Gaz, aĂ©rosols et particules fines polluent lâair que nous respirons. Ils sont Ă©mis par des sources naturelles mais aussi par les activitĂ©s humaines et reprĂ©sentent un problĂšme sanitaire et environnemental. GrĂące aux instruments embarquĂ©s Ă bord des satellites, la concentration, source ou encore dispersion des polluants sont sous haute surveillance.
Mesurer la pollution depuis lâespace
En 2020, le monde vit un phĂ©nomĂšne sans prĂ©cĂ©dent : une partie de lâhumanitĂ© est mise Ă lâarrĂȘt, confinĂ©e pour limiter la propagation du Covid-19. Ă 800 km dâaltitude, le satellite Sentinel-5P du programme europĂ©en Copernicus mesure alors un phĂ©nomĂšne inĂ©dit : une baisse importante de la pollution de lâair. Ă Paris, Madrid, Milan ou Rome, les niveaux de dioxyde dâazote â un polluant Ă©mis par le chauffage, certaines industries et lâĂ©pandage dâengrais â chutent de 30% en mars 2020 par rapport au mois de mars 2019 grĂące au ralentissement des activitĂ©s humaines.
DĂšs 1978, de premiers satellites scrutent la pollution de lâair : le satellite TOMS-EP de la NASA, lâagence spatiale amĂ©ricaine, repĂšre la formation dâun trou dans la couche dâozone, cette couche gazeuse qui nous protĂšge des rayons UV nocifs du Soleil. Pour cela, des instruments de mesure appelĂ©s spectromĂštres sont embarquĂ©s Ă bord.
Penchons-nous sur leur fonctionnement. Notre planĂšte est entourĂ©e dâune atmosphĂšre, une enveloppe qui contient des gaz, de la vapeur dâeau (par exemple sous forme de nuages), des particules... Lorsque la lumiĂšre du Soleil la traverse, elle interagit avec tous ces Ă©lĂ©ments. Chacun dâentre eux diffuse la lumiĂšre Ă sa maniĂšre, sous sa propre signature. Les spectromĂštres sont capables de mesurer cette signature et ainsi reconnaitre les Ă©lĂ©ments. RĂ©sultat : la concentration des diffĂ©rents polluants gazeux est Ă©valuĂ©e en fonction de lâaltitude.
Des Ă©missions naturelles ou dâorigine humaine
Savez-vous ce qui constitue la pollution atmosphérique ?
- Certains gaz, comme le dioxyde de soufre, les oxydes dâazote, les composĂ©s organiques volatils, lâozone, lâammoniac ou encore les hydrocarbures aromatiques polycycliques.
- Les poussiÚres ou aérosols, aussi appelés particules fines.
Il existe plusieurs cas de figure Ă l'origine de la pollution de l'air. Dâorigine naturelle, les polluants sont Ă©mis lors dâĂ©ruptions volcaniques, de tempĂȘtes de sable ou encore dâincendie de forĂȘts. Mais une grande partie de la pollution de lâair sâexplique par les activitĂ©s humaines : les industries, les transports, lâagriculture ou encore les cheminĂ©es rejettent ces gaz et poussiĂšres dans lâatmosphĂšre, parfois dans de grandes quantitĂ©s. Ils y restent alors pendant des mois, portĂ©s au grĂšs des vents et pluies.
Le rĂŽle des satellites sentinelles est alors fondamental. Lorsquâon connaĂźt la dispersion des polluants, leur nature ou encore les pics de pollution, on peut prendre des mesures de prĂ©vention. Rappelez-vous par exemple le trou dans la couche dâozone, dĂ©tectĂ© par satellite en 1978 : grĂące aux interdictions mises en place visant certaines substances chimiques nocives, le trou est en train de se rĂ©sorber.
En sâinspirant de la prĂ©vision mĂ©tĂ©o, lâUnion europĂ©enne et lâAgence spatiale europĂ©enne ont lancĂ© en 2001 lâinitiative de surveillance globale baptisĂ©e Copernicus. Elle rassemble les donnĂ©es des satellites environnementaux mais aussi dâinstruments sur Terre pour obtenir une vue globale de lâĂ©tat de notre planĂšte. LâintĂ©rĂȘt ? Copernicus a par exemple donnĂ© naissance Ă CAMS (Copernicus Atmospheric Monitoring Service). GrĂące notamment aux donnĂ©es du spectromĂštre IASI du CNES, CAMS fournit chaque jour des prĂ©visions de concentrations de monoxyde de carbone et dâaĂ©rosols pour toute la planĂšte.
Fabrication dâengrais, Ă©levage intensif et feux de forĂȘt
Une autre information est cruciale pour lutter contre la pollution de lâair : connaĂźtre la source de la pollution. GrĂące aux donnĂ©es collectĂ©es par IASI entre 2008 et 2016, une Ă©quipe de scientifiques franco-belges a Ă©laborĂ© en 2018 la premiĂšre carte mondiale des Ă©missions dâammoniac, au kilomĂštre prĂšs. 248 sources ponctuelles dâĂ©missions ont Ă©tĂ© identifiĂ©es, dont les deux tiers Ă©taient passĂ©es sous les radars jusquâĂ prĂ©sent. ExceptĂ© une source dâorigine naturelle en Tanzanie, elles ont toutes Ă©tĂ© reliĂ©es aux activitĂ©s humaines⊠130 sources sont des usines de fabrication dâammoniac comme engrais et 83 sont des zones dâĂ©levage intensif (les dĂ©jections dâanimaux Ă©mettent de lâammoniac).
De vastes zones dâĂ©missions, comme la vallĂ©e du Gange en Inde, comportent Ă©galement des zones dâĂ©pandage dâengrais, dâagriculture intensive ou encore de nombreuses usines de production dâengrais. Une fois dans lâair, lâammoniac interagit avec les autres composants pour former des particules fines qui pĂ©nĂštrent profondĂ©ment dans les voies respiratoires.
Les sources naturelles de polluants nâĂ©chappent pas non plus aux yeux de IASI. Ă bord des satellites MetOp, les spectromĂštres observent les effets dâincendies au Portugal et en Espagne jusquâĂ plus de 6500 km ! En 2017, lors de ces feux de forĂȘts, du monoxyde de carbone est relĂąchĂ© dans lâatmosphĂšre. Il est emportĂ© par lâouragan Ophelia puis les vents dâOuest, et survole la Bretagne, le Royaume-Uni, la NorvĂšge et atteint mĂȘme la mer Caspienne.
Quant au dioxyde de soufre et aux cendres libĂ©rĂ©s lors dâĂ©ruptions volcaniques, ils sont aussi surveillĂ©s. Suite au rĂ©veil du volcan Eyjafjöll en Islande en 2010, les Ă©quipes françaises du laboratoire de recherche LATMOS en collaboration avec lâUniversitĂ© libre de Bruxelles ont dĂ©veloppĂ© un systĂšme d'alerte basĂ© sur le suivi des panaches des cendres volcaniques par IASI. Aujourd'hui, ces donnĂ©es contribuent au projet SACS (Support to Aviation Control Service) Ă destination des compagnies aĂ©riennes pour dĂ©livrer des alertes en temps rĂ©el. Un atout de taille pour la sĂ©curitĂ© du trafic aĂ©rien.
Quizz
Quels sont les polluants détectés par notre spectromÚtre IASI ?
Plusieurs réponses possibles