17 Janvier 2005

Huygens : l’émotion d’une première rencontre

Vendredi soir à Paris, plus de 2 000 personnes se pressaient à l’entrée de l’auditorium de la Cité des Sciences et de l'Industrie. Une soirée exceptionnelle les attendait à l’occasion de l’arrivée de la sonde Huygens sur Titan. Depuis 17 h, on savait que la mission était un succès. Mais on n’avait encore rien vu, rien entendu de ce que la sonde avait à nous raconter depuis son atterrissage, là-bas, à plus d’1 milliard de km de la Terre… L’une des 1ères images prises par Huygens. La surface de Titan est plus sombre que les scientifiques ne l’imaginaient, et consisterait en un mélange de glace d’eau et d’hydrocarbures. Crédits : ESA/NASA/University of Arizona
17 janvier 2005


En direct de Titan

Pas de discours officiel, pas de mise en scène. Juste une poignée de scientifiques qui a vécu, en direct avec le public, un événement historique. Envoyées par le centre de contrôle de Darmstadt en Allemagne, les 1ères images de Titan prises par Huygens ont été retransmises et commentées en direct par les plus grands spécialistes.
Car, si l’émotion a sans aucun doute pris le pas sur la fierté, encore fallait-il le dire : les Européens sont les premiers à se poser sur un corps du système solaire aussi lointain.

Dans une ambiance fébrile, la 1ère image de ce monde encore inconnu a été accueillie par des applaudissements mais surtout beaucoup d’émotion. C’était ce matin, sur Titan, à 1,2 milliards de km de là…

A chacun son pronostic

Chacun s’ose à un commentaire, à une hypothèse. A Paris comme à Darmstadt, les scientifiques se questionnent entre eux : « Ca ressemble à de la glace, en tous cas ça n’a pas l’air d’être de la roche ». « On dirait des chenaux qui pourraient être creusés par une rivière. Sur le côté il y a comme un canyon… Est-ce qu’on pense à la présence d’un liquide ou est-ce que c’est complètement exclu ? »

Et les réactions fusent.
Avec émerveillement, comme Daniel Gauthier, un des 1ers scientifiques à avoir proposé une mission vers Titan : « c’est un peu comme dans un rêve ! les parachutes se sont ouverts comme il fallait, la descente s’est passée comme il fallait. La sonde a continué à émettre au moins 2 h après qu’elle se soit posée ce qui est complètement inattendu. »

Avec humour, comme André Brahic, membre de l’équipe de la caméra de Cassini : « Alors voilà, il y a du blanc, il y a du noir, on n’y comprend rien ! En tous cas, je peux déjà répondre à vos questions, c’est "Je sais pas" ! ». Sans cacher son excitation, celui qui a vu naître ce projet il y a plus de 20 ans admet volontiers que ce soir est pour lui « le soir de sa vie »...

Au-delà de l’exaltation

Mais la prudence reste de mise. « Ces images sont à couper le souffle, mais pour l’instant on ne sait pas très bien ce qu’on voit », commente Francis Rocard, responsable des programmes d’exploration du système solaire au CNES. Trop tôt pour tirer des conclusions, mais assez pour pouvoir s’étonner du résultat tant les 1ères images ressemblent peu aux hypothèses faites jusqu’alors.

Au total, 350 images ont été reçues dont moins d’une dizaine diffusées à ce jour. Bien que spectaculaires, elles ne constituent cependant que la partie émergée de l’iceberg. 5 autres instruments déployés durant la descente ont étudié la chimie de l’atmosphère, la vitesse des vents ou encore la composition de la surface.

Ce même soir, les responsables de chaque expérience ont reçu leurs données qu’ils ont commencé à analyser pendant la nuit. Mais passée l’exaltation des 1ers instants, des mois voire des années vont être consacrés à étudier les résultats collectés. Pour les scientifiques de Huygens, l’aventure ne fait que commencer…

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