Cette image a été acquise par un satellite Pléiades du CNES, le 14 août 2019. On peut observer le sommet du Kibo, point culminant du Kilimandjaro à 5 895 m d'altitude. Au centre de l'image apparaît le cratère du Reusch, qui témoigne de l'origine volcanique du massif. Autour de celui-ci s'étend un plateau sommital constitué de roches volcaniques, marqué par de nombreux ravinements sur ses versants. Le glacier, autrefois beaucoup plus étendu, ne subsiste que sous la forme de petits ilots de glace, bien visibles au nord-ouest du cratère et sur les bordures méridionales du sommet. L'image satellite à très haute résolution permet de faire un état des lieux du sommet et de suivre son évolution à partir des nouvelles acquisitions satellitaires.
Un très net recul de la calotte sommitale depuis 120 ans
Cette image en haute définition fournie par le satellite Pléiade datant du 14 août 2019 couvre le sommet du Mont Kibo, qui est le plus élevé du massif du Kilimandjaro. Bien visible, l’Uhuru Peak - qui culmine à 5 892 m. d’altitude – est le plus haut sommet du continent africain.
Comme le souligne le géographe François Bart, on assiste en 120 ans à un recul de 90 % de la couverture des glaciers dans l’étage sommital. En effet, d’après les premiers relevés effectués à la fin des années 1880, le glacier mesurait 20 km² en 1880 et seulement 12,1 km² en 1912. En 1953, l’étendue de glace mesurait 6,7 km² et en 2003. Une étude publiée en 2024 estime la superficie du glacier du Kilimandjaro à seulement 0,98 km² (2021-2022), soit une diminution de plus de 91 % depuis 1912.
Les nouveaux apports de l’image Pleiade
La comparaison entre les images satellites d’une très grande clarté et les données historiques témoigne d’une nette accélération du recul, comme le montre la carte ci-dessous présentant l'évolution des surfaces du glacier du Kilimandjaro depuis 1912. A certains endroits, la perte de masse des glaciers au sommet de la montagne atteint 70 % entre 2014 et 2022. On doit relever en particulier la quasi-disparition du champ de glace oriental (Eastern Icefield) et la très forte réduction des surfaces occupées par le champ de glace méridional (Southern Icefield) ; le glacier Decken et Little Breach ayant par exemple quasi-disparus. Dans le champ septentrional (Northern Icefield), la nette séparation est consommée entre le Glacier Credner et el Drygalski. Selon de nombreux observateurs, la disparition complète des champs de glaces sommitaux devrait devenir effective entre 2025 et 2035.
Si comme le souligne François Bart le Mont Kilimandjaro est, incontestablement, la « vedette » de l’Afrique des hautes terres orientales de l’Afrique du fait de sa forme très pure, valorisée par son isolement, du contraste entre ses neiges et glaces sommitales et des icones de la grande faune africaine qui se trouvent 5000 mètres plus bas.
Ces évolutions dépendent non seulement de l'augmentation des températures, mais également de la diminution des précipitations neigeuses en haute altitude et des phénomènes de sublimation, particulièrement importants sous les tropiques. Ces changements bouleversent certaines des représentations emblématiques entourant depuis Hemingway et ses "Neiges du Kilimandjaro", publié en 1936 aux États-Unis, cette haute terre africaine.
Site Géoimage du CNES
François Bart : Tanzanie/Kenya – Le Kilimandjaro : le plus haut sommet d’Afrique dans les hautes terres d’Afrique de l’Est
Sitologie/bibliographie
- Cullen N.J., P. Sirguey, T. Mölg, G. Kaser, M. Winkler and SJ Fitzsimons : “A century of ice retreat on Kilimandjaro : The mapping reloaded”, The Cryosphère, 7, 419-431, march 2013. (EGU, European Geosciences Union). (Deux series de cartes disponibles) https://tc.copernicus.org/articles/7/419/2013/tc-7-419-2013.pdf
- Hinzmann et al. (2024) – Tropical glacier loss in East Africa : https://doi.org/10.1088/2752-5295/ad1fd7