Publié le 08 février 2024

Rosetta/Philae : les coulisses d'une retrouvaille

  • ActualitĂ©

  • Système solaire

Vue d’artiste de la sonde Rosetta
Vue d’artiste de la sonde Rosetta © CNES/DUCROS David, 2014

In extremis, la sonde Rosetta a repéré Philae sur la comète Tchouri lors d'un survol à 2,7 km d'altitude. Joëlle Durand, responsable du projet Rosetta au CNES, nous livre les coulisses de cette retrouvaille palpitante.

 

Depuis quand Rosetta cherchait-elle visuellement Philae ? 

JoĂ«lle Durand : La campagne de recherche de Philae a rĂ©ellement dĂ©butĂ© en mai 2016 avec une dizaine de survols et des crĂ©neaux de prises de vues par la camĂ©ra OSIRIS programmĂ©s par L'ESA [ndlr : l'agence spatiale europĂ©enne] entre les opĂ©rations scientifiques des instruments de l’orbiteur. Elle s’est interrompue en juin car Rosetta s’était alors Ă©loignĂ©e de la comète et a repris durant l'Ă©tĂ© de manière plus systĂ©matique au fur et Ă  mesure que Rosetta se rapprochait de la comète sur des orbites elliptiques. Durant cette pĂ©riode, le CNES apportait un support Ă  l’ESA concernant les conditions d’éclairement de Philae.

Exemples de simulations réalisées par le CNES pour déterminer les chances de voir Philae éclairé dans la région d'Abydos
Exemples de simulations réalisées en mai 2016 par le CNES pour déterminer les chances de voir Philae éclairé dans la région d'Abydos © CNES

Dès mai 2015, le CNES avait la quasi certitude de la localisation de Philae sur la comète. Vous ne vous Ă©tiez donc pas trompĂ© !

J. D. : Oui, quelques semaines après l’atterrissage, nous avions dĂ©jĂ  une Ă©valuation de l’orientation de Philae donnĂ©e par l’équipe ROMAP et, pour la position, une zone sur la comète d’environ 50 m de long calculĂ©e par l’équipe CONSERT. L’équipe Flight Dynamics du CNES a aussi dĂ©terminĂ© sa propre zone Ă  partir de l’éclairement des panneaux solaires et des communications entre Rosetta et Philae. Puis c’est l’équipe OSIRIS du LAM [ndlr : Laboratoire d'astrophysique de Marseille] qui a identifiĂ© une petite tâche lumineuse qui apparaissait seulement sur les images OSIRIS prises après l’atterrissage. 

Enfin, la bonne superposition entre les images rĂ©elles prises par la camĂ©ra panoramique CIVA et leur simulation graphique utilisant un modèle prĂ©cis de Philae placĂ© sur un modèle numĂ©rique de terrain Ă  l’emplacement de cette tâche, a validĂ© celle-ci comme Ă©tant bien Philae. A partir de ce moment-lĂ  nous avons constamment dĂ©fendu cette localisation comme candidat certain pour la campagne de recherche de l’ESA. 

C'est donc une grande satisfaction pour les Ă©quipes du SONC [ndlr : Science Operations and Navigation Center] que Philae ait Ă©tĂ© trouvĂ© Ă  cet endroit prĂ©cis ! Et un grand soulagement car la prise de vue du 2 septembre Ă©tait la dernière tentative de cette campagne.

Image prise par Rosetta à 18 km d'altitude de Philae sur la comète 67P/Tchourioumov-Guérassimenko
Image prise par Rosetta le 13 décembre 2014 à 18 km d'altitude. Les pixels blancs entourés étaient bien ceux de Philae ! © ESA/Rosetta/Philae/CONSERT et ESA/Rosetta/MPS for OSIRIS Team MPS/UPD/LAM/IAA/SSO/INTA/UPM/DASP/IDA

Rosetta va-t-elle de nouveau survoler Philae ?

J. D. : La campagne de recherche de Philae en tant que telle, avec des prises de vues dĂ©diĂ©es, a pris fin et Rosetta est maintenant entrĂ©e dans la dernière phase de sa mission Ă  savoir son rapprochement progressif de la comète jusqu’au 30 septembre oĂą, après une dernière manĹ“uvre, elle ira l’impacter. Et puis, en se rapprochant de la comète, les prises de vues de Philae devenaient de plus en plus dĂ©licates Ă  programmer. Le 30 aoĂ»t Philae a Ă©tĂ© ratĂ© Ă  1 m près. Et vous avez pu constater que Philae se trouvait tout en en bordure de l’image du 2 septembre ! Par contre, il n’est pas exclu que Philae se retrouve dans le champ de vue de la camĂ©ra OSIRIS qui ne va pas cesser de prendre des images jusqu’à la toute fin, y compris lors de sa descente vers la rĂ©gion de Ma'at choisie comme site final.  

 

Qu’apporte l’image du 2 septembre et qu’apporteront les dernières images de Rosetta ?

J. D. : L'image du 2 septembre, outre sa forte valeur symbolique, est d’une grande importance pour l’interprĂ©tation fine des donnĂ©es scientifiques en replaçant les mesures rĂ©alisĂ©es en novembre 2014 dans leur contexte. Les images prises Ă  très basse altitude des fosses qu’hĂ©berge le site Ma’at, et qui ont Ă©tĂ© très actives au moment de passage au plus près du soleil, devraient ĂŞtre riches d’informations scientifiques par exemple sur l’évolution de la surface de la comète et sur le processus de production des gaz et des poussières. Au final, une fin de mission très riche pour la science et aussi en Ă©motions, comme elle l’a Ă©tĂ© depuis ses dĂ©buts, il y dĂ©jĂ  12 ans. Et un très grand succès pour l'Europe spatiale !

Modèle 3D de Philae, ainsi que l'interprétation CNES de l'image
A gauche : le modèle 3D de Philae posé sur le modèle local de la comète. A droite : interprétation CNES de l'image de Philae acquise le 2 septembre 2016 par Rosetta avec identifcation des panneaux solaires (Top solar panel, Panel 1, 2, 3) © CNES et ESA/Rosetta/MPS for OSIRIS Team MPS/UPD/LAM/IAA/SSO/INTA/UPM/DASP/IDA

Continuez votre exploration