Newspace : les nouveaux acteurs du spatial

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Modifié le 08 décembre 2025

Des astronautes « privés » prêts à embarquer pour l’ISS © SpaceX

Jusqu’au début des années 2000, l’espace était l’affaire des Etats, des pays. Mais depuis, des acteurs privés, entreprises multinationales ou startups, investissent le secteur. C’est ce qu’on appelle le Newspace. Le développement de fusées n’est plus l’apanage des Etats et de leurs agences spatiales. Le secteur, devenu très concurrentiel, voit s’affronter de nouveaux acteurs de toutes tailles.

Des initiatives privées

Fini le temps oĂą l’accès Ă  l’espace Ă©tait rĂ©servĂ© aux grands pays comme les Etats-Unis, l’URSS/Russie, puis l’Europe ou la Chine. Depuis les annĂ©es 2000, des entreprises privĂ©es, SpaceX en tĂŞte, fabriquent elles aussi leurs fusĂ©es. Leur objectif est de faire baisser le prix des lancements pour ĂŞtre compĂ©titives sur le marchĂ© des tirs de satellites. On compte aujourd’hui dans le monde plus d’une centaines d’entreprises dites « du Newspace Â», spĂ©cialisĂ©es dans le dĂ©veloppement de fusĂ©es. Les plus connues : SpaceX, fondĂ©e par Elon Musk (aussi patron de Tesla) ou Blue Origin de Jeff Bezos (Ă©galement patron d’Amazon).

Les pionniers, des cow-boys de l’espace

2000, Jeff Bezos fonde Blue Origin. 2002, Elon Musk fonde SpaceX. Les 2 milliardaires veulent libĂ©raliser l’accès Ă  l’espace ; c’est le dĂ©but du Newspace qui prend racine aux Etats-Unis. En 2004, le britannique Richard Branson leur emboite le pas en fondant, aux Etats-Unis, l’entreprise aĂ©rospatiale Virgin Galatic. Ces sociĂ©tĂ©s sont soutenues par le gouvernement amĂ©ricain, par l’intermĂ©diaire de la NASA qui fait appel Ă  eux. Pour desservir la Station spatiale internationale (ISS) par exemple.

La guerre des mini-fusées

Pour rĂ©duire le prix de la mise en orbite de satellites, les acteurs du Newspace misent sur des fusĂ©es moins chères Ă  construire et Ă  lancer. L’une des stratĂ©gies est de fabriquer des fusĂ©es rĂ©utilisables, au moins en partie. L’autre est de dĂ©velopper des fusĂ©es plus petites et plus lĂ©gères mais qui peuvent atteindre l’orbite basse de la Terre (moins de 1 000 km d’altitude), lĂ  oĂą se trouve l’essentiel des satellites. Et l’on assiste Ă  une vraie compĂ©tition sur ce marchĂ© des petits (et très petits) lanceurs, aux Etats-Unis bien sĂ»r, mais aussi en Chine, en Inde, en Australie, en Allemagne, en Espagne... En France, plusieurs startups travaillent sur des mini-lanceurs comme Latitude, HyprSpace, Sirius, Opus ou encore MaiaSpace. Cette sociĂ©tĂ© fondĂ©e en 2022 ambitionne de rĂ©aliser le premier vol de sa fusĂ©e fin 2025. 

Illustration du lanceur Latitude en orbite
Illustration du lanceur Zéphyr de la startup française Latitude © Latitude

Le Newspace dans tous les domaines

Le Newspace ne s’arrĂŞte pas aux fusĂ©es mais concerne tous les secteurs d’activitĂ© : fabrication de satellites, objets connectĂ©s, utilisation des donnĂ©es spatiales, tourisme…  MĂŞme l’exploration de la Lune intĂ©resse les acteurs privĂ©s. Ce mouvement a créé une nouvelle Ă©conomie qui profite des innovations et des avancĂ©es technologiques, dans les domaine du numĂ©rique de la miniaturisation ou de la robotique.
 

Satellites miniatures

C’est l’innovation low cost dans le domaine des satellites : leur miniaturisation, grâce Ă  des composants plus lĂ©gers et moins volumineux, comme les cartes Ă©lectroniques. La sociĂ©tĂ© Anywaves par exemple fabrique des antennes d’à peine 1 cm d’épaisseur et 10 cm de long ! Ces satellites sont mĂŞme classĂ©s selon leur petitesse : du picosatellite (moins de 1 kg) au minisatellite (infĂ©rieur Ă  500 Kg) en passant par le nanosatellite (moins de 10 kg). Ils sont ainsi bien moins chers Ă  lancer (on considère que placer 1 kg en orbite basse coĂ»te en moyenne 10 000€), et peuvent nĂ©anmoins servir pour la mĂ©tĂ©orologie ou pour communiquer avec des objets connectĂ©s au sol.

Présentation du nanosatellite NESS au CST
Le nanosatellite NESS du CNES équipé d'une antenne extraplate de la société Anywaves © CNES/DE PRADA Thierry, 2022

IoT spatial

IoT : de l’anglais Internet of Things, l’Internet des choses. Il s’agit concrètement des milliards d’objets, sur Terre, qui doivent - et devront- se connecter Ă  un rĂ©seau Internet pour fonctionner (voiture, brosse Ă  dent, enceinte...). Ils utilisent pour cela des constellations de petits satellites en orbite basse, fournissant un service de tĂ©lĂ©communication. C’est pourquoi il se créé de plus en plus d’entreprises qui dĂ©veloppent ces satellites et/ou les services pour y avoir accès, ou qui imaginent des applications utilisant la connectivitĂ© spatiale.

La constellation de nanosatellites dédiée à l'IoT de Kinéis
La société Kineis utilise une constellation de nanosatellites pour offrir une connectivité dédiée à l’IoT © Kinéis

Tourisme spatial

Les entreprises de tourisme spatial, plus marginales en terme de marchĂ©, restent pourtant un symbole du Newspace. Les plus emblĂ©matiques : SpaceX, Virgin Galactic et Blue Origin dont la fusĂ©e New Shepard a dĂ©jĂ  envoyĂ© plus d’une trentaine de touristes Ă  plus de 100 km d’altitude pendant quelques minutes. Les stations en orbite autour de la Terre sont elles-mĂŞmes aujourd’hui utilisĂ©es pour des missions privĂ©es. Des hĂ´tels spatiaux pour milliardaires en quelque sorte ! La sociĂ©tĂ© amĂ©ricaine Axiom Space organise ainsi des sĂ©jours dans la Station spatiale internationale. 

Dans ce cadre, ces missions privées permettent de financer en partie le fonctionnement de la station. Mais le tourisme spatial a un coût écologique, sans plue-value scientifique, et ne profite qu’à quelques très riches personnes (pour 1h30 à bord du vaisseau de Virgin Galactic, compter 450 000$).

Le touriste Clint Kelly en orbite spatiale
Le touriste Clint Kelly, participant au projet New Shepard de Blue Origin © Blue Origin

L’espace proche, le nouveau Far West ?

La très grande facilité d’accès à l’orbite basse de la Terre (entre 400 et 1 000 km environ) pose beaucoup de questions, notamment car il y a peu de lois règlementant les activités qui s’y développent. Le trafic des satellites, par exemple, n’est pas régulé. Ainsi, la constellation Starlink de SpaceX, constituée - à terme - de 12 000 petits satellites placés très bas dans l’espace, crée une pollution lumineuse pour les astronomes et multiplie les risques de collisions avec d’autres satellites.

Le Newspace français

En France aussi, l’espace se libĂ©ralise. En 2023, près de 150 entreprises privĂ©es travaillaient dans le Newspace. Cela reprĂ©sente plus de 2 000 emplois, dont plus de 300 dans des entreprises qui ambitionnent de construire des micro-lanceurs. Ce mouvement participe Ă  l’économie du pays. C’est pourquoi il est soutenu par le gouvernement et les acteurs institutionnels qui financent certains projets, achètent des services ou mettent Ă  disposition des innovations technologiques. Au CNES, nous avons créé par exemple « Connect by CNES Â», qui encourage les entreprises et les organismes publics Ă  utiliser les donnĂ©es et les technologies spatiales pour crĂ©er de nouveaux services, de nouveaux usages.

C’est dans ce cadre qu’est nĂ© l’incubateur TechTheMoon, pour aider les entrepreneurs qui imaginent des activitĂ©s autour de l’exploration de la Lune : construction de vĂ©hicule spatiaux, production de plantes dans l’espace ou formation d’astronautes.

  • 150

    entreprises du Newspace en France

  • 400

    brevets et logiciels liés à l’espace et mis à disposition par le CNES

Fusée Maïa, un petit lanceur réutilisable
Le premier étage de fusée réutilisable Themis et le moteur bas coût Prometheus développés par le CNES et ArianeGroup vont être réunis pour créer Maïa, un petit lanceur réutilisable © ArianeGroup

Quizz

Le Centre spatial Guyanais, d’où décollent toutes les fusées européennes, a redonné vie à un ancien pas de tir pour qu’il puisse accueillir des petits lanceurs. De quel ancien pas de tir historique s’agit-il ?

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