Publié le 19 décembre 2023

Gaia a 10 ans !

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Illustration du satellite Gaia

Le 19 dĂ©cembre 2013, Gaia quittait notre planète bleue, direction le point de Lagrange L2. Aujourd’hui, cela fait donc 10 ans que ce satellite de l’ESA a commencĂ© sa grande aventure : retour sur une dĂ©cennie de dĂ©couvertes.

Dans la mythologie grecque, Gaia est la déesse-mère, dont le nom signifie « Terre ». Un nom porteur de grandes ambitions pour ce satellite de l’ESA, destiné à cartographier l’Univers. Il y a une décennie exactement, Gaia quittait justement notre planète, afin de rejoindre le point de Lagrange L2, d’où il remplit sa mission avec brio.

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Quelques dates clés qui ont marqué l’histoire de Gaia

Pour cet anniversaire spatial, nous avons choisi de revenir sur les faits qui ont marqué l’esprit des scientifiques et ingénieurs qui ont travaillé sur la mission depuis 10 ans. Nous sommes donc partis à leur rencontre afin de recueillir leurs précieux témoignages.

Gaia en quelques dates 10 ans

Frédéric Arenou - Observatoire de Paris

« Je travaille sur le projet depuis le tout dĂ©but, en 1997. Cela reprĂ©sente pour moi un long Ă©pisode de vie, 25 ans tout de mĂŞme ! 15 ans de dĂ©veloppement et de conception et dĂ©jĂ  10 ans dans les Ă©toiles. Pour moi, Gaia c’est vraiment l’illustration parfaite du travail en Ă©quipe sur un temps (très) long. On devient comme une grande famille ! Je n’étais pas Ă  Kourou pour le lancement, mais Ă  Paris, oĂą un Ă©vĂ©nement Ă©tait organisĂ©. C’est toujours un peu particulier de voir le fruit de tant d’efforts nous quitter. On regardait les images sur l’écran et c’est comme si le temps Ă©tait suspendu. Après le succès lanceur, il y a toujours ce petit laps de temps assez angoissant, oĂą on attend le premier signal. Une fois reçu, c’est la dĂ©livrance ! raconte FrĂ©dĂ©ric Arenou.

D’ailleurs pour la petite anecdote, juste avant le lancement, nous avions une activitĂ© "peinture de maquettes de satellite" : quoi de mieux pour se dĂ©tendre ? Â»

Image prise par Gaia de la Voie lactée

Paola Sartoretti - Observatoire de Paris

« Le souvenir qui m’a le plus marquĂ©e ? Sans hĂ©siter, l’apparition du premier "beau" spectre, qui s’est dĂ©ployĂ© sous nos yeux telle une couronne royale. A partir de lĂ , j’ai abordĂ© l’avenir du projet avec beaucoup plus de sĂ©rĂ©nitĂ©. C'Ă©tait Ă  l'hiver 2014, durant la pĂ©riode de "commissioning" et la mauvaise surprise de la lumière parasite diffuse qui compromettait les performances du RVS (Radial Velocity Spectrometer) Ă©tait dĂ©jĂ  arrivĂ©e. Nous Ă©tions tous occupĂ©s Ă  Ă©tudier les modifications Ă  apporter au logiciel embarquĂ© pour attĂ©nuer un peu ces effets. L'humeur des troupes n'Ă©tait pas au beau fixe... Quand ce premier spectre d'une Ă©toile brillante est arrivĂ©, avec ses lignes d'absorption profondes, les ailes du filtre visibles, cela m'a fait penser au dessin d'une couronne de prince. Le RVS nous rassurait, ce serait un spectromètre princier malgrĂ© la lumière diffuse ! Et 10 ans après, on peut dire qu'il avait raison ! Â»

 

Paolo Tanga - OCA (Observatoire de la Côte d’Azur)

« Le souvenir le plus vif correspond au lancement, car j'ai eu la chance d'ĂŞtre invitĂ© Ă  Kourou pour l'occasion. Le voyage a Ă©tĂ© une aventure : le lancement a Ă©tĂ© anticipĂ© de 24h (chose qui n'arrive presque jamais). ArrivĂ© sur place, juste après l'atterrissage de notre vol, j'ai eu la (fausse) bonne idĂ©e d'essayer de voir la fusĂ©e sur son pas de tir, dĂ©sormais dans le noir de la nuit qui avançait. Comme vous vous en doutez, je n’ai pas vu grand-chose et cela a juste raccourci un peu plus ma nuit !

Bref, entre la fatigue et l'excitation j'ai vĂ©cu le lancement comme dans un rĂŞve, mais quel bonheur de voir la fusĂ©e se soulever doucement, une Ă©toile brillante dans la lumière de l'aube. Et quel privilège de vivre cela avec les collègues du consortium DPAC et du CNES !

Dix ans plus tard, si je regarde le parcours, c’était une aventure formidable, un challenge complexe mais tellement extraordinaire. Dans mon rôle de responsable du traitement pour le Système solaire, j'ai donné ma petite contribution à la formidable réussite de cette mission. Et j'ai pu continuer à le faire avec les mêmes personnes depuis le début, une équipe internationale qui a travaillé dans une entente parfaite, avec l'indispensable soutien du CNES. »

Orbites des 14 000 astéroïdes connus (avec le Soleil au centre de l’image) publiées dans le deuxième catalogue de Gaia, en avril 2018

[Replay] Il y a 10 ans, le lancement de la mission Gaia

Revoir le décollage du Soyouz VS06 le jeudi 19 décembre 2013 depuis le Centre spatial guyanais.
A 10h12 (heure de Paris), le satellite Gaia Ă  bord s'Ă©lançait en direction du point de Lagrange L2 pour dĂ©marrer sa grande aventure !

La mission Gaia sur la bibliothèque des projets du CNES

 

François Mignard, Principal Investigator (PI) - OCA (Observatoire de la Côte d’Azur)

« J’ai eu l’immense chance de voir le lancement de Gaia de mes propres yeux, depuis le Centre Spatial Guyanais. C’est un moment si particulier, de vivre le lancement d’un projet sur lequel on travaille depuis tant d’annĂ©es. Gaia, c’est un peu un membre de la famille !

La phase de lancement ne s’arrête pas au succès du lanceur, à la séparation. C’est seulement lorsqu’on reçoit le premier signal qu’on peut exprimer toute notre joie et notre soulagement. C’est alors un moment très festif, que l’on vit tous ensemble. Le lancement, c’est aussi une page qui se tourne, le moment où l’on a passé la main au DPAC. On peut alors préparer la science avec plus de sérénité.

Ce qui m’a le plus marquĂ© sur ce projet, c’est la solidaritĂ©, l’aspect très familial qui a toujours Ă©tĂ© prĂ©sent, dans les bons comme dans les mauvais moments. Car oui, tout n’a pas toujours Ă©tĂ© facile : il a parfois fallu se serrer les coudes, mais heureusement tout s’est bien terminĂ© et on peut ĂŞtre fier du succès inconditionnel de cette mission. »

 

Orlagh Creevey - OCA (Observatoire de la Côte d’Azur)

« J’ai rejoint le projet en 2013… Juste avant le lancement ! J’ai alors Ă©tĂ© prise dans un vĂ©ritable tourbillon, j’ai vĂ©cu beaucoup de choses très fortes, comme la rencontre du project scientist de l’ESA, mais aussi la visite du CNES. J’étais très impressionnĂ©e de rencontrer autant de personnes d’un coup ! J’étais alors en post-doc, donc en quelque sorte le « bĂ©bé » de l’équipe. On peut dire que j’ai grandi avec Gaia, c’est un projet au cours duquel j’ai Ă©normĂ©ment appris, et qui m’apporte encore beaucoup aujourd’hui. Quand je regarde le chemin parcouru, je suis très fière de tout ce qu’on a accompli, tous ensemble ! »

 

Angélique Barbier, responsable mission et opérations - CNES

« Gaia pour moi, c’est la force du collectif. L’illustration parfaite est la sortie du troisième catalogue d’étoiles en juin 2022 et plus particulièrement la soirĂ©e DR3, oĂą nous avons rĂ©ussi Ă  faire chanter "Un peu plus près des Ă©toiles" Ă  toute une salle, avec des ingĂ©nieurs, des directeurs… C’était un dĂ©fi et depuis, c’est devenu une tradition. Je trouve que ça illustre Ă  merveille la mentalitĂ© de ce projet, de cette collaboration exceptionnelle. S’il y en a un qui lance quelque chose, tout le monde le suit ! »

[Vidéo] Gaia, les coulisses du livre des étoiles

Vous connaissez Gaia ? C'est le livre des Ă©toiles ! 
En 2022, c'Ă©tait la sortie du volume 3 ! Dans cette vidĂ©o, nous vous proposons de tourner les pages pour dĂ©couvrir les coulisses de cette mission spatiale europĂ©enne : ses membres, son mode de fonctionnement et la façon dont on parvient Ă  composer ce vĂ©ritable trĂ©sor scientifique.

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Christine Ducourant - Université de Bordeaux

« Depuis le lancement il y a 10 ans, il s’est passé quantité de choses incroyables et de découvertes formidables. Mais ce qu’on ne voit pas, c’est le travail de toutes les équipes derrière tout cela. Je me souviens d’un déplacement à Caltech à l'occasion de la sortie de la DR2 où on avait dû écrire un article en 24 heures, de réunions sur le coin d’une table dans un Starbucks à la recherche d’un peu de Wifi ou encore d’une réunion DPAC où on s’est tous réunis dans ma chambre d’hôtel, faute de salle de réunion. Ce sont des anecdotes qui nous font sourire aujourd’hui, mais qui permettent de bien se rendre compte de l’incroyable solidarité qui existe sur ce projet, malgré la distance. »

 

Wilhem Roux, responsable de traitement scientifique de la cellule objets complexes - CNES

« Cela fait 4 ans et demi que je travaille sur le projet. Je n’ai donc pas vĂ©cu le lancement avec toute l’équipe, mais quasiment une moitiĂ© de vie de Gaia ! Ce qui m’a le plus marquĂ© : le nombre de personnes qui travaillent sur ce projet. Je suis arrivĂ© au moment du Covid, donc je n’ai malheureusement pas pu rencontrer tout le monde immĂ©diatement. Je m’étais dit que je ne parviendrais jamais Ă  mettre un nom sur chaque visage et finalement, aujourd’hui j’arrive Ă  peu près Ă  reconnaĂ®tre qui travaille sur quoi. Lors des DPAC meetings, on se retrouve parfois jusqu’à 200 ! Cela reprĂ©sente bien la pluralitĂ© des acteurs qui travaillent pour Gaia, avec une parfaite coordination. MalgrĂ© la distance – certains se trouvent en Italie, en Espagne, aux Etats-Unis, ou encore au BrĂ©sil – toute l’équipe parvient Ă  collaborer ensemble en bonne intelligence et avec une grande bienveillance. S’il y a bien une chose que m’a appris ce projet, c’est que la distance n’est pas un frein au travail en Ă©quipe. »

Vitesse radiale de plus de 30 millions d'objets de la Voie lactée (surtout des étoiles) se rapprochant (zones sombres) ou s'éloignant de nous (zones claires)

Sur ces mots, souhaitons Ă  nouveau un joyeux anniversaire Ă  Gaia et Ă  toutes celles et ceux qui rendent la mission si riche ! 
Sans oublier quelques images spectaculaires offertes par Gaia au cours de ces 10 années de vie dans l'espace...

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