Image satellite de la Havane, capitale de Cuba

Cuba - La Havane : une ville et son port, dans la mondialisation

La Havane, capitale politique et Ă©conomique de Cuba, est non seulement une agglomĂ©ration de plus de 3,5 millions d’habitants mais aussi une ville dont les espaces ne cessent de se transformer, offrant des territorialitĂ©s renouvelĂ©es Ă  Ă©tudier. La ville de La Havane peut d’abord ĂȘtre approchĂ©e par son port et son ancrage singulier dans la mondialisation, des premiĂšres formes d’amĂ©nagement qui datent de l’époque moderne et de la PremiĂšre mondialisation aux plus rĂ©centes Ă©volutions liĂ©es aux exigences du transport maritime actuel en passant par la Guerre froide et l’embargo Ă©tatsunien qui pĂšse sur Cuba depuis 1962. C’est Ă©galement une capitale culturelle dont les diffĂ©rents quartiers et bĂątiments tĂ©moignent de la richesse patrimoniale, mais permettent aussi d’interroger des aspects politiques et sociaux dans l’une des grandes villes se voulant la vitrine d’un rĂ©gime communiste toujours en place, plus de trente ans aprĂšs la chute de l’URSS. De la baie et du centre historique jusqu’aux espaces pĂ©riurbains et l’aĂ©roport, La Havane se rĂ©vĂšle comme un espace urbain entre permanences et mutations.

Image satellite de la Havane, capitale de Cuba
Contient des informations Pléiades © CNES 2018, Distribution Airbus DS, tous droits réservés. Usage commercial interdit

LĂ©gende de l’image

Cette image de la Havane, capitale de Cuba, a Ă©tĂ© prise par un satellite PlĂ©iades le 1 mai 2018. Il s’agit d’une image en couleur naturelle, de rĂ©solution native Ă  0,70m, rĂ©-Ă©chantillonnĂ©e Ă  0,5m.

RepÚres géographiques

PrĂ©sentation de l’image globale

La Havane : une ville et son port, dans la mondialisation

La Havane : un site et une situation portuaires exceptionnels

La Havane est situĂ©e au nord-ouest de Cuba, quasiment face Ă  Miami, Ă  370 kilomĂštres Ă  vol d’oiseau, sur le dĂ©troit de Floride. Le port prĂ©sente un site de baie exceptionnel, amĂ©nagĂ© au fil des siĂšcles, Ă  partir de 1515 Ă  l’époque moderne oĂč Cuba Ă©tait une possession espagnole (de 1492 Ă  1898). La couronne d’Espagne a rapidement compris la situation stratĂ©gique de La Havane au cƓur du Grand Bassin caraĂŻbe qui devint la principale escale sur la route des Indes. On peut distinguer sur la photo le canal d’entrĂ©e, au nord le fort El Morro, avec son canon qui retentit encore chaque jour, et au sud le Castillo de San Salvador de la Punta. Un tunnel permet aujourd’hui de relier les deux rives.

La baie et les installations portuaires constituent donc le centre Ă©conomique de la ville qui se dĂ©ploie tout autour. Les quartiers centraux se repĂšrent assez bien, en particulier la vieille Havane, Ă  l’ouest, en forme de demi-cercle, qui prĂ©sente de nombreux quais et zones d’appontement et un plan en damier, de type colonial, trĂšs caractĂ©ristique. C’est lĂ  que se trouvent les principaux monuments et rues coloniales prisĂ©es des touristes (voir zoom 1). Au sud, dans le prolongement de la pointe que l’on repĂšre au centre de la baie, se trouve un autre quartier d’habitation, Regla. De part et d’autre se situent les zones portuaires (voir zoom 1). La rive nord est nettement moins urbanisĂ©e. La ville s’étend surtout vers le sud-ouest et le long du littoral Ă  l’ouest et notamment vers l’aĂ©roport (voir zoom 2).

Sur le front de mer fortement urbanisĂ© se trouve le cĂ©lĂšbre Malecon, depuis les abords du centre ancien jusqu’à l’embouchure du Rio Almendares : de nombreux hĂŽtels, des lieux remarquables comme l’ambassade des États-Unis (fermĂ©e en 1961, sur dĂ©cision de prĂ©sident Eisenhower Ă  la suite de la rĂ©volution cubaine, et rĂ©ouverte en 2015 aprĂšs le rapprochement entre les deux pays initiĂ©s par le prĂ©sident Obama) ponctuent cette promenade de bord de mer longue de 8 kilomĂštres protĂ©gĂ©e par une digue. Sur la rive droite du Rio Almendares, c’est un grand cimetiĂšre qui se dĂ©tache avec sa forme rectangulaire. Ce cimetiĂšre, appelĂ© NĂ©cropole Christophe Colomb, est le plus grand du pays et fait partie des monuments historiques de la ville cĂ©lĂšbre pour la diversitĂ© de ses sculptures.

Il est intĂ©ressant de noter que La Havane ne prĂ©sente pas de bidonville, ce qui est caractĂ©ristique d’une capitale d’Etat communiste. En effet, le gouvernement castriste a cherchĂ©, dĂšs son arrivĂ©e au pouvoir en 1959, Ă  Ă©radiquer l’habitat insalubre. Selon le recensement de 1953, sur 150 000 habitations prĂ©sentes Ă  La Havane, plus de la moitiĂ© Ă©tait dĂ©clarĂ©e insalubre. 30 000 habitants Ă  La Havane vivaient ainsi dans des conditions prĂ©caires Ă  la fin des annĂ©es 1950. L’Etat a dĂ©veloppĂ© dans les annĂ©es 1960 et 1970 des programmes de construction de logements sociaux. Toutefois, bon nombre d’habitants ont dĂ» malgrĂ© tout construire eux-mĂȘmes leurs logements et on perçoit sur l’image les quartiers auto-construits aux extrĂ©mitĂ©s ouest et sud de la ville.

 

Une capitale culturelle et politique remaniée par la révolution castriste

La Havane a vu son organisation fortement modifiĂ©e par l’arrivĂ©e du rĂ©gime communiste en 1959. On peut le voir sur l’image, des places publiques dĂ©diĂ©es aux dĂ©filĂ©s militaires ornĂ©es de statues et autres monuments Ă©rigĂ©s Ă  la gloire du communisme ont Ă©tĂ© amĂ©nagĂ©es dans le centre de la ville.

Certains bĂątiments iconiques de la vie politique cubaine prĂ©cĂ©dant la rĂ©volution ont Ă©tĂ© transformĂ©s par le nouveau rĂ©gime dĂšs 1959. A proximitĂ© de l’entrĂ©e du port, dans la vieille ville, on distingue une large place ronde suivie d’une place rectangulaire qui sont surplombĂ©es d’un bĂątiment ancien. Ce bĂątiment est l’ancien palais prĂ©sidentiel, transformĂ© en musĂ©e de la RĂ©volution dĂšs 1959. Plus loin dans la vieille ville, au sud du musĂ©e, on distingue un autre grand bĂątiment, le Capitole, qui Ă©tait le siĂšge du gouvernement avant la rĂ©volution et qui est, aujourd’hui, le siĂšge de l’AcadĂ©mie des sciences et de l’AssemblĂ©e nationale du pouvoir populaire.

D’autres quartiers ont Ă©tĂ© fortement remaniĂ©s par le rĂ©gime pour y imposer un urbanisme typique du communisme, rappelant l’urbanisme soviĂ©tique. Sur l’image, on distingue nettement la place de la RĂ©volution, au sud de la vieille ville caractĂ©risĂ©e par son plan en damier et son bĂąti trĂšs dense. Cette grande place rectangulaire a Ă©tĂ© construite du temps de la prĂ©sidence Batista et largement rĂ©amĂ©nagĂ©e par le pouvoir communiste. Elle est bordĂ©e aujourd’hui par les ministĂšres de l’intĂ©rieur, des communications, des forces armĂ©es rĂ©volutionnaires mais surtout par le nouveau palais prĂ©sidentiel qui abrite Ă©galement le siĂšge du Parti communiste cubain (PCC). Cette grande place de la RĂ©volution a Ă©tĂ© utilisĂ©e Ă  de multiples reprises par Fidel Castro pour prononcer des discours Ă  destination de la population cubaine.

Outre ces institutions, la place abrite un mur Ă  la mĂ©moire de Che Guevara (sur le ministĂšre de l’intĂ©rieur) et un mur Ă  la mĂ©moire Ă  la mĂ©moire de Camilo Cienfuegos, grand rĂ©volutionnaire cubain mort en 1959 dans les combats aĂ©riens (sur le ministĂšre des communications). Enfin, on y trouve un mĂ©morial dĂ©diĂ© Ă  JosĂ© Marti. Ce dernier avait Ă©tĂ© inaugurĂ© par le prĂ©sident dictateur Batista en 1958. Ce mĂ©morial mesure 109 mĂštres de haut et honore la mĂ©moire de cet homme, prĂ©sentĂ© comme le hĂ©ros national par le rĂ©gime communiste car il a Ă©tĂ© le fondateur du Parti rĂ©volutionnaire cubain luttant contre le pouvoir colonial espagnol. Le rĂ©gime communiste, depuis sa fondation, revendique ĂȘtre l’hĂ©ritier de la pensĂ©e de Marti.

 

Les reprĂ©sentations de la Havane : l’influence culturelle de la ville en question

La Havane est aussi une ville cĂ©lĂšbre Ă  travers le monde pour son influence culturelle, tant elle a inspirĂ© de mouvements musicaux, notamment le bolĂ©ro et le jazz afro-cubain, et de danses, telle que la Salsa. Cette importance des arts du spectacle se retrouve aussi dans l’urbanisme de La Havane : plusieurs salles de spectacle sont visibles sur les images satellites. C’est le cas du théùtre national de Cuba, situĂ© sur la place de la RĂ©volution ou encore du Grand théùtre de La Havane, situĂ© Ă  cĂŽtĂ© du Capitole.

Outre les arts du spectacle et la musique, La Havane a Ă©galement inspirĂ© de nombreuses Ɠuvres littĂ©raires et cinĂ©matographiques. Ces Ɠuvres participent largement Ă  la diffusion de reprĂ©sentations de cette ville Ă  travers le monde, ce qui explique aussi son attractivitĂ© touristique. A ce titre, on peut noter notamment que plusieurs Ă©pisodes de James Bond se dĂ©roulent en partie Ă  Cuba, par exemple James Bond contre Docteur No ou encore Mourir peut attendre. La gĂ©ographe Laura Corsi a Ă©galement analysĂ© les apports du cinĂ©ma de rues, genre filmique en pleine expansion Ă  La Havane, et a montrĂ© que ces films produits par des habitants leur permettaient de diffuser leur propre vision de l’espace, loin de la vision imposĂ©e par le rĂ©gime autoritaire.

 

Mythe et réalité. Pauvreté, déficience des infrastructures

L’image satellite permet de mettre en Ă©vidence la dĂ©ficience des infrastructures pour cette ville qui reste relativement peu ouverte sur le monde en raison de l’embargo imposĂ© par les Etats-Unis contre Cuba depuis le 3 FĂ©vrier 1962. Cette faiblesse des infrastructures se perçoit avec le port de Mariel Ă  l’ouest, dont l’étendue spatiale reste trĂšs faible, surtout quand on sait qu’il s’agit du premier port de conteneurs du pays. On peut Ă©galement remarquer la faiblesse des infrastructures routiĂšres et ferroviaires qui tĂ©moignent du faible taux d’équipement automobile de la population cubaine : les spĂ©cialistes estiment Ă  moins de 200 000 le nombre de voitures en circulation Ă  Cuba (environ 60 000 voitures amĂ©ricaines datant de la pĂ©riode Batista, 60 000 voitures soviĂ©tiques datant de la Guerre froide et 60 000 voitures asiatiques importĂ©es depuis la chute l’URSS).

Il est Ă  noter aussi la relative faiblesse de l’étalement urbain Ă  La Havane. Sur l’image satellite gĂ©nĂ©rale, on peut noter que les quartiers pĂ©riphĂ©riques sont peu Ă©tendus. On observe cependant une extension urbaine Ă  l’ouest, le long de la cĂŽte. Cette extension est essentiellement pavillonnaire avec un bĂąti plus aisĂ© qu’ailleurs dans la ville (on remarque la prĂ©sence de quelques piscines notamment). Ainsi, on constate l’émergence d’une forme d’inĂ©galitĂ© dans ce pays communiste contrĂŽlant l’ensemble de l’urbanisation. Enfin, l’absence d’extension urbaine s’explique Ă©galement par la volontĂ© du gouvernement castriste de rĂ©partir le dĂ©veloppement industriel sur l’ensemble de l’üle et donc de limiter les nouvelles installations industrielles dans la capitale. Cette absence de nouvelles industries se perçoit sur les images satellites oĂč on ne voit que trĂšs peu de bĂątiments industriels en pĂ©riphĂ©rie de la ville, si ce n’est au nord-est de la ville.

La ville de La Havane reste, au total, marquĂ©e par une forte pauvretĂ© mĂȘme si elle est un pĂŽle de richesse Ă  l’échelle du pays. Si elle attire toujours des populations cubaines venues des zones rurales trĂšs pauvres, la population de la Havane Ă©tant passĂ©e de 2,089 Ă  2,787 millions d’habitants entre 1993 et 2021, la ville se caractĂ©rise par une pauvretĂ© importante, y compris dans ses quartiers centraux. Les chiffres publiĂ©s par les autoritĂ©s cubaines sur la pauvretĂ© sont fortement critiquĂ©s par les ONG accusant le gouvernement de les minorer fortement. Certaines ONG estiment que plus de la moitiĂ© des Cubains vivent sous le seuil de pauvretĂ© en 2021. En outre, la photo satellite ne permet pas de voir le dĂ©labrement de bon nombre de bĂątiments dans la vieille Havane oĂč les habitants n’ont pas les moyens d’entretenir leurs logements vieillissants et connaissant une suroccupation importante (la densitĂ© moyenne dans ce quartier est de 259 habitants par hectare).

 

Une nouvelle place sur l’üle de Cuba et dans la mondialisation à inventer

Le gouvernement cubain a rĂ©amĂ©nagĂ© le port de Mariel, Ă  une quarantaine de kilomĂštres Ă  l’ouest de La Havane pour y accueillir des porte-conteneurs « post-panamax ». Celui-ci est bien reliĂ© Ă  la capitale par une autoroute et une ligne de chemin de fer, toutes deux visibles Ă  l’ouest, sur le clichĂ© (l’autoroute au nord, le chemin de fer au sud, sĂ©parĂ©s par un petit lac). Le port de Mariel prĂ©sente une zone franche - ZED : Zona Especial de Desarrollo - destinĂ©e Ă  accueillir des entreprises Ă©trangĂšres, ce qui constituait une nouveautĂ© Ă  Cuba au moment de son lancement en 2014. Cela devrait permettre de maintenir La Havane dans la concurrence que se livrent les diffĂ©rents ports de la rĂ©gion des CaraĂŻbes et du monde entier, devant accueillir des navires toujours plus grands et traiter les marchandises dans des temps les plus courts possible. Toutefois, son importance reste trĂšs limitĂ©e aujourd’hui.

Le tourisme est un autre facteur dĂ©terminant d’insertion de Cuba en gĂ©nĂ©ral et La Havane en particulier dans la mondialisation. AprĂšs les annĂ©es 2020 et 2021 affectĂ©es par la pandĂ©mie de Covid 19, les autoritĂ©s cubaines ont tout fait pour relancer ce secteur. En 2019, l’üle avait accueilli 4,2 millions de touristes. Le but est de repasser le seuil des 2,5 millions et retrouver au plus vite le niveau d’avant la pandĂ©mie. Les Canadiens et les Russes sont les premiers visiteurs accueillis sur l’üle. Sans parler de dĂ©pendance au tourisme de l’économie cubaine, c’est un secteur-clĂ© qui assurait avant la pandĂ©mie 2,6% du PIB.

La vieille ville de La Havane, classĂ©e au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1982, peut ĂȘtre une amĂ©nitĂ© pour diversifier le tourisme et ne pas se contenter d’une attractivitĂ© des plages. La ville vise aussi le tourisme d’affaires avec ses grands hĂŽtels, dont le cĂ©lĂšbre Hotel Nacional de Cuba sur le Malecon. En 2019, le groupe Accor ouvrait le SO/Paseo del Prado Havana, au dĂ©but du Malecon, avec des prestations haut de gamme notamment pour des touristes d’affaires.

Les autoritĂ©s doivent toutefois trouver un Ă©quilibre entre les objectifs de dĂ©veloppement du tourisme international, qui impliquent des rĂ©amĂ©nagements dans le quartier historique, et les besoins en logements et espaces de vie des Havanais issus des classes populaires. Les enjeux contrastĂ©s sont un peu Ă  l’image du Malecon lui-mĂȘme puisque cette artĂšre littorale est avant tout une sorte de muraille de bĂ©ton, fourni par l’URSS, qui s’effrite et fait barrage Ă  la mer.

Si La Havane se trouve ĂȘtre la porte d’entrĂ©e de Cuba et une vitrine dans la mondialisation, la ville n’en demeure pas moins affectĂ©e par l’embargo des États-Unis qui pĂšse sur l’üle depuis 1962. Le prĂ©sident Obama l’a assoupli, mais il lui Ă©tait impossible comme pour les autres prĂ©sidents, de le lever entiĂšrement car c’est une prĂ©rogative rĂ©servĂ©e aux membres du CongrĂšs.

Le prĂ©sident Trump avait interdit en 2019 la visite de Cuba par les navires de croisiĂšres, les yachts, les avions privĂ©s. À ce coup dur Ă©conomique a succĂ©dĂ© la crise du Covid. Plus largement, le pays fait face Ă  une crise Ă©conomique dont les Havanais souffrent comme tous les Cubains (manque de mĂ©dicaments, d’aliments...). Cette crise Ă©conomique est renforcĂ©e par « l’embargo interne », c’est-Ă -dire l’ensemble des mesures prises par la dictature cubaine qui entravent le fonctionnement Ă©conomique du pays, l’approvisionnement et son ouverture, de facto, Ă  la mondialisation.

L’isolement de Cuba ces derniĂšres dĂ©cennies a favorisĂ© l’agriculture urbaine et pĂ©riurbaine, comme le montre le clichĂ©. On y repĂšre de nombreux espaces cultivĂ©s, verts, ou labourĂ©s, de couleur rouge-brune : ils peuvent correspondre Ă  des champs de cĂ©rĂ©ales, prĂ©sents dans l’espace pĂ©riurbain havanais, Ă  de l’arboriculture, du maraĂźchage et de l’élevage. Cette agriculture constitue un vĂ©ritable secteur d’activitĂ©. Elle s’adapte Ă  la ville de La Havane, ainsi des systĂšmes de production hors-sol sont installĂ©s lĂ  ou des sols contaminĂ©s interdisent les cultures maraĂźchĂšres, on les appelle les organopĂłnicos. En aval, l’Etat contrĂŽle la commercialisation des produits de l’agriculture urbaine.

Zooms d’étude

La baie est un atout exceptionnel par son Ă©tendue, sa forme et la prĂ©sence de plusieurs criques (ensenadas), fortement amĂ©nagĂ©es, comme le tracĂ© rectiligne du trait de cĂŽte nous le montre, avec des bassins, quais et Ă©pis bien visibles. De l’entrĂ©e du canal jusqu’au fond de la crique la plus au sud, de mĂȘme que d’est en ouest, il y a environ 5 kilomĂštres. Des ferrys permettent de relier un point Ă  l’autre de la baie et certains terminaux se repĂšrent sur la photo. Le centre historique est largement ouvert sur la baie. Les touristes croisiĂ©ristes sont invitĂ©s par les agences de voyage Ă  venir le dĂ©couvrir : « charme dĂ©suet », vieilles voitures, patrimoine bĂąti colonial et des annĂ©es 1930, etc sont Ă©voquĂ©s dans les catalogues promotionnels. On note la prĂ©sence d’un paquebot de croisiĂšre sur l’image.

La Havane capte en effet l’essentiel des escales des navires de croisiĂšre (304 en 2017 par ex.). La particularitĂ© politique de Cuba fait que l’essentiel des infrastructures d’accueil des navires de tourisme appartient Ă  l’État. Le MINTUR (ministĂšre du Tourisme) contrĂŽle le secteur. Depuis les annĂ©es 1990, des joint-ventures ont Ă©mergĂ©, mais l’État conserve en gĂ©nĂ©ral la majoritĂ© des parts dans les diffĂ©rents Ă©quipements (hĂŽteliers, de croisiĂšre, 
). Toutefois, dans le cas des navires de croisiĂšres, ceux-ci appartiennent Ă  des compagnies privĂ©es et, Ă©tant le lieu d’hĂ©bergement des touristes, cela crĂ©e un secteur un peu particulier oĂč les firmes amĂ©ricaines conquiĂšrent une partie du secteur touristique Ă  Cuba.

Le terminal de croisiĂšres est celui de Sierra Maestra, Ă  proximitĂ© immĂ©diate du centre, ce qui fait que les navires imposants sont visibles depuis les principales rues et places du quartier historique, Habana Vieja. Les croisiĂ©ristes peuvent constituer des groupes assez imposants quand ils dĂ©ambulent dans les rues, mais ils privilĂ©gient celles oĂč se trouvent les commerces payables en peso convertible - indexĂ© sur le dollar - et Ă©vitent les plus dĂ©labrĂ©es. Des excursions vers d’autres villes et lieux Ă  Cuba sont parfois organisĂ©es et sont assurĂ©es par les agences d’État. A l’extrĂ©mitĂ© sud du centre historique, on observe bien la gare et ses voies ferrĂ©es.

A l’ouest de Regla se dĂ©tachent des quais, on repĂšre les darses et terminaux dans le prolongement du quartier historique, de mĂȘme qu’à l’est on voit assez nettement une zone de raffinerie et de stockage d’hydrocarbures, avec ses rĂ©servoirs ronds. Si ces infrastructures apparaissent importantes sur l’image et pour la ville de La Havane, il faut tout de mĂȘme remarquer leur modestie si on les compare aux Ă©quipements dont disposent plusieurs grands ports dans le monde.

Au nord se trouvent le port militaire, puis le quartier de Casablanca Ă  la trame viaire et Ă  l’urbanisation bien plus lĂąches. Il faut enfin savoir que la qualitĂ© des eaux est assez largement dĂ©gradĂ©e dans la baie de la Havane, la situation la plus dĂ©gradĂ©e Ă©tant observĂ©e dans la partie sud, entre la vieille ville et Regla.

Le port et la baie
RepÚres géographiques
Le chenal d'entrée
La baie
Le terminal de croisiĂšre
Nécroplole C. Colomb

L’aĂ©roport international JosĂ© Marti se situe au sud-ouest de La Havane, Ă  environ 15 kilomĂštres de la Vieille Havane.

L’aĂ©roport surprend par sa taille : il reste de petite dimension pour le premier aĂ©roport d’un pays. Il ne dispose que d’une seule piste longue de 4 kilomĂštres, soit une piste dimensionnĂ©e pour accueillir des gros porteurs. L’aĂ©roport est composĂ© de cinq terminaux : le premier dĂ©diĂ© aux vols intĂ©rieurs, le deuxiĂšme dĂ©diĂ© aux vols charters Ă  destination des États-Unis (seuls vols autorisĂ©s vers les États-Unis en raison de l’embargo jusqu’en 2015), le troisiĂšme terminal dĂ©diĂ© aux vols internationaux (principalement vers l’Europe, la Russie et le Canada) et les deux derniers dĂ©diĂ©s au fret. De façon gĂ©nĂ©rale, cet aĂ©roport se distingue par sa vĂ©tustĂ© et la faiblesse de ses infrastructures. Il est d’ailleurs un frein Ă  l’expansion du tourisme souhaitĂ© par le gouvernement cubain depuis les deux derniĂšres dĂ©cennies.

Des travaux ont Ă©tĂ© prĂ©vus pour moderniser et agrandir l’aĂ©roport et ce sont les sociĂ©tĂ©s françaises AĂ©roports de Paris et Bouygues qui ont Ă©tĂ© choisies par le gouvernement cubain pour rĂ©aliser le chantier. Ces travaux apparaissent comme nĂ©cessaires en raison de l’augmentation des flux touristiques (5,7 millions de passagers en 2017) mais aussi avec l’arrivĂ©e de vols rĂ©guliers depuis les États-Unis depuis le rapprochement initiĂ© par Barack Obama et l’accord aĂ©rien bilatĂ©ral signĂ© entre les deux pays en DĂ©cembre 2015. Cependant, le rapprochement a Ă©tĂ© remis en question durant la prĂ©sidence de Donald Trump ainsi que la pandĂ©mie de Covid-19 ce qui a retardĂ© ces travaux qui n’ont toujours pas eu lieu comme on peut le voir sur cette image datĂ©e de 2023.

Enfin, sur le plan de la gĂ©ographie urbaine, il est intĂ©ressant de remarquer la faiblesse de l’urbanisation autour de cet aĂ©roport alors qu’il se trouve relativement proche du centre de Le Havane. Il a Ă©tĂ© créé en 1929 et la faiblesse de l’urbanisation autour tĂ©moigne du trĂšs faible Ă©talement urbain de cette capitale depuis prĂšs d’un siĂšcle, ce qui en fait une rĂ©elle exception dans la gĂ©ographie urbaine mondiale. Enfin, on note l’absence de nombreuses infrastructures que l’on retrouve gĂ©nĂ©ralement autour des aĂ©roports internationaux telles que des hĂŽtels, des entreprises ou encore des technopĂŽles ou autres centres de congrĂšs, ce qui tĂ©moigne des faiblesses de l’intĂ©gration Ă  la mondialisation de ce territoire. Ainsi, si l’aĂ©roport JosĂ© Marti apparaĂźt comme l’interface principale entre Cuba et le reste du monde, ses faiblesses structurelles tĂ©moignent de la position trĂšs particuliĂšre et marginale du pays dans la mondialisation.

Les images ci-dessous ont Ă©tĂ© prise par le satellite Sentinel-2B le 25 octobre 2022. (rĂ©solution native Ă  10m) : 

L'aéroport JosĂ© Marti
RepÚres géographiques

Images complémentaires

La Havane : une vue gĂ©nĂ©rale de la mĂ©tropole et de sa rĂ©gion :

Vue régionale
RepÚres géographiques

La Havane dans l’ouest de Cuba :

RepÚres géographiques

D’autres ressources

Sur le site GĂ©oimage du CNES :


Pour information, quelques sources utilisĂ©es :

  • Laurine Chapon, « Cuba, destination oubliĂ©e du tourisme de croisiĂšres dans les CaraĂŻbes ? ». Perspectives historiques et gĂ©ographiques », Études caribĂ©ennes, n°47, 2020
  • Laura Corsi, « Le cinĂ©ma fait sa Havane. Etude des reprĂ©sentations spatiales diffusĂ©es par le cinĂ©ma des rues cubain et de leurs consĂ©quences sociales », Annales de gĂ©ographie, n°695-696, 2014
  • Vincent Lavergne, « La Havane, le bĂ©ton et la mer », Tous urbains, n°29, 2020
  • Diego Mermoud, « La rĂ©habilitation d’un territoire portuaire Ă  La Havane : dilemmes, opportunitĂ©s et contraintes », Etudes caribĂ©ennes, n°39-40, 2018
  • Riadh Mestiri, « La contribution de l’agriculture urbaine Ă  l’approvisionnement alimentaire de La Havane. Vers la construction d’un systĂšme agraire urbain en temps de crise », Revue internationale des Ă©tudes du dĂ©veloppement, n°237, 2019
  • Adriana Rabinovich, « Cuba, « best practises » : quel potentiel d’élargissement ? », Espaces et sociĂ©tĂ©s, n°131, 2007

Auteurs

  • Elise Dallier, agrĂ©gĂ©e de gĂ©ographie, agrĂ©gĂ©e d’histoire, enseignante en classe prĂ©paratoire littĂ©raire au lycĂ©e de Saint-Cyr-l’École
  • Pierre Denmat, agrĂ©gĂ© de gĂ©ographie, enseignant au lycĂ©e Paul Langevin de Suresnes

A propos de GeoImage

Les images satellitaires constituent aujourd'hui un outil incontournable dans de nombreux domaines, qu'il soient scientifiques, pédagogiques ou grand public. Afin de valoriser leur usage éducatif et de promouvoir l'analyse de l'image spatiale, le CNES a développé GeoImage, en partenariat avec le MinistÚre de l'Education nationale, de l'Enseignement suprérieur et de la Recherche.