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Fos-sur-Mer : un complexe industrialo-portuaire de 1er rang en profondes mutations

Premier port français avec prĂšs de 70 millions de tonnes, Fos-sur-Mer rassemble une immense zone industrialo-portuaire, situĂ©e entre l’embouchure du RhĂŽne et le golfe de Fos. C’est sans doute le projet industrialo-portuaire le plus important en France, initiĂ© lors du triomphe de l’État planificateur des annĂ©es 1960 et dans le cadre historique du prolongement des activitĂ©s portuaires de Marseille, situĂ©e 50 km Ă  l’Est. S’inscrivant ainsi dans un systĂšme mĂ©tropolitain organisĂ© autour de quatre pĂŽles spĂ©cialisĂ©s – Marseille, Aix, Marignane /Vitrolles, Fos - Étang de Berre, ce projet de pĂŽle de croissance connaĂźt aujourd’hui de profondes mutations et des conflits d’usages croissants.

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Légende de l'image

Cette image du bassin de Marennes-OlĂ©ron, entre les estuaires de la Charente et de la Gironde, a Ă©tĂ© prise par le satellite Sentinel-2B le 23 avril 2021. Il s’agit d’une image en couleurs naturelles de rĂ©solution native Ă  10m.

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Présentation de l'image globale

Fos-sur-Mer. La mise en valeur d’un vaste delta littoral par un complexe industrialo-portuaire de rang national et continental

 

Le bouleversement de l’espace naturel du delta

Au centre de cette image, le complexe de Fos-sur-Mer est avant tout marquĂ© par son gigantisme. Il s'Ă©tend sur plus de 10 000 hectares, soit davantage que son concurrent français Le Havre. Ce qui frappe surtout, c’est que cette  zone industrialo portuaire (ZIP) fut créée dans un espace rural, peu amĂ©nagĂ© jusqu’aux annĂ©es 1960. La rĂ©alisation du complexe va profondĂ©ment bouleverser les paysages et les habitants dans le cadre d’un État modernisateur et planificateur (voir article de gĂ©ographie de 1969, opus citĂ©).

AdossĂ©s Ă  une vaste zone industrielle, les quais de Fos sont Ă  l’échelle de la massification des trafics maritimes. En plus des produits d’hydrocarbure, chimiques et des vracs solides, industriels comme alimentaires, Fos est un port de conteneurs. C’est Ă  Fos que les services maritimes vers l’Asie et les AmĂ©riques font escale ainsi que les destinations mĂ©diterranĂ©ennes.

Deux darses profondes et larges ont Ă©tĂ© pleinement rĂ©alisĂ©es sur les trois prĂ©vues. En effet, la darse 1, celle de l’Est, accueille pour l’essentiel les activitĂ©s liĂ©es Ă  l’usine mĂ©tallurgique tandis que la darse 2, au centre est davantage axĂ©e sur les conteneurs. La 3Ăšme darse, Ă  l’Ouest, reçoit essentiellement des automobiles. La construction de cette darse est arrĂȘtĂ©e par la crise pĂ©troliĂšre et Ă©conomique de 1973. Ces darses sont rĂ©alisĂ©es sur d'anciens marais.

 

La diffusion des activitĂ©s marseillaises vers l’ouest : la construction d’une mĂ©tropole multipolaire spĂ©cialisĂ©e

En effet, si le site de Fos est choisi, c’est en raison de ces disponibilitĂ©s en terrains gigantesques, qui auraient dĂ» s’étendre sur une superficie double et atteindre Istres, voir Arles par la plaine du Crau, extrĂȘmement plane. C’est aussi en raison, dans le golfe de Fos, de l’avancĂ©e du They de la Gracieuse qui offre une protection naturelle pour les navires. De plus, ce golfe de Fos offre des profondeurs intĂ©ressantes, entre 10 et 20 m. SituĂ© Ă  l’embouchure du RhĂŽne, il permet de futurs reports multimodaux par les barges.

Enfin, il s’agit de prolonger les activitĂ©s industrialo-portuaires de Marseille, qui aprĂšs avoir quittĂ© le Vieux port au milieu du XIXĂšme siĂšcle pour rejoindre la Joliette, se sont diffusĂ©es ensuite vers l’étang de Berre et LavĂ©ra dans l’Entre Deux guerre pour enfin parvenir Ă  ce vaste projet de Fos, situĂ© Ă  plus de 40 km du port historique. Fos appartient donc Ă  un ensemble portuaire qui part de Marseille et s'Ă©tend de maniĂšre discontinue vers l’embouchure du RhĂŽne.

C’est la partie la plus importante du grand port maritime de Marseille qui concentre ici les activitĂ©s industrielles, les vracs liquides et les conteneurs. Le port de Marseille conserve pour sa part des activitĂ©s moins polluantes comme le trafic de passagers ou la rĂ©ception d’automobiles. La ZIP de Fos est ainsi un pĂŽle Ă©conomique majeur de la mĂ©tropole de Marseille, puisque ses activitĂ©s s’étendent sur des dizaines de km (entrepĂŽts logistiques par exemple).

Pour rĂ©aliser les travaux de Fos, il a fallu draguer et dĂ©placer prĂšs de 73 millions m3 de matĂ©riaux qui ont permis de combler les Ă©tangs et marais le long du littoral entre Port-de-Bouc et Port-Saint-Louis-du-RhĂŽne sur prĂšs de dix km de long et prĂšs quatre km de profondeur. La comparaison entre les annĂ©es 1950 et aujourd’hui est Ă  cet Ă©gard particuliĂšrement visible.

Autour de la ZIP, trois espaces sont visibles aux couleurs bien diffĂ©rentes autour de la ZIP. Au Sud-Ouest, on observe un quadrillage multicolore des marais salants et Ă©tangs de Camargue, puis au Nord-Ouest beaucoup d’espaces agricoles, essentiellement en vert, ils rĂ©vĂšlent la richesse en eau de cette rĂ©gion, enfin au Nord-Est, les villes de Fos et de Port de Bouc, oĂč subsistent quelques Ă©tangs, sont les marqueurs de la conurbation littorale de Marseille.

 

L’articulation des fonctions industrielles et logistiques

Cette image rĂ©vĂšle aussi de nombreux axes de transports qui assure Ă  Fos un vaste hinterland Ă  cette plateforme multimodale majeure. Tout d’abord des canaux, avec celui de Marseille au RhĂŽne, guĂšre utilisĂ© Ă  l’Est par quelques bateaux de plaisance en raison de son faible gabarit et de sa fermeture sous le tunnel du massif de l’Estaque. Il longe le littoral de Port-de-Bouc Ă  la darse 1, oĂč  il file alors vers l’Ouest vers le RhĂŽne. Une ancienne branche se dirige vers le Nord vers Arles. C’est la partie ancienne du XVIIĂšme siĂšcle qui assurait la navigation en cas de crue du RhĂŽne. Il sert aujourd’hui de canal d’irrigation. Le RhĂŽne est aussi utilisĂ© par des barges mais de maniĂšre limitĂ©e malgrĂ© les projets de dĂ©veloppement de navigation fluviale croissante entre Marseille et Lyon afin de soulager l’autoroute A7.

L’axe routier majeur qui longe le canal et contourne le site de Fos est la N568 qui permet de relier par une deux fois deux voies les autoroutes A55 (Martigues) et A54 (Arles). De vastes projets Ă©taient conçus dans les annĂ©es 1960 pour construire plusieurs autoroutes, autour de Fos et de l’étang de Berre mais la crise industrielle et les contestations environnementales ont mis un terme Ă  ces projets. Dans la ZIP de Fos, le rĂ©seau routier est dense comme celui des voies ferrĂ©es (14000 trains/an), ce que l’on peut observer sur les quais entre les darses 1 et 2 par exemple. Enfin, un vaste rĂ©seau d’olĂ©oducs et gazoducs, peu visibles, permet d’alimenter une large partie de la France, de la Suisse et jusqu’à l’Allemagne. Le projet initial Ă©tait beaucoup plus important puisque Fos devait rivaliser avec Rotterdam pour l’approvisionnement en pĂ©trole de l’Europe.

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Conservatoire littoral
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Carte IGN 1950
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Densité dessertes logistiques
Réserves fonciÚres et espaces naturels

Ce qui frappe dans cette image, c’est bien Ă©videmment l’étendue de la ZIP mais aussi ses rĂ©serves fonciĂšres. Fos devait disposer de trois darses gigantesques mais seulement deux ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es. La troisiĂšme vers Port Saint-Louis-du RhĂŽne est Ă  peine entamĂ©e, des entreprises de logistiques s’y installent. D’autre part, beaucoup d’espaces du port sont aujourd’hui peu amĂ©nagĂ©s, notamment entre les deux darses. Enfin, au Nord du complexe, beaucoup de terres, encore inondables constituent des rĂ©serves fonciĂšres de ce complexe qui aurait dĂ» s’étendre davantage sur la plaine du Crau. Les rĂ©centes dĂ©clarations du prĂ©sident de la RĂ©publique lors de sa venue Ă  Fos (2023) vont dans le sens d’une extension des activitĂ©s de Fos, notamment autour d’industries « vertes » (podcast de France Culture ci-dessous).

Enfin, le contraste est fort entre formes gĂ©omĂ©triques anthropisĂ©es et espaces “naturels” protĂ©gĂ©s dans cette image. Le parc naturel rĂ©gional de Camargue entoure la ZIP par l’EST et de nombreuses zones naturelles d’intĂ©rĂȘt Ă©cologique faunistique et floristique (ZNIEFF) sont prĂ©sentes autour et dans la ZIP. De plus, le complexe est entourĂ© d’espaces agricoles, de marais, et de plages. Fos est aussi une zone de loisirs, avec ses rĂ©serves de pĂȘches, de chasses, ses flamants roses, et ses plages frĂ©quentĂ©es par la population locale. Les ports de plaisance de Fos Ă  l’Est et celui de Port Saint Louis au Sud-Ouest rappellent cette fonction rĂ©crĂ©ative, d’un site parmi les plus transformĂ©s de France.

Zooms d'étude

Vues d'un satellite Pleaides le 9 avril 2021.

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Ces marais salants aux couleurs vives existent depuis l'AntiquitĂ©. De nombreux Ă©trangers y ont travaillĂ© : ArmĂ©niens, Italiens ou Indochinois par exemple. Aujourd’hui, le site des Salins du Midi s’est fortement mĂ©canisĂ© et il n’y a plus qu’une cinquantaine de personnes qui travaillent dans la saline. Elle reprĂ©sente 6 000 hectares avec une production de 340 000 tonnes de sel par an, pour le dĂ©neigement des routes essentiellement.

L’eau de mer est prĂ©levĂ©e en mer et circule dans diffĂ©rents bassins grĂące Ă  un systĂšme de pompage. Elle est ensuite dirigĂ©e vers les tables salantes, parcelles d’eau de mer rose nacrĂ©e grĂące Ă  la forte concentration en mollusque rose qui donne leur couleur aux flamants. SaturĂ©e en sel, l’eau va s’évaporer. La cristallisation du sel se produit et la rĂ©colte peut avoir lieu. Cet espace est parsemĂ© de pistes, de canaux et de marais au Sud. Avec la montĂ©e des eaux, cette activitĂ© saline pourrait disparaĂźtre progressivement d’autant que les projets de digues anti crue sur le RhĂŽne limiteraient l’arrivĂ©e de l’eau de mer et la pression touristique s’accentue sur cet espace.

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Marais salants

Salin-de-Giraud est une commune de 2 000 habitants créée en 1856 pour fournir le sel Ă  l'usine chimique, qui produisait de la soude. Henri Merle et le chimiste belge Ernest Solvay, fondent ensuite dans cette commune un second site industriel en 1895, pour utiliser le sel afin de fabriquer du carbonate de soude. La ville s'est alors construite suivant un plan en damier typique des citĂ©s ouvriĂšres de la seconde moitiĂ© du XIXĂšme siĂšcle avec de larges rues, des groupes d'habitations sĂ©parĂ©s par des jardins publics ou privĂ©s, des places et par l’utilisation de la brique en façade. Les longs bĂątiments rectangulaires du quartier Solvay, construits avec des briques par des ouvriers du Nord valent au village le surnom de « corons en Camargue » ce que l’on voit face Ă  la route du bac. Celui-ci fonctionne pour les voitures permettant de franchir le RhĂŽne sans repasser par Arles, mais un projet de pont est rĂ©guliĂšrement annoncĂ©.

Face Ă  Salin de Giraud, le canal du RhĂŽne au port de Fos est utilisĂ© par des pĂ©niches et grandes barges qui assurent la liaison Lyon-Marseille amenĂ©e peut-ĂȘtre Ă  se dĂ©velopper, dans le cadre du report du transport routier vers le transport fluvial sur le couloir rhodanien. Le trafic y est faible actuellement avec seulement quatre millions de tonnes/an.

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Salin de Giraud

Au centre de l’image le RhĂŽne, encadrĂ© par de hautes digues du fait de la puissance de ses crues, alimente les espaces agricoles autour, ce que l’on voit par les nombreux canaux. Ces dizaines de canaux permettent la culture du riz de Camargue qui dispose d’une IGP. Ces riziĂšres, trĂšs rectangulaires, sont créées dĂšs le XIXĂšme siĂšcle. Elles limitent alors les crues du RhĂŽne. La production du riz a continuĂ©, notamment par le recours Ă  de la main-d'Ɠuvre Ă©trangĂšre d’Indochine et d’Italie aux conditions de travail longtemps trĂšs difficiles. Des activitĂ©s de tourisme vert se dĂ©veloppent au travers de mas transformĂ©s en gĂźtes et une voie cyclable longe la rive gauche du RhĂŽne, elle permet de relier Lyon Ă  la Camargue, c’est la ViaRhĂŽna.

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Rives du RhĂŽne

Dans la commune de Port-Saint-Louis-du-RhĂŽne (8 000 habitants), on observe au centre le canal Saint-Louis et son bassin des Tellines qui marquent une zone de transition entre le complexe portuaire inachevĂ© et les autres activitĂ©s, passĂ©es ou rĂ©centes. En effet, la partie Sud rassemble des activitĂ©s de conchyliculture, de navigation de plaisance avec port et atelier de radoub ainsi qu’une plage axĂ©e sur le kite surf. Le golfe de Fos bĂ©nĂ©ficie en effet d’une mer protĂ©gĂ©e par le They de la Gracieuse et de vents importants. Au-delĂ , des marais et espaces protĂ©gĂ©s sont prisĂ©s des chasseurs et les flamants roses y sont nombreux.

Au Nord du canal, s’il reste une plage, autrefois trĂšs vivante, l’essentiel repose sur l’activitĂ© portuaire et le dĂ©but de la troisiĂšme darse, situĂ©e sur l’ancien marais du Gloria. On voit ainsi, le quai pour conteneurs et automobiles, ainsi qu’une usine de fabrication de terreau, avec ses panneaux solaires sur le toit. Le foncier en rĂ©serve pourrait servir pour la zone logistique Fos Distriport en plein dĂ©veloppement, situĂ©e Ă  moins d’un km avec de grandes entreprises telle que Geodis. Une autre zone logistique, celle de la Feuillane au Nord de la ZIP, accueille l’entreprise Ikea. Au total, Fos rassemble un million de m2 d’entrepĂŽts auxquels viennent s’ajouter d’autres entrepĂŽts logistiques Ă  quelques km dans la plaine du Crau le long de l’A54 essentiellement (en dehors de l’image).

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Port-Saint-Louis-du-RhĂŽne

Dans la partie Sud-Ouest sont situĂ©s les restes de l’ancien Ă©tang de Gloria, comblĂ© par les millions de m3 du dragage du chenal d’accĂšs au golfe de Fos. On voit donc ce qui aurait dĂ» ĂȘtre la 3Ăšme darse. Elle rassemble toutefois un “petit” quai de 650 m pour la rĂ©ception d’automobiles, environ 60 000/an, venant ainsi complĂ©ter cette activitĂ© avec le port de la Joliette Ă  Marseille. Les voitures proviennent essentiellement de MĂ©diterranĂ©e, dont beaucoup de l’usine Dacia de Tanger Med au Maroc.

Les immenses quais (2 km) de la darse 2 sont consacrĂ©s aux conteneurs. Avec plus d’un million de conteneurs/an, 500 ports mondiaux desservis, 25 escales de navires/jour, de vastes espaces logistiques (entrepĂŽts visibles de Gefco par exemple), Fos comporte bien des atouts qui en font le 2Ăšme port français Ă  conteneurs derriĂšre Le Havre. Pourtant, Fos traite dix fois moins de conteneurs que Rotterdam, 1er port europĂ©en Ă  conteneurs ou que Tanger Med 1er port Ă  conteneurs de MĂ©diterranĂ©e. Ces quais de Fos ont des profondeurs de 15 m et ne peuvent pas accueillir les plus grands porte-conteneurs mondiaux au tirant d’eau supĂ©rieur. Enfin, l’entreprise marseillaise, CMA CGM, 3Ăšme entreprise mondiale de transport maritime, est peu prĂ©sente Ă  Marseille.

Au Nord se trouve l’usine EverĂ© d’incinĂ©ration des dĂ©chets de la mĂ©tropole de Marseille. Immense, elle reçoit deux trains par jour et sa construction a soulevĂ© beaucoup de contestations de la part des habitants dans les annĂ©es 2000.  Ces derniers estimant qu’aprĂšs le pĂ©trole, les usines, les navires, Fos ne devait plus accueillir d'activitĂ©s polluantes. En fait, l’installation d’activitĂ©s industrielles polluantes est un choix depuis le XIXĂšme siĂšcle, puisque des usines Ă©taient dĂ©jĂ  construites alors et le choix des dĂ©cideurs, depuis, fut de concentrer ces activitĂ©s dans des espaces considĂ©rĂ©s comme “perdus” (travaux de l’équipe TELEMMe). Les contestations des populations locales, de municipalitĂ©s et d’associations sont croissantes, notamment pour mesurer les pollutions et limiter ainsi certaines activitĂ©s.

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Terminaux Ă  conteneurs
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Au Nord du quai se trouve l’usine Eiffel, filiale du groupe Eiffage. Elle construit d’immenses Ă©oliennes marines, des tripodes haut de 45 m qui devraient ĂȘtre installĂ©es Ă  17 km des cĂŽtes  produisant ainsi 8,4 MW d’énergies vertes. Cela donnerait une image moins nĂ©gative Ă  Fos et participerait Ă  un verdissement des activitĂ©s industrialo-portuaires. L’ensemble du complexe de Fos comprend d’ailleurs une trentaine d’étoliennes et de vastes champs de panneaux solaires, le tout dans le cadre des projets dĂ©veloppĂ©s par PIICTO (Plateforme Industrielle et d’Innovation Caban-Tonkin qui regroupe les entitĂ©s et le port de Marseille Fos dans le but d’amĂ©liorer la compĂ©titivitĂ© et le dĂ©veloppement d’activitĂ©s industrielles et de l’innovation sur ce territoire). L’État souhaite aussi dĂ©velopper des « industries vertes » autour des panneaux solaires comme sur le modĂšle des usines de batteries Ă©lectriques installĂ©es dans la ZIP de Dunkerque.

Pourtant, la vocation de Fos reste encore largement centrĂ©e sur l’industrie chimique et pĂ©troliĂšre ce que montre ici les usines de Kem one qui produisent de la soude, du chlore et de l’hydrogĂšne. Plus bas, LyondellBasell, groupe mondial de chimie amĂ©ricain, produit de l’oxyde de propylĂšne (PO) pour les siĂšges automobiles notamment.

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L'usine Eiffel
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A Fos, les terminaux mĂ©thanier Ă  l’Est et pĂ©trolier Ă  l’Ouest forment un vĂ©ritable « robinet » (PĂ©raldi) pour alimenter la France en hydrocarbures. Ainsi, les pĂ©troliers (en rouge) ont six quais, pouvant accueillir des pĂ©troliers de plus de 100 000 tonnes. Une partie de ce pĂ©trole est soit stockĂ©e dans des rĂ©servoirs situĂ©s Ă  proximitĂ©, soit envoyĂ© par pipeline, camions citernes et trains en France ou en Europe rhĂ©nane. Cette activitĂ© dĂ©bute dans les annĂ©es 1970. Il Ă©tait prĂ©vu que Fos alimente de maniĂšre massive une partie des pays voisins et concurrencent Rotterdam, mais la crise pĂ©troliĂšre a freinĂ© ces projets.

Par contre, le terminal mĂ©thanier, avec GDF, est en plein dĂ©veloppement, avec son quai pouvant accueillir des navires GNL, en blanc sur l’image, de 300 000 m3. SituĂ© prĂšs des trois grosses cuves, celles-ci sont comme des « thermos » afin de conserver le GNL – gaz naturel liquĂ©fiĂ© Ă  moins 160°c. À cette tempĂ©rature, le gaz occupe en effet un volume 600 fois infĂ©rieur Ă  sa forme gazeuse, ce qui facilite grandement son transport. Un mĂ©thanier de GNL peut ainsi transporter la consommation annuelle d’une ville comme Montpellier. Le GNL est soit mis dans des camions citernes pour des stations-services, soit transformĂ© dans les diffĂ©rentes installations avec l’odorisation et le passage de la forme liquide Ă  la forme gazeuse pour alimenter le rĂ©seau des gazoducs. Ce seul terminal mĂ©thanier assure 20 % de l’approvisionnement en gaz de la France et son trafic est amenĂ© Ă  croĂźtre en raison de la guerre en Ukraine et de la fin du gaz russe acheminĂ© par gazoduc, d’autant que les rĂ©serves fonciĂšres sont importantes. Mais, l’éventuelle extension de ce complexe mĂ©thanier et pĂ©trolier rencontre l’opposition de la population qui souhaite notamment conserver la plage du Cavaou situĂ©e Ă  quelques centaines de mĂštres.

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Terminal méthanier

Couvrant un immense quadrilatĂšre, l’usine sidĂ©rurgique d’Arcelor Mittal date de 1974, elle s’appelait auparavant SOLMER puis SOLLAC. Elle relĂšve du modĂšle de cette sidĂ©rurgie sur l’eau, apparue au cours des annĂ©es 1960, fondĂ©e sur l’importation par voie maritime de minerais de fer et de charbon, visibles ici Ă  l’Ouest de l’usine sur les immenses quais de 36 ha. On peut suivre dans l’espace du site la progression des diffĂ©rentes opĂ©rations techniques aboutissant Ă  la production finale. Cette intĂ©gration technique complexe sur un seul site est un facteur majeur de productivitĂ© par rapport Ă  la dispersion des activitĂ©s entre diffĂ©rentes sites industriels, en Lorraine par exemple. Une fois dĂ©barquĂ©, le minerais et le charbon sont en effet homogĂ©nĂ©isĂ©s et agglomĂ©rĂ©s, la cokerie – qui fournit le coke en fusion - et le four Ă  chaux alimentent deux hauts fourneaux, une aciĂ©rie en coulĂ©e continue, un train Ă  bande qui Ă©crase progressivement les brames d’acier en fusion pour en faire une tĂŽle trĂšs fine avant les opĂ©rations de finissage puis le stockage des bobines d’acier le long du canal.    

L’acier est fonc transformĂ© en produits plats laminĂ©s par les hauts fourneaux et laminoirs, situĂ©s au centre de l’image pour produire des bobines visibles sur le quai de la darse sud face au terminal pĂ©trolier. Ces milliers de bobines servent pour l’automobile, l’électromĂ©nager ou les emballages.

PrĂšs de 2 500 employĂ©s travaillent directement sur ce site qui est le plus important de la ZIP. Avec les emplois indirects, c’est plus quatre mille emplois. Depuis plusieurs annĂ©es, des procĂšs sont intentĂ©s Ă  cette usine car elle dĂ©gage des fumĂ©es toxiques et surtout ses employĂ©s sont exposĂ©s Ă  des poussiĂšres dangereuses. Les protestations des salariĂ©s et habitants pĂšsent peu face au poids Ă©conomique de cette usine qui appartient Ă  l’une des plus grandes firmes transnationales – le groupe ArcelorMittal - et qui reste l’un des plus importants employeurs de la rĂ©gion PACA.

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Arcelor Mittal
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Complexe de Fos
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Plage du cavaou

Dans cet espace, on peut observer les diffĂ©rentes pĂ©riodes et activitĂ©s du complexe de Fos-sur-Mer, les contrastes sont saisissants. En effet, si le Sud est marquĂ© par les activitĂ©s littorales avec un port de pĂȘche et de plaisance, la plage populaire et amĂ©nagĂ©e du Cavaou, un canal apprĂ©ciĂ© des pĂȘcheurs et des marais salant diversement utilisĂ©s, plus au Nord s’étend la ville de Fos. Essentiellement pavillonnaire, en croissance depuis 50 ans, puisque la population passe de 3 000 habitants en 1968 Ă  plus de 15 000 actuellement. Elle est dotĂ©e de nombreux Ă©quipements, financĂ©s par les activitĂ©s de la ZIP.

Les amĂ©nitĂ©s de la commune viennent aussi d’espaces « naturels » de l’Est oĂč subsistent des Ă©tangs et collines boisĂ©es, oĂč randonneurs et sportifs sont nombreux. Ainsi, cette commune situĂ©e Ă  proximitĂ© d’une des plus grandes zone Seveso d’Europe attire-t-elle beaucoup d’ouvriers et d’employĂ©s mais aussi des cadres et retraitĂ©s. Fos est une municipalitĂ© riche avec peu de poches de pauvretĂ©. Les immenses rĂ©servoirs pĂ©troliers d’Exxon visibles Ă  l’Ouest, les usines proches avec leurs fumĂ©es et la vue des pĂ©troliers mobilisent pourtant les populations pour limiter les activitĂ©s polluantes de la ZIP.

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Fos-sur-Mer

Images complémentaires

Le complexe de Fos-sur-Mer dans l’espace du delta du Rhîne.

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Vue régionale / Images prises par un satellite Sentinel-2 le 18 juillet 2021
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RepÚres géographiques

D'autres ressources

Bibliographie :

CarrouĂ© Laurent, La France – Les mutations des systĂšmes productifs, Armand Colin, 2013.

Joly Jacques et Chamussy Laurent, « GĂ©ographie du futur engagĂ© : le port industriel de Fos-sur-Mer », Revue de gĂ©ographie alpine, 1969

 

Sitographie :

 

Podcast de France culture :

Contributeur

Xavier Gosset, Lycée Saint-Charles, Marseille