASA, les débits SWOT offrent un nouveau regard global sur les pulsations des fleuves, leur réponse aux fortes précipitations saisonnières, ainsi que la propagation de ces ondes vers les estuaires.
La caractérisation des réponses des fleuves aux différents épisodes météorologiques peut bénéficier aux services de prévision, en particulier dans des régions du monde pas ou peu instrumentées. Elles constitueront un véritable atout pour mieux comprendre les effets du changement climatique et les phénomènes météorologiques extrêmes sur les crues et permettront de renforcer la sécurité des populations.