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Modifié le 04 décembre 2025

Expérience GRASP menée à bord de l’ISS
À bord de l’ISS, Thomas Pesquet réalise une expérience de médecine spatiale. Baptisée GRASP, elle étudie la façon dont la coordination main-œil s’adapte à la micropesanteur © ESA/NASA/T.Pesquet, 2021

La mĂ©decine spatiale permet de comprendre les consĂ©quences de la vie dans l’espace et de protĂ©ger les astronautes. Le plus ? Elle est utile Ă  tous : elle a permis d’amĂ©liorer nos connaissances des effets physiologiques de la sĂ©dentaritĂ©, de dĂ©velopper des appareils de diagnostic innovants. Quant aux satellites, ils sont indispensables Ă  la tĂ©lĂ©mĂ©decine ou la surveillance des Ă©pidĂ©mies.

Protéger les astronautes grâce à la médecine spatiale

Dans l’espace, le corps des astronautes est mis Ă  rude Ă©preuve. Vieillissement accĂ©lĂ©rĂ©, sommeil et perception perturbĂ©s, perte de masse musculaire et osseuse… En cause : la micropesanteur. Le dĂ©placement de la Station spatiale internationale (ISS) autour de la Terre est tel qu’il annule l’effet de l’attraction de la Terre. C’est ce qui lui permet de ne pas tomber sur Terre… et qui explique aussi pourquoi les astronautes semblent flotter.

Longtemps, les modifications physiologiques que la micropesanteur provoque sont restées mystérieuses. Mais grâce à la médecine spatiale, la santé des astronautes est de mieux en mieux comprise et protégée. Un enjeu de taille pour les futures missions longue durée vers la Lune et Mars.

Les scientifiques français ont bien sĂ»r pensĂ© Ă  mener des expĂ©riences dans l’espace. Lors du tout premier voyage d’un français dans l’espace (Jean-Loup ChrĂ©tien en 1982), une première expĂ©rience d’échographie – dĂ©veloppĂ©e par le CNES – Ă©tudie la rĂ©action du cĹ“ur et des vaisseaux dans l’espace. Depuis 1998, les astronautes rĂ©alisent de nombreuses expĂ©riences dans l’ISS. L’échographie reste une technique largement utilisĂ©e : en 2017, Thomas Pesquet a pu tester une nouvelle gĂ©nĂ©ration d’échographe tĂ©lĂ©commandĂ© Ă  distance par un mĂ©decin, lui permettant de contrĂ´ler l’état de la veine porte, la tyroĂŻde et la carotide de l’astronaute.

Expérience Echo à bord de l'ISS
Un échographe de nouvelle génération est présent à bord de l’ISS. Baptisé ECHO, il permet aux médecins de prendre la main à distance sur la tête de la sonde © ESA/NASA/, 2017

Ă€ bord de l’ISS, le sommeil des astronautes est aussi chamboulĂ© : ils observent le soleil se lever et se coucher 16 fois par jour ce qui perturbe les rythmes nyctĂ©mĂ©raux ! En 2021, l’astronaute français sert de nouveau de cobaye avec l’expĂ©rience française DREAMS dĂ©veloppĂ©e chez nous, au CNES. Grâce Ă  un bandeau placĂ© sur le front, son sommeil est enregistrĂ© pendant plusieurs nuits dans le but de dĂ©velopper des thĂ©rapies cognitives favorisant l’endormissement des astronautes. Et en 2023, ce sont des cerveaux miniatures fabriquĂ©s en laboratoire – des organoĂŻdes cĂ©rĂ©braux – qui se sont envolĂ©s vers l’ISS. Grâce Ă  l’expĂ©rience Cerebral Ageing, le vieillissement prĂ©maturĂ© du cerveau des astronautes sera peut-ĂŞtre mieux compris. 

La médecine spatiale : utile pour toutes et tous !

Ces expĂ©riences vous paraissent futiles ? DĂ©trompez-vous, le secteur de la santĂ© est l’un des principaux bĂ©nĂ©ficiaires des avancĂ©es rĂ©alisĂ©es dans le domaine spatial. Les effets de l’environnement spatial sur le corps humain sont similaires Ă  ceux d’un vieillissement accĂ©lĂ©rĂ©, d’un mode de vie très sĂ©dentaire ou d’un alitement prolongĂ©. Ces Ă©tudes aident Ă  mieux comprendre et prĂ©venir certaines maladies comme l’ostĂ©oporose, la chute des personnes âgĂ©es ou encore le risque cardiovasculaire. De plus, la mĂ©decine bĂ©nĂ©ficie des technologies dĂ©veloppĂ©es pour l’espace : camĂ©ra dentaire, Ă©chographe, tĂ©lĂ©mĂ©decine, etc. Il faut Ă©galement noter les progrès au niveau du support-vie apportĂ©s par ces expĂ©riences (recyclage rapide de l’eau, nutrition).

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Faire de la médecine spatiale… sur Terre

La mĂ©decine spatiale ne se cantonne pas qu’à l’espace, la Terre peut aussi servir de laboratoire. Il faut se rendre Ă  MEDES, notre filiale santĂ© basĂ©e Ă  Toulouse. De nombreuses expĂ©riences y sont menĂ©es pour prĂ©parer les missions Ă  bord de l’ISS en collaboration avec le Centre d’aide au dĂ©veloppement des activitĂ©s en micropesanteur et des opĂ©rations spatiales (CADMOS). Ici, des volontaires terriens prennent part Ă  des expĂ©riences comme les « bed rest Â».

En 2023 et 2024, pour l’étude BRACE, 24 hommes restent clouĂ©s au lit pendant 60 jours pour simuler les effets de la micropesanteur. Le but ? Tester l’efficacitĂ© de deux mesures de protection pour les astronautes : pratiquer du vĂ©lo 6 jours sur 7 (toujours allongĂ© !) et rĂ©aliser le mĂŞme exercice au sein d’une centrifugeuse humaine. Les performances et la santĂ© mentale des Ă©quipages intĂ©ressent Ă©galement de près les Ă©quipes de MEDES.

Toujours allongĂ©s pour simuler la micropesanteur, les volontaires de l’expĂ©rience Moonirs rĂ©alisent des exercices mentaux. Ils sont Ă©quipĂ©s d’un capteur portatif sur le front : l’objectif est d’évaluer leur  capacitĂ© Ă  mesurer l’activitĂ© du cerveau pour ainsi pouvoir surveiller les performances des astronautes Ă  distance.

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Étude BRACE sur le repos au lit
Pour l’expérience BRACE (Ved Rest with Artificial gravity and Cycling Exercise), 24 volontaires passent 60 jours en alitement anti-orthostatique : ils sont allongés la tête en bas, selon un angle de 6° par rapport à l’horizontale © MEDES–R. Gaboriaud

Dernier laboratoire pour la mĂ©decine spatiale : l’Airbus A310 ZĂ©ro G exploitĂ© par Novespace. Cet avion particulier est amĂ©nagĂ© pour rĂ©aliser des vols paraboliques. Ă€ chaque parabole (lorsque l’avion monte brusquement puis entre en gravitĂ© zĂ©ro lors d’une courte chute libre), l’état d’apesanteur est reproduit pendant 22 secondes. Nous y menons des expĂ©riences scientifiques avec nos partenaires : mesure du comportement des muscles, Ă©tude du fonctionnement du cerveau humain, l’influence du système nerveux sur les articulations ou encore les effets de la nouvelle rĂ©partition sanguine du sang.

Étudier l’hyper-sédentarité et aider les personnes amputées

Penchons-nous sur les retombĂ©es de ces dĂ©veloppements pour la santĂ© de toutes et tous. Les expĂ©riences menĂ©es Ă  MEDES sont singulières : l’alitement prolongĂ© provoque des effets similaires Ă  l’hyper-sĂ©dentaritĂ©. Elles sont donc particulièrement utiles pour comprendre la survenue de maladies en lien avec la diminution d’activitĂ© physique, un phĂ©nomène actuel dans nos sociĂ©tĂ©s.

Autre exemple : les avancĂ©es en neurosciences. Les scientifiques ont remarquĂ© qu’au sein de l’ISS, les astronautes ont des difficultĂ©s Ă  attraper une balle lancĂ©e vers eux car ils dĂ©clenchent leurs mouvements trop tĂ´t. Une technique a Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ©e pour lutter contre ce phĂ©nomène : grâce Ă  de petites stimulations des nerfs par Ă©lectrodes, la perception est modifiĂ©e. Cette technique est utilisĂ©e sur Terre pour aider les personnes amputĂ©es et en rééducation, et est envisagĂ©e pour traiter les patients après un accident vasculaire cĂ©rĂ©bral.

De nombreuses innovations spatiales sont particulièrement utiles pour la tĂ©lĂ©mĂ©decine. Ici, on est loin d’un simple coup de tĂ©lĂ©phone : pour pratiquer des actes mĂ©dicaux Ă  distance, il faut des services de visioconfĂ©rence, de transmission de donnĂ©es mĂ©dicales… L’échographe tĂ©lĂ©opĂ©rĂ© testĂ© par Thomas Pesquet a par exemple dĂ©jĂ  Ă©tĂ© utilisĂ© sur Terre (en France mĂ©tropolitaine, Guyane et Espagne) pour amĂ©liorer l’accès aux soins des personnes vivant dans des zones isolĂ©es.

Et grâce aux satellites de tĂ©lĂ©communications, exit les zones blanches : la connexion est assurĂ©e partout sur le globe. Mis en circulation dans les annĂ©es 2000, le camion DIABSAT contient tout le matĂ©riel nĂ©cessaire pour rĂ©aliser les examens nĂ©cessaires Ă  la surveillance du diabète. Ĺ’il, pied, rein… Les examens Ă©taient rĂ©alisĂ©s par du personnel paramĂ©dical et directement transmis Ă  des spĂ©cialistes par satellite quand le rĂ©seau tĂ©lĂ©phonique est absent. 

Examen médical à bord du camion Diabsat
Le camion Diabsat permet de mettre en œuvre un programme de télémédecine itinérant de dépistage des complications du diabète, assisté par satellite. Le camion a été réalisé en partenariat entre le CNES et le CHU de Toulouse © CNES/CHETRIT Jacob, 2011

Les satellites jouent aussi les sentinelles depuis l’espace. L’apparition et la propagation de certaines maladies dĂ©pendent de beaucoup de facteurs : l’environnement, le climat, la population, les comportements humains… Certains peuvent ĂŞtre mesurĂ©s par les satellites d’observation de la Terre. On parle de tĂ©lĂ©-Ă©pidĂ©miologie, l’étude des relations climat-environnement-santĂ© assistĂ©e par satellite. 

Pour traquer les Ă©pidĂ©mies, les satellites dĂ©tectent les pĂ©riodes et habitats favorables Ă  la prolifĂ©ration des maladies. On suit par exemple les tempĂ©ratures et les pluies pour dĂ©tecter les pĂ©riodes favorables aux moustiques, qui propagent de nombreux virus. Ces donnĂ©es sont croisĂ©es avec celles rĂ©coltĂ©es sur le terrain, comme les informations mĂ©dicales, vĂ©tĂ©rinaires ou socio-Ă©conomiques pour crĂ©er des cartes de prĂ©vision, comme pour la mĂ©tĂ©o. Cela permet de faire de la prĂ©vention : cibler les zones oĂą les vaccinations sont prioritaires, oĂą la vaccination s’impose, ou encore oĂą les Ă©leveurs doivent Ă©viter d’emmener leurs troupeaux.

Le CNES facilite l’utilisation du spatial en médecine

Le CNES accompagne ceux qui utilisent les technologies spatiales. Un tiers des projets du Centre d’expertise et de support CESARS, spécialisé dans les télécommunications, concerne la télémédecine. Le laboratoire Lab’OT est lui l’interlocuteur concernant les données d’imagerie spatiale. La télémédecine et la médecine terrestre sont en effet poussées par les personnes qui imaginent de nouveaux usages et applications à partir des technologies existantes.

Quizz

Qu’est-ce que l’immersion sèche, mise en œuvre à l’Institut de médecine et physiologie spatiales MEDES ?

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