Deux crépuscules visibles en une journée. Le 12 août 2026, le Soleil et la Lune ont offert à l'Europe occidentale l'un des spectacles astronomiques les plus attendus de la décennie : une éclipse solaire. Trois envoyés du CNES l'ont vécu chacun à leur façon, entre l'Espagne et les côtes atlantiques françaises.
Espagne : deux versants d'une même totalité
Sur la ligne de totalité, qui a traversé le nord du pays des Asturies aux Baléares, la Lune a offert jusqu'à près de deux minutes de nuit en plein jour. Deux équipes du CNES s'y trouvaient, à une soixantaine de kilomètres l'une de l'autre, mais au terme de deux débuts de soirée bien différents.
Sur les hauteurs de Burgos, au milieu d'un champ d'éoliennes, Edwige, rédactrice du service communication et astrophotographe amatrice, a été rejointe par une quinzaine d'amis venus spécialement de la région toulousaine. Il s’agissait, pour tous, de leur première éclipse totale. Équipés de télescopes permettant de voir la photosphère (la « surface » du soleil) et la chromosphère (la basse atmosphère solaire), le groupe a profité, durant près d’une heure, du disque solaire se réduisant à un mince croissant, laissant apparaître deux taches sombres bien visibles à la surface de notre étoile. Puis, en quelques secondes, le jour a basculé dans la nuit. Couronne solaire soudainement visible à l'œil nu, fine protubérance rougeâtre sur la gauche du Soleil et chute sensible de la température. Tout autour, les éoliennes se sont mises à clignoter en blanc, comme s’il faisait nuit. Tous ont retenu leur souffle devant ce spectacle inédit.
« C'était incroyable, et un peu bizarre de voir cette obscurité soudaine, alors que la couronne était incroyablement lumineuse », raconte Edwige, qui avait manqué l'éclipse de 1999. Sa totalité a duré environ une minute trente.
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Le Soleil disparaît progressivement derrière la Lune. © CNES / Edwige Grolleau -
Le Soleil est entièrement dissimulé par la Lune. © CNES / Paul-Adrien Penet -
La couronne solaire est visible à l'œil nu au moment de la totalité de l'éclipse. © CNES / Paul-Adrien Penet
À une soixantaine de kilomètres de là, au nord-est de Saragosse, Paul-Adrien, étudiant en ingénierie des systèmes embarqués, a vécu une soirée plus mouvementée. En raison d’un risque incendie identifié par les autorités, le jeune ingénieur a dû quitter précipitamment le lieu d’observation qu’il avait minutieusement repéré sur une carte quelques jours plus tôt. Après une demi-heure de recherche, il a pu dénicher un nouveau site près d'un vieux monastère dans la Sierra de Alcubierre, où une vingtaine d'observateurs de différentes nationalités étaient déjà installés et, pour certains, équipés de télescopes et appareils photos.
Paul-Adrien a déployé son matériel juste à temps pour le début de l’éclipse. « L’obscurité est tombée subitement. Il faisait jour, et l’instant suivant, il faisait nuit », explique-t-il. Le temps d'une minute et cinq secondes, il retire le filtre solaire de son objectif 300 mm pour photographier la couronne et, sur la gauche du disque, une fine protubérance — la même que celle observée depuis Burgos, quelques dizaines de kilomètres plus loin.
Presque aussitôt après ce « crépuscule », le Soleil resurgit, puis disparaît sous l’horizon avant que le phénomène ne prenne fin.
France : un coucher de soleil grignoté à Capbreton
Plus au nord, à une centaine de kilomètres de la bande de totalité, l’éclipse a offert un spectacle radicalement différent, mais tout aussi spectaculaire. Avec un taux d'obscuration frôlant les 99 %, Capbreton n'a connu qu'une éclipse partielle. Le Soleil s'est réduit, minute après minute, à un mince croissant suspendu au-dessus de l'horizon atlantique, dans une lumière crépusculaire inhabituelle en plein été.
Sur place, Frédéric, ingénieur en traitement de données scientifiques satellitaires et vulgarisateur scientifique, a coordonné avec la collectivité locale, un rendez-vous public, où les spectateurs ont pu apprécier le phénomène au télescope, et en direct sur un écran géant. Les participants qui n’avaient pas pu se procurer de lunettes homologuées, ont tout de même pu profiter de l’éclipse via un système d’observation par projection judicieusement nommé « solarscope ».
Entre deux explications sur les mouvements du système Soleil-Terre-Lune, Frédéric répond aux questions d'un public venu nombreux : environ une centaine de personnes présentes. « L'ambiance était très particulière, et la lumière magnifique », résume-t-il. L'éclipse se poursuit jusqu'au coucher du Soleil, dans l'alignement exact de la jetée de Capbreton — un dernier croissant doré, avant que le Soleil ne disparaisse tout à fait sous l'horizon.
Le Soleil, objet de fascination et d’étude
Hasard géométrique : le Soleil est environ 400 fois plus grand que la Lune, mais aussi environ 400 fois plus éloigné de la Terre. Les deux astres nous apparaissent donc de la même taille dans le ciel. Or le plan de l'orbite lunaire est incliné d'environ 5° par rapport à celui de la Terre autour du Soleil : la Lune passe donc, la plupart du temps, légèrement au-dessus ou en dessous de l'alignement Terre-Soleil.
Ce n'est que lorsque les trois astres se retrouvent quasiment sur une même ligne qu'une éclipse se produit, quelque part sur le globe.
Au-delà du spectacle qui fascine le public, le Soleil reste un objet d'étude pour le CNES, engagé de longue date dans son observation. L’agence spatiale française participe activement à l’observation de notre étoile, notamment via sa participation à la mission Solar Orbiter, dont l'instrument RPW (Radio and Plasma Waves) mesure le vent solaire et les tempêtes de notre étoile avec une précision inégalée, ou encore à la sonde Parker Solar Probe.
Si cette fois-ci, l’éclipse n'était pas totale en France – la dernière visible remontait au 11 août 1999 –, il faudra désormais attendre le 3 septembre 2081 pour la prochaine éclipse totale sur le territoire hexagonal. La prochaine éclipse partielle observable depuis notre région se produira quant à elle le 2 août 2027.