Publié le 11 juin 2026

Comment une expérience dans l'ISS est-elle opérée depuis la Terre ?

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Sophie Adenot s’est prêtée le 10 juin à la 3e session de PhysioTool, une expérience développée pour sa mission Epsilon par le CNES et opérée depuis l'agence spatiale française à Toulouse. Récit.

Opératrice dans la salle de contrôle du Cadmos, au CNES.
© CNES/Adrien RIBET, 2026

L’écran de la salle de contrôle projette un visage connu : celui de Sophie Adenot. Depuis la Station spatiale internationale, l’astronaute française de l’ESA manipule un boîtier de la taille d’une console de jeu portative. Concentrée, elle est en train de se soumettre à des tests d’activité mentale semblables à ceux que l’on demande aux pilotes : stress, estimation du risque… Sur Terre, devant leur écran à Toulouse, Julie Nadal et Laura Devaud suivent attentivement le déroulé des opérations. 

La scène se déroule au CNES, l’agence spatiale française, dans la salle de contrôle du Cadmos, une entité qui développe et assure le suivi d’expériences scientifiques ou technologiques menées en micropesanteur. Sophie Adenot est en train de réaliser la troisième session de PhysioTool, l’une des expériences françaises développées par le CNES pour sa mission Epsilon. Responsables opérationnelles de PhysioTool, Julie et Laura, du Medes (lire plus bas), veillent à ce que l’astronaute déroule la procédure qu’elles ont rédigée pour elle. Aucune d’entre elle n’interagit directement avec Sophie Adenot, mais elles sont là pour répondre à ses questions. 

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« Nous avons rédigé une procédure permettant à l’astronaute d’être la plus autonome possible, explique Julie. Si Sophie a une question, elle la pose dans une boucle de communication dédiée et nous lui répondons via un canal de l’ESA, l’agence spatiale européenne. » De même, si les deux opératrices remarquent que la procédure n’est pas tout à fait suivie à la lettre, elles le font savoir à l’astronaute. « Lors d’une précédente session de PhysioTool, nous avons remarqué à l’écran que deux capteurs n’étaient pas branchés comme il le fallait et nous avons pu le lui signaler. Le problème a été rapidement corrigé et les résultats ont été conformes aux attentes. »

Une expérience développée indépendamment de l’astronaute

PhysioTool constitue, via un dispositif placé sur le sujet de l’expérience, un suivi physiologique complet des astronautes dans leurs tâches quotidiennes à bord de l’ISS. Cette expérience a été développée au Cadmos avec le concours du Medes, institut de médecine et de physiologie spatiales et filiale du CNES. « L’expérience s’inscrit dans 30 ans d’études des modifications physiologiques en micropesanteur, indique Cécile Thévenot, responsable de l’expérience au Medes. Mais elle apporte de la nouveauté à la fois pour le côté ambulatoire, c’est-à-dire le fait que l’astronaute puisse se déplacer avec un dispositif peu encombrant, et pour la qualité de précision des mesures. »

Pour autant, PhysioTool n’a pas été spécifiquement développée pour Sophie Adenot. « Nous montons les protocoles indépendamment des astronautes », note Cécile Thévenot. Les expériences sont en effet développées pour répondre aux besoins de scientifiques, l’astronaute ne constituant que le sujet de l’expérience. Ici, deux laboratoires s’intéressent aux résultats : l’Université et CHU d’Angers et l’Université de Lorraine. « Nous avons commencé à travailler sur PhysioTool il y a 3 ans, précise Laurent Arnaud, responsable du développement de l’expérience côté CNES. Les choses se sont précipitées lorsque le vol de Sophie a été annoncé. Elle n’a cependant rencontré l’équipe de développement que quelques semaines avant son vol, à l’occasion des mesures pré-vol. »

Julie, opératrice, tient dans sa main le "modèle sol" du boîtier PhysioTool.
Julie Nadal, opératrice de l’expérience PhysioTool, tient dans ses mains le « ground model » (modèle sol) du boîtier que Sophie Adenot utilise au même moment dans l’ISS pour l’expérience. © CNES/Adrien RIBET, 2026

« Une collaboration qui fonctionne bien »

Pour autant, la spécificité française de cette expérience a facilité les échanges et apporté de la cohésion : « Pour nous opératrices, c’est une chance d’avoir les développeurs de l’expérience et les scientifiques auprès de nous, note Julie Nadal. La rédaction de la procédure s’est faite de manière fluide et nous pouvons partager ensemble les moments opérationnels. » « C’est d’autant plus important que les opérateurs ont une vision très pragmatique et que nous avons bien pu faire ce pont avec la partie scientifique, renchérit Cécile Thévenot. C’est une collaboration qui fonctionne très bien. »

Dans la salle de contrôle du Cadmos lors de l'expérience PhysioTool avec l'ISS.
L’équipe scientifique est présente aux côtés des responsables de l’expérience et des opératrices dans la salle d’opération. Mais il est rare qu’une expérience soit opérée depuis la France, pour la recherche française et par un(e) astronaute française(e) ! © CNES/Adrien RIBET, 2026

Il est 12h45, Sophie Adenot débranche son matériel. Les 1h30 d’expérience sont terminées. L’astronaute doit encore envoyer les données aux opératrices, qui se chargeront ensuite de les transmettre aux scientifiques. 

Pour autant, PhysioTool n’a pas encore fini d’écrire son histoire : « D’autres sessions auront potentiellement lieu ces trois prochains mois avec Sophie, en fonction de son planning, indique Laurent Arnaud. Et nous travaillons à le proposer à d’autres astronautes. » Mais l’expérience n’est pas vouée à rester dans l’espace : « Nous l’avons déjà testée sur Terre en micropesanteur à bord de l’avion zéro-G de Novespace, mais aussi lors d’une expérience de simulation martienne et en ce moment lors d’une campagne bedrest [durant laquelle des sujets restent allongés plusieurs jours], indique Cécile Thévenot. L’équipement est modulaire et modulable, il a été pensé pour s’adapter à des sujets et à des situations multiples. »