Premier port français avec prĂšs de 70 millions de tonnes, Fos-sur-Mer rassemble une immense zone industrialo-portuaire, situĂ©e entre lâembouchure du RhĂŽne et le golfe de Fos. Câest sans doute le projet industrialo-portuaire le plus important en France, initiĂ© lors du triomphe de lâĂtat planificateur des annĂ©es 1960 et dans le cadre historique du prolongement des activitĂ©s portuaires de Marseille, situĂ©e 50 km Ă lâEst. Sâinscrivant ainsi dans un systĂšme mĂ©tropolitain organisĂ© autour de quatre pĂŽles spĂ©cialisĂ©s â Marseille, Aix, Marignane /Vitrolles, Fos - Ătang de Berre, ce projet de pĂŽle de croissance connaĂźt aujourdâhui de profondes mutations et des conflits dâusages croissants.
Légende de l'image
Cette image du bassin de Marennes-OlĂ©ron, entre les estuaires de la Charente et de la Gironde, a Ă©tĂ© prise par le satellite Sentinel-2B le 23 avril 2021. Il sâagit dâune image en couleurs naturelles de rĂ©solution native Ă 10m.
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Présentation de l'image globale
Fos-sur-Mer. La mise en valeur dâun vaste delta littoral par un complexe industrialo-portuaire de rang national et continental
Le bouleversement de lâespace naturel du delta
Au centre de cette image, le complexe de Fos-sur-Mer est avant tout marquĂ© par son gigantisme. Il s'Ă©tend sur plus de 10 000 hectares, soit davantage que son concurrent français Le Havre. Ce qui frappe surtout, câest que cette zone industrialo portuaire (ZIP) fut créée dans un espace rural, peu amĂ©nagĂ© jusquâaux annĂ©es 1960. La rĂ©alisation du complexe va profondĂ©ment bouleverser les paysages et les habitants dans le cadre dâun Ătat modernisateur et planificateur (voir article de gĂ©ographie de 1969, opus citĂ©).
AdossĂ©s Ă une vaste zone industrielle, les quais de Fos sont Ă lâĂ©chelle de la massification des trafics maritimes. En plus des produits dâhydrocarbure, chimiques et des vracs solides, industriels comme alimentaires, Fos est un port de conteneurs. Câest Ă Fos que les services maritimes vers lâAsie et les AmĂ©riques font escale ainsi que les destinations mĂ©diterranĂ©ennes.
Deux darses profondes et larges ont Ă©tĂ© pleinement rĂ©alisĂ©es sur les trois prĂ©vues. En effet, la darse 1, celle de lâEst, accueille pour lâessentiel les activitĂ©s liĂ©es Ă lâusine mĂ©tallurgique tandis que la darse 2, au centre est davantage axĂ©e sur les conteneurs. La 3Ăšme darse, Ă lâOuest, reçoit essentiellement des automobiles. La construction de cette darse est arrĂȘtĂ©e par la crise pĂ©troliĂšre et Ă©conomique de 1973. Ces darses sont rĂ©alisĂ©es sur d'anciens marais.
La diffusion des activitĂ©s marseillaises vers lâouest : la construction dâune mĂ©tropole multipolaire spĂ©cialisĂ©e
En effet, si le site de Fos est choisi, câest en raison de ces disponibilitĂ©s en terrains gigantesques, qui auraient dĂ» sâĂ©tendre sur une superficie double et atteindre Istres, voir Arles par la plaine du Crau, extrĂȘmement plane. Câest aussi en raison, dans le golfe de Fos, de lâavancĂ©e du They de la Gracieuse qui offre une protection naturelle pour les navires. De plus, ce golfe de Fos offre des profondeurs intĂ©ressantes, entre 10 et 20 m. SituĂ© Ă lâembouchure du RhĂŽne, il permet de futurs reports multimodaux par les barges.
Enfin, il sâagit de prolonger les activitĂ©s industrialo-portuaires de Marseille, qui aprĂšs avoir quittĂ© le Vieux port au milieu du XIXĂšme siĂšcle pour rejoindre la Joliette, se sont diffusĂ©es ensuite vers lâĂ©tang de Berre et LavĂ©ra dans lâEntre Deux guerre pour enfin parvenir Ă ce vaste projet de Fos, situĂ© Ă plus de 40 km du port historique. Fos appartient donc Ă un ensemble portuaire qui part de Marseille et s'Ă©tend de maniĂšre discontinue vers lâembouchure du RhĂŽne.
Câest la partie la plus importante du grand port maritime de Marseille qui concentre ici les activitĂ©s industrielles, les vracs liquides et les conteneurs. Le port de Marseille conserve pour sa part des activitĂ©s moins polluantes comme le trafic de passagers ou la rĂ©ception dâautomobiles. La ZIP de Fos est ainsi un pĂŽle Ă©conomique majeur de la mĂ©tropole de Marseille, puisque ses activitĂ©s sâĂ©tendent sur des dizaines de km (entrepĂŽts logistiques par exemple).
Pour rĂ©aliser les travaux de Fos, il a fallu draguer et dĂ©placer prĂšs de 73 millions m3 de matĂ©riaux qui ont permis de combler les Ă©tangs et marais le long du littoral entre Port-de-Bouc et Port-Saint-Louis-du-RhĂŽne sur prĂšs de dix km de long et prĂšs quatre km de profondeur. La comparaison entre les annĂ©es 1950 et aujourdâhui est Ă cet Ă©gard particuliĂšrement visible.
Autour de la ZIP, trois espaces sont visibles aux couleurs bien diffĂ©rentes autour de la ZIP. Au Sud-Ouest, on observe un quadrillage multicolore des marais salants et Ă©tangs de Camargue, puis au Nord-Ouest beaucoup dâespaces agricoles, essentiellement en vert, ils rĂ©vĂšlent la richesse en eau de cette rĂ©gion, enfin au Nord-Est, les villes de Fos et de Port de Bouc, oĂč subsistent quelques Ă©tangs, sont les marqueurs de la conurbation littorale de Marseille.
Lâarticulation des fonctions industrielles et logistiques
Cette image rĂ©vĂšle aussi de nombreux axes de transports qui assure Ă Fos un vaste hinterland Ă cette plateforme multimodale majeure. Tout dâabord des canaux, avec celui de Marseille au RhĂŽne, guĂšre utilisĂ© Ă lâEst par quelques bateaux de plaisance en raison de son faible gabarit et de sa fermeture sous le tunnel du massif de lâEstaque. Il longe le littoral de Port-de-Bouc Ă la darse 1, oĂč il file alors vers lâOuest vers le RhĂŽne. Une ancienne branche se dirige vers le Nord vers Arles. Câest la partie ancienne du XVIIĂšme siĂšcle qui assurait la navigation en cas de crue du RhĂŽne. Il sert aujourdâhui de canal dâirrigation. Le RhĂŽne est aussi utilisĂ© par des barges mais de maniĂšre limitĂ©e malgrĂ© les projets de dĂ©veloppement de navigation fluviale croissante entre Marseille et Lyon afin de soulager lâautoroute A7.
Lâaxe routier majeur qui longe le canal et contourne le site de Fos est la N568 qui permet de relier par une deux fois deux voies les autoroutes A55 (Martigues) et A54 (Arles). De vastes projets Ă©taient conçus dans les annĂ©es 1960 pour construire plusieurs autoroutes, autour de Fos et de lâĂ©tang de Berre mais la crise industrielle et les contestations environnementales ont mis un terme Ă ces projets. Dans la ZIP de Fos, le rĂ©seau routier est dense comme celui des voies ferrĂ©es (14000 trains/an), ce que lâon peut observer sur les quais entre les darses 1 et 2 par exemple. Enfin, un vaste rĂ©seau dâolĂ©oducs et gazoducs, peu visibles, permet dâalimenter une large partie de la France, de la Suisse et jusquâĂ lâAllemagne. Le projet initial Ă©tait beaucoup plus important puisque Fos devait rivaliser avec Rotterdam pour lâapprovisionnement en pĂ©trole de lâEurope.
Réserves fonciÚres et espaces naturels
Ce qui frappe dans cette image, câest bien Ă©videmment lâĂ©tendue de la ZIP mais aussi ses rĂ©serves fonciĂšres. Fos devait disposer de trois darses gigantesques mais seulement deux ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es. La troisiĂšme vers Port Saint-Louis-du RhĂŽne est Ă peine entamĂ©e, des entreprises de logistiques sây installent. Dâautre part, beaucoup dâespaces du port sont aujourdâhui peu amĂ©nagĂ©s, notamment entre les deux darses. Enfin, au Nord du complexe, beaucoup de terres, encore inondables constituent des rĂ©serves fonciĂšres de ce complexe qui aurait dĂ» sâĂ©tendre davantage sur la plaine du Crau. Les rĂ©centes dĂ©clarations du prĂ©sident de la RĂ©publique lors de sa venue Ă Fos (2023) vont dans le sens dâune extension des activitĂ©s de Fos, notamment autour dâindustriesâŻÂ«âŻvertesâŻÂ» (podcast de France Culture ci-dessous).
Enfin, le contraste est fort entre formes gĂ©omĂ©triques anthropisĂ©es et espaces ânaturelsâ protĂ©gĂ©s dans cette image. Le parc naturel rĂ©gional de Camargue entoure la ZIP par lâEST et de nombreuses zones naturelles dâintĂ©rĂȘt Ă©cologique faunistique et floristique (ZNIEFF) sont prĂ©sentes autour et dans la ZIP. De plus, le complexe est entourĂ© dâespaces agricoles, de marais, et de plages. Fos est aussi une zone de loisirs, avec ses rĂ©serves de pĂȘches, de chasses, ses flamants roses, et ses plages frĂ©quentĂ©es par la population locale. Les ports de plaisance de Fos Ă lâEst et celui de Port Saint Louis au Sud-Ouest rappellent cette fonction rĂ©crĂ©ative, dâun site parmi les plus transformĂ©s de France.
Zooms d'étude
Vues d'un satellite Pleaides le 9 avril 2021.
Contient des informations PLEIADESâŻÂ© CNES 2020, Distribution Airbus DS, tous droits rĂ©servĂ©s.
Ces marais salants aux couleurs vives existent depuis l'AntiquitĂ©. De nombreux Ă©trangers y ont travaillĂ© : ArmĂ©niens, Italiens ou Indochinois par exemple. Aujourdâhui, le site des Salins du Midi sâest fortement mĂ©canisĂ© et il nây a plus quâune cinquantaine de personnes qui travaillent dans la saline. Elle reprĂ©sente 6 000 hectares avec une production de 340 000 tonnes de sel par an, pour le dĂ©neigement des routes essentiellement.
Lâeau de mer est prĂ©levĂ©e en mer et circule dans diffĂ©rents bassins grĂące Ă un systĂšme de pompage. Elle est ensuite dirigĂ©e vers les tables salantes, parcelles dâeau de mer rose nacrĂ©e grĂące Ă la forte concentration en mollusque rose qui donne leur couleur aux flamants. SaturĂ©e en sel, lâeau va sâĂ©vaporer. La cristallisation du sel se produit et la rĂ©colte peut avoir lieu. Cet espace est parsemĂ© de pistes, de canaux et de marais au Sud. Avec la montĂ©e des eaux, cette activitĂ© saline pourrait disparaĂźtre progressivement dâautant que les projets de digues anti crue sur le RhĂŽne limiteraient lâarrivĂ©e de lâeau de mer et la pression touristique sâaccentue sur cet espace.
Salin-de-Giraud est une commune de 2 000 habitants créée en 1856 pour fournir le sel Ă l'usine chimique, qui produisait de la soude. Henri Merle et le chimiste belge Ernest Solvay, fondent ensuite dans cette commune un second site industriel en 1895, pour utiliser le sel afin de fabriquer du carbonate de soude. La ville s'est alors construite suivant un plan en damier typique des citĂ©s ouvriĂšres de la seconde moitiĂ© du XIXĂšme siĂšcle avec de larges rues, des groupes d'habitations sĂ©parĂ©s par des jardins publics ou privĂ©s, des places et par lâutilisation de la brique en façade. Les longs bĂątiments rectangulaires du quartier Solvay, construits avec des briques par des ouvriers du Nord valent au village le surnom deâŻÂ«âŻcorons en CamargueâŻÂ» ce que lâon voit face Ă la route du bac. Celui-ci fonctionne pour les voitures permettant de franchir le RhĂŽne sans repasser par Arles, mais un projet de pont est rĂ©guliĂšrement annoncĂ©.
Face Ă Salin de Giraud, le canal du RhĂŽne au port de Fos est utilisĂ© par des pĂ©niches et grandes barges qui assurent la liaison Lyon-Marseille amenĂ©e peut-ĂȘtre Ă se dĂ©velopper, dans le cadre du report du transport routier vers le transport fluvial sur le couloir rhodanien. Le trafic y est faible actuellement avec seulement quatre millions de tonnes/an.
Au centre de lâimage le RhĂŽne, encadrĂ© par de hautes digues du fait de la puissance de ses crues, alimente les espaces agricoles autour, ce que lâon voit par les nombreux canaux. Ces dizaines de canaux permettent la culture du riz de Camargue qui dispose dâune IGP. Ces riziĂšres, trĂšs rectangulaires, sont créées dĂšs le XIXĂšme siĂšcle. Elles limitent alors les crues du RhĂŽne. La production du riz a continuĂ©, notamment par le recours Ă de la main-d'Ćuvre Ă©trangĂšre dâIndochine et dâItalie aux conditions de travail longtemps trĂšs difficiles. Des activitĂ©s de tourisme vert se dĂ©veloppent au travers de mas transformĂ©s en gĂźtes et une voie cyclable longe la rive gauche du RhĂŽne, elle permet de relier Lyon Ă la Camargue, câest la ViaRhĂŽna.
Dans la commune de Port-Saint-Louis-du-RhĂŽne (8 000 habitants), on observe au centre le canal Saint-Louis et son bassin des Tellines qui marquent une zone de transition entre le complexe portuaire inachevĂ© et les autres activitĂ©s, passĂ©es ou rĂ©centes. En effet, la partie Sud rassemble des activitĂ©s de conchyliculture, de navigation de plaisance avec port et atelier de radoub ainsi quâune plage axĂ©e sur le kite surf. Le golfe de Fos bĂ©nĂ©ficie en effet dâune mer protĂ©gĂ©e par le They de la Gracieuse et de vents importants. Au-delĂ , des marais et espaces protĂ©gĂ©s sont prisĂ©s des chasseurs et les flamants roses y sont nombreux.
Au Nord du canal, sâil reste une plage, autrefois trĂšs vivante, lâessentiel repose sur lâactivitĂ© portuaire et le dĂ©but de la troisiĂšme darse, situĂ©e sur lâancien marais du Gloria. On voit ainsi, le quai pour conteneurs et automobiles, ainsi quâune usine de fabrication de terreau, avec ses panneaux solaires sur le toit. Le foncier en rĂ©serve pourrait servir pour la zone logistique Fos Distriport en plein dĂ©veloppement, situĂ©e Ă moins dâun km avec de grandes entreprises telle que Geodis. Une autre zone logistique, celle de la Feuillane au Nord de la ZIP, accueille lâentreprise Ikea. Au total, Fos rassemble un million de m2 dâentrepĂŽts auxquels viennent sâajouter dâautres entrepĂŽts logistiques Ă quelques km dans la plaine du Crau le long de lâA54 essentiellement (en dehors de lâimage).
Dans la partie Sud-Ouest sont situĂ©s les restes de lâancien Ă©tang de Gloria, comblĂ© par les millions de m3 du dragage du chenal dâaccĂšs au golfe de Fos. On voit donc ce qui aurait dĂ» ĂȘtre la 3Ăšme darse. Elle rassemble toutefois un âpetitâ quai de 650 m pour la rĂ©ception dâautomobiles, environ 60 000/an, venant ainsi complĂ©ter cette activitĂ© avec le port de la Joliette Ă Marseille. Les voitures proviennent essentiellement de MĂ©diterranĂ©e, dont beaucoup de lâusine Dacia de Tanger Med au Maroc.
Les immenses quais (2 km) de la darse 2 sont consacrĂ©s aux conteneurs. Avec plus dâun million de conteneurs/an, 500 ports mondiaux desservis, 25 escales de navires/jour, de vastes espaces logistiques (entrepĂŽts visibles de Gefco par exemple), Fos comporte bien des atouts qui en font le 2Ăšme port français Ă conteneurs derriĂšre Le Havre. Pourtant, Fos traite dix fois moins de conteneurs que Rotterdam, 1er port europĂ©en Ă conteneurs ou que Tanger Med 1er port Ă conteneurs de MĂ©diterranĂ©e. Ces quais de Fos ont des profondeurs de 15 m et ne peuvent pas accueillir les plus grands porte-conteneurs mondiaux au tirant dâeau supĂ©rieur. Enfin, lâentreprise marseillaise, CMA CGM, 3Ăšme entreprise mondiale de transport maritime, est peu prĂ©sente Ă Marseille.
Au Nord se trouve lâusine EverĂ© dâincinĂ©ration des dĂ©chets de la mĂ©tropole de Marseille. Immense, elle reçoit deux trains par jour et sa construction a soulevĂ© beaucoup de contestations de la part des habitants dans les annĂ©es 2000. Ces derniers estimant quâaprĂšs le pĂ©trole, les usines, les navires, Fos ne devait plus accueillir d'activitĂ©s polluantes. En fait, lâinstallation dâactivitĂ©s industrielles polluantes est un choix depuis le XIXĂšme siĂšcle, puisque des usines Ă©taient dĂ©jĂ construites alors et le choix des dĂ©cideurs, depuis, fut de concentrer ces activitĂ©s dans des espaces considĂ©rĂ©s comme âperdusâ (travaux de lâĂ©quipe TELEMMe). Les contestations des populations locales, de municipalitĂ©s et dâassociations sont croissantes, notamment pour mesurer les pollutions et limiter ainsi certaines activitĂ©s.
Au Nord du quai se trouve lâusine Eiffel, filiale du groupe Eiffage. Elle construit dâimmenses Ă©oliennes marines, des tripodes haut de 45 m qui devraient ĂȘtre installĂ©es Ă 17 km des cĂŽtes produisant ainsi 8,4 MW dâĂ©nergies vertes. Cela donnerait une image moins nĂ©gative Ă Fos et participerait Ă un verdissement des activitĂ©s industrialo-portuaires. Lâensemble du complexe de Fos comprend dâailleurs une trentaine dâĂ©toliennes et de vastes champs de panneaux solaires, le tout dans le cadre des projets dĂ©veloppĂ©s par PIICTO (Plateforme Industrielle et dâInnovation Caban-Tonkin qui regroupe les entitĂ©s et le port de Marseille Fos dans le but dâamĂ©liorer la compĂ©titivitĂ© et le dĂ©veloppement dâactivitĂ©s industrielles et de lâinnovation sur ce territoire). LâĂtat souhaite aussi dĂ©velopper desâŻÂ«âŻindustries vertesâŻÂ» autour des panneaux solaires comme sur le modĂšle des usines de batteries Ă©lectriques installĂ©es dans la ZIP de Dunkerque.
Pourtant, la vocation de Fos reste encore largement centrĂ©e sur lâindustrie chimique et pĂ©troliĂšre ce que montre ici les usines de Kem one qui produisent de la soude, du chlore et de lâhydrogĂšne. Plus bas, LyondellBasell, groupe mondial de chimie amĂ©ricain, produit de lâoxyde de propylĂšne (PO) pour les siĂšges automobiles notamment.
A Fos, les terminaux mĂ©thanier Ă lâEst et pĂ©trolier Ă lâOuest forment un vĂ©ritableâŻÂ«âŻrobinetâŻÂ» (PĂ©raldi) pour alimenter la France en hydrocarbures. Ainsi, les pĂ©troliers (en rouge) ont six quais, pouvant accueillir des pĂ©troliers de plus de 100 000 tonnes. Une partie de ce pĂ©trole est soit stockĂ©e dans des rĂ©servoirs situĂ©s Ă proximitĂ©, soit envoyĂ© par pipeline, camions citernes et trains en France ou en Europe rhĂ©nane. Cette activitĂ© dĂ©bute dans les annĂ©es 1970. Il Ă©tait prĂ©vu que Fos alimente de maniĂšre massive une partie des pays voisins et concurrencent Rotterdam, mais la crise pĂ©troliĂšre a freinĂ© ces projets.
Par contre, le terminal mĂ©thanier, avec GDF, est en plein dĂ©veloppement, avec son quai pouvant accueillir des navires GNL, en blanc sur lâimage, de 300 000 m3. SituĂ© prĂšs des trois grosses cuves, celles-ci sont comme desâŻÂ«âŻthermosâŻÂ» afin de conserver le GNL â gaz naturel liquĂ©fiĂ© Ă moins 160°c. Ă cette tempĂ©rature, le gaz occupe en effet un volume 600 fois infĂ©rieur Ă sa forme gazeuse, ce qui facilite grandement son transport. Un mĂ©thanier de GNL peut ainsi transporter la consommation annuelle dâune ville comme Montpellier. Le GNL est soit mis dans des camions citernes pour des stations-services, soit transformĂ© dans les diffĂ©rentes installations avec lâodorisation et le passage de la forme liquide Ă la forme gazeuse pour alimenter le rĂ©seau des gazoducs. Ce seul terminal mĂ©thanier assure 20 % de lâapprovisionnement en gaz de la France et son trafic est amenĂ© Ă croĂźtre en raison de la guerre en Ukraine et de la fin du gaz russe acheminĂ© par gazoduc, dâautant que les rĂ©serves fonciĂšres sont importantes. Mais, lâĂ©ventuelle extension de ce complexe mĂ©thanier et pĂ©trolier rencontre lâopposition de la population qui souhaite notamment conserver la plage du Cavaou situĂ©e Ă quelques centaines de mĂštres.
Couvrant un immense quadrilatĂšre, lâusine sidĂ©rurgique dâArcelor Mittal date de 1974, elle sâappelait auparavant SOLMER puis SOLLAC. Elle relĂšve du modĂšle de cette sidĂ©rurgie sur lâeau, apparue au cours des annĂ©es 1960, fondĂ©e sur lâimportation par voie maritime de minerais de fer et de charbon, visibles ici Ă lâOuest de lâusine sur les immenses quais de 36 ha. On peut suivre dans lâespace du site la progression des diffĂ©rentes opĂ©rations techniques aboutissant Ă la production finale. Cette intĂ©gration technique complexe sur un seul site est un facteur majeur de productivitĂ© par rapport Ă la dispersion des activitĂ©s entre diffĂ©rentes sites industriels, en Lorraine par exemple. Une fois dĂ©barquĂ©, le minerais et le charbon sont en effet homogĂ©nĂ©isĂ©s et agglomĂ©rĂ©s, la cokerie â qui fournit le coke en fusion - et le four Ă chaux alimentent deux hauts fourneaux, une aciĂ©rie en coulĂ©e continue, un train Ă bande qui Ă©crase progressivement les brames dâacier en fusion pour en faire une tĂŽle trĂšs fine avant les opĂ©rations de finissage puis le stockage des bobines dâacier le long du canal.
Lâacier est fonc transformĂ© en produits plats laminĂ©s par les hauts fourneaux et laminoirs, situĂ©s au centre de lâimage pour produire des bobines visibles sur le quai de la darse sud face au terminal pĂ©trolier. Ces milliers de bobines servent pour lâautomobile, lâĂ©lectromĂ©nager ou les emballages.
PrĂšs de 2 500 employĂ©s travaillent directement sur ce site qui est le plus important de la ZIP. Avec les emplois indirects, câest plus quatre mille emplois. Depuis plusieurs annĂ©es, des procĂšs sont intentĂ©s Ă cette usine car elle dĂ©gage des fumĂ©es toxiques et surtout ses employĂ©s sont exposĂ©s Ă des poussiĂšres dangereuses. Les protestations des salariĂ©s et habitants pĂšsent peu face au poids Ă©conomique de cette usine qui appartient Ă lâune des plus grandes firmes transnationales â le groupe ArcelorMittal - et qui reste lâun des plus importants employeurs de la rĂ©gion PACA.
Dans cet espace, on peut observer les diffĂ©rentes pĂ©riodes et activitĂ©s du complexe de Fos-sur-Mer, les contrastes sont saisissants. En effet, si le Sud est marquĂ© par les activitĂ©s littorales avec un port de pĂȘche et de plaisance, la plage populaire et amĂ©nagĂ©e du Cavaou, un canal apprĂ©ciĂ© des pĂȘcheurs et des marais salant diversement utilisĂ©s, plus au Nord sâĂ©tend la ville de Fos. Essentiellement pavillonnaire, en croissance depuis 50 ans, puisque la population passe de 3 000 habitants en 1968 Ă plus de 15 000 actuellement. Elle est dotĂ©e de nombreux Ă©quipements, financĂ©s par les activitĂ©s de la ZIP.
Les amĂ©nitĂ©s de la commune viennent aussi dâespacesâŻÂ«âŻnaturelsâŻÂ» de lâEst oĂč subsistent des Ă©tangs et collines boisĂ©es, oĂč randonneurs et sportifs sont nombreux. Ainsi, cette commune situĂ©e Ă proximitĂ© dâune des plus grandes zone Seveso dâEurope attire-t-elle beaucoup dâouvriers et dâemployĂ©s mais aussi des cadres et retraitĂ©s. Fos est une municipalitĂ© riche avec peu de poches de pauvretĂ©. Les immenses rĂ©servoirs pĂ©troliers dâExxon visibles Ă lâOuest, les usines proches avec leurs fumĂ©es et la vue des pĂ©troliers mobilisent pourtant les populations pour limiter les activitĂ©s polluantes de la ZIP.
Images complémentaires
Le complexe de Fos-sur-Mer dans lâespace du delta du RhĂŽne.
D'autres ressources
Bibliographie :
CarrouĂ© Laurent, La France â Les mutations des systĂšmes productifs, Armand Colin, 2013.
Joly Jacques et Chamussy Laurent,âŻÂ«âŻGĂ©ographie du futur engagĂ© : le port industriel de Fos-sur-MerâŻÂ», Revue de gĂ©ographie alpine, 1969
Sitographie :
- Géoportail pour mesurer les bouleversements de cet espace
- TELEMMe, UniversitĂ© dâAix-Marseille et du CNRS
- Institut écocitoyen pour la connaissance des pollutions
- Port de Marseille Fos
- Suivi des navires Ă Fos
Podcast de France culture :
Contributeur
Xavier Gosset, Lycée Saint-Charles, Marseille