Publié le 04 août 2026

Urba-Clim : une solution venue de l’espace pour les îlots de chaleur urbains

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Alors que la France connaît une série inédite de vagues de chaleur, le spatial permet la mise en place d’outils pour adapter les villes aux conditions extrêmes, comme à Rennes avec Urba-Clim.

Ombrière artificielle installée rue Le Bastard à Rennes.
© Vincent DUBREUIL, 2025

Après un printemps 2026 le plus chaud jamais enregistré, l’Hexagone a connu en juin une période de canicule particulièrement intense et durable. Avec une moyenne des températures du jour et de la nuit de 30°C, elle dépasse les moyennes de 2003 et 2023. Étendue sur 14 jours, cet épisode de vague de chaleur a battu des records de température absolue dans plusieurs villes, comme à Saintes (Charente-Maritime) avec 43,8 °C ou à Bordeaux avec 42,5 °C. 

À Rennes, un nouveau record a également été établi avec 41,4°C, ainsi que des totaux records du nombre de jours très chauds avec 28 jours à plus de 30°C ou de nuits tropicales avec 14 nuits sans descendre en-dessous de 20°C dans le centre-ville.

Caractérisées par un épisode de températures nettement plus élevées que les normales pendant plusieurs jours, les vagues de chaleur sont des conséquences très concrètes de l’impact des activités humaines sur le climat. D’après les modèles climatiques, une augmentation de +2 °C des températures moyennes en France par rapport à la période 1976–2005 multipliera par trois la régularité de ce phénomène, et jusqu’à dix fois si cette augmentation atteint +4 °C. Il est donc essentiel de limiter ce réchauffement.

De fortes conséquences sur les villes et les populations

Aujourd’hui, les conditions climatiques font peser de fortes tensions thermiques sur les villes à travers, par exemple, le phénomène d’îlot de chaleur urbain (ICU). Ce phénomène se caractérise par des températures plus élevées en ville que dans sa périphérie et se fait particulièrement ressentir la nuit par l’augmentation des probabilités de connaître des nuits tropicales, c’est-à-dire des nuits à plus de 20 °C.

En cause, les aménagements urbains tels que les bâtiments, les routes et les espaces artificialisés qui retiennent la chaleur en journée pour la diffuser la nuit par un phénomène de rayonnement. L’absence de points d’eau et de végétation suffisante dans les espaces publics, afin de rafraîchir l’air par évaporation de l’eau ou évapotranspiration des plantes, est aussi un facteur qui favorise l’installation de ces zones de chaleur.

Au-delà des effets sur la hausse et le maintien des températures, ils entraînent des conséquences néfastes sur l’ensemble du vivant : règne animal, règne végétal, population humaine. La nuit, lorsque la température ne descend plus sous la barre des 20 °C, le corps ne se repose plus et une baisse de la vigilance ou encore une baisse de la concentration peuvent se faire ressentir. Les fortes températures qui caractérisent les périodes caniculaires peuvent aussi entraîner des coups de chaleur et de la déshydratation, tout en augmentant les risques de mortalité chez les personnes à risques.

De l’outil à l’action

Ce phénomène s’intensifiant, un groupement composé de l’unité mixte de recherche du CNRS et de l’Université Rennes 2, le LETG qui travaille sur ce sujet depuis 2003, et de la société Alkante, en partenariat avec la métropole de Rennes et l’université de l’Etat de São Paulo au Brésil, a imaginé Urba-Clim, un outil de cartographie des ICU en temps quasi réel issu de l’observation, de l’analyse et de la cartographie des îlots de chaleur urbains.

Libre d’accès et transposable à toutes les villes, Urba-Clim donne aux décideurs des informations précises de température et d’humidité sur leur territoire, afin de leur permettre de mettre en place des actions concrètes d’adaptation au réchauffement climatique. Conçue comme une plateforme ouverte, Urba-Clim met à disposition des cartes interactives avec la possibilité de comparer les données de quartiers distincts ou de diverses périodes. Les différents niveaux de lecture proposés permettent à chacun de trouver des informations utiles. Les citoyens y trouveront des données pour mieux comprendre leur environnement, tandis que les chercheurs et acteurs de l’aménagement urbain pourront s’emparer de cet outil pour mieux comprendre le phénomène et agir en faveur de villes et de constructions plus résilientes.

Page d’accueil de l’outil Urba-Clim permettant la visualisation de la température, de l’humidité ou encore de l’indice d’îlot de chaleur urbain.
Page d’accueil de l’outil Urba-Clim permettant la visualisation de la température, de l’humidité ou encore de l’indice d’îlot de chaleur urbain. © Urba-Clim, 2026

À Rennes, ville précurseure de l’outil Urba-Clim, la métropole prend l’outil en main depuis début 2026. Pour cela, elle met l’accent sur la sensibilisation de ses agents territoriaux afin de leur permettre d’exploiter pleinement la plateforme.

Pauline Gouverneur, cheffe de projet au sein du service Données Territoriales et Information Géographique de la métropole, explique la démarche autour du projet : « Rennes est vraiment dans une optique de facilitation de la transition écologique et d’adaptation aux effets du changement climatique. Cet outil va permettre à la métropole de mieux guider les choix de politique publique en matière d’atténuation des îlots de chaleur urbains. Il va aussi fournir une base de données commune pour la collaboration entre nos différents services, comme ceux des jardins, de la voirie ou de l’urbanisme, afin de mieux étudier l’impact des îlots de chaleur urbains sur la ville. »

Végétalisation d’une rue à Rennes.
Végétalisation d’une rue à Rennes © Arnaud LOUBRY

Si l’outil n’est pas encore dans une phase d’exploitation opérationnelle, la cheffe de projet assure que l’objectif de sa mise en service au sein de la métropole est de faire le lien avec des actions concrètes éclairées à Rennes et dans les communes de la métropole comme le plan de végétalisation. Débuté en 2020, ce plan vise à végétaliser les lieux prioritaires du centre-ville où les températures sont plus élevées. L’objectif, y planter 500 arbres d’ici 2030 et atteindre 30 000 arbres sur l’ensemble de la ville.

Si la métropole de Rennes est la première à mettre l’outil en service auprès de ses agents, Pauline Gouverneur encourage toutes les villes qui le souhaitent à en demander l’accès. En effet, ce système construit autour de la ville de Rennes et celle de Presidente Prudente au Brésil grâce à un réseau de capteurs citoyens, est transposable à toutes les villes. Le développement de la plateforme dans deux villes en France et au Brésil a permis à l’entreprise Alkante et au LETG d’éprouver la robustesse de la méthode d’identification des ICU et sa réplicabilité sur des zones géographiques aux climats différents, tout en bénéficiant de données satellites facilement disponibles.

Une solution venue de l’espace

Pour réaliser ces cartes, l’outil, labellisé par l’Observatoire spatial pour le climat (SCO) en 2023 grâce à un financement et un accompagnement du CNES, s’appuie sur la complémentarité de deux types de données. 

Premièrement, les réseaux de stations de mesures in situ de la métropole de Rennes et de la ville de Presidente Prudente. Ce premier type de capteurs, repartis en extérieur sur des mâts en hauteur, offre un regard local à l’échelle des rues et prend en compte les caractéristiques géographiques des îlots de chaleur urbains en ville. Il aide à comprendre le comportement des aménagements urbains lors des phases de forte chaleur.

Deuxièmement, Urba-Clim s’appuie sur les données de plusieurs satellites d’imagerie multispectrale tels que les Landsat 8 et 9 américains et les Sentinel-2 du programme européen Copernicus.

Station de mesure de la température et de l’humidité installée à Presidente Prudente au Brésil.
Station de mesure de la température et de l’humidité installée à Presidente Prudente au Brésil. © Alkante

Ces données, disponibles sur le portail GEODES du CNES, apportent une vision globale et généralisable à l’échelle d’un territoire. Elles sont utiles pour caractériser les zones étudiées grâce à des données d’occupation des sols, de végétalisation et de température de surface. 

L’usage de la donnée spatiale ouvre aussi une perspective temporelle, indispensable pour ce type d’outil, grâce aux mesures réalisées à intervalles réguliers lors des survols des villes étudiées. C’est l’intérêt de ce que l’on appelle la revisite qui, grâce à des programmes comme la mission franco-indienne Trishna, tend à augmenter pour réduire les intervalles entre deux passages du satellite au-dessus de la ville.

Cette complémentarité donne à Urba-Clim une vue en trois dimensions des ICU, car si les satellites peuvent étudier les températures des différentes surfaces, ils ne peuvent accéder aux températures atmosphériques, c’est-à-dire la température de l’air à différentes hauteurs, que les capteurs in situ mesurent et qui sont celles perçues par les habitants.

Aujourd’hui, l’unité mixte de recherche LETG et Alkante poursuivent le travail autour de cet outil dans l’objectif d’affiner les mesures d’ICU et d’inclure l’impact de différents scénarios d’aménagement et de végétalisation. À terme, des prévisions météorologiques et des indicateurs sociaux, de santé, de stress hydrique et de confort thermique seront intégrés aux données disponibles sur le site. Les données d’Urba-Clim nourriront aussi d’autres projets tels que City Orchestra, qui vise à faciliter l’usage des données nécessaires à la mise en place de politiques publiques pour la transition écologique.

Découvrez Urba-Clim

Les webinaires, un premier pas dans la lutte contre les ICU

Confrontés aux îlots de chaleur urbains, les collectivités locales et autres acteurs investis de l’aménagement du territoire montrent un intérêt notable pour les possibilités du spatial.

C’est pourquoi le CNES et France Villes et territoires Durables ainsi que la région Sud et l’IGN, proposent, respectivement les deux webinaires suivant en rediffusion sur les îlots de chaleur urbains et comment leur faire face.

Ces webinaires ont démontré l’importance, pour les participants, de disposer de données multi-sources, acquises dans le visible et l’infrarouge, mais également du croisement avec d’autres types de données, typiquement des mesures faites sur le terrain et des informations démographiques. Forts de ces données, les acteurs sont capables de cartographier les zones les plus exposées et de comparer différents scénarios, en vue de prioriser au mieux. 

Un court documentaire réalisé par LETG en partenariat avec la Zone Atelier Armorique et Rennes Métropole est aussi disponible.

Ces travaux traduisent aussi une évolution plus large des usages de l’observation de la Terre. Les données spatiales ne servent plus uniquement à étudier les phénomènes avec un regard académique, elles alimentent de plus en plus de véritables outils au service des politiques publiques. Elles contribuent désormais à évaluer des scénarios d’adaptation face au changement climatique en vue d’objectiver les choix des territoires.

Pour avoir un synthèse des retours d’expérience présentés lors du webinaires du CNES et France Villes et territoires Durables, avoir un aperçu des outils opérationnels ou encore comprendre ce qu’est l’albedo, rendez-vous sur l’article dédié sur GEODES.

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