Groenland - La Pituffik Space Base étasunienne : un site militaire géostratégique majeur dans l’Arctique

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Située dans le nord du Groenland, la Pituffik Space Base (ex-Thulé) est la base militaire la plus septentrionale au monde dont disposent les États-Unis. Dans un environnement très contraignant, elle est installée sur un site et dans une situation d’exception (position d’abri, large zone déglacée, port en eaux profondes...). Ses atouts ont été valorisés dès 1950 par la construction, face à l’URSS, d’une grande base aérienne secrète, bâtie sur la spoliation des populations inuites. L’évolution des technologies, des armements et la révolution spatiale ont mené à sa transformation en Pituffik Space Base en 2023. Elle joue aujourd’hui un rôle crucial, d’une part dans les missions d'alerte et de défense antimissile, et d’autre part dans la surveillance spatiale ainsi que le pilotage et le contrôle des systèmes satellitaires, éléments essentiels du réseau de défense géostratégique des États-Unis.

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Repères géographiques © GeoImage_CNES_2026

La Pituffik Space Base étasunienne : verrouiller l’espace arctique

La base militaire américaine la plus septentrionale au monde

Au nord du Groenland, la Pituffik Space Base (PSB) est la base militaire américaine la plus septentrionale de la planète. Sa présence doit être intégrée dans un système de défense régional plus large, reposant sur l'existence de deux autres sites stratégiques : Alert au Canada (Nunavut) et la station Nord danoise au Groenland. De par sa position, son poids et ses fonctions militaires et logistiques, Pituffik est au cœur du dispositif régional arctique et un point d’appui essentiel ; elle fournit en effet un soutien logistique à la station Nord danoise ainsi qu'aux bases canadiennes d’Alert et d'Eureka.

Si la PSB est la plus importante, les deux autres petites bases se situent encore plus au nord. En effet, alors que la PSB se trouve à 76°31’52’’ N, la station Nord danoise se situe à 81°35’57’’ N et la base d’Alert — le site occupé en permanence le plus septentrional au monde — à 82°29’57’’ N.

Vers le nord, la base d’Alert est à seulement 840 km du pôle Nord géographique, la station-Nord à 945 km et la PSB à 1 500 km. Vers le sud, l’Alert Base se trouve à 1 780 km du cercle polaire arctique, la station Nord à 1 670 km et la PSB à 1 126 km. 
À l'échelle de l'île-continent groenlandaise, Pituffik se situe à 1 500 km au nord de la capitale administrative, Nuuk.

Environnement géostratégique © GeoImage-CNES-2026
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Du fait de sa position géographique, Pituffik connaît un climat polaire aride, marqué par des températures annuelles moyennes de -11°C (avec des minimales à -24°C entre janvier et mars) et de faibles précipitations (124 mm/an). L’impact environnemental est considérable : le détroit de Bylot (Bylot Sound) et la baie de l’Étoile du Nord (North Star Bay) sont pris par les glaces neuf mois par an (cf. image prise à la mi-mai). Seule la piste d'atterrissage de la base est maintenue opérationnelle toute l'année, au prix d’efforts techniques parfois considérables. Le site est plongé dans l'obscurité de novembre à février (nuit polaire du solstice d’hiver en décembre) et bénéficie du jour polaire de mai à août (cf. jour polaire et soleil de minuit du solstice d’été en juin). Si ces contraintes naturelles (éloignement, isolement, froid...) sont moins extrêmes que celles d'Alert ou de la station Nord, elles demeurent redoutables.

Comme en témoigne l’image, les 2 180 000 km² du Groenland sont recouverts à plus de 80 % par une immense calotte glaciaire. Ici, l’inlandsis encadre la péninsule de Pituffik et la calotte glaciaire North Ice Cap, alimentant d’imposants glaciers qui vêlent dans de gigantesques fjords, au nord (glacier Harald Moltke ou Ullip Sermia) comme au sud. Si le Groenland, comme tout l'espace arctique, subit de plein fouet le changement climatique, l’impact local sur la base concerne prioritairement la fonte du pergélisol (permafrost). Géologiquement, le sous-sol est constitué de roches primaires très anciennes (Archéen et Mésoproterozoïque, entre -1 600 et -1 000 Ma), particulièrement dures et stables. La pérennité des installations dépend donc directement de la nature du site sur lequel reposent leurs fondations.

Il convient enfin de relever que, selon la date et l’origine des cartes, les noms des lieux et des sites peuvent changer selon la langue utilisée, l’autonomie du Groenland se traduisant de plus en plus par la réappropriation en inuktut, la langue inuite, des nomenclatures topographiques. 

Une situation et un site de qualité : des atouts exceptionnels 

Géographiquement, Pituffik dispose d'atouts majeurs à l’échelle régionale. En retrait de l’océan glacial Arctique et s'ouvrant sur la baie de Baffin, la base bénéficie d'une situation d’abri de qualité, protégée au nord et au sud et ouverte vers l'ouest. Localement, le site présente des avantages : à l'extrémité de la péninsule, une petite plaine littorale de 540 km² offre un espace plan ou vallonné idéal pour des infrastructures militaires d'envergure. Tombant en pente douce de 800 mètres d'altitude vers la mer et encadrée par des hauteurs, elle fait face au Bylot Sound et à la North Star Bay. Les îles Saunders et Wolstenholme, au large, constituent un havre marin relativement bien abrité. Enfin, au prix d’importants travaux (notamment la construction de jetées), la base dispose d’un port en eaux profondes, un atout logistique déterminant dans cette région du monde.

Base de Pituffick © GeoImage_CNES_2026
Carte des repères géographiques © GeoImage_CNES_2026

Ce site exceptionnel est peuplé, au niveau du mont Dundas, par une communauté inuite qui y a établi ses territoires de pêche et de chasse bien avant l’arrivée des Européens. Dans le cadre de la colonisation du Groenland par le Danemark, un poste de traite des fourrures est installé dans la baie de North Star, avant que l’explorateur Knud Rasmussen ne réalise plusieurs expéditions dans la région entre 1903 et 1906. Il y ouvre une mission en 1908-1909 et dénomme « Thulé » ce nouveau village, qui servira de base à cinq nouvelles expéditions entre 1912 et 1924. Le district administratif de Thulé est officiellement créé en 1931.

En avril 1940, alors que le Danemark est envahi par l'Allemagne nazie, l'ambassadeur danois à Washington signe avec les États-Unis l'« Accord relatif à la défense du Groenland », plaçant l'île sous contrôle étasunien. Le Département de la Guerre y installe alors des stations météorologiques et radio (Narsarsuaq, Sondrestrom, Ikateq, Grønnedal, Scoresbysund et Thulé), facteurs essentiels de la guerre aéronavale contre l’Allemagne nazie dans l’Atlantique Nord et l’Arctique. Juste après la Seconde guerre mondiale, une station radio et météo américano-danoise est implantée (1946) et une piste d’atterrissage de 1 220 mètres est construite par le Corps des ingénieurs de l’armée américaine pour appuyer la création des stations d’Eureka, Resolute et Isachsen au Canada.

Une base secrète construite sur la spoliation des populations inuites 

C’est la Guerre froide et l’affrontement avec l’URSS — marqué par l’essor des missiles balistiques nucléaires — qui bouleversent profondément les régions arctiques. Dès novembre 1950, l'US Air Force et le Strategic Air Command (SAC) identifient le site de Thulé comme un point-clé de l’Arctique. L’administration Truman impose au Danemark un nouvel accord de défense sur le Groenland, entrant en vigueur en juin 1951. Il autorise les États-Unis à implanter des bases militaires en échange du maintien de la souveraineté danoise sur l’île-continent. Ce traité crée la Thule Defense Area (TDA) de 657 km². Si cet espace devient progressivement une zone d’exclusion totalement contrôlée par l’armée étasunienne, donc une enclave militaire, il n’y a aucun transfert de souveraineté de la part du Danemark. 

Le développement de la base repose sur la spoliation coloniale de la communauté inuite locale. Au printemps 1953, 187 Inughuits (inuits) sont chassés de force de leurs habitations et territoires de chasse pour être transférés à Qaanaaq, un village situé sur la péninsule de Red Cliff à 120 km au nord-ouest, juste avant que le Groenland ne change de statut en passant de colonie à province danoise.  Il faudra des décennies de luttes juridiques pour que ces familles obtiennent des indemnités, puis les excuses officielles du Danemark... en 1999. Le 16 juin 1951, le grand géographe français Jean Malaurie (1922/2024) au cours d’une de ses expéditions dans la région tombe par hasard sur la base de Thulé. Cette découverte stupéfiante d’une base arctique secrète est consignée dans son célèbre ouvrage « Les Derniers Rois de Thulé », publié en 1953, traduit en 25 langues et premier titre de la grande collection Terre Humaine des Éditions Plon.   

En pleine Guerre froide (guerres de Corée et d’Indochine...) et dans le plus grand secret (code de l’opération «Blue Jay »), 120 navires quittent le 6 juin 1951 la grande base navale de Norfolk de Virginie avec 12 000 hommes et 300 000 tonnes d’équipements pour arriver le 9 juillet 1951 au Groenland. En un an est construite la Thule AFB – Air Force Base, qui peut accueillir 12 000 personnels logés dans de nombreux sites secondaires (Camp Tuto, BMEWS/J-Site, Camp Century, P-Mountain, Nike et Cape Atholl...). Ce gigantesque complexe comporte une piste d’aviation de 3 048 m. de long, 132 km de routes, deux centrales électriques, 10 hangars, 122 casernes, 63 entrepôts, 38 réservoirs pouvant stocker 278 millions de litres de carburants... La Guerre froide y fut parfois chaude. Ainsi, le 21 janvier 1968, le crash d’un bombardier B52 du Strategic Air Command - venant de la base de Plattsburgh dans l’État de New-York et transportant quatre bombes nucléaires à hydrogène - à 12 km de la base dans la Baie de l’Etoile du Nord disperse des matières radioactives (plutonium) et contraint les autorités à reconnaître officiellement la présence d’armes nucléaires étasuniennes au Groenland.

Comme en témoigne l’image, de manière bien visible du fait en particulier de l’absence de végétation, ces opérations multiples de construction/ destruction ont aujourd’hui totalement bouleversé la topographie de la péninsule. Si la Pituffik Space Base demeure la dernière base militaire étasunienne du Groenland, Washington a laissé à l’abandon une trentaine de sites militaires pollués, dont les fameux Camp Century ou Camp Fistclench. Construit à 240 km à l’est de la base de Thulé à partir de 1959 dans le plus grand secret, Camp Century fut une base sous la glace qui devait accueillir dans le cadre du projet « Iceworm » 600 missiles nucléaires tournés vers l’URSS. Son abandon aboutit à la fermeture de Camp Century en 1966/1967, son existence n’étant révélée que trente ans après en 1997. 

La Pituffik Space Base : changement d’époque et relance géostratégique 

La base s'est adaptée aux profondes mutations technologiques des systèmes d’armes balistiques (cf. missiles longue portée à charges nucléaires), spatiaux, sous-marins (cf. dev. SNLE) et informatiques. Ainsi, dès 1961 sont mis en place un radar du Système d’alerte précoce contre les missiles balistiques russes qui est situé à 21 km au nord-est d’un côté, et une station de commande et de contrôle de satellites (OL-5) pour suivre et communiquer avec les satellites américains en orbite polaire de l’autre. 

En 2019/2020, Washington décide de transformer le Commandement spatial de l’US Air Force (Air Force Space Command, AISC) en un nouveau commandement, autonome de l’armée de l’air et centré sur les enjeux spatiaux : l’United States Space Force (USSF) dont le siège est sur la base de Peterson dans le Colorado. La création de la Force spatiale américaine témoigne de la révolution géostratégique qu’induit l’essor, militaire et civil, de l’usage de l’espace circumterrestre. La base de Thulé devient la Pituffik Space Base.  

C’est dans ce contexte géostratégique général qu’en 2004 les nouveaux accords de défense d’Igaliku sont signés entre Washington, Copenhague et Nuuk afin de renouveler et mettre à jour ceux de juin 1951. Igaliku définit la Pituffik Space Base comme la seule zone de défense étasunienne dans l’île, mais reconnaît aux États-Unis la possibilité d’installer d’autres bases à la condition cependant de recueillir le consentement du Danemark et du Groenland alors que la nouvelle Stratégie arctique 2024 du Département de la Défense des États-Unis et la vision renouvelée de la défense du Canada pour 2024 réaffirment l’importance des enjeux arctiques. Alors que les tentatives d’annexion ou de prises de contrôle du Groenland par les États-Unis furent nombreuses mais infructueuses dans l’histoire (1867, 1910, 1946, 1955, 2019), les années 2025/2026 se traduisent de la part de l’Administration Trump 2 par une escalade sans précédent alors que le Danemark et le Groenland réaffirment avec vigueur la défense de leur souveraineté sur cette immense île-continent. 

Zoom d'étude

Un vaste complexe technique aux fonctions névralgiques

En 2019/2020, la base aérienne de Thulé quitte l’US Air Force pour être rattachée à la nouvelle United States Space Force. En avril 2023, elle est donc rebaptisée base spatiale de Pituffik, en référence à l'ancien campement de chasse inuit situé à proximité. Alors que la base employait 10 000 personnes à son apogée en 1960, elle tombe à 3 400 personnes en 1968, puis 550 personnes en 2025. Un personnel toujours moins nombreux donc, mais plus qualifié du fait de l’évolution des besoins et des systèmes d’armes. Le 821e escadron de soutien spatial est le détachement militaire affecté en permanence à la sécurisation, à la protection et au bon fonctionnement de la base ; il est rattaché à la base spatiale Delta 1, dont le siège est à Colorado Springs (Colorado). Pour effectuer certaines tâches et assumer certaines fonctions, il bénéficie, comme dans beaucoup d’armées occidentales, du support de compagnies privées contractuelles.

En 2019, un vaste plan de rénovation est lancé ; il porte sur la modernisation des infrastructures de soutien aux aéronefs, l'amélioration des pistes (systèmes d’approche et d’éclairage) qui reçoivent plus de 3 000 vols par an, et le renforcement des installations nécessaires au maintien des opérations (abris spécialisés pour avions de chasse et gros-porteurs, stockage des munitions et des carburants, dortoirs climatisés, ravitaillement en vol, récupération des personnels...) dans l'environnement extrême de l'Arctique. On distingue bien sur cette image la baie prise par la banquise, l’espace plan sur lequel se déploie la base, bien visible, et l’encadrement des collines. Au plan logistique, les deux systèmes — maritime et aérien — la connectant au reste du monde sont hypertrophiés, comme les dépôts de carburants indispensables pour fournir l’énergie et l’électricité aux installations et équipements qui doivent fonctionner toute l’année 24 h/24 sans risque de rupture.

Ce port en eau profonde, le plus septentrional du monde, permet à la base d’être régulièrement desservie par un navire de ravitaillement transportant machines, équipements, vivres et matériaux de construction. Cette mission est possible pendant les six semaines durant lesquelles la banquise est suffisamment mince, soit entre la dernière semaine de juin et la deuxième semaine d'août. Enfin, la neige souligne la densité du réseau de pistes qui mènent aux différents sites annexes, mais stratégiques (systèmes radars...), qui sont dispersés dans un rayon de 20 à 30 km tout autour de la base.

Le système d’alerte et de défense antimissiles balistiques

Du fait de sa position, la base de Thulé/Pituffik est équipée dès 1961 d’un système d’alerte précoce contre les missiles balistiques intercontinentaux, le BMEWS. Aujourd’hui, le 12e escadron d'alerte spatiale (12th Space Warning Squadron) est une composante du programme Space Delta 4 Alerte antimissile, commandée depuis la base aérienne de Buckley (Colorado). Il est capable de détecter les missiles balistiques susceptibles de menacer les États-Unis et le Canada. Il exploite pour cela un radar au sol d'alerte avancée modernisé (UEWR) de grande taille à balayage électronique. Le site (hors image) surplombe le fjord de Wolstenholme. Ce système radar offre une couverture à 240 degrés et fonctionne 24 heures sur 24, 365 jours par an.

Il fournit en temps réel une alerte précoce en cas de lancement de missiles balistiques depuis le territoire russe ou l’océan Glacial Arctique et l’Atlantique Nord (pour les sous-marins) au Centre d'alerte antimissile (MWC) et au Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord (NORAD). Donc à la fois aux autorités civiles et militaires les plus élevées (président des États-Unis, secrétaire à la Défense, état-major interarmées…). La Pituffik Space Base appartient à un réseau de six grandes bases d’alerte qui sont localisées en Alaska (Clear SFB, Shemya Island), dans le Mainland étasunien (Beale AFB en Californie, Cape Cod SFS dans le Massachusetts) et au Royaume-Uni (RAF Fylingdales).

Le système de contrôle de l’espace et des satellites des États-Unis

La Pituffik Space Base a aussi pour mission la surveillance de l’espace et le contrôle des satellites — un enjeu mondial majeur d’une actualité brûlante : gestion des vols dans l’orbite basse de plus en plus saturée, identification des débris spatiaux menaçants, arsenalisation progressive de l’espace circumterrestre, rivalités de puissances croissantes...

Le réseau états-unien de surveillance de l’espace repose dans le monde sur une vingtaine d’installations (radars et télescopes) alimentant deux sites stratégiques. Premièrement, le 18e escadron de défense spatiale (18 SDS) de Delta 2 (base spatiale de Vandenberg, Californie) qui assure la maintenance du catalogue, notamment la détection, le suivi et l'identification des 45 000 objets artificiels en orbite terrestre autour de la Terre. Deuxièmement, les activités de sécurité orbitale (évaluation des conjonctions, identification des rapprochements dangereux entre lanceurs et autres objets en orbite répertoriés...) sont prises en charge par le 19e escadron de défense spatiale (19 SDS) de Delta 2 (base navale de Dahlgren, Virginie). Ces deux sites sont alimentés soit par sept installations dédiées (cf. GEODSS de Diego Garcia), soit par des sites dont cette activité est juxtaposée à d’autres fonctions, comme c’est le cas pour la base de Pituffik. Au final, les États-Unis sont la seule puissance mondiale à disposer d’une vue et d’une analyse d’ensemble de l’espace circumterrestre. Ce qui constitue aujourd’hui, face à la révolution spatiale en cours, un levier de puissance inégalé, à la fois face à ses alliés occidentaux et à ses concurrents chinois ou russes.

Le système de pilotage des réseaux de satellites

Le réseau mondial de commande et de contrôle de satellites du Commandement spatial de l'US Air Force est devenu lui aussi un levier majeur d’affirmation de la puissance étasunienne. Ce rôle est rempli par le 1er détachement du 23e escadron d'opérations spatiales (Space Operations Squadron) rattaché à la Space Delta 31 basée sur la base de Peterson SFB dans le Colorado.

Cet escadron assure les opérations de télémétrie, de suivi et de contrôle des programmes satellitaires des États-Unis (et de leurs alliés) en y exploitant la station de poursuite POGO. Située à 5,5 km au sud-est de la base principale de Pituffik, elle est bien identifiable grâce à ses grands radômes blancs. Cette station est la plus septentrionale des neuf stations de poursuite du Réseau mondial de contrôle des satellites (AFSCN), satellites utilisés pour la surveillance, les communications, la navigation ou la météorologie. Sa situation à l'extrême nord du Groenland représente un atout géographique majeur. Car elle permet d'établir plus de 15 000 contacts par an avec des satellites en orbite polaire dix à douze fois par jour, à des altitudes variant de 190 à 40 000 kilomètres au-dessus de la surface de la Terre.

Alors que le département de la Défense (US DoD, rebaptisé Department of War, DoW, ou département de la Guerre en 2025) s’appuie sur la création en 2019 de la Space Development Agency, on assiste à la relance de la planification de nouvelles grandes constellations de satellites (détection et alerte précoce, télécommunications, navigation...) dans le cadre de la National Defense Space Architecture. Certaines options prévoient sept couches distinctes de 200 à 400 satellites, produits à bas coût et facilement remplaçables.

Ainsi, des années 1950 à nos jours, la base de Thulé/Pituffik constitue un pivot central de la défense américaine dans les hautes latitudes polaires. De base stratégique nucléaire dans le contexte de la Guerre froide à poste avancé de surveillance radar de l’URSS, avant de devenir une station de surveillance satellite, ce site continue d’incarner et de porter les enjeux des évolutions géostratégiques des États-Unis.

© GeoImage_CNES_2026

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Enjeux géostratégiques

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Bibliographie et sites

Approches géographiques et géopolitiques

Yvette Vaguet : Fronts et frontières en Arctique, quelle singularité ?

https://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-regionaux/arctique/articles-scientifiques/fronts-et-frontieres-en-arctique

ENS de Lyon. Géoconfluences Dossier Les Mondes actiques, espaces, milieux, sociétés.

https://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-regionaux/arctique

Camille Escudé (2024), Les Pôles, Documentation photographique, CNRS Editions, Paris, N°8161, 2024/5.

Clara Loïzzo et Camille Tiano (2019), L’arctique. A l’épreuve de la mondialisation et du réchauffement climatique, Armand Colin, Paris. 

Denis Mercier (2024), Atlas des glaciers, Coll. Atlas, Autrement, Paris. 

Vullierme, Magali (2025) : Risques environnementaux et bases (para)militaires : une analyse des sites de l’Inuit Nunagat, Observatoire de la politique et la sécurité de l’Arctique. (OPSA), Gatineau, Québec. 

Malaurie Jean (1953), Les Derniers Rois de Thulé, coll. Terre humaine, Editions Plon, Paris. 

Accès à la carte détaillée de la région. European Geosciences Union. Atmosphéric Chemistry and Physics. Pete D. Akers, Ben G. Kopec et allii. 2020.

https://acp.copernicus.org/articles/20/13929/2020/acp-20-13929-2020.html

Les textes des deux accords de défense Etats-Unis/ Danemark-Groenland de 1951 et 2004

« Defense of Greenland: Agreement Between the United States and the Kingdom of Denmark, April 27, 1951 » (Yale Law School) 

https://avalon.law.yale.edu/20th_century/den001.asp

Le texte du Traité d’Igaliku du 6 août 2004 (renouvelant le Traité de 1951). US Department of State : « Denmark (Greenland) (04-0806) – Agreement Amending and Supplementing the Agreement of April 27, 1951, as Amended, Concerning the Defense of Greenland » (texte du traité d’Igaliku du 6 aout 2004). https://www.state.gov/04-0806

Approches géostratégiques et militaires

Ministère étasunien de la Défense : US DoDefense  l’Artic Stratégy 2024 

https://media.defense.gov/2024/Jul/22/2003507411/-1/-1/0/DOD-ARCTIC-STRATEGY-2024.PDF

Canada. Défense Nationale : « Notre Nord, fort et libre : une vision renouvelée pour la défense du Canada », Ottawa, 2024. 

https://www.canada.ca/fr/ministere-defense-nationale/organisation/rapports-publications/nord-fort-libre-2024.html

North American Aerospace Defense Command – site du NORAD 

https://www.norad.mil/About-NORAD/

US Northern Command

https://www.northcom.mil/

Canada. Forces opérationnelles interarmées Nord

https://www.canada.ca/fr/ministere-defense-nationale/services/operations/operations-militaires/menons/forces-operationnelles-regionales/nord.html

Auteurs : 

Laurent Carroué, Administrateur de l’État honoraire, Inspecteur Général de l'Éducation, du Sport et de la Recherche, Directeur de recherche à l’Institut français de géopolitique - IFG de l’Université Paris VIII. 

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