Les catastrophes naturelles

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Modifié le 04 décembre 2025

Maisons dévastées après le passage d'un Ouragan en Floride
Maisons dévastées par un ouragan en Floride © CHUYN/Getty Images

Après une catastrophe, les agences spatiales peuvent reprogrammer leurs satellites pour fournir, en quelques heures, des images de la zone sinistrée. Ces données sont précieuses pour déployer les équipes de secouristes sur les zones prioritaires. Et si les réseaux téléphoniques sont endommagés, les satellites de télécommunication assurent une liaison téléphonique indispensable.

Identifier rapidement les dégâts par satellite

Le 6 février 2023, la Syrie et la Turquie sont frappées par un puissant séisme de magnitude 7,8. Dès le lendemain matin, des images fournies par les satellites d’observation de la Terre permettent d’évaluer l’étendue des dégâts. Sur les images ci-dessous, on observe des bâtiments effondrés et des tentes déployées dans le stade pour les habitants réfugiés de la ville Kahramanmaras.

Kahramanmaras, Turquie, images satellites Pléiades avant/après le séisme
La ville de Kahramanmaras, au sud de la Turquie, est proche de l’épicentre du séisme. À gauche une image avant le séisme, à droite une image du satellite Pléiades le lendemain du séisme. Les habitants se réfugient sous des tentes blanches dans le stade © Esri, Maxar, Earthstar Geographics and the GIS User Community

Quelques jours plus tard, une carte très documentĂ©e des dĂ©gâts dans la ville de Kirikhan est fournie par le service de cartographie rapide mandatĂ© par nous, au CNES (Icube-SERTIT Ă  Strasbourg) Ă  partir des informations issues des donnĂ©es satellites. Tout y est dĂ©taillĂ© : les bâtiments totalement dĂ©truits, très endommagĂ©s ou partiellement touchĂ©s, les routes bloquĂ©es ou encore les lieux oĂą sont rĂ©fugiĂ©s les habitants.

Toutes ces informations sont prĂ©cieuses : elles permettent aux services de secours d’identifier très prĂ©cisĂ©ment les zones sinistrĂ©es, les obstacles qui peuvent bloquer l’accès, l’état des moyens de communication comme les ports et aĂ©rodromes et les voies Ă  emprunter. Ils sont ainsi en mesure d’apporter de l’aide rapidement aux habitants coincĂ©s sous les dĂ©combres, et des vivres aux sinistrĂ©s.

Une Charte internationale au service des secouristes et des décideurs

Si cette mécanique est aujourd’hui bien huilée, c’est grâce à la Charte internationale espace et catastrophes majeures. Elle réunit 17 agences et 7 fournisseurs de données spatiales, dont le CNES.

L’objectif de la Charte ? Fournir gratuitement et le plus rapidement possible des donnĂ©es spatiales aux pays touchĂ©s par d’importantes catastrophes, qu’elles soient naturelles ou d’origine humaine. Chaque membre assure une veille permanente pour servir les populations sinistrĂ©es grâce aux Ă©quipes de secouristes et organismes de protection civile. Cette Ă©tonnante coalition dĂ©passe les habituels clivages politiques et Ă©conomiques.

  • 800

    déclenchements de la Charte à la date du 11 février 2023

  • 75%

    sont liés à des phénomènes hydro-météorologiques (tempêtes, inondations, glissements de terrain, feux)

  • 50

    activations en moyenne par an

  • 134

    pays bénéficiaires

Mais comment activer la charte ? Lorsqu’un utilisateur autorisĂ© – reprĂ©sentant d’un organisme national de protection civile, de secours ou de sĂ©curitĂ© – a besoin de l’aide des satellites suite Ă  une catastrophe de grande ampleur, il active la Charte grâce Ă  une plateforme internet. Des agents d’astreinte analysent la requĂŞte et demandent la programmation des satellites les plus adaptĂ©s Ă  la catastrophe.

Les agences spatiales et fournisseurs de données se mobilisent alors pour lancer les acquisitions de nouvelles images et récupérer des images de la zone sinistrée avant la catastrophe. En quelques heures ou jours, les premières images satellites et cartes sont fournies gratuitement aux utilisateurs, et le sont en continu pendant toute la durée d’activation de la Charte (une dizaine de jours en moyenne).

Image satellite de la crue et des dégâts après la tempête Alex en Vésubie, 2020
L’étendue de la crue et les dégâts sur les bâtiments et le réseau routier sont identifiés, comme ici lors des inondations de la vallée de la Vésubie au passage de la tempête Alex en 2020 © SERTIT

Imagerie spatiale optique et radar

En pratique, les services de secours reçoivent les images optiques des satellites, semblables Ă  des photos. Mais d’autres donnĂ©es comme celles issues des radars sont difficiles Ă  dĂ©crypter. Des instituts spĂ©cialisĂ©s dans la cartographie rapide (comme ICube-SERTIT) s’en chargent, pour en faire des cartes exploitables pour des non-spĂ©cialistes. La Charte peut ĂŞtre activĂ©e en cas de catastrophe suite Ă  :

  • Un cyclone
  • Un tremblement de terre
  • Des incendies
  • Des inondations
  • Un tsunami
  • Une Ă©ruption volcanique
  • Un glissement de terrain
  • Un dĂ©versement d’hydrocarbures
  • Une catastrophe technologique comme une collision de trains, une explosion dans une usine, etc.
  • La recherche de navires ou avions ayant disparu en mer


Dans certains cas, la Charte ne peut pas ĂŞtre activĂ©e : cela concerne les demandes hors cadre, comme les guerres ; les phĂ©nomènes pour lesquels l’imagerie spatiale n’a pas d’intĂ©rĂŞt avĂ©rĂ©, comme les canicules ou les Ă©pidĂ©mies ; les situations Ă©voluant lentement comme les sĂ©cheresses ou trop rapidement comme les crues Ă©clair.

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Quels sont les satellites utilisés par la Charte ?

La plupart des satellites d’observation de la Terre contributeurs de la Charte fournissent des images optiques ou radar. Les images optiques sont similaires Ă  des photographies prises depuis l’espace. Certains satellites, comme les PlĂ©iades Neo, sont capables de voir des dĂ©tails au sol jusqu’à 30 cm. Leur inconvĂ©nient : aucune donnĂ©e ne peut ĂŞtre obtenue de nuit ou sous les nuages. Dans ce cas, ce sont les satellites radar qui prennent le relai. Au total, plus de 270 satellites issus des membres de la Charte ou des fournisseurs de donnĂ©es partenaires peuvent ĂŞtre utilisĂ©s et programmĂ©s en mode « urgent Â». Les satellites français SPOT, PlĂ©iades et PlĂ©iades Neo sont des contributeurs phares.

Les satellites de télécommunication assurent le lien

Les services rendus par le spatial lors des catastrophes naturelles ne s’arrĂŞtent pas Ă  la Charte. Bien souvent, les rĂ©seaux de communication terrestres comme le tĂ©lĂ©phone sont endommagĂ©s lors des catastrophes. Or il est fondamental pour les secours de pouvoir garder un lien avec leurs collègues !

Les satellites de télécommunications assurent cette liaison. Par exemple, le kit humanitaire Emergesat construit par le CNES et Thales Alenia Space contient tout le nécessaire aux équipes pour gérer les crises humanitaires. Il assure une liaison par satellite, un échange de données avec les centres de décision et met à disposition des cartographies satellites. Quant au nouveau service européen IRIS2, il assure un moyen de communication par satellite fiable aux États-membres de l’Union Européenne et vise à soutenir la Sécurité civile lors des catastrophes.

Et après ? Une fois la phase d’urgence passĂ©e, les personnes secourues, les sinistrĂ©s Ă  l’abri dans des hĂ©bergements temporaires… il faut dĂ©blayer et reconstruire. LĂ  encore les satellites sont prĂ©sents pour aider. Par exemple, après le passage de l’ouragan Irma Ă  Saint-BarthĂ©lemy et Saint-Martin en 2017, nous avons a mis nos moyens satellites Ă  la disposition des pouvoirs publics en programmant les satellites PlĂ©iades de façon intensive. Une information exhaustive, globale et mise Ă  jour rĂ©gulièrement a pu ainsi ĂŞtre fournie aux autoritĂ©s pour suivre l’avancement des travaux de reconstruction grâce au Recovery Observatory. 

Ce mĂ©canisme de coopĂ©ration internationale, en cours d’élaboration sous l’impulsion du CNES, vise Ă  coordonner les acquisitions d’images satellites et synthĂ©tiser l’information lors d’évènements majeurs nĂ©cessitant de vastes efforts de reconstruction. Un prototype en situation rĂ©elle est expĂ©rimentĂ© depuis 2017 Ă  HaĂŻti pour la gestion des suites de l’ouragan Matthew dans les zones les plus touchĂ©es du pays.

Depuis 2020, d’autres tests ont eu lieu en conditions opĂ©rationnelles dans le cadre du ComitĂ© sur les satellites d’observation de la Terre : après l’explosion dans le port de Beyrouth en 2020, au passage des ouragans ETA/IOTA en AmĂ©rique Centrale en 2020, du sĂ©isme en HaĂŻti en 2021 et lors des inondations dĂ©vastatrices au Pakistan en 2022 et en Libye en 2023.

Quizz

Dans quel contexte est-il possible d’obtenir gratuitement des données satellites d’urgence ?

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