Astronaute, un métier pas comme les autres

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Modifié le 08 décembre 2025

Thomas Pesquet en sortie extravéhiculaire © NASA

L’espace semble de plus en plus accessible aux humains. Mais explorer la Lune ou travailler dans une station spatiale demande un peu d’entraînement. Car il est nécessaire de se préparer mentalement et physiquement à des conditions de vie vraiment extraordinaires. Seriez-vous apte ?

Une sélection sans pitié

Vous rĂŞvez de dĂ©coller pour l’espace ? Si vous ĂŞtes en bonne santĂ©, de prĂ©fĂ©rence sportif et en plus avec une formation scientifique, toutes les chances sont de votre cĂ´tĂ©. Enfin, il faudra un peu de dĂ©termination et passer quelques Ă©tapes destinĂ©es Ă  vĂ©rifier votre aptitude Ă  vivre et travailler en Ă©quipe dans un milieu clos et hostile. 

Un long parcours qui commence par un premier marathon, celui des Ă©preuves de sĂ©lection. Lors de la sĂ©lection europĂ©enne de 2021, plus de 22 500 candidats se sont prĂ©sentĂ©s au dĂ©part. Après un an et demi de tests en tous genres, seuls 16 candidats-astronautes ont Ă©tĂ© sĂ©lectionnĂ©s : 11 ont intĂ©grĂ© le corps de rĂ©serve europĂ©enne des astronautes et 5 ont rejoint le programme d’entraĂ®nement des titulaires !

Les astronautes de la promotion 2022 de l'ESA
Les astronautes de la promotion 2022 de l'ESA © ESA

Dis-moi comment tu t’appelles…

Pourquoi un astronaute doit-il savoir parler plusieurs langues ? DĂ©jĂ  pour savoir comment il s’appelle ! En Russie, on parle de cosmonaute. En Europe, on emploie le mot astronaute, comme aux États-Unis. Avant qu’ils n’intègrent le corps des astronautes europĂ©en de l’ESA (en 1992), les Français Ă©taient appelĂ©s spationautes. Mais quelle que soit leur dĂ©nomination, tous sont formĂ©s Ă  travailler ensemble durant plusieurs mois dans la Station spatiale internationale. Pour favoriser cette coopĂ©ration, ils maĂ®trisent au moins 3 langues : leur langue natale, l’anglais et le russe. Quant aux Chinois, ils envoient eux des taĂŻkonautes dans leur station spatiale Tiangong. 

Un cerveau bien rempli

Aujourd’hui, il n’est plus indispensable d’être pilote pour gagner sa place vers les Ă©toiles. Mais cela constitue un atout de poids. Les parcours d’études sont variĂ©s, mais un bon bagage scientifique reste un prĂ©requis. Car il faudra comprendre le fonctionnement des Ă©quipements techniques, les piloter et les entretenir, rĂ©aliser des expĂ©riences scientifiques… 

Thomas Pesquet recrutĂ© par l’ESA en 2009, Sophie Adenot et Arnaud Prost, issus de la promotion 2022, ont des parcours scientifiques. Ils sont ingĂ©nieurs, diplĂ´mĂ©s de l’Institut supĂ©rieur de l’aĂ©ronautique et de l'espace. Tous trois sont Ă©galement pilotes. Thomas Pesquet sur des avions civils, Arnaud Prost sur des avions militaires rafales et Sophie Adenot sur des hĂ©licoptères de l’armĂ©e. Quant au sport, pas besoin d’être ceinture noire de Judo comme Thomas Pesquet. L’important est d’être en bonne santĂ©, rĂ©sistant et… avec un moral de champion. Donc sportif, c’est mieux… 

À bord de la station spatiale internationale, les astronautes consacrent 8 heures par jour aux expériences, 3 heures à la maintenance de la station et le reste au sport, sommeil, repas, loisirs.
À bord de la station spatiale internationale, les astronautes consacrent 8 heures par jour aux expériences, 3 heures à la maintenance de la station et le reste au sport, sommeil, repas, loisirs © ESA/NASA

En 2022, l’ESA a Ă©galement recrutĂ© un « parastronaute » : le Britannique John McFall, amputĂ© de la jambe droite après un accident de moto. MĂ©decin et sportif de haut niveau, il va contribuer Ă  Ă©tudier l’accessibilitĂ© de l’espace pour les personnes porteuses d’un handicap.

John McFall, le premier « parastronaute » de l'Histoire recruté par l'ESA en 2022.
John McFall, le premier « parastronaute » de l'Histoire recruté par l'ESA en 2022. © ESA/Novespace

Un mental d’acier

Dans l’espace, vous n’êtes pas seul. La coopĂ©ration est le maĂ®tre mot. Pas question de paniquer au premier incident ou de se fâcher avec l’équipage : dans l’ISS, vous ĂŞtes condamnĂ© Ă  vivre ensemble pendant 6 mois minimum. L’essentiel des Ă©preuves finales de sĂ©lection consiste en des batteries de tests psychomoteurs puis psychologiques : logique, mĂ©moire, orientation dans l’espace, habiletĂ© manuelle, capacitĂ© Ă  mener des tâches multiples sont ainsi Ă©valuĂ©es.

L’équilibre psychologique des derniers candidats est enfin scrutĂ© Ă  la loupe. Quelles sont ses capacitĂ©s Ă  rĂ©soudre des problèmes complexes en groupe ? Comment rĂ©agit-il sous pression ? Que fait-il face Ă  des questions existentielles telles que : « 100% de chance de vous en tirer en abandonnant votre coĂ©quipier, ou bien 50% en lui prĂŞtant main forte : que faites-vous ? » 

Quelles qualités pour devenir astronaute ?

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Les heureux sĂ©lectionnĂ©s de l’ESA ne perdront leur surnom de « ascan » (comme « astronaut candidate ») pour gagner le titre d’astronaute qu’au terme d’un entraĂ®nement initial de… un an ! Cette première annĂ©e est une sorte de tronc commun. 

Les nouveaux venus sont issus de formations diverses. Ils sont pilotes, astrophysiciens, mĂ©decin… Tous doivent donc suivre une base commune. Au programme : techniques de survie, initiation au fonctionnement de l’ISS et Ă  la sĂ©curitĂ© Ă  bord, mais aussi biologie, physique, astronautique, etc. De nombreuses heures se passent… en salle de classe, pour des formations d’abord thĂ©oriques. Les apprentis astronautes pourront tout de mĂŞme se familiariser avec l’apesanteur durant des vols en avion zĂ©ro-G.

Se familiariser avec l’apesanteur en avion zéro G

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Ensuite vient une seconde annĂ©e d’approfondissement. Plus technique, elle vise Ă  maĂ®triser parfaitement les Ă©quipements de l’ISS et des vĂ©hicules spatiaux pour s’y rendre. S’entraĂ®ner Ă  l’entretien de la station, aux procĂ©dures de sĂ©curitĂ© et d’urgences. 

L’entraĂ®nement devient concret avec des simulations sur des rĂ©pliques d’équipements, sur ordinateur ou en rĂ©alitĂ© virtuelle. Par exemple pour se spĂ©cialiser dans le maniement du bras robotisĂ© Canadarm qui permet d’attraper un vĂ©hicule de ravitaillement pour l’arrimer Ă  la station, ou pour apporter du matĂ©riel aux astronautes en sortie extravĂ©hiculaire. Autant de missions qui exigent un doigtĂ© sans faille ! 

Samantha Cristoforetti et Thomas Pesquet en stage de survie en 2012 © ESA/GCTC

Une vie à s’entraîner

Durant toute leur pĂ©riode active, les astronautes suivent des programmes de rĂ©vision pour conserver leurs capacitĂ©s techniques et physiques. 

Des entraĂ®nements spĂ©cifiques sont programmĂ©s avant chaque mission. Les astronautes doivent apprendre Ă  rĂ©aliser les expĂ©riences qui leur seront confiĂ©es (une centaine par mission), Ă©ventuellement Ă  rĂ©parer un Ă©lĂ©ment Ă  l’extĂ©rieur de la station et jusqu’au rĂ´le de commandant de bord pour les plus expĂ©rimentĂ©s.

Vol d’entraînement à bord de l’airbus Zero G.
Vol d’entraînement à bord de l’airbus Zero G. © ESA

Ceux qui ont une sortie extravĂ©hiculaire au planning passent des journĂ©es entières en piscine pour apprendre Ă  se mouvoir dans le vide spatial vĂŞtu d’une combinaison aussi encombrante que vitale. Enfiler la combinaison fait aussi partie du programme : s’en Ă©quiper requiert un savant protocole de… 45 minutes ! Chaque astronaute est secondĂ© par une doublure, un ou une collègue qui le remplacera en cas d’empĂŞchement et qui doit donc suivre exactement le mĂŞme entraĂ®nement.

La première année, l’essentiel c’est d’entraîner ses neurones à apprendre 13 heures, 14 heures, 15 heures par jour. Ça deviendra un automatisme et les autres apprentissages futurs seront très faciles.

Michel Tognini

  • Astronaute français et ancien recruteur Ă  l'ESA

Dans le grand bain des centres spatiaux

Pour simuler les conditions d’une sortie dans l’espace, en impesanteur, les astronautes s’entraĂ®nent dans des piscines de 12m de profondeur sur des maquettes grandeur nature de l’ISS. Celle du centre de formation de Cologne en Allemagne abrite les rĂ©pliques des modules europĂ©ens. Dans celle du Johnson Space Center de Houston, aux États-Unis (ici) c’est l’ISS tout entière qui est reproduite. 

Vidéo VR 360°

Un entraînement XXL vers la Lune

Le programme international Artemis prĂ©voit d’envoyer de nouveau des humains sur la Lune. Et pourquoi pas ensuite vers Mars. Les conditions de voyage et de vie seront alors bien diffĂ©rentes des sĂ©jours dans l’ISS. Les astronautes devront se prĂ©parer Ă  travailler Ă  une gravitĂ© 6 fois moindre que sur Terre, Ă  manipuler des robots, entretenir les Ă©quipements pour s’approvisionner en eau, Ă©tudier la gĂ©ologie « locale Â», etc. Des bases europĂ©ennes les y prĂ©parent, dont la base Spaceship française, au CNES de Toulouse et LUNA en Allemagne, au centre spatial de Cologne. 

C'est pour quand la création d'une base permanente sur la Lune ?

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C'est pour quand la création d'une base permanente sur la Lune ?

Comme disait ma grand-mère : « Avant de connaĂ®tre le monde, il faut apprendre Ă  connaĂ®tre son jardin et ses voisins. »
Eh oui, la Lune, c'est notre voisine, l'astre le plus proche de nous.

Aujourd'hui, l'humain explore les confins de notre Système solaire avec des machines, des satellites et des sondes spatiales... Alors s'il veut sortir enfin de son berceau, il lui faut un avant-poste, et dans ce rôle, la Lune est parfaite.

Alors, c'est pour quand la crĂ©ation d'une base permanente sur la Lune ?

Salut les impatients ! Aujourd'hui, on va parler de la Lune et des projets de base lunaire. Eh oui, pour explorer le Système solaire, il faut retourner sur la Lune !

Pourquoi ? DĂ©jĂ , il faut comprendre qu'un objet pèse six fois moins lourd sur la Lune que sur Terre. C'est donc un gros avantage pour y faire dĂ©coller un engin spatial.

La Lune est proche : trois jours suffisent pour l'atteindre. C'est un site idĂ©al pour les missions spatiales. Et puis, c'est aussi un point de dĂ©part parfait pour la destination suivante : la planète Mars.

Ensuite, pour que l'homme survive, il lui faut de l'eau. Mais il vaut mieux la trouver sur place, car c'est très lourd à emporter. Ça tombe bien, la Lune en a d'importantes quantités sous forme de glace.

« Salut Sylvain. Effectivement, il y a bel et bien de l'eau sur la Lune, mais pas de jolies flaques d'eau liquide libre qu'on pourrait boire rien qu'en se baissant, si on avait une petite soif. C'est la Lune quand même, on ne joue pas en mode facile. Cette eau est majoritairement présente au niveau des pôles. Comme tu le disais, on la trouve sous forme de glace au fond des cratères, à l'ombre et donc à l'abri de l'évaporation.

Et ce n'est pas tout ! Ailleurs, sur notre satellite prĂ©fĂ©rĂ©, on trouve aussi des molĂ©cules d'eau et des groupes hydroxyles — deux tiers de la molĂ©cule d'eau donc — absorbĂ©s Ă  mĂŞme le sol lunaire, notamment sous forme de minĂ©raux hydratĂ©s.

Il n'y a pas Ă©normĂ©ment d'eau lĂ -dedans non plus : ces molĂ©cules constituent au mieux 0,1 % de la masse de nos cailloux lunaires. Mais c'est dĂ©jĂ  pas mal et plutĂ´t utile si on veut y camper sans forcĂ©ment apporter nos bonbonnes dans la fusĂ©e.

Quant à l'origine de cette eau, on pense qu'elle serait arrivée par ensemencement cosmique, éternuée par des comètes et météorites qui se seraient écrasées sur la Lune depuis sa naissance, il y a quelques 4,5 milliards d'années, avant Serena Williams. »

Merci Valentine d'ĂŞtre passĂ©e nous voir !

« Avec plaisir, merci pour l'invitation. »

Et oui, cette eau pourrait être utilisée sur la Lune pour produire de l'oxygène, de l'eau potable, et même du carburant.

Enfin, la Lune pourrait être un laboratoire géant. Une base sur la Lune permettrait non seulement de mieux comprendre la formation du Système solaire et l'évolution de notre planète, mais aussi de tester des technologies nouvelles et des systèmes vitaux pour la survie dans l'espace.

Mais tout cela nĂ©cessite une grande collaboration entre les nations et une vraie volontĂ©. MĂŞme si cela a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© fait par les AmĂ©ricains dans les annĂ©es 60-70, partir sur la Lune n'est pas une mince affaire. Les technologies ne sont plus les mĂŞmes aujourd'hui : il faut tout repenser.

Sur place, il y a également les rayonnements ultra nocifs pour le corps humain, qui nécessitent la construction d'habitats protecteurs pour les astronautes. Il faut aussi une station spatiale en orbite, des serres, et résoudre tout un tas de problèmes logistiques.

Pour nous aider à y voir plus clair, retrouvons notre expert en exploration et vol habité au CNES, Jean Blouvac.

Salut Jean, pourquoi est-ce qu'il est nĂ©cessaire de faire une base permanente sur la Lune aujourd'hui ?

« Bonjour Sylvain. Il est important d'installer une base permanente sur la Lune pour s'entraîner à des voyages plus lointains, notamment en vue de la destination de Mars, qui est peut-être un des objectifs nouveaux de l'exploration dans les années à venir.

Mais également, la Lune suscite un regain d'intérêt scientifique, notamment pour l'étude du système Terre-Lune et celle du Système solaire.

Sur la Lune, il y a potentiellement des ressources, comme l'eau, mais aussi des composants plus pratiques comme le régolithe, qui pourrait permettre de construire des habitations et de protéger les astronautes de l'environnement lunaire très difficile. On pourrait aussi y trouver des terres rares.

Mais c'est surtout l'eau qui est intéressante, principalement située au niveau des pôles. Nous n'avons pas encore une connaissance très détaillée de la façon dont elle se répartit. »

Quelles sont les Ă©tapes pour construire une base sur la Lune, Jean ?

« Pour construire une base sur la Lune, il va d'abord falloir y retourner. Jusqu'à maintenant, les Américains n'y sont allés qu'à six occasions et sont restés au maximum trois jours sur la surface lunaire. Aujourd'hui, on veut y retourner de façon durable.

Il va falloir progressivement apprendre à voyager. Pour cela, il faut construire une nouvelle fusée, un nouveau vaisseau — ce qui a déjà commencé. Ensuite, il faut être capable de transporter des matériaux, voire utiliser les ressources sur place pour construire des bases complètes avec des habitats, des laboratoires et des moyens de transport. »

Alors Jean, c'est pour quand la crĂ©ation d'une base permanente sur la Lune ?

« Cette fameuse base lunaire est envisagée dans le cadre de deux programmes, notamment le programme américain Artemis, auquel l'Europe est associée avec ses partenaires canadiens et japonais.

Ce programme sera progressif : il commencera par une petite station lunaire, puis un atterrissage Ă  la surface de la Lune, et enfin la construction d'une base complète pour protĂ©ger les astronautes.

Le programme chinois ressemble fortement au programme américain, et d'autres pays, notamment l'Inde, envisagent également une présence permanente sur la Lune.

Quand cela verra-t-il le jour ? Probablement, compte tenu des difficultĂ©s techniques, Ă  l'horizon de 2035. C'est dĂ©jĂ  une date optimiste pour une prĂ©sence humaine durable sur la Lune. »

Merci Jean, tu nous donneras des nouvelles de ce retour sur la Lune !

« Volontiers, Sylvain ! Nous allons suivre ça, car cette pĂ©riode est formidable en termes de dĂ©veloppements spatiaux. »

Retourner sur la Lune reste un défi colossal. Pour s'y installer durablement, il y a encore tout un tas de choses à prévoir. Au CNES, on travaille depuis quelques années déjà sur l'habitat lunaire à travers un projet qui s'appelle SpaceShip. Mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir.

Nous ferons partie de l'aventure Artemis à travers les contributions de l'ESA, l'Agence Spatiale Européenne. Il y aura peut-être un ou une astronaute française à la surface de la Lune dans les années qui viennent.

L'Ă©tape suivante sera Mars, mais ça, c'est une autre histoire !

Si cet Ă©pisode vous a plu, likez, partagez et laissez-nous vos idĂ©es de sujets en commentaires. Ă€ bientĂ´t les impatients !

Quizz

Combien de temps dure l’entraînement initial d’un apprenti astronaute européen avant qu’il ne gagne le titre officiel d’astronaute ?

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