Publié le 11 mars 2026

SCO FrichesAgricoles, « un véritable levier pour des projets innovants »

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Le spatial au service des territoires : portée par la SAFER Occitanie avec le soutien du SCO, la solution Izifriche® aide les collectivités à recenser les friches agricoles pour mieux les valoriser.

© CNES/Distribution Airbus DS, 2021

Comment recenser efficacement les friches agricoles sur un territoire vaste, hétérogène et en constante évolution ? La Société d'aménagement foncier et d'établissement rural (SAFER) Occitanie a longuement cherché un outil capable de produire un inventaire homogène à l’échelle régionale. Le spatial, via le programme Space for Climate Observatory (SCO), lui a apporté une réponse décisive.

Qu’est-ce que le SCO?

Dans un contexte où anticiper les effets du changement climatique est devenu crucial, l’initiative Space for Climate Observatory (SCO) du CNES vise à proposer des outils d’aide à la décision à des acteurs locaux, dans une logique d’atténuation et d'adaptation. 

Depuis 2017, les experts du CNES ont favorisé l’émergence de 122 solutions dans 51 pays, dont la France.

En tant qu'opérateur foncier habilitée par l'État, la SAFER acquiert des terres agricoles et rurales afin de les réattribuer dans un but d'intérêt général (installation de jeunes agriculteurs, restructuration des exploitations, protection de l'environnement, etc). Avec le soutien technique du CNES, l'organisme a développé le projet SCO FrichesAgricoles. Une collaboration qui a donné naissance à Izifriche®, une solution web qui utilise l’imagerie satellitaire et l’intelligence artificielle pour identifier, contextualiser et valoriser le potentiel des friches agricoles sur le terrain.

Aujourd’hui, cette plateforme opérationnelle aide les collectivités à mieux comprendre leur foncier, à anticiper les risques, ou encore à orienter leurs politiques agricoles et environnementales. Un exemple concret de la manière dont le spatial accélère l’innovation publique.

Un besoin territorial urgent

« La SAFER recherchait depuis plusieurs années une solution fiable et durable », se souvient Isabelle Botrel, directrice du service Territoires Aménagement et Environnement à la SAFER Occitanie. Depuis 2014, la loi d'avenir pour l'agriculture, l'alimentation et la forêt (LAAF) oblige en effet les acteurs du territoire — dont les SAFER ou encore les Directions départementales des territoires (DDT) font partie —  à un recensement des friches agricoles. Or, la plupart d’entre elles sont démunies face à des parcelles dispersées et difficiles à qualifier.

Malgré la volonté d’apporter une réponse à cet enjeu majeur, l’opérateur foncier ne pouvait produire un inventaire fiable sans mobiliser davantage d’agents pour multiplier les relevés terrain, une solution coûteuse et difficile à maintenir dans le temps.

C’est dans ce contexte que la DDT du Tarn-et-Garonne sollicite le CNES dès 2017, via sa plateforme d’accompagnement des entreprises ConnectbyCNES. Les premiers résultats ont démontré une capacité d'un modèle d'intelligence artificielle à reconnaître des friches agricoles à partir d'observations satellitaires. Une limite majeure est toutefois apparue : un modèle d’IA entraîné sur une seule typologie de friche ne pouvait pas répondre efficacement aux attentes d’autres territoires aux morphologies agricoles très différentes.

D’où la nécessité de mettre en place un projet d’envergure : le SCO FrichesAgricoles a été lancé fin 2021 et a livré ses premiers résultats opérationnels en 2022.

Les friches, avec leurs morphologies variées, posent un défi de caractérisation pour les outils d'IA. © SAFER Occitanie

Une coopération terrain - spatial

Dès lors, la réussite du projet a reposé sur une solide coopération. La SAFER Occitanie, d’un côté, a coordonné les relevés d’observation sur le terrain, la mobilisation des acteurs locaux et la connaissance fine du foncier. 
De l’autre, le CNES via le Laboratoire Observation de la Terre (Lab’OT), a assuré le développement de méthodes de détection automatisée à partir des données des satellites Sentinel-2 et Spot 6 / 7.

« La complémentarité entre le savoir-faire du CNES et nos compétences territoriales a été déterminante pour élaborer un outil efficace », résume Isabelle Botrel.

En 18 mois, cinq cycles d’apprentissage ont permis de renforcer progressivement la performance du modèle. Pour un résultat probant. Si, au démarrage du projet, la réussite de détection des friches par l’IA n’a pas excédé 50 %, l’alimentation continue de l’outil a rapidement permis d’en améliorer l’efficacité. Ainsi, le premier millésime de l'inventaire 2023 a vu son taux de fiabilité grimper à 65 %. Celui de 2024 a, lui, atteint 73 % de réussite.
Bien qu’encore perfectible pour prendre en compte les spécificités territoriales de nouvelles collectivités, l’application développée répond déjà à un besoin opérationnel réel, comme le souligne Olivier Queyrut, chef du service Lab’OT.

Une friche est un objet complexe, très variable selon son âge ou son origine agricole. Avec la résolution de 10 mètres offerte par nos satellites, l’exercice reste difficile. Mais l’outil offre déjà aux territoires un outil d’aide à la décision robuste.

Olivier Queyrut

  • Chef du service Lab’OT

Izifriche® : l’outil 3-en-1

Izifriche® est désormais utilisé par plusieurs collectivités (dont la communauté de communes des Aspres et Pays de l'Or, le syndicat mixte Pays Cévennes, Montpellier Méditerranée Métropole et la DDT 82).

Alimentée par un inventaire des friches généré automatiquement par l’IA, l'application combine une interface web intégrant une trentaine de bases de données géographiques (risques, zonages, réseaux, biodiversité…) pour qualifier chaque parcelle dans son environnement réglementaire et écologique. À cela s’ajoute une application mobile permettant de vérifier ou corriger l’inventaire sur le terrain. Ce triptyque garantit une mise à jour continue et une montée en qualité régulière. 

L'application constitue en outre un outil stratégique permettant aux acteurs du territoire de hiérarchiser les actions de restructuration selon les besoins territoriaux.

Identifier une friche n’est qu’un préalable, l’enjeu étant ensuite de définir une stratégie foncière cohérente : reconversion agricole après mobilisation du foncier, renaturation ou projets environnementaux, prévention des incendies… L’usage de l’outil pour la prévention incendie illustre particulièrement son intérêt : identifier en amont les broussailles non entretenues permet de planifier les actions de prévention et d’intervenir avant l’été.

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Un modèle désormais autonome… et reproductible

Le SCO a joué son rôle jusqu’au bout : faire monter en maturité une solution prometteuse, puis la transmettre à l’utilisateur. Le CNES a ainsi développé le logiciel de détection (WaSaBi) puis accompagné son transfert sous licence à la Fédération nationale des SAFER. Pour cela, les experts ont mis à disposition de l’opérateur foncier leurs moyens de calcul haute performance pour la première année post-SCO, avant de l’aider à structurer une méthodologie reproductible sur d’autres territoires.

La SAFER déploie aujourd’hui Izifriche® auprès de collectivités d’Occitanie. Bien que de nouvelles campagnes d’observation soient nécessaires pour étendre la solution à d’autres régions, la méthode de détection déjà éprouvée. La technique sera donc reproduite dans les mois à venir par d'autres délégations régionales de la Safer Provence-Alpes-Côte d'Azur, Nouvelle Aquitaine, Centre et Auvergne Rhône-Alpes.

Pour Olivier Queyrut, FrichesAgricoles coche toutes les cases d’un projet réussi : des attentes territoriales claires, une démonstration technique rapide, la consolidation du projet via le SCO, la création d’un service opérationnel et le transfert de l’outil vers l’acteur métier.

C’est exactement le rôle du CNES : explorer, accompagner, puis transmettre. Ici, l’investissement public a débouché sur un outil concret qui aide les territoires à répondre à leurs obligations.

Olivier Queyrut

  • chef du service Lab’OT

Levier d’innovation locale

Grâce au SCO, l’imagerie satellitaire n’est ainsi plus un outil réservé aux seuls spécialistes : elle devient un vecteur d’action publique, un moyen de mieux maîtriser le foncier, d’anticiper les risques et de soutenir les projets agricoles durables.

« Il faut valoriser l’image satellitaire : c’est un outil fabuleux », insiste Isabelle Botrel. Le projet FrichesAgricoles en est une démonstration éclatante : le spatial peut transformer en profondeur la manière dont les territoires gèrent leurs ressources et construisent leurs stratégies d’aménagement.

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