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Modifié le 04 décembre 2025

© Nancy C. Ross/Getty Images

Courants, tempĂŞtes, zones poissonneuses… VĂ©ritable rĂ©volution, les prĂ©visions ocĂ©anographiques amĂ©liorent la sĂ©curitĂ© et la pratique des professionnels de la mer. Ces « bulletins mĂ©tĂ©o Â» de la mer sont rĂ©alisĂ©s grâce aux donnĂ©es satellites. Ces derniers sont aussi aux premières loges pour scruter les effets du changement climatique sur les ocĂ©ans.

Cartographie des ocĂ©ans, bulletins : la naissance de l’ocĂ©anographie opĂ©rationnelle

« Demain, la canicule marine prĂ©sente dans l’Atlantique Tropical Nord s’intensifie lĂ©gèrement au centre du bassin. La canicule marine en mer des CaraĂŻbes diminue en intensitĂ©, passant globalement de niveau fort Ă  modĂ©rĂ©. »

Avez-vous notĂ© la diffĂ©rence entre ce bulletin ocĂ©anique et un bulletin mĂ©tĂ©o classique ? Marins, pĂŞcheurs et navigateurs sont les principaux intĂ©ressĂ©s : les bulletins ocĂ©aniques leur permettent de naviguer au grès des courants pour limiter leur consommation de carburant, d’éviter les tempĂŞtes ou encore d’identifier les zones de pĂŞche les plus propices. Les prĂ©visions sont fournies gratuitement et pour tous par l’organisme Mercator OcĂ©an International grâce aux satellites, qui rĂ©alisent une vĂ©ritable cartographie des ocĂ©ans du globe.

Hauteur des vagues, courants, tempĂ©rature en surface, teneur en chlorophylle (un pigment vert caractĂ©ristique des plantes), sel : il est possible de mesurer une myriade d’informations depuis l’espace.

En 2003, l’expérience internationale Global Ocean Data Assimulation Experiment (GODAE) est la première expérience d’océanographie opérationnelle. Cette nouvelle discipline vise à produire des bulletins océaniques en se basant sur une série de calculs (qu’on appelle modèles numériques) utilisant les observations satellites, sur terre et en mer.

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Carte illustrant les variations de température des océans à l’échelle mondiale
Grâce à l’océanographie opérationnelle, des prévisions de température de la surface des océans sont produites régulièrement © Mercator Océan International

Les satellites vigies des océans

Penchons-nous sur ces satellites qui scrutent les océans. Dans les années 70, c’est avec l’altimétrie – la mesure de la hauteur d’eau – que commence l’étude des océans par satellite (voir encadré ci-dessous). Les satellites altimétriques ont depuis été rejoints par de nombreuses missions auxquelles le CNES contribue.

LancĂ© en dĂ©cembre 2022, ce satellite franco-amĂ©ricain, dont le CNES a assurĂ© la maitrise d’œuvre, embarque un instrument de rupture technologique : le radar interfĂ©romĂ©trique KaRin dĂ©veloppĂ© avec la NASA. SWOT mesure une image de hauteur des ocĂ©ans avec une qualitĂ© exceptionnelle, Ă  10 cm près. Il recense Ă©galement les stocks d’eau douce sur les continents.

Grâce au radar français SWIM et Ă  l’instrument chinois SCAT, CFOSAT mesure la direction et la hauteur des vagues, ainsi que l’intensitĂ© et la direction des vents. En novembre 2023, il a contribuĂ© Ă  Ă©valuer la force de la tempĂŞte Ciaran en mer, offrant une meilleure prĂ©vision du phĂ©nomène avant qu’il ne touche terre. 

Ils sont les couteaux-suisses de l’ocĂ©anographie opĂ©rationnelle. Les deux satellites Sentinel-3 embarquent trois instruments diffĂ©rents (un radar, un radiomètre imageur et un spectromètre imageur) et mesurent de nombreux paramètres de l’ocĂ©an : hauteur, tempĂ©rature de surface mais aussi la couleur, qui indique la concentration en chlorophylle-a caractĂ©risant la quantitĂ© de phytoplancton (des organismes vivant en surface des ocĂ©ans) dans les eaux survolĂ©es.

VĂ©ritables photographes de l’espace, ces programmes fournissent des images en couleur très prĂ©cises des ocĂ©ans : un dĂ©tail de 70 cm peut ĂŞtre distinguĂ© sur les images PlĂ©iades. De nombreux paramètres ocĂ©aniques peuvent ĂŞtre distinguĂ©s Ă  l’œil nu, en l’absence de nuages : les fronts ou tourbillons formĂ©s par les courants de surface, les vagues, les glaces marines, les pollutions, les algues ou encore les fonds marins dans certaines zones cĂ´tières. 

L’altimétrie spatiale, une véritable révolution

Pendant des siècles, les observations en mer ont rĂ©vĂ©lĂ© la complexitĂ© des phĂ©nomènes ocĂ©aniques : saviez-vous que la mer est loin d’être plate ? Sa hauteur varie en fonction des courants marins, de la tempĂ©rature, du relief sous-marin, des marĂ©es… De nouveaux instruments de mesure ont Ă©tĂ© imaginĂ©s, dont les outils spatiaux. Une multitude d’instruments ont Ă©tĂ© embarquĂ©s Ă  bord des satellites, mais ce sont surtout les missions altimĂ©triques qui ont rĂ©volutionnĂ© la connaissance des ocĂ©ans.

Le principe est simple : installĂ© sur un satellite Ă  environ 1 300 km d’altitude, l’altimètre est un radar. Il Ă©met un signal radar vers la mer, qui se reflète sur la surface de l’eau. L’antenne de l’altimètre reçoit l’écho radar et en dĂ©duit la distance entre le satellite et l’ocĂ©an. Cela permet de mesurer sur tout le globe la hauteur de la surface de l’eau Ă  moins de 1 cm, une prĂ©cision inĂ©galĂ©e. Ă€ la manière des cartes topographiques sur lesquelles on peut voir les reliefs Ă  terre, les experts rĂ©alisent des cartes topographiques de la surface des ocĂ©ans grâce Ă  l’altimĂ©trie.

Le bassin d'Arcachon vu par le satellite Sentinel-2
Les satellites d’imagerie optique fournissent de nombreuses informations sur les océans : courants, reliefs sous-marins, vagues, couleur de l’eau, etc. Ici Sentinel-2 capture le bassin d’Arcachon © Copernicus Sentinel Data, 2016

Les premiers satellites d’altimétrie radar ont été lancés dans les années 70, mais la première grande mission arrive en 1992 avec le satellite franco-américain TOPEX/POSEIDON. Rapidement, le niveau des océans se révèle être un paramètre clé du suivi du changement climatique. La relève sera assurée par la série de satellites JASON-1 (2001), JASON-2 (2008) et JASON-3 (2016), des satellites de référence pour le climat initié par le CNES et la NASA.

La surveillance des ocĂ©ans est capitale, et les satellites ont malheureusement une durĂ©e de vie limitĂ©e : c’est dĂ©sormais la sĂ©rie de satellites Sentinel-6 qui a pris le relai, avec la mise en orbite du premier satellite fin 2020. Au-delĂ  de ces missions de rĂ©fĂ©rence nĂ©cessaires pour suivre finement l’évolution du climat, de nombreux altimètres spatiaux mesurent l’échelle moyenne de l’ocĂ©an, notamment Sentinel-3A et 3B, Altika, Cryosat-2, HY2 et SWOT.

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L’océan, premier régulateur du climat

Les satellites d’altimĂ©trie spatiale ont rĂ©vĂ©lĂ© un constat alarmant : le niveau des mers monte de plus de 3 mm chaque annĂ©e. En cause ? Le rĂ©chauffement climatique. Trois facteurs expliquent cette hausse : l’expansion thermique liĂ©e au rĂ©chauffement des eaux, la fonte des glaciers et celle des calottes polaires. 

L’ocĂ©an est le premier rĂ©gulateur du climat. Il stocke et redistribue d’énormes quantitĂ©s de chaleur : il a absorbĂ© Ă  lui seul 93% de l’excès de chaleur dĂ» au changement climatique induit par les activitĂ©s humaines. Mais les mesures altimĂ©triques montrent que la hausse du niveau marin s’accĂ©lère, et que des rĂ©gions comme l’OcĂ©an Pacifique tropical sont plus touchĂ©es que d’autres. Et les scientifiques sont unanimes, comme en tĂ©moigne le dernier rapport du GIEC (Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat) en 2023 qui utilise ces donnĂ©es.

  • +3,6 mm/an

    La hausse actuelle du niveau marin

  • 3 milliards

    Le nombre d’humains dépendant des ressources marines (poissons, etc.)

Illustration du satellite Jason 3
Le satellite altimétrique Jason-3 embarque plusieurs instruments : un radar altimètre Poseidon-3B fourni par le CNES, un radiomètre micro-ondes AMR fourni par la NASA/JPL, et un triple système d'orbitographie précise (l'instrument DORIS du CNES) © CNES/ill./DUCROS David, 2013

L’ocĂ©an tient un autre rĂ´le majeur face au changement climatique : celui de puits de carbone. Le dioxyde de carbone (CO2), un gaz Ă  effet de serre, est Ă©mis par les activitĂ©s humaines dans l’atmosphère. Il est le principal contributeur au changement climatique : or l’ocĂ©an stocke 20 Ă  30 % de ce carbone, rĂ©duisant ainsi l’impact de nos activitĂ©s sur le climat.

La hausse du niveau des ocĂ©ans a de multiples rĂ©percussions, Ă  la fois sur les communautĂ©s cĂ´tières et les Ă©cosystèmes cĂ´tiers : Ă©rosion des cĂ´tes, submersions permanentes et lors des Ă©vènements extrĂŞmes, perte des mangroves, salinisation des rĂ©serves d’eau douce, perte de terres cultivables, etc. Les connaissances apportĂ©es par les missions spatiales documentent l’évolution du changement climatique, aident Ă  convaincre les dĂ©cideurs de l’urgence Ă  rĂ©agir pour Ă©viter un emballement climatique et Ă  prendre des mesures afin d’en attĂ©nuer les effets.

Quizz

À terre et en mer, il existe des instruments de mesure du niveau des océans comme les marégraphes. Quels sont les avantages à le mesurer par satellite ?

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