Publié le 02 août 2026

Sunshine : le film de SF sur l’extinction du Soleil à l’épreuve de la science

  • Actualité

  • Système solaire

  • Culture

Le soleil omniprésent et l’éclipse du 12 août nous ont donné envie de revoir Sunshine, le blockbuster spatial de Danny Boyle, avec notre expert thématique Soleil, Héliosphère et Magnétosphère.

Un homme se tient debout devant un Soleil en pleine activité.
© Twentieth Century Fox France

Éclipsé par des superproductions comme Gravity, Interstellar et Seul sur Mars, Sunshine ne fait pas partie des films spatiaux auquel on pense spontanément. Pour autant, ce long-métrage de 2007 signé Danny Boyle (Trainspotting, Slumdog Millionaire, La Plage), avec Cillian Murphy et Chris Evans, mérite d’être (re)découvert, surtout en ces jours particulièrement ensoleillés.

Comme pour le récent Projet Dernière chance, le scénario est fondé sur l’hypothèse de la fin du Soleil : nous sommes en 2057 et notre étoile s’éteint progressivement. Un vaisseau avec huit astronautes à bord est alors envoyé dans l’espace pour tenter de le rallumer, à l’aide d’une charge thermonucléaire devant cibler le cœur de notre étoile.

Nous avons regardé Sunshine avec Kader Amsif, responsable thématique Soleil, Héliosphère et Magnétosphère au CNES. Expert sur des missions qui étudient notre étoile et les effets du vent solaire sur la magnétosphère terrestre, il passe le film au détecteur de vraisemblance, donnant lieu à une conversation autour d’un astre fascinant.

YouTube Lien vers la page YouTube

Divulgâchis

Attention, même si on tâchera de garder un peu de mystère, il y a quelques spoilers dans cet article ! On vous recommande de le lire après avoir vu le film. 

Le scénario de Sunshine est-il plausible ?

L’idée d’un Soleil qui s’éteint, ça ne me semble pas possible. Une étoile s’éteint au bout de sa vie, et l’extinction du Soleil est prévue pour dans 4,5 milliards d’années, lorsqu’il sera à court d’hydrogène. À l’heure actuelle, cette boule de plasma est une merveille d’équilibre ! Quant à la bombe thermonucléaire pour rallumer le Soleil, au vu de la puissance de notre étoile, ce serait à mon avis comme lancer un grain de sable dans l’océan…

Pour autant, le film n’est pas dénué de sens scientifique. L’emploi de panneaux solaires et d’un bouclier pour protéger ces panneaux du vent solaire, par exemple : les sondes qui étudient actuellement le Soleil, comme Solar Orbiter et Parker Solar Probe, en sont équipées. De même, les solutions pour créer de l’oxygène à bord du vaisseau dans le cadre d’une mission longue sont bien rendues. Enfin, le film rend bien compte de l’aventure humaine que constitue une mission spatiale, de l’importance de bien s’entendre et de communiquer, que ce soit entre astronautes ou avec la Terre lorsqu’ils sont encore en mesure de le faire.

Le jardin à oxygène dans le vaisseau spatial de Sunshine.
Le jardin à oxygène dans le vaisseau spatial du film Sunshine. © Twentieth Century Fox France

Quels sont les effets de la radiation solaire sur le corps humain ? Le film en rend-il bien compte ?

Le vent solaire, chargé de particules très énergétiques, souffle en permanence à 500 km/s. Il est donc extrêmement dangereux pour l’être humain, et les effets de la radiation solaire sont irréversibles. Même les astronautes de la Station spatiale internationale, qui ne sont pourtant qu’à 400 km de la Terre, restent à l’abri la Station lorsqu’il y a des éruptions solaires : c’est trop dangereux ! À l’heure actuelle, on ne possède pas encore la technologie pour apprendre à protéger de ces radiations les astronautes qui iront sur Mars, planète qui ne possède pas le même champ magnétique que la Terre (protecteur contre les particules produites par le rayonnement solaire). Les sorties extravéhiculaires de l’équipage de Sunshine, si près du Soleil, sont donc improbables.

De même, regarder directement le Soleil à l’œil nu, avec des lunettes de soleil comme dans le film, ou à travers un appareil photo, entraîne des lésions irréversibles. Il faut vraiment mettre des lunettes spécifiques pour cela. D’ailleurs, si vous regardez l’éclipse solaire du 12 août 2026, équipez-vous de lunettes de protection spéciales de norme ISO 12312-2 !

Dans Sunshine, la puissance du Soleil diminue de 70%. Comment notre étoile réagirait-elle ?

Le Soleil brûle de l’hydrogène qui est transformé en hélium par fusion thermonucléaire. Cette réaction libère de l’énergie sous forme de lumière, ce qui fait gonfler le Soleil. Mais cette expansion est contrebalancée par la gravitation, qui comprime notre étoile. C’est ainsi que le Soleil reste stable. 

Si l’hydrogène venait à manquer, la force issue de la fusion thermonucléaire ne serait plus assez puissante pour s’opposer à la gravitation. Notre étoile deviendrait plus petite, atteignant une telle densité qu’elle engendrerait une nouvelle réaction de fusion nucléaire libérant une énergie supérieure à la gravitation, et se mettrait alors à grossir.

Le Soleil en chiffres

  • 150

    Millions de kilomètres, sa distance de la Terre

  • 4,6

    Milliards d’années, son âge

  • 6000

    Degrés, la température à sa surface

Le film possède une portée philosophique, avec notamment une analogie faite entre Dieu et le Soleil. Est-ce cohérent ?

C’est une analogie très pertinente, car le Soleil est à l’origine de la création de notre système planétaire et par extension de la vie. Sans blasphémer, l’analogie avec Dieu peut donc se faire facilement. En revanche, je ne crois pas trop à un astronaute qui se mettrait à prendre le Soleil pour Dieu, comme dans le film. Les astronautes sont sélectionnés pour leurs aptitudes psychologiques et sont très bien préparés sur ce plan, même dans le cadre d’une mission longue.