En ce mois d’octobre 2026, l’instrument IASI (Interféromètre atmosphérique de sondage dans l’infrarouge) fête son 20e anniversaire. En 2006, le satellite météo Metop-A qui l’embarque pour la première fois a pris son envol à bord de la fusée Soyouz. Depuis, deux autres satellites – Metop-B en 2012 et Metop-C en 2018 – l’ont rejoint, et la famille IASI a compté jusqu’à trois instruments simultanément en orbite à 800 km d’altitude.
Fêter les 20 ans de IASI est un vrai succès : cet instrument apporte beaucoup à nos sociétés. Grâce à lui, les prévisions météorologiques ont été fortement améliorées, et nous avons beaucoup appris sur la pollution atmosphérique et le changement climatique.
- Expert thématique météo au CNES
Couteau-suisse des sciences de l’atmosphère
Développé conjointement par le CNES et l’organisme européen de météorologie Eumetsat, l’instrument sonde l’atmosphère terrestre deux fois par jour. IASI est un interféromètre : il décompose le rayonnement infrarouge émis par la Terre sous l’effet des rayons du Soleil pour en déduire la composition de l’atmosphère.
« IASI est l’instrument couteau-suisse des sciences de l’atmosphère, il peut mesurer des dizaines de composants et variables physiques atmosphériques ! », pointe Cyril Crevoisier, scientifique principal, chercheur au Laboratoire de météorologie dynamique. Citons la température, l’humidité, le couvert nuageux, l’ozone, le CO2, le monoxyde de carbone, etc.
L’instrument a été conçu pour répondre aux besoins du programme européen de météorologie opérationnelle initié en 1998. Son objectif ? Garantir aux services de prévision météorologique européens un accès souverain à des données de haute précision.
« Les observations spatiales constituent une grande part des observations utilisées dans les modèles météo, explique Adrien Deschamps. IASI est devenu indispensable à l’ensemble des agences météo européennes et même mondiales. C’est encore plus vrai dans le contexte actuel où les relations diplomatiques avec de grandes puissances comme les États-Unis sont incertaines. »
Des données indispensables aux centres de prévision météo du monde entier
Les modèles météo globaux et locaux s’appuient sur les enregistrements des stations météo à terre, ceux des capteurs embarqués sur des navires ou bouées et les données satellites.
« Dans ses modèles, Météo France utilise les données d’une trentaine de missions spatiales, explique Cyril Crevoisier. IASI est l’instrument n°1 : sans lui, la qualité des prévisions météo serait fortement dégradée. »
IASI représente en effet près de 50% de l’ensemble des données utilisées pour ARPEGE, le modèle météo global de Météo France. Pour le modèle régional AROME, la mission IASI fournit 27% des observations. L’instrument fournit aux centres de prévisions d’indispensables renseignements sur la température et l’humidité de l’atmosphère, à plusieurs altitudes. L’une des forces de IASI est sa capacité à fournir des données en temps quasi-réel.
« C’est un critère très important pour les agences météo, qui actualisent très régulièrement leurs modèles, explique Adrien Deschamps. Le CNES a développé un logiciel de traitement de données, sur lequel s’appuie Eumetsat pour délivrer le produit final aux agences météo en moins de 15 minutes. »
Mais si IASI est une mission star pour l’Europe, c’est qu’en plus d’avoir parfaitement rempli ses objectifs pour la météorologie opérationnelle, l’instrument a fourni des données inattendues. « Les spécifications d’origine étaient déjà ambitieuses, et pourtant IASI a fait bien mieux que ce qui était prévu », souligne Gilles Codou, chef de projet exploitation au CNES.
Adrien Deschamps abonde : « On se doutait que les données pourraient servir pour d’autres applications… mais pas autant ! » IASI s’est en effet révélé une véritable vigie de la pollution atmosphérique : monoxyde de carbone, dioxyde de soufre, ammoniac… Plus d’une trentaine de gaz atmosphériques peuvent être détectés.
IASI a permis de réaliser la première estimation mondiale de la concentration d’ammoniac dans l’atmosphère, tout en identifiant les principales sources d’émissions. C’est un résultat majeur, et la concentration d’ammoniac reste le jeu de données le plus téléchargé encore aujourd’hui.
- Scientifique principal, chercheur au Laboratoire de météorologie dynamique
Principalement relâché dans l’atmosphère par les activités agricoles et l’élevage, l’ammoniac détériore la qualité de l’air. Grâce au satellite, l’ampleur de la pollution liée aux activités agricole a pu être révélé lors du Covid-19 : alors même que la circulation automobile était réduite à néant, un pic de pollution était détecté en région parisienne. Autre découverte : alors que les forêts brûlent au Canada, les autorités découvrent grâce à IASI que ces incendies provoquent des pics de pollution au monoxyde de carbone… jusqu’en Europe !
L’instrument de référence pour les sondeurs infrarouges satellites
On pourrait penser que les experts du CNES vantent les louanges de IASI par orgueil. Mais ses performances sont tellement remarquables qu’il est considéré comme LA référence mondiale des sondeurs infrarouge. Sa précision et sa stabilité inégalée ont en effet poussé un groupe d’experts internationaux à lui décerner ce titre il y a 10 ans : depuis, tous les instruments spatiaux similaires vérifient la qualité de leurs mesures en se comparant à IASI.
Au sein de notre centre d’expertise technique, nous suivons au quotidien l’instrument IASI et ses performances en orbite, c’est ce qui nous permet d’assurer une telle stabilité et continuité des mesures.
- Chef de projet exploitation au CNES
Et cette grande stabilité a permis à IASI de devenir indispensable à un dernier groupe d’experts : les climatologues.
« Dans les années 2000, IASI a accompagné la prise de conscience du changement climatique, et aujourd’hui elle est l’une des principales missions satellite pour le suivi du climat, explique Cyril Crevoisier. C’est assez exceptionnel : nous bénéficions de données d’une stabilité remarquable depuis 20 ans. Or le suivi long-terme des variables climatiques est indispensable pour caractériser le changement climatique actuel. »
En particulier, les experts du monde entier se sont accordés sur l’importance du suivi de 16 variables atmosphériques qualifiées d’essentielles pour la caractérisation du climat : température, humidité, gaz à effet de serre, ozone, aérosols et nuages. « C’est bien simple : IASI fournit des renseignements sur toutes ces variables essentielles », pointe Cyril Crevoisier.
IASI-NG : la technologie en héritage
Aujourd’hui, après 20 ans de loyaux services, IASI passe le relais à IASI-NG, une nouvelle génération d’instruments développée par le CNES et Airbus pour Eumetsat et embarquée à bord de Metop-SG A1 lancé en août 2025, puis Metop-SG A2 et A3 à l’horizon 2032 et 2039. Il reprend les missions de l’instrument IASI tout en améliorant la résolution spectrale et le signal instrumental pour une meilleure précision des mesures. « IASI-NG illustre l’héritage technologique de la mission IASI : il était le premier sondeur infrarouge développé en Europe, et son succès indéniable a permis de développer IASI-NG grâce à la filière d’excellence française regroupant le CNES, des industriels et des laboratoires de recherche », reconnaît Adrien Deschamps.
La fin de la mission IASI est programmée à l’horizon 2034, soit près de 30 ans après son arrivée dans l’espace. Son successeur promet lui aussi de marquer les esprits, comme le confie Adrien Deschamps : « IASI-NG est un des programmes structurant de la stratégie d’observation de la Terre du CNES. Il promet d’améliorer la météorologie opérationnelle et surtout de garantir la continuité des données, essentielle pour l’étude du climat. »
Chiffres clés
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800
Plus de 800 articles scientifiques publiés
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50
Près de 50% des données utilisées par ARPEGE, le modèle météo global de Météo France
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1
Le sondeur infrarouge satellite n°1 dans le monde
Un héritage scientifique majeur
La mission IASI fournit des données majeures pour l’étude du climat, de la composition atmosphérique, de la météorologie mais aussi des éruptions volcaniques. Son héritage scientifique est majeur : plus de 800 articles scientifiques ont été publiés dans des revues spécialisées depuis le début de la mission. La majorité concerne des découvertes sur la composition de l’atmosphère, suivies par des avancées scientifiques concernant la météorologie et le climat. Parmi ces découvertes, beaucoup sont signées de scientifiques français qui représentent la majorité des utilisateurs des données IASI.