Tombouctou, la ville "aux 333 Saints"

Aux confins du Sahara, lĂ  oĂč le sable rencontre le Niger, se dresse Tombouctou, citĂ© lĂ©gendaire dont les bibliothĂšques de sable et les mausolĂ©es d’argile murmurent encore l’écho des caravanes d’or, de sel et de savoir.

Cette image a Ă©tĂ© prise par le satellite PlĂ©iades-1A en mars 2012. Il s’agit d’une image en couleurs naturelles, de rĂ©solution native Ă  0,70m, rĂ©-Ă©chantillonnĂ©e Ă  0,5m.

Tombouctou, une ville dans le désert

FondĂ©e au XIᔉ siĂšcle sur la frange mĂ©ridionale du Sahara, Tombouctou (Timbuktu) est rattachĂ©e au royaume mandingue du Mali vers 1325 et connaĂźt alors l’essor des grands courants caravaniers transsahariens. L’or, le sel et les captifs y transitent avec les convois venus de Walata ou de Tindouf, tandis que, durant les crues, des embarcations Ă  fond plat empruntent un chenal du Niger pour livrer cĂ©rĂ©ales et Ă©toffes. Cette position charniĂšre, Ă  la fois saharienne et fluviale, permit Ă  la citĂ© d’atteindre environ 100 000 habitants au XVe siĂšcle.

« La ville aux 333 Saints »

La renommĂ©e spirituelle de Tombouctou repose sur quelque 16 cimetiĂšres et mausolĂ©es dĂ©diĂ©s Ă  des Ă©rudits soufis. La tradition locale Ă©voque 333 « awliyù’ » (saints protecteurs) dont les plus connus sont Sidi Mahmoud, Sidi Moctar, Alpha Moya ou encore Cheikh El Bekkay. Ces tombeaux Ă©taient des lieux de pĂšlerinage censĂ©s garantir la baraka et la sĂ©curitĂ© de la ville.​
 

MosquĂ©es d’adobe et universitĂ©s coraniques

Tombouctou est organisĂ©e autour de l’universitĂ© coranique de SankorĂ©, Tombouctou rayonnait dans toute l’ouest de l‘Afrique saharienne en tant que lieu principal de diffusion de l’Islam. En raison de ce riche passĂ©, Tombouctou a Ă©tĂ© classĂ©e au Patrimoine mondial de l’UNESCO en 1988. A l’origine, les mesures de protection visaient Ă  prĂ©munir la ville de l’avancĂ©e du sable et du dĂ©sert. 

La ville reste inscrite sur la Liste du patrimoine en pĂ©ril ; le contexte est de nouveau dĂ©gradĂ© depuis le blocus imposĂ© par le groupe JNIM en aoĂ»t 2023 aprĂšs le retrait de la MINUSMA. Bombardements sporadiques, rarĂ©faction des vivres et suspension des vols commerciaux tĂ©moignent d’une fragilitĂ© chronique.​

Tombouctou continue de fasciner

Tombouctou demeure l’emblĂšme d’une Afrique mĂ©diĂ©vale savante et ouverte sur le monde : du XIIIᔉ au XVIᔉ siĂšcle, ses universitĂ©s coraniques rayonnaient jusqu’au Caire et Ă  FĂšs, attirant des milliers d’étudiants vers les bibliothĂšques de SankorĂ© et d’Ahmed-Baba. Son urbanisme d’oasis, parfaitement adaptĂ© au climat sahĂ©lien, marie encore aujourd’hui les murs massifs en banco, les toits portĂ©s par des troncs de palmier borassus et les torons de bois qui font Ă  la fois office de tirants structurels et d’échafaudage permanent lors des crĂ©pis annuels. Cette architecture, entretenue collectivement chaque dĂ©but de saison sĂšche pendant la cĂ©rĂ©monie du soukala, illustre un savoir-faire transmis de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration.

MalgrĂ© les destructions djihadistes de 2012 et l’insĂ©curitĂ© persistante, Tombouctou reste pour les Maliens « la perle du dĂ©sert », gardienne d’un patrimoine intellectuel, spirituel et architectural unique. La pĂ©rennitĂ© de ce symbole repose dĂ©sormais sur un Ă©quilibre prĂ©caire entre protection sĂ©curitaire, relance d’une Ă©conomie locale fondĂ©e sur l’artisanat et le tourisme culturel, et sauvegarde des savoir-faire liĂ©s Ă  la construction en terre crue et Ă  la conservation des manuscrits.

Auteur

Vincent Doumerc

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