Espace et littérature

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Modifié le 08 décembre 2025

Illustration du Petit Prince assis sur sa planète © Le Petit Prince

L’espace entre les lignes : quand la littérature nous offre le voyage

Certains ont grandi en lisant les aventures fantastiques de Jules Verne, d'autres avec Albator. Certains ont rĂŞvĂ© en tournant les pages de ValĂ©rian, d’autres celles du Petit Prince. Certains se sont Ă©vadĂ©s grâce aux rĂ©cits de Franck Herbert, d’autres avec ceux de HergĂ©... Nous avons tous Ă  un moment ou un autre lu des aventures spatiales. Petit tour d’horizon de quelques Ĺ“uvres littĂ©raires incontournables. 

Invitation au voyage

Si la science-fiction est un genre rĂ©cent, les voyages spatiaux poĂ©tiques, mythologiques, fantaisistes existent depuis longtemps dans la littĂ©rature. Vers 1650 par exemple, un certain Cyrano de Bergerac publie une Histoire comique des États et Empires de la Lune. Si son nom est surtout restĂ© dans l’histoire en devenant le personnage d’une pièce d’Edmond Rostand avec un grand nez (« c’est un peu court jeune homme Â»), Cyrano de Bergerac n’en reste pas moins un vrai auteur et poète. Il imagine un voyage sur la Lune grâce Ă  des bouteilles accrochĂ©es Ă  la ceinture du personnage, voyage qui permet davantage de faire une satire de la sociĂ©tĂ© humaine que d’interroger vraiment la possibilitĂ© d’atteindre l’astre.

Cyrano de Bergerac interprété au théâtre par José Ferrer en 1950
Cyrano de Bergerac interprété par José Ferrer au théâtre en 1950 © Stanley Kramer Productions

S’il y a des habitants (sur la Lune), ils respirent. S’il n’y en a plus, ils auront laissé assez d’oxygène pour trois personnes, ne fût-ce que dans le fond des ravins où sa pesanteur l’aura accumulé ! Eh bien, nous ne grimperons pas sur les montagnes ! Voilà tout !

Jules Verne

  • Extrait du livre Autour de la Lune (1869)

2 siècles plus tard, avec Jules Verne, les choses changent. Avec lui, l'aventure devient vraiment scientifique ! Pas la peine d’extraterrestres ou de torrides histoires d’amour pour faire vivre l’intrigue de ses 2 romans : De la Terre Ă  la Lune et Autour de la Lune. Le suspense, les retournements de situation, les succès… Tout ou presque est liĂ© Ă  des questionnements techniques que Jules Verne Ă©tudie avec sĂ©rieux.

Illustration à l'intérieur du livre De la Terre à la Lune de Jules Verne
Illustration du livre De la Terre à la Lune de Jules Verne © De la Terre à la Lune/Jules Verne/1889

Aux cĂ´tĂ©s de Jules Verne, l’écrivain anglais H.G. Wells est souvent considĂ©rĂ© comme l’un des premiers auteurs de science-fiction. Et Ă  lui aussi, nous devons plusieurs romans spatiaux. En 1901, il propose Ă  son tour un voyage Ă  destination de notre satellite naturel avec Les premiers hommes sur la Lune. Mais l’un de ses romans les plus cĂ©lèbres reste sans nul doute La guerre des mondes. Wells  imagine une invasion de martiens sur la Terre que rien ne semble freiner dans leur volontĂ© de rĂ©duire en cendres notre civilisation. Avant mĂŞme ses adaptations au cinĂ©ma, le texte fait l’objet d’une fiction radiophonique signĂ©e Orson Welles en 1938. Beaucoup ont racontĂ© que les auditeurs avaient Ă©tĂ© pris de panique Ă  l’écoute de ce canular avec de faux journaux et de faux envoyĂ©s spĂ©ciaux relatant l’invasion extraterrestre. Certains ont mĂŞme parlĂ© de crises cardiaques chez des auditeurs. Si tout cela a vraisemblablement Ă©tĂ© exagĂ©rĂ©, cette fiction reste l’un des moments marquants de l’histoire de la radio au XXe siècle.

De 7 Ă  77 ans

Depuis 1943, on ne compte plus les enfants de toutes gĂ©nĂ©rations et sur tous les continents qui ont pu lire (ou Ă©couter leurs parents lire) les aventures du Petit prince. C’est la dernière Ĺ“uvre de l’aviateur, journaliste et Ă©crivain Antoine de Saint-ExupĂ©ry qu’il Ă©crit pendant la guerre aux États-Unis. Ce conte commence par la rencontre improbable dans le dĂ©sert entre un aviateur et un jeune garçon qui a très envie qu’on lui dessine un mouton. On apprend ensuite que le Petit Prince vient d’une autre planète… une toute petite planète oĂą il vit seul entourĂ© de quelques volcans, de baobabs envahissants et d’une rose sublime. Sa planète est si petite qu’on peut y contempler des couchers de soleil successifs en dĂ©plaçant simplement sa chaise de quelques mètres. Le Petit Prince reste encore aujourd’hui l’un des livres traduit dans le plus de langues. 

Couverture du livre Le Petit Prince
Illustration du livre Le Petit Prince © Le Petit Prince/Photo by Fine Art Images/Heritage Images/Getty Images/1942

Si avec Saint-ExupĂ©ry, l’espace est le lieu idĂ©al pour situer un conte et une source de mĂ©taphores (la petite planète fait office de chambre d’enfant), HergĂ© lui se situe plutĂ´t dans les pas de Jules Verne. Le « papa » de Tintin publie en 1953 et 1954, deux tomes des aventures de son cĂ©lèbre reporter : Objectif Lune et On a marchĂ© sur la Lune. 15 ans avant le voyage d’Apollo 11 sur la Lune, HergĂ© nous plonge dans un voyage crĂ©dible et assume la pĂ©dagogie de son projet. HergĂ© s’est beaucoup documentĂ© et a discutĂ© avec plusieurs scientifiques pour Ă©crire son scĂ©nario. Ce qui a beaucoup impressionnĂ© et impressionne encore, ce sont les Ă©quipements que HergĂ© imagine : un centre spatial, des combinaisons et bien sĂ»r une fusĂ©e Ă  damier rouge et blanc qui repose sur 4 pieds. Objet culte de la pop-culture, la X-FLR 6 est sĂ»rement la fusĂ©e la plus reconnaissable dans le monde. 

Génération désenchantée

Si beaucoup de romans envisagent la conquĂŞte spatiale comme une formidable aventure, on voit aussi arriver, surtout Ă  partir des annĂ©es 50, des Ĺ“uvres spatiales plus sombres. Dans ses Chroniques martiennes par exemple, Ray Bradbury reprĂ©sente les premiers humains sur Mars comme des colons et les martiens comme des victimes. 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le voyage spatial n’est pas beaucoup plus tentant dans le roman Solaris. On le doit à l’auteur polonais Stanislas Lem qui le publie en 1961 et qui sera adapté 2 fois au cinéma en 1972 et 2002. L’histoire se passe dans une station spatiale en orbite autour d’une planète entièrement recouverte d’un mystérieux océan. A bord de la station, dépressions et suicides se multiplient… sûrement à cause des fantômes des êtres chers que les astronautes croisent dans les couloirs. Le roman est à la fois une incroyable aventure mélancolique à des millions de km de la Terre mais aussi une profonde réflexion sur les sciences à travers cette planète dont le mystère résiste à toute analyse.

Nous ne cherchons que l’homme. Nous n’avons pas besoin d’autres mondes. Nous avons besoin de miroirs. Nous ne savons que faire d’autres mondes. Un seul monde, notre monde, nous suffit, mais nous ne l’encaissons pas tel qu’il est.

Stanislas Lem

  • Extrait du film Solaris (1972)

Dans un tout autre genre, le premier tome de Dune sort en 1965. Si la saga est aujourd’hui de retour en haut de l’affiche grâce aux films de Denis Villeneuve, les romans de Frank Herbert ont toujours fait office d’œuvres cultes. Dans le monde imaginĂ© par Herbert, pas besoin d’extra-terrestres pour faire la guerre. Se sont bien des humains qui s’affrontent sur la lointaine planète Arrakis. Comme Solaris, Arrakis est une planète avec un Ă©cosystème unique : un dĂ©sert. Il attire les convoitises et les armĂ©es de toute la galaxie puisque lui seul permet de rĂ©colter « l’épice Â», une drogue aux nombreux pouvoirs. Avec les 6 tomes de la saga, Herbert Ă©voque les intrigues de palais, montre des peuples opprimĂ©s, parle d’écologie et interroge la figure du messie.

Affiche du film Dune, Deuxième Partie
Visuel du film Dune, deuxième partie © Dune, deuxième partie/Warner Bros/2024

Écrit en parallèle du film, le roman 2001, l'odyssĂ©e de l’espace d’Arthur C. Clarke n’est pas plus joyeux mais tout aussi culte. Clarke y prolonge la guerre froide jusque dans l’espace et porte un regard Ă  la fois fascinĂ© et dubitatif sur les voyages spatiaux. Qu’est ce qu’on cherche ? Qu’est ce qu’on trouve ? Qu’est ce qu’on amène avec nous ? sont quelques-unes des questions qui hantent cette Ĺ“uvre incontournable de la science-fiction.

Des autrices en quête d’espace

En science-fiction comme dans bien d’autres genres littĂ©raires, les autrices ont parfois eu du mal Ă  se faire une place. Surtout, l’histoire de la science-fiction a eu tendance Ă  bien vite les oublier. Les autrices de romans spatiaux sont pourtant nombreuses et certaines ont eu une influence importante et durable. 

Catherine Lucille Moore, par exemple, est considĂ©rĂ©e comme l’une des pionnières de la science-fiction tendance fantasy. On lui doit de nombreuses nouvelles publiĂ©es dans des revues et plusieurs recueils Ă  partir des annĂ©es 30 et jusque dans les annĂ©es 50. Elle utilisa souvent des pseudonymes et parfois simplement ces initiales C.L. pour ne pas ĂŞtre pĂ©nalisĂ©e par son genre. Son hĂ©ros le plus cĂ©lèbre est Northwest Smith, sorte de cowboy de l’espace qui dĂ©ambule pistolet thermique Ă  la ceinture dans les villes minières de Mars (dans Shambleau par exemple publiĂ© en 1933). 

Couverture du livre l’Aventurier de l’espace
Couverture du livre L'aventurier de l'espace © L’Aventurier de l’espace, le rayon fantastique, 1957

Il fît une fois de plus la tournée des bars de la ville (...). Il entendit les ragots de l’espace, des nouvelles d’un millier d'événements différents d’une douzaine de planètes. Il écouta la dernière blague sur l’empereur de Vénus…

Catherine L. Moore

  • Extrait du livre Les aventures de Nothwest Smith (2010)

On doit Ă  Leigh Brackett d’autres Ă©popĂ©es spatiales comme L’homme stellaire en 1952 ou Les livres de Mars pendant les annĂ©es 50 Ă  60. Elle aussi imagine des sortes de Yann Solo qui n’hĂ©sitent pas Ă  se battre Ă  mains nus ou Ă  l'Ă©pĂ©e. D’ailleurs, Leigh Brackett a Ă©crit la toute première version du scĂ©nario de L’Empire contre-attaque, le deuxième film de la saga Star wars. MĂŞme si Georges Lucas n’a pas gardĂ© grand chose de son scĂ©nario, Leigh Brackett est tout de mĂŞme crĂ©ditĂ©e au gĂ©nĂ©rique du film. Hommage posthume puisque l'autrice meurt avant la sortie du film en 1978. 

Au rayon BD

La littĂ©rature de science-fiction est un genre très prolifique et c’est particulièrement vrai en bande dessinĂ©e… et quelque soit le continent. Aux États-Unis, dans les annĂ©es 1930 alors que les super-hĂ©ros s'apprĂŞtent Ă  commencer leur conquĂŞte du monde, le premier d’entre eux est bel et bien un extraterrestre, enfant de la planète Krypton : Superman. 

Couverture du comic Superman, années 1930
Couverture de Superman © Superman' Comic Book Cover / Hulton Archive/Getty Images / 1930

En France, c’est Ă  la fin des annĂ©es 60 que voit le jour une longue saga spatiale qui se dĂ©cline en plus de 20 albums : ValĂ©rian et Laureline. Ce fameux couple de jeunes agents se balade Ă  travers les galaxies et le temps pour rĂ©gler les conflits et sauver le monde (en tout cas celui des humains).  Au Japon, l’un des voyageurs spatial le plus connu est Albator qui voit le jour en 1969 dans une sĂ©rie de manga avant de connaĂ®tre un succès planĂ©taire en dessin animĂ©. Le point de dĂ©part de ces aventures est plutĂ´t sombre puisque Albator est contraint de quitter une Terre trop polluĂ©e et trop corrompue, l’obligeant Ă  errer et Ă  rĂ©sister dans l’espace sous la bannière des pirates. 

J’erre parmi les étoiles. Les gens m’appellent le « capitaine Albator ». Arborant le drapeau noir, je parcours une mer sans lendemain et je vis en homme libre sous ma bannière : la bannière de la liberté.

Le Capitaine Albator

  • Extrait du manga Capitaine Albator, le pirate de l’espace de Leiji Matsumoto

Toutes ces Ĺ“uvres très diffĂ©rentes ont un point commun : elles s’affranchissent complètement de la rĂ©alitĂ© scientifique et historique de la conquĂŞte spatiale. Ă€ l’inverse, quelques BD ont choisi la crĂ©dibilitĂ© comme toile de fond. C’est le cas par exemple des mangas Space brothers, parus Ă  partir de 2007 qui mettent en dessin les aventures de deux frères apprentis astronautes. Entrainements, sĂ©lections et autres histoires d’amours ou de concurrences rythment leurs aventures, dont les Ă©ditions françaises sont complĂ©tĂ©es par des experts chez nous, au CNES. Histoire de dĂ©mĂŞler la rĂ©alitĂ© de la fiction. 

Espace-fiction

Bien entendu et bien naturellement, le voyage spatial est surtout une thématique de science-fiction. Mais il apparait aussi parfois dans d’autres genres littéraires et plusieurs auteurs français contemporains en ont proposé des variations. Dans Nous trois, Jean Echenoz a la très bonne idée de nous amener au centre spatial guyanais avant de propulser ses personnages en orbite alors que Céline Minard dans Le dernier monde imagine la redescente en solitaire d’un astronaute confiné dans la station spatiale pendant que l’humanité disparaissait sur Terre. Hugo Boris s’est lui ainsi attaqué au sujet dans le très bien documenté Je n’ai pas dansé depuis longtemps publié en 2010. Presque toutes les pages se déroulent à bord de la station Mir ou un cosmonaute s’apprête à battre un record en passant 400 jours en orbite. Ces 6 798 rotations autour de la Terre sont autant d’occasion de ressentir solitude et mélancolie, d’être balancé entre envie de mourir et envie de rentrer, d’alterner travail sur les expériences, gestes du quotidien et rêverie sentimentale.

Quizz

Quelle est la première planète visitée par le Petit Prince après avoir quitté son astéroïde B612 ?

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