Le climat

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Modifié le 05 août 2026

Glacier en Antarctique
Glacier en Antarctique © Pixabay/zhrenming

De nombreux satellites traquent le réchauffement climatique. Complétées par les mesures terrestres, les données spatiales permettent de calculer la température moyenne, mesurer les gaz à effet de serre, observer les nuages et les courants océaniques pour mieux anticiper le climat futur. Quant aux conséquences du réchauffement sur les écosystèmes et les populations, elles sont aussi scrutées depuis l’espace.

Le réchauffement climatique mesuré depuis l’espace

+1,1 °C. C’est la hausse de température à la surface du globe enregistrée entre 1850-1900 et 2011-2020 d’après le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), la référence mondiale sur le climat.

Mais savez-vous comment est Ă©tablie cette mesure du rĂ©chauffement climatique ? Les experts comparent les enregistrements historiques (les stations mĂ©tĂ©o) aux mesures des instruments modernes (depuis les annĂ©es 1980). Grâce aux nombreux capteurs dĂ©sormais disponibles, la tempĂ©rature de la Terre n’a jamais Ă©tĂ© aussi bien mesurĂ©e.

Les scientifiques combinent les enregistrements des stations mĂ©tĂ©o Ă  terre, des capteurs embarquĂ©s sur des navires ou bouĂ©es… et des satellites. En particulier, le capteur IASI (dĂ©veloppĂ© chez nous, au CNES, en coopĂ©ration avec EUMETSAT) sonde la tempĂ©rature de l’atmosphère et de la surface depuis 2006.  Ă€ bord des satellites mĂ©tĂ©o europĂ©en Metop-A, B et C, cet instrument est un outil clef pour observer l’impact des changements climatiques dans l’atmosphère. Son successeur, IASI-NG, fera de mĂŞme Ă  partir de 2026… et jusqu’en 2046.

Sentinel-3A et 3B – pour lesquels nous apportons notre expertise – participent également à cet effort international. Placés en orbite en 2016 et 2018, ces satellites européens mesurent chaque jour la température à la surface de notre planète, à chaque km.

Quand le climat se réchauffe à cause de l’humain

Le climat, c’est-à-dire les conditions météo observées sur une longue période, varie. Des cycles naturels ont toujours été observés à l’échelle de milliers voire de dizaines de milliers d’années. Mais depuis le début de l’ère industrielle (au 19e siècle), un réchauffement global très rapide est observé.

Les scientifiques sont unanimes : il s’explique par les activitĂ©s humaines. La combustion de pĂ©trole dans les vĂ©hicules, les activitĂ©s industrielles ou l’agriculture sont des activitĂ©s qui Ă©mettent des gaz et de petites particules. Cela modifie le cycle naturel du climat : par exemple, les gaz Ă  effet de serre (GES) tels que le dioxyde de carbone (C02) ou le mĂ©thane (CH4) agissent comme le toit d’une serre en rĂ©chauffant la surface de la planète. Les facteurs naturels influençant le climat (Ă©ruptions volcaniques, variations de l’orbite terrestre, etc.) n’ont jouĂ© qu’un rĂ´le minime dans le rĂ©chauffement enregistrĂ© depuis 1850.

AlimentĂ©e par les rayons chauds du Soleil, la machine climatique comporte diffĂ©rents rĂ©servoirs. Par exemple, l’atmosphère conserve la chaleur grâce Ă  l’effet de serre. Mais les mers, forĂŞts et glaces contribuent aussi au climat de la Terre. Les ocĂ©ans emmagasinent la chaleur et la redistribuent au grĂ© des courants, les forĂŞts absorbent le CO2 et les glaces rĂ©flĂ©chissent les rayons du Soleil. 

Illustration des satellites Metop-A, Metop-B, Metop-C
Les trois satellites météorologiques européens Metop embarquent le radar infrarouge IASI. Ils mesurent la concentration de plusieurs gaz à effet de serre dans l’atmosphère © CNES/D.Ducros/M. Regy, 2018

Mieux comprendre le climat pour anticiper le réchauffement

Grâce aux satellites, les scientifiques scrutent chacun de ces rĂ©servoirs pour mieux comprendre le climat. Ils sont l’instrument parfait pour couvrir l’ensemble de la Terre ! L’Union europĂ©enne et l’Agence spatiale europĂ©enne (ESA) l’ont d’ailleurs compris : depuis 2001, le programme Copernicus regroupe et gère des moyens d’observation et de surveillance de la Terre qui ont permis de grandes avancĂ©es dans l’étude du climat.

Toutes ces données alimentent les modèles de climat utilisés par le GIEC. À la manière des modèles météo, ces simulations sur ordinateur servent notamment à anticiper le climat futur… mais aussi à comprendre les retombées de nos activités et limiter leur impact. En 2023, la France a souligné son engagement pour le climat en augmentant de 26% sa contribution au domaine de l’observation de la Terre auprès de l’agence spatiale européenne (ESA).

Zoom sur ces satellites qui permettent de mieux comprendre le climat :

Les activités humaines émettent des GES à l’origine du changement climatique actuel. Ce sondeur infrarouge analyse la superposition des ondes dans l’atmosphère pour en déduire la quantité de dioxyde de carbone (CO2), méthane (CH4) et protoxyde d’azote (N2O), des GES. Dans les futurs satellites météorologiques Metop-SG-A, son successeur IASI-NG offrira des mesures encore plus précises. Le satellite franco-allemand Merlin, avec un lancement en 2028, sera quant à lui le spécialiste du méthane. Développé par l’agence spatiale allemande et le CNES, il doit permettre non seulement de mesurer précisément la quantité de méthane dans l’atmosphère mais aussi d’identifier les sources d’émission de méthane sur Terre.

D’origine naturelle ou humaine, les aĂ©rosols – de petites particules en suspension dans l’air – rĂ©flĂ©chissent les rayons du Soleil. Un satellite franco-amĂ©ricain lancĂ© en 2006 s’est consacrĂ© Ă  l’étude de l’influence des aĂ©rosols et des nuages sur le climat : CALIPSO. Il possĂ©dait 3 instruments diffĂ©rents qui lui permettent de mesurer Ă  la fois l’épaisseur des couches de nuages et d’aĂ©rosols, leur rĂ©partition horizontale et la façon dont ils se superposent. DĂ©sorbitĂ© en 2023, CALIPSO cède sa place Ă  une nouvelle gĂ©nĂ©ration de satellites, qui seront dĂ©veloppĂ©s dans le cadre du programme AOS (Atmosphere Observing System). Le CNES y contribuera, notamment via la mission C2OMODO. A l’aide de deux radiomètres micro-ondes, cette mission permettra d’amĂ©liorer nos connaissances sur le cycle de l’eau de de l’énergie… et donc du climat.

Le rĂ´le des courants ocĂ©aniques, qui transportent de la chaleur et du CO2 sur l’ensemble de la planète, a Ă©tĂ© mis en Ă©vidence par 30 ans d’observation spatiale des ocĂ©ans. Le CNES et la NASA ont dĂ©veloppĂ© conjointement les missions Topex/PosĂ©idon (1993) puis la famille des satellites JASON (depuis 2001). Le but : mesurer le relief des ocĂ©ans (on parle d’altimĂ©trie), un indicateur des courants. Depuis 2009, le satellite europĂ©en SMOS enregistre la concentration en sel des ocĂ©ans, un autre indicateur de la circulation des eaux. Plus rĂ©cemment, CFOSAT – dĂ©veloppĂ© par le CNES et l’agence spatiale chinoise – Ă©tudie depuis 2018 la hauteur des vagues. Un paramètre crucial : plus la mer est agitĂ©e, plus l’ocĂ©an stocke en profondeur l’excĂ©dent de chaleur liĂ© Ă  l’effet de serre. Enfin, le satellite SWOT, dĂ©veloppĂ© conjointement par le CNES et la NASA et lancĂ© en 2022, apporte des observations inĂ©dites pour comprendre les circulations ocĂ©aniques Ă  moyenne Ă©chelle. L’ocĂ©an est le premier rĂ©gulateur du climat : il a absorbĂ© Ă  lui seul 93 % de l’excès de chaleur induit par les activitĂ©s humaines.

Illustration du satellite Swot
Le satellite SWOT © CNES/Mira Productions, 2022

Les réservoirs de carbone sous haute surveillance

L’une des autres missions des programmes spatiaux est le suivi des stocks de carbone. On trouve le carbone partout sur la planète, sous diffĂ©rentes formes : gazeux dans l’atmosphère, notamment sous forme de COet CH4, des GES. Mais il entre aussi dans la constitution des vĂ©gĂ©taux vivants ou morts, se retrouve donc dans les sols forestiers et est dissous dans les ocĂ©ans. Les forĂŞts et ocĂ©ans stockent donc le carbone, on parle de puits de carbone. On estime que la moitiĂ© des Ă©missions issues des activitĂ©s humaines est absorbĂ©e par les puits de carbone.

Mais les sources et puits de carbone sont encore mal connus à l’échelle du globe. Développé par le CNES en coopération avec l’Agence spatiale britannique (UKSA), le microsatellite MicroCarb doit mesurer avec une précision inédite les puits et les sources de carbone à l’échelle mondiale. Première mission spatiale européenne de suivi du carbone, ce démonstrateur technologique ouvre la voie aux futurs missions opérationnelles comme CO2M, mission du programme Copernicus.

Schéma représentant le budget carbone mondial
Le carbone est un élément essentiel du réchauffement climatique : sous sa forme gazeuse, il est un gaz à effet de serre majeur. Il est émis par différentes sources (industrie, transport, agriculture…) mais aussi stocké dans les puits de carbone © ESA (data source: Global Carbon Project)

Plus les forĂŞts sont denses et Ă©tendues, plus elles piègent le carbone… et limitent le rĂ©chauffement climatique. Alors que près de 40 milliards de tonnes de CO2 sont Ă©mises chaque annĂ©e, les forĂŞts en absorbent 16 milliards. Problème : les surfaces forestières ont tendance Ă  diminuer sur notre planète.

Quant au satellite Biomass, il a permis à l’ESA de placer les forêts sous haute surveillance depuis 2024. Grâce à son instrument radar, le satellite placé à 630 km d’altitude évalue la biomasse forestière, c’est-à-dire les quantités de feuilles, branches, troncs et racines présents dans les forêts. Il estime ainsi le stock de carbone forestier. Biomass est le premier satellite capable de mesurer aussi loin à travers les feuilles. Il complète les données de nombreuses missions d’observation de la Terre – Sentinel-1A, Sentinel-2A et 2B, la série Spot, Pléiades Neo et Venµs – qui permettent de réaliser des cartes des forêts du monde entier.

Surveiller les conséquences du réchauffement climatique

MalgrĂ© les avancĂ©es majeures dans la comprĂ©hension du climat, malgrĂ© les cris d’alarme des scientifiques et experts… Le changement climatique est en cours et ne s’arrĂŞtera pas. Ses consĂ©quences sont dĂ©jĂ  visibles, mĂŞme depuis l’espace !

Exemple phare : la hausse du niveau des mers. Les satellites d’altimĂ©trie successifs (Topex/PosĂ©idon, Jason, Sentinel-6, SWOT) scrutent attentivement le niveau des mers. Ces missions altimĂ©triques – reposant sur l’émission et l’enregistrement de l’écho d’un signal radar – ont rĂ©volutionnĂ© la connaissance des ocĂ©ans. Elles offrent une mesure de la hauteur des ocĂ©ans du monde entier Ă  moins de 1 cm, une prĂ©cision inĂ©galĂ©e. Depuis 2013, le satellite franco-indien SARAL/AltiKa complète ces donnĂ©es Ă  un niveau de dĂ©tail (on parle de rĂ©solution) encore plus important.

Photo du glacier Columbia en Alaska vu par le satellite Pléiades
Les effets du réchauffement climatique s’observent depuis l’espace. En Alaska, les glaciers (ici le glacier Columbia) enregistrent une perte de 76 milliards de tonnes de glace par an © CNES/Distribution Airbus DS, 2015
  • 20 cm

    L'élévation du niveau moyen de la mer entre 1901 et 2018

  • 3,7 mm

    La vitesse de la hausse du niveau des mers par an depuis 2006

Qui dit rĂ©chauffement dit fonte des glaces… Banquises, glaciers, neige, sols gelĂ©s, tous subissent de plein fouet les effets de la hausse de la tempĂ©rature globale. La superficie des surfaces gelĂ©es diminue, elles reflètent donc moins les rayons du Soleil ce qui a pour consĂ©quence d’augmenter la chaleur emmagasinĂ©e par la Terre… Un cercle infernal !

Consciente de cet enjeu important, la communauté spatiale dédie des missions à la surveillance de la cryosphère, c’est-à-dire toutes ces parties de la Terre où l’eau est gelée. Les fontes spectaculaires de la banquise arctique en été ou des calottes polaires sont observées par les satellites d’observation comme l’européen Envisat ou le canadien Radarsat.

Enfin, depuis 2010, la mission Cryosat-2 est dĂ©diĂ©e aux glaces polaires. Grâce Ă  un instrument novateur fabriquĂ© en France, l’épaisseur des banquises et calottes sont mesurĂ©es depuis l’espace au centimètre près. RĂ©sultat : les donnĂ©es ont rĂ©vĂ©lĂ© une perte de 76 milliards de tonnes de glace par an en Alaska au cours de la dernière dĂ©cennie. Sans aucun doute, chacun – entreprises, dĂ©cideurs et citoyens – doit se mobiliser pour attĂ©nuer le rĂ©chauffement climatique en cours.

Quizz

Le climat mondial s’équilibre entre plusieurs compartiments terrestres. Lesquels sont scrutés par satellite ?

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