La pollution

  • Dossier

  • SystĂšme Terre

  • Climat

Modifié le 04 décembre 2025

Émissions de gaz nocifs dans l’atmosphùre au-dessus d'une ville, avant l’aube
© MaYcaL/Getty Images

Gaz, aĂ©rosols et particules fines polluent l’air que nous respirons. Ils sont Ă©mis par des sources naturelles mais aussi par les activitĂ©s humaines et reprĂ©sentent un problĂšme sanitaire et environnemental. GrĂące aux instruments embarquĂ©s Ă  bord des satellites, la concentration, source ou encore dispersion des polluants sont sous haute surveillance. 

Mesurer la pollution depuis l’espace

En 2020, le monde vit un phĂ©nomĂšne sans prĂ©cĂ©dent : une partie de l’humanitĂ© est mise Ă  l’arrĂȘt, confinĂ©e pour limiter la propagation du Covid-19. À 800 km d’altitude, le satellite Sentinel-5P du programme europĂ©en Copernicus mesure alors un phĂ©nomĂšne inĂ©dit : une baisse importante de la pollution de l’air. À Paris, Madrid, Milan ou Rome, les niveaux de dioxyde d’azote – un polluant Ă©mis par le chauffage, certaines industries et l’épandage d’engrais – chutent de 30% en mars 2020 par rapport au mois de mars 2019 grĂące au ralentissement des activitĂ©s humaines. 

Cartes des concentrations de dioxyde d'azote en France en 2020
Cartes des concentrations de dioxyde d'azote en France. A gauche : en mars 2019. A droite : en mars 2020, pendant la pandémie de Covid-19 © ESA

DĂšs 1978, de premiers satellites scrutent la pollution de l’air : le satellite TOMS-EP de la NASA, l’agence spatiale amĂ©ricaine, repĂšre la formation d’un trou dans la couche d’ozone, cette couche gazeuse qui nous protĂšge des rayons UV nocifs du Soleil. Pour cela, des instruments de mesure appelĂ©s spectromĂštres sont embarquĂ©s Ă  bord.

Penchons-nous sur leur fonctionnement. Notre planĂšte est entourĂ©e d’une atmosphĂšre, une enveloppe qui contient des gaz, de la vapeur d’eau (par exemple sous forme de nuages), des particules... Lorsque la lumiĂšre du Soleil la traverse, elle interagit avec tous ces Ă©lĂ©ments. Chacun d’entre eux diffuse la lumiĂšre Ă  sa maniĂšre, sous sa propre signature. Les spectromĂštres sont capables de mesurer cette signature et ainsi reconnaitre les Ă©lĂ©ments. RĂ©sultat : la concentration des diffĂ©rents polluants gazeux est Ă©valuĂ©e en fonction de l’altitude.

Illustration des satellites Metop-A, Metop-B, Metop-C
Les trois satellites mĂ©tĂ©orologiques europĂ©ens Metop embarquent le sondeur atmosphĂ©rique infrarouge IASI. Ils mesurent la concentration de plusieurs gaz Ă  effet de serre dans l’atmosphĂšre © CNES/D.Ducros/M. Regy, 2018

IASI, un spectromÚtre à bord des satellites météo

Avec EUMETSAT, nous avons dĂ©veloppĂ© l’instrument IASI (InterfĂ©romĂštre AtmosphĂ©rique de Sondage Infrarouge) au CNES. Construit par Thales Alenia Space, ce spectromĂštre mesure diffĂ©rents polluants gazeux (ozone, monoxyde de carbone, dioxyde de soufre et ammoniac) ainsi que les aĂ©rosols, de petites particules polluantes. Trois instruments IASI survolent notre planĂšte Ă  bord des satellites mĂ©tĂ©orologiques MetOp d’Eumetsat depuis 2006. Deux fois par jour, ils Ă©tablissent une carte des polluants de la totalitĂ© de l’atmosphĂšre. Les instruments IASI mesurent Ă©galement l’humiditĂ© et la tempĂ©rature : ils sont de prĂ©cieux alliĂ©s des mĂ©tĂ©orologues pour fournir des prĂ©visions prĂ©cises. Leur successeur, IASI-NG, a une rĂ©solution deux fois plus importante, offrant une meilleure prĂ©cision des mesures de tempĂ©rature et d’humiditĂ©.

Des Ă©missions naturelles ou d’origine humaine

Savez-vous ce qui constitue la pollution atmosphĂ©rique ?

  • Certains gaz, comme le dioxyde de soufre, les oxydes d’azote, les composĂ©s organiques volatils, l’ozone, l’ammoniac ou encore les hydrocarbures aromatiques polycycliques.
  • Les poussiĂšres ou aĂ©rosols, aussi appelĂ©s particules fines.


Il existe plusieurs cas de figure Ă  l'origine de la pollution de l'air. D’origine naturelle, les polluants sont Ă©mis lors d’éruptions volcaniques, de tempĂȘtes de sable ou encore d’incendie de forĂȘts. Mais une grande partie de la pollution de l’air s’explique par les activitĂ©s humaines : les industries, les transports, l’agriculture ou encore les cheminĂ©es rejettent ces gaz et poussiĂšres dans l’atmosphĂšre, parfois dans de grandes quantitĂ©s. Ils y restent alors pendant des mois, portĂ©s au grĂšs des vents et pluies.

Vue satellite d’une Ă©ruption volcanique
Les Ă©ruptions volcaniques, tout comme les incendies de forĂȘt, sont des phĂ©nomĂšnes naturels qui contribuent Ă  la pollution atmosphĂ©rique en rejetant des gaz et aĂ©rosols dans l’atmosphĂšre. Ici, l’Etna en Ă©ruption est captĂ© par le satellite Spot 4 en 2001 © CNES/Distribution Airbus DS, 2001

Un problĂšme sanitaire mondial

La pollution de l’air est un problĂšme de santĂ© majeur Ă  l’échelle mondiale. Lorsque nous respirons, les particules fines pĂ©nĂštrent les voies respiratoires et les plus petites d'entre-elles peuvent aller jusqu’aux poumons et mĂȘme passer dans le sang. Les gaz, eux, sont irritants pour la peau, les muqueuses et les voies respiratoires. RĂ©sultat : plus de maladies cardiovasculaires, cancers, diabĂšte de type 2, affections neurologiques, troubles respiratoires ou encore de reproduction. L’organisme SantĂ© publique France estime que 40 000 dĂ©cĂšs sont attribuables chaque annĂ©e aux particules fines. Les plantes, sols et la faune sont eux aussi affectĂ©s par la pollution de l’air.

Le rĂŽle des satellites sentinelles est alors fondamental. Lorsqu’on connaĂźt la dispersion des polluants, leur nature ou encore les pics de pollution, on peut prendre des mesures de prĂ©vention. Rappelez-vous par exemple le trou dans la couche d’ozone, dĂ©tectĂ© par satellite en 1978 : grĂące aux interdictions mises en place visant certaines substances chimiques nocives, le trou est en train de se rĂ©sorber.

En s’inspirant de la prĂ©vision mĂ©tĂ©o, l’Union europĂ©enne et l’Agence spatiale europĂ©enne ont lancĂ© en 2001 l’initiative de surveillance globale baptisĂ©e Copernicus. Elle rassemble les donnĂ©es des satellites environnementaux mais aussi d’instruments sur Terre pour obtenir une vue globale de l’état de notre planĂšte. L’intĂ©rĂȘt ? Copernicus a par exemple donnĂ© naissance Ă  CAMS (Copernicus Atmospheric Monitoring Service). GrĂące notamment aux donnĂ©es du spectromĂštre IASI du CNES, CAMS fournit chaque jour des prĂ©visions de concentrations de monoxyde de carbone et d’aĂ©rosols pour toute la planĂšte.

CALIPSO, une sentinelle pour le climat

À 705 km au-dessus de nos tĂȘtes, le mini-satellite CALIPSO (Cloud Aerosol Lidar and Infrared Pathfinder Satellite Observations) analyse les aĂ©rosols et nuages depuis 2006. L’objectif est ici diffĂ©rent : CALIPSO vise Ă  mieux comprendre comment ces derniers influencent le climat terrestre. Il embarque un radiomĂštre infrarouge (qui mesure le rayonnement infrarouge des nuages) mais aussi un LIDAR, un instrument qui envoie un faisceau laser pour dĂ©tecter les objets. La mission CALIPSO est le fruit de notre coopĂ©ration avec la NASA. Le satellite a tirĂ© sa rĂ©vĂ©rence Ă  l’étĂ© 2023. Un nouveau lidar spatial est lancĂ© en 2024 par l’Agence spatiale europĂ©enne pour prendre sa relĂšve : le satellite EarthCare

Fabrication d’engrais, Ă©levage intensif et feux de forĂȘt

Une autre information est cruciale pour lutter contre la pollution de l’air : connaĂźtre la source de la pollution. GrĂące aux donnĂ©es collectĂ©es par IASI entre 2008 et 2016, une Ă©quipe de scientifiques franco-belges a Ă©laborĂ© en 2018 la premiĂšre carte mondiale des Ă©missions d’ammoniac, au kilomĂštre prĂšs. 248 sources ponctuelles d’émissions ont Ă©tĂ© identifiĂ©es, dont les deux tiers Ă©taient passĂ©es sous les radars jusqu’à prĂ©sent. ExceptĂ© une source d’origine naturelle en Tanzanie, elles ont toutes Ă©tĂ© reliĂ©es aux activitĂ©s humaines
 130 sources sont des usines de fabrication d’ammoniac comme engrais et 83 sont des zones d’élevage intensif (les dĂ©jections d’animaux Ă©mettent de l’ammoniac).

De vastes zones d’émissions, comme la vallĂ©e du Gange en Inde, comportent Ă©galement des zones d’épandage d’engrais, d’agriculture intensive ou encore de nombreuses usines de production d’engrais. Une fois dans l’air, l’ammoniac interagit avec les autres composants pour former des particules fines qui pĂ©nĂštrent profondĂ©ment dans les voies respiratoires.

Carte mondiale des émissions de molécules d'ammoniac
Carte mondiale des émissions de molécules d'ammoniac © Nasa, Terrametrics 2019 / M. Van Damme et al., Nature, 2018

Les sources naturelles de polluants n’échappent pas non plus aux yeux de IASI. À bord des satellites MetOp, les spectromĂštres observent les effets d’incendies au Portugal et en Espagne jusqu’à plus de 6500 km ! En 2017, lors de ces feux de forĂȘts, du monoxyde de carbone est relĂąchĂ© dans l’atmosphĂšre. Il est emportĂ© par l’ouragan Ophelia puis les vents d’Ouest, et survole la Bretagne, le Royaume-Uni, la NorvĂšge et atteint mĂȘme la mer Caspienne.

Quant au dioxyde de soufre et aux cendres libĂ©rĂ©s lors d’éruptions volcaniques, ils sont aussi surveillĂ©s. Suite au rĂ©veil du volcan Eyjafjöll en Islande en 2010, les Ă©quipes françaises du laboratoire de recherche LATMOS en collaboration avec l’UniversitĂ© libre de Bruxelles ont dĂ©veloppĂ© un systĂšme d'alerte basĂ© sur le suivi des panaches des cendres volcaniques par IASI. Aujourd'hui, ces donnĂ©es contribuent au projet SACS (Support to Aviation Control Service) Ă  destination des compagnies aĂ©riennes pour dĂ©livrer des alertes en temps rĂ©el. Un atout de taille pour la sĂ©curitĂ© du trafic aĂ©rien.

Calisph’air : la qualitĂ© de l’air pour les scolaires

Chaque annĂ©e grĂące Ă  notre projet Ă©ducatif Calisph’Air, des classes du secondaire sont sensibilisĂ©es aux problĂ©matiques environnementales liĂ©es Ă  la pollution atmosphĂ©rique et Ă  la qualitĂ© de l’air. Les Ă©lĂšves participent Ă  deux campagnes saisonniĂšres de mesures locales de la qualitĂ© de l’air afin de comparer leurs rĂ©sultats avec les donnĂ©es satellitaires. Ils contribuent ainsi avec des jeunes du monde entier Ă  alimenter la base de donnĂ©es internationale GLOBE.

Quizz

Quels sont les polluants détectés par notre spectromÚtre IASI ?

Plusieurs réponses possibles

Vous aimez les contenus du CNES ? Suivez-nous sur Instagram

Continuez votre exploration